Le poète Ausone fait l'éloge de la famille de Delphide dans ses Professores Burdigalenses (« professeurs bordelais »). Patère, vieillard quand Ausone est un jeune homme, est d'origine Baïocasse et, « comme on se plaît à le dire », issu de druides au service d'un temple dédié à Belenos. Associé à Apollon par syncrétisme, Patère tient son surnom de l’appellation des ministres du culte et Delphide de la ville de Delphes, qui avait un important temple en l'honneur du dieu solaire. Son grand-père et oncle paternels mentionnés par Ausone ont le surnom de Phœbicius, dérivé de Phébus, un autre nom d'Apollon. Jeune, Delphide est déjà renommé à Bordeaux pour sa culture des belles-lettres et des Muses, ayant composé un mémorable poème dédié à Jupiter. Ausone raconte que la gloire du père rivalise avec celle du fils, dont il salue la « verve épique » ; son « éloquence, célèbre en plus d'un lieu, brilla dans la ville et hors des murs »[1].
Au début du Ve siècle, Jérôme de Stridon répond à la lettre de Hédibie, descendante de Delphide, en commençant ainsi : « Tes ancêtres (maiores) Patère et Delphide, dont l'un enseignait la rhétorique à Rome avant ma naissance ; l'autre, quand j'étais jeune homme, a écrit en prose et en vers dans la Gaule »[2].
Delphide devient avocat et se fait des ennemis durant sa carrière. Par son talent oratoire, il sauve la réputation ou la vie de ses clients à de nombreuses reprises[1]. Ammien Marcelin rapporte une anecdote fameuse[3] : Numérius, gouverneur de la Gaule narbonnaise, est accusé de péculat par l'empereur Julien, qui estime l'affaire assez grave pour être jugée en sa présence. En raison des dénégations de Numérius et le manque de preuves pour confirmer sa culpabilité, Delphide s’agace et interpelle Julien :
« — Quelqu'un, heureux César, peut-il jamais être coupable s'il suffit de nier [son crime] ?
— Quelqu'un peut-il jamais être innocent s'il suffit de l'accuser ? »
Par la suite, Ausone reproche à Delphide ses ambitions pour s'élever socialement, prenant peut-être le parti d'un usurpateur romain, mais sa recherche effrénée des honneurs est peu concluante. Des accusations aboutissent à un procès ; il est acquitté par des juges ayant pitié de Patère, venu plaider la cause de son fils[1].
Après ce procès, il semble que Delphide abandonne et ouvre une école de rhétorique. N'ayant aucun goût pour l'enseignement, il déçoit de nombreux parents y ayant inscrit leurs enfants et meurt prématurément. Ausone conclu que c'est là une bénédiction divine, car il n'a « pas eu la douleur de voir les erreurs de [sa] fille égarée, et le châtiment de sa mère »[1].