Demi-Siphon

danseuse française From Wikipedia, the free encyclopedia

Jeanne Faës dite Marcelle Mignon et connue plus tard sous le sobriquet de Demi-Siphon ou Demi-Syphon, née le à Paris 10e et morte le à Paris 8e, est une danseuse de cancan du Moulin-Rouge.

Faits en bref Naissance, Décès ...
Demi-Siphon
« Demi-Siphon », in Maurice Delsol, Paris-Cythère : étude de mœurs parisiennes, 1893
Biographie
Naissance
Décès
Sépulture
Nom de naissance
Jeanne Faës
Surnom
Marcelle Mignon, Demi-Siphon, Demi-Syphon
Nationalité
Fratrie
Fermer

Elle est passée à la postérité pour être morte, selon une légende tenace diffusée dans la presse dès le lendemain de sa disparition, après avoir fait le grand écart sur scène, alors qu'elle est décédée des suites d'une infection gynécologique à l'hôpital Beaujon.

Elle est la sœur de Jehanne d'Alcy, future épouse de Georges Méliès.

Biographie

Jeunesse et famille

Jeanne Faës naît en 1868 à l'hôpital parisien Lariboisière, de Joseph Marius Faës, comptable, et Suzannie Marie Christine Frizon, son épouse, couturière, domiciliés 43, boulevard de Belleville[1].

Elle est la sœur cadette de Charlotte Faës, future actrice sous le nom de Jehanne d'Alcy et épouse de Georges Méliès.

Carrière

Élève de Nini Patte-en-l'air[2], Jeanne Faës se produit sous le nom de scène de Marcelle Mignon, un pseudonyme qu'elle garde jusqu'à la fin de sa vie[3].

Sa sœur Jehanne d'Alcy se produit à la même époque dans des numéros d'escamotage au théâtre Robert-Houdin, que codirige Georges Méliès dont elle deviendra plus tard l'égérie de ses films puis l'épouse[4].

Le sobriquet « Mademoiselle Demi-Siphon » apparaît dans la presse en où Jeanne Faës est décrite en termes élogieux comme « l'étoile » du Moulin-Rouge[5], le nouveau cabaret ouvert en par Charles Zidler. L’établissement a tôt fait d'éclipser les autres bals montmartrois car le public ne vient pas au Moulin pour danser, mais pour y voir danser les « gambilleuses » du quadrille dit « naturel », ou chahut, le french cancan. Dès le jour de l'inauguration, Lautrec y a sa table réservée et connaît toutes les danseuses qui sont affublées chacune de surnoms explicites : Nana la Sauterelle, Demi-Siphon, Grille d'Égout, Georgette la Vadrouille, Rayon-d'Or, Nini Patte-en-l'air, la Goulue et son partenaire attitré, Valentin le Désossé. La Goulue est connue pour sa grossièreté et Demi-Siphon, Grille d'Égout et la Mélinite sont souvent les victimes de ses écarts de langage[6].

Le terme « demi-siphon » est un mot d'argot désignant un avorton, un être chétif[7]. Il est donné à l'époque, par exemple, à de nouvelles apprenties couturières auxquelles ont trouve un sobriquet, le plus vexant possible, pour mettre en lumière leur défaut principal : « La lune si elle est joufflue, bout-de-mégot, petit-banc, demi-siphon, si elle est petite, pruneau si elle a les yeux et les cils trop noirs, etc.[8] ». Il désigne de manière désobligeante les personnes de petite taille, comme Napoléon dont on dit que « bien qu'il ne fût guère plus haut qu'un demi-siphon, n'était pas l'homme des demi-mesures[9]. » Le terme, aussi orthographié « demi-syphon », est utilisé comme insulte envers une femme de petite taille[10]. Jeanne Faës, qui mesure environ 1,45 mètre, est ainsi affublée de ce sobriquet[11] qui lui aurait été donné par un « rapin » (peintre) de Montmartre[3].

Un quatrain satirique dans le journal Gil Blas la décrit en ces termes insultants : « Môme et gnôme à la fois, très peu débarbouillée, au Moulin-Rouge, un soir, chez Zidler se lança et ne sera jamais nommée : « Agenouillée », elle est trop petite pour ça[12]. »

Dans Paris dansant, le journaliste Georges Montorgueil en donne en 1898 cette description désobligeante et misogyne : « N'étant que la moitié de tout : moitié de femme, moitié de danseuse, et moitié de fille, on l'avait surnommée Demi-Siphon[13]. », mais dans L'Amateur de femmes, Léo Larguier la cite sous le sobriquet orthographié « Demi-Syphon » comme faisant partie des modèles de Toulouse-Lautrec : « Il prenait ses modèles aux Cafés de la Place Blanche ou du Rat Mort, à l'Auberge du Clou, dans quelques autres boîtes de Montmartre, et surtout, au Moulin Rouge. Ces dames s'appelaient Grille d'Egout, Demi-Syphon, la Goulue, la Mélinite, et elles menaient souverainement le quadrille et le chahut, de la place Clichy au boulevard Rochechouart, vers 1885[14]. »

En 1890, elle passe quelques mois en Amérique avec un négociant argentin millionnaire qui lui procure un train de vie somptueux, mais refuse de porter des pantalons comme il l'exige d'elle et se sépare de lui[15]. À son retour en France, elle est à nouveau engagée au Moulin-Rouge[16]. Elle est saluée dans la presse sous le pseudonyme de « Marcelle Mignon » dite « la môme Demi-Syphon », devant débuter prochainement sur la scène du Moulin-Rouge[17]. Elle y côtoiera, pour danser le chahut, la Môme Fromage, Nini Patte-en-l'air, Rayon d'or, Cha-U-Kao ou La Goulue[18]. Jeanne Faës est embauchée pour un duo de quadrille avec une danseuse surnommée « la Tour Eiffel » pour sa grande taille et effectue ce numéro jusqu'à la mort de cette dernière vers 1892. Jeanne Faës, « microscopique, mais très bien faite, était véritablement impayable lorsqu'elle faisait vis-à-vis à son amie la Tour Eiffel, entre les jambes de qui elle passait sans se baisser. La mort de sa compagne, fauchée par la terrible phtisie qui chaque année ouvre de si larges brèches dans les rangs du bataillon des folles héroïnes du plaisir, avait laissé Demi-Siphon inconsolable et l'avait même quelque peu dégoûtée du "grand écart"[19]. »

Elle se produit dans d'autres lieux de la capitale comme des brasseries sur les boulevards où ses numéros sont appréciés : « Mlle Demi-Syphon, danseuse excentrique du Moulin Rouge, exécute une série de danses aussi difficiles que réalistes, et qui lui valent de multiples bravos[20]. » À cette époque, elle enchaîne également des tournées dans des concerts de province, où elle chante et danse, comme en à Troyes où elle est présentée comme « Marcelle Mignon dite Demi-Syphon, comique danseuse du Moulin-Rouge[21] ». Elle se produit ensuite au Casino de Paris et sa carrière est raillée par le journaliste Delsol : « Demi-Siphon, comme la fourmi, va faire des tournées dans les cafés-concerts de province, lorsque le grenier a besoin d'être approvisionné, et en revient cigale, une fois l'escarcelle pleine[19]. »

Jeanne Faës pratique aussi le cyclisme, activité pour laquelle elle est saluée sous son pseudonyme de « Marcelle Mignon » comme une « vélocewhoman [sic] passionnée[3] ».

Mort et postérité

Le , alors domiciliée près du Moulin-Rouge au 4, rue Puget, Jeanne Faës « dite Marcelle Mignon » est admise pour fièvre à l'hôpital Beaujon[22]. À son arrivée, elle déclare être artiste lyrique et non danseuse, une profession jugée honteuse. Après sept jours d'hospitalisation, elle meurt à l'hôpital[23],[Note 1] des suites d'une salpingite, affection alors souvent d'origine vénérienne[22]. Elle est inhumée quatre jours plus tard au cimetière parisien de Saint-Ouen[24]. Elle n'avait que 25 ans.

Dès le lendemain de sa mort, le quotidien Le Matin relaye la nouvelle suivante[11] : alors en tournée à Reims, Jeanne Faës se serait mal réceptionnée en faisant le grand écart, figure classique du cancan. Elle aurait été ramenée blessée chez elle, puis transportée à l'hôpital Beaujon où elle aurait succombé de ses blessures. Cette version est reprise par d'autres journaux. Les journalistes insistent sur le danger du cancan[25] et certains, comme Le Figaro, se penchent sur les conditions de travail des danseuses[26].

Le , Caribert, pour le journal Paris, interroge des collègues artistes de Jeanne Faës, comme Nini Patte-en-l'air, son ancienne professeure de danse. Celle-ci, attristée par la mort de son ancienne élève, doute qu'on puisse mourir du grand écart et explique en détail au journaliste la technique de ce mouvement exigeant surtout de la souplesse. Mais Caribert, dans son article, passe outre ces explications, traite la figure de grand écart de « dislocation de paillasse » qui ne mérite pas des applaudissements mais plutôt des sifflets et accrédite l'hypothèse d’un « terrible accident professionnel » et d'un « exercice mortel » malgré l'absence de preuves et les indications factuelles de la danseuse montrant qu'il est impossible de se tuer en faisant le grand écart. Il condamne l'exercice, qu'il réprouve aussi moralement, et met en garde les danseuses contre un accident fatal : « Mais ce violent exercice bête, cette brusque déchirure, et toute l'acrobatie qu’elles font, c'est le dernier mot de la niaiserie et du mauvais goût. Peut-être, aujourd'hui qu'on sait l'exercice mortel, va-t-il jouir d’une popularité plus grande. Les curieux de ces excentricités, qui ne sont pas sans une pointe de sadisme, se rappelleront la mort de Demi-Siphon, et quand les survivantes l'imiteront, la crainte d'une semblable catastrophe leur fera courir dans les veines un petit frisson. On ira peut-être voir ce grand écart, hostile à toute beauté artistique, mais dont on meurt. Les danseuses du Moulin-Rouge et de l'Elysée-Montmartre continuent à le pratiquer, insouciantes. Elles sont brisées à cet exercice et ne croient point qu'elles en seront jamais victimes[2]. »

Dans son article, il décrit également Jeanne Faës dans des termes très dépréciatifs (pas jolie, l'air avec son lorgnon chaussant son nez pointu d'une pédante de pensionnat pauvre, médiocrement mise, sans goût, aussi peu parisienne que possible, lamentable petit bout de femme, disgraciée de la nature, dépourvue des nécessaires grâces de la femme...) et indique qu'on la « traitait en pitié comme une folle » et qu'elle « intéressait par la médiocrité de sa toilette, l'économie forcée de ses dessous de calicot bon marché, de madapolam extra fort[2]. »

Comme l'avait déclaré Nini Patte-en-l'air au journal Paris, la danseuse Rayon d'or confirme également au Journal, à propos du grand écart, qu'« on ne meurt pas de ça » et qu'on peut tout au plus se déboîter le genou[27].

L'idée de la mort accidentelle de Demi-Siphon lors d'un grand écart forgée par la presse française est une nouvelle si spectaculaire, et porteuse d'une morale si édifiante, qu'elle est reprise par la presse étrangère, à Hong Kong[28] mais aussi à New York, où le journal mentionne tout de même l'avis de Nini Patte-en-l'air sur l'aspect invraisemblable d'un tel accident[29].

Malgré les démentis de ses consœurs, Jeanne Faës passe à la postérité sous son sobriquet de Demi-Siphon pour être morte des suites d'un grand écart mal exécuté. Cette légende est toujours largement reprise, sans recul, par différents médias au XXIe siècle[30],[31],[32],[33],[34]. Françoise Dorin, dans son roman de 1990 Nini Patte-en l'air l'accrédite également. Mais le « gala exceptionnel donné au profit des danseuses, victimes de leur profession, comme la Patamba ou la Demi-siphon, morte des suites d’un grand écart, ou la Libellule brûlée aux ailes par les feux de la rampe » est situé en 1886, alors que Jeanne Faës n'est morte qu'en 1893[35].

Hommages

Dans Gal's Gossip publié en 1899, Arthur M. Binstead consacre un passage à « Mademoiselle Demi-Syphon » dont il décrit la danse et les acrobaties au Moulin-Rouge[36].

En 1903, l'opérette Les Saltimbanques reprend sur scène des numéros de danse de Demi-Siphon et de la môme Fromage[37].

Son nom est évoqué par Octave Uzanne en 1910 dans Parisiennes de ce temps en leurs divers milieux, états et conditions[38] et par Léon-Paul Fargue en 1932 dans Le Piéton de Paris[39].

Notes et références

Sources

Liens externes

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