Dharani

espèce de mantra, pouvant avoir un pouvoir magique From Wikipedia, the free encyclopedia

Une dharani (IAST: dhāraṇī) est une sorte de mantra[1], étant comme celui-ci considérée avoir une puissance magique. Ces deux termes peuvent même être synonymes, bien qu'ils soient souvent utilisés dans des contextes différents, une dhāraṇī pouvant être dénuée d'intention spirituelle ou confiner à la simple sorcellerie.

Les dhāranī sont toujours en usage tant au sein des écoles Zen qu'au sein des écoles Shingon et Tendaï (au Japon), mais aussi en Corée, à Taïwan et en Chine. Les dhāranī les plus populaires, transmises par des moines ou des maîtres, se rapportent généralement à Avalokiteśvara (Guānyīn en chinois, Kannon en japonais).

Dhāraṇī et mnémotechnique

Tout comme « dharma », le mot « dhāraṇī » provient de la racine sanskrite dhar qui signifie porter ou tenir. Dharaṇī, sans la diacritique sur le premier a, est le nom de la terre en tant que déité. Avec une diacritique il s'agit du féminin de dhāraṇa qui est l'art de la mnémotechnique. En ce premier sens, non-problématique, une dhāraṇī est une formule de mémoire par laquelle on peut retenir de longs textes, un mnémonique ; il peut aussi s'agir d'un résumé versifié à la fin d'un texte, appelé simplement « gatha », verset.

Le Bouddha Gautama Shakyamuni en samadhi, avec l'arhat Ananda à l'arrière-plan. C'est à la mémoire de ce dernier qu'on doit la transmission d'une bonne partie du canon pali.

Dans une culture essentiellement orale, on devine aisément l'importance des techniques mnémoniques. Ainsi, Ananda, intendant personnel et cousin de Bouddha Shākyamouni, était doué d'une grande érudition et d'une excellente mémoire, mais était aussi dit doté des dharanis[2]. Après que Mahakashyapa, le successeur de Bouddha, lui eut enjoint d'intensifier sa pratique, Ananda atteint enfin l'état d'arhat, et put dès lors participer à l'établissement du canon lors du premier concile bouddhique. Il sut réciter tous les discours qu'il avait entendu le bouddha prononcer.

Dhāraṇī et magie

C'est vraisemblablement à partir de cette acception mnémonique que s'est opéré un glissement de sens vers la magie: le mnémonique, en condensant l'essentiel d'une instruction ou d'un enseignement, semble doué d'une efficacité mystérieuse aisément réorientée vers le surnaturel. Quoi qu'il en soit la dhāranī en vient à signifier la formule magique, particulièrement de protection, tout comme son équivalent, le mantra.

En règle générale un mantra est plus concis qu'une dhāraṇī, qu'on peut aussi traduire par invocation, comme dans le sūtra La dhāraṇī de la grande compassion d'Avalokiteshvara, ou encore par hymne :

« Une dhāraṇī est un mantra étendu, une séquence rythmique de sons qui exprime, à travers ses vibrations spirituelles uniques, la vérité essentielle transcendant toute dualité. Le pouvoir qu'a une telle formule d'évoquer des forces invisibles lorsqu'elle est chantée avec un cœur sincère dépend, dans une certaine mesure, du son lui-même, mais encore plus de l'état d'esprit du chanteur. Ainsi une dhāraṇī aura-t-elle une plus grande puissance si elle est proférée par un être d'une foi pure, l'esprit concentré, et le cœur ouvert[3]. »

Le moine bouddhiste japonais Kūkai a établi une distinction entre dhāranī et mantra, qu'il a utilisée comme base de sa théorie du langage. En particulier, l'usage du terme « mantra » est limité aux pratiques bouddhiques ésotériques alors que le mot « dhāraṇī » s'applique à des rituels aussi bien ésotériques qu'exotériques. C'est le même Kūkai qui a forgé le terme shingon, littéralement « parole vraie », comme traduction japonaise de « mantra ». Il a cependant préféré transcrire dhāranī phonétiquement par darani, ce qui est encore l'usage actuel. Cependant, de nombreux textes académiques ou bouddhiques emploient le chinois classique « 陀羅尼 » (tuóluóní) pour désigner les dhāranī.

Il existe dans l'édition Taisho un certain nombre de soutras liés aux dhāraṇī. L'un des plus importants recueils de dhāraṇī est le Dharanī-shūkyō (陀羅尼集經, Dhāraṇī-saṃgraha-sūtra), traduit vers 654 par le moine indien Ādigupta (阿地瞿多), lorsqu'il était installé à Chang'an. Ce recueil est d'une importance historique capitale de par la profonde influence qu'il a exercée tant en Chine qu'au Japon,[réf. nécessaire], principalement au sein des écoles Shingon et Tendaï.

Notes

Voir aussi

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