Deux Minutes de la Haine

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Dans le roman dystopique 1984 de George Orwell paru en 1949, les Deux Minutes de la Haine est la période quotidienne durant laquelle les membres du Parti extérieur et du Parti intérieur d'Océania doivent visionner un film représentant Emmanuel Goldstein, le principal ennemi de l'État et bruyamment exprimer leur haine envers lui, puis déclarent leur amour pour le chef du parti, Big Brother.

Le but politique des Deux Minutes de la Haine est de permettre aux citoyens d'Océania d'exprimer leur haine personnelle envers un ennemi politique. En détournant les émotions des participants de la gouvernance du Parti d'Océania, le parti minimise le crime de pensée ainsi que la pensée critique tout en exerçant un contrôle ultime de la population.

Divers événements du monde réel ont été comparés à la description d'Orwell des Deux Minutes de la Haine, dont des émissions de radio et de télévision utilisées à ces fins de propagande de masse.

Dans le roman 1984, le parti au pouvoir d'Océania utilise la propagande de masse afin de contrôler l'opinion publique dans le but de maintenir le pouvoir absolu. Le parti emploie l'usage d'un télécran, un appareil ressemblant à un miroir opaque, qui est à la fois un mécanisme de surveillance ainsi qu'un appareil permettant de transmettre la propagande. Orwell décrit les Deux Minutes de la Haine lorsque Winston Smith, le protagoniste du roman, est témoin de la transmission sur le télécran depuis son siège dans le public. L'événement commence avec un horrible grincement, un crissement signifiant le début de la haine et finit avec une image de Big Brother, la figure de proue du parti, afin de restaurer le calme. La transmission implique l'image d'Emmanuel Goldstein, l'ennemi de l'État, étant projetée sur l'écran, ce qui provoque des sifflets dans le public, crée une frénésie émotionnelle de haine qui atteint son paroxysme, lequel se transforme finalement en extase lorsque l'image de Big Brother apparaît et les slogans du parti affichés. L'objectif des Deux Minutes de la Haine est d'impliquer émotionnellement le public tout en assurant l'absence de pensée critique. La séance de haine comprend les participants, tel que le personnage Julia, lançant des choses au télécran à la vue de Goldstein. Au cours des Deux Minutes de la Haine, l'image de Goldstein se métamorphose en le visage d'un mouton bêlant, puis l'image se transforme en un soldat ennemi eurasien qui charge vers les spectateurs en tirant avec sa mitraillette. Le visage du soldat finit par se fondre dans le visage de Big Brother[1]. À la fin de la séance des deux minutes de haine, les membres du parti scandent rituellement « B-B… B-B… B-B… B-B… » pour maintenir les émotions extrêmes provoquées lors des séances des « Deux Minutes de Haine », le parti créa la Semaine de la Haine, une semaine de festival de haine.

Goldstein est décrit par Orwell comme « le traître primordial » d'Océania. Tandis que le public présent sur son lieu de travail réagit avec une rage hystérique à l'image de Goldstein, la réaction de Winston est un sentiment d'horreur, créant une haine non de Goldstein mais de Big Brother. Cela a pour conséquence qu'il écrit inconsciemment et automatiquement la phrase répétée À BAS BIG BROTHER en lettres capitales. Cette résistance s'accompagne de sa connaissance qu'il est responsable d'un crime de pensée et s'est condamné à une mort certaine[2]. Au cours des Deux Minutes de la Haine, Winston éprouve des sentiments changeants de haine, à un moment donné, il dirige son inimitié envers Julia, alimentée par la peur paralysante que l'État lui a inculquée. Orwell écrit : « La rage que l’on ressentait était une émotion abstraite et non dirigée, qui pouvait passer d’un objet à l’autre comme la flamme d’un chalumeau[3]. »

Le télécran dans les Deux Minutes de la Haine est un mécanisme important afin de faire respecter la conformité au sein du peuple océanien. Orwell explique qu'il « reçoit et transmet simultanément » et ne peut être désactivé, de sorte qu'une personne est sous surveillance constante, tant à son domicile privé que dans l'espace public. Le résultat de cette surveillance est que la population est conditionnée de façon à répondre au télécran d'une manière particulière. Durant les Deux Minutes de la Haine, Orwell écrit : « L'horrible chose concernant les Deux Minutes de la Haine, ce n’était pas qu’on était obligé de jouer un rôle, mais qu’il était impossible de ne pas participer. En trente secondes, toute prétention devenait inutile[4]. »

Objectif

L'usage du parti des Deux Minutes de la Haine est décrit comme une technique typique de persuasion de masse par W. Russel Gray, qui souligne que le parti exerce un contrôle sur les masses en exploitant l'effet de mode. Les individus au sein d'Océania se conforment aux comportements sociaux, aux groupes et participent à des événements comme les Deux Minutes de la Haine et la Semaine de la Haine de manière compétitive. Le parti renforce les attitudes correctes de l'individu en créant des groupes de membres tels que le Parti intérieur, le Parti extérieur et la Ligue anti-sexe junior afin de promouvoir l'uniformité[5].

Daphne Patai écrit que les Deux Minutes de la Haine fait partie du jeu compétitif du Parti dans la poursuite du pouvoir. Le bourreau de Winston, O'Brien, lui explique que le pouvoir est affirmé en faisant souffrir un individu et décrit l'image d'une botte écrasant un visage humain pour toujours. Orwell avait écrit sur la haine engendrée lors des événements sportifs internationaux dans son essai L’esprit sportif paru en 1945 et décrit le nationalisme comme « L'habitude contemporaine lunatique de s'identifier à de grandes unités de production et tout voir en termes de prestige compétitif ». Dans son essai, Orwell fait remarquer Même lorsque les spectateurs n'interviennent pas physiquement, mais tentent d'influencer le jeu en encourageant leur équipe et en déstabilisant les joueurs adverses par des huées et des insultes. Le sport de haut niveau n'a rien à voir avec le fair-play. Il est intrinsèquement lié à la haine, la jalousie, la vantardise, le mépris de toutes les règles et le plaisir sadique d'assister à la violence : en d'autres termes, c'est la guerre sans les coups de feu. » Dans le roman, la haine n'est point générée par le sport mais par un ennemi politique[6],[7].

Naomi Jacobs considère le corps humain comme étant au cœur de l'expression orwellienne du pouvoir totalitaire. La population océanienne est, comme à son habitude, mince, malade et dégradée. Alors que la propagande totalitaire du Parti projette généralement une image de force et de productivité, l'individu existe avec une alimentation restreinte ainsi que des plaisirs limités. Ce déni intensifie le sentiment d'extase vécu par les participants envers Big Brother durant les Deux Minutes de la Haine. Seul l'amour de Big Brother est permis, ou bien la haine sadique envers Goldstein. Jacobs commente qu'en impliquant les citoyens par des déclarations ferventes de loyauté, le parti parvient ainsi à détourner l'attention de la population opprimée de ses nombreux désagréments[8].

Les Deux Minutes de la Haine sont décrites par Erika Gottleib comme un rituel d'adoration publique, conçu pour inculquer aux participants des idées polarisées du bien et du mal. Elle commente que l'emploi du parti de l'image de Big Brother durant l'événement est celle d'un être divin surnaturel, tandis que Goldstein est présenté comme un individu satanique. L'Océanie étant présentée comme étant en guerre permanente contre les autres super-États, elle projette l'image de Big Brother comme un être surhumain qui remporte des victoires répétées sur les ennemis sans cesse changeants de l'État, ce qui est nécessaire au pouvoir totalitaire sur les masses[9].

Comparaisons

Articles connexes

Références

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