Dick Turpin
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Richard (Dick) Turpin |
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Dick Turpin, de son vrai nom Richard Turpin (né en 1705 à Hempstead (Angleterre) et mort par pendaison le près d'York (Grande-Bretagne)), est un bandit de grand chemin britannique dont les exploits sont romancés après son exécution à York pour vol de chevaux.
Dick Turpin aurait pu suivre son père comme boucher, mais, au début des années 1730, il rejoint une bande de voleurs de cervidés, et devient plus tard braconnier, cambrioleur, voleur de chevaux, et même meurtrier. Au sein du folklore anglais, il est plus connu pour sa prétendue chevauchée de 320 km en une nuit, de Londres à York sur son cheval nommé Black Bess ; épisode rendu célèbre par le romancier victorien William Harrison Ainsworth (1805-1882) près d'un siècle après la mort de Dick Turpin.
L'engagement de Dick Turpin en tant que bandit de grand chemin suit l'arrestation des autres membres de sa bande en 1735. Il disparaît alors vers la fin de l'année, pour ressurgir en 1737 avec deux nouveaux complices, dont un qu'il aurait abattu par accident. Turpin s'enfuit alors et tue peu après un homme qui cherchait à le capturer ; il déménage plus tard dans l'année dans la région du Yorkshire sous le pseudonyme de John Palmer. Alors qu'il réside dans une auberge, les magistrats locaux deviennent soupçonneux et enquêtent sur l'origine de son train de vie.
Suspecté de vol de chevaux, il est emprisonné au château d'York, pour y être jugé aux assises suivantes. Son identité est révélée par une lettre à son beau-frère écrite en prison et qui tombe entre les mains des autorités. Le , Dick Turpin est reconnu coupable de deux vols de chevaux et condamné à mort : il est exécuté le .
Après son exécution, Dick Turpin devient le sujet d'une légende. Représenté comme fringant et héroïque dans des ballades anglaises et dans le théâtre populaire des XVIIIe et XIXe siècles, ainsi qu'au cinéma et à la télévision au XXe siècle, Dick Turpin est une figure du folklore anglais moderne.
Enfance

Cinquième des six enfants de John Turpin et Mary Elizabeth Parmenter, Richard « Dick » Turpin est né à l'auberge du Blue Bell (plus tard appelée Rose and Crown), à Hempstead dans l'Essex. Il est baptisé le , dans la paroisse où ses parents se sont mariés dix ans plus tôt[1].
Son père, qui est boucher, tient aussi une auberge. Plusieurs récits évoquent la possibilité que Dick Turpin ait suivi la voie de son père : adolescent, il aurait été apprenti boucher dans le village de Whitechapel, ou encore il aurait ouvert sa boucherie à Thaxted. Le rapport de son procès en 1739 montre son éducation rudimentaire. Bien que les archives de l'époque soient muettes sur la date[2], on sait qu'il épouse Elizabeth Millington vers 1725[notes 1]. Son apprentissage achevé, ils vont habiter à Buckhurst Hill (Essex). Turpin y ouvre une boucherie[1].
La bande de l'Essex
Débuts de la bande
Selon toute vraisemblance, c'est au début des années 1730 que Turpin aurait rejoint la « Bande de l'Essex », alors spécialisée dans le vol de cervidés. Depuis longtemps pratiqué, le braconnage s'est durablement implanté au sein de la forêt royale de Waltman. Pour mettre un terme à ce type de problème, le Black Act (qui interdisait à quiconque se trouvant en forêt de masquer ou de noircir - blacken - son visage) est voté en 1723[4]. Coupables de délits locaux, les braconniers jugés comparaissent toujours devant des juges de paix. Il faut attendre 1737 avant qu'une peine s'élevant à sept ans de déportation et de travaux forcés soit instaurée[5]. Cependant, devenus particulièrement concernés par un braconnage en pleine expansion et soucieux de faire part de leurs inquiétudes, sept sylviculteurs signent en 1731 une déclaration écrite sous serment. Ce document est adressé à Thomas Pelham-Holles, premier duc de Newcastle. En réponse, ce dernier offre une récompense de 10 £ à quiconque permettrait d'identifier les voleurs, et le pardon à ceux qui donneraient leurs complices. En 1733, à la suite d'une série d'incidents, dont des menaces de meurtre sur un garde forestier et sa famille, le gouvernement porta la récompense à 50 £ (soit environ l'équivalent de 6 900 £ en 2010)[6].
La Bande de l'Essex (aussi appelée la « Bande à Gregory »), au sein de laquelle on compte Samuel Gregory, ses frères Jeremiah et Jasper, Joseph Rose, Mary Brazier (la receleuse de la bande), John Jones, Thomas Rowden et le jeune John Wheeler[7], écoule ses prises de gibiers grâce à des intermédiaires. Il est fort probable que Turpin, jeune boucher qui exerce alors dans la région, soit impliqué dans leurs activités. En 1733, les revers essuyés par la bande auraient incité Turpin à abandonner sa profession pour devenir le patron d'une auberge, la Rose and Crown à Clay Hill. Bien que rien ne prouve son implication directe dans le brigandage, à l'été 1734 Turpin se révèle être un associé étroitement lié à la bande. On peut donc penser que Turpin est connu par les membres du groupe depuis déjà quelque temps[8].
Au mois d', une bonne partie de la bande est derrière les barreaux ou a fui[9]. Ceux qui restent abandonnent le braconnage pour aller cambrioler Peter Split, un marchand de Woodford[notes 2]. Bien que l'identité des auteurs soit inconnue, il est probable que Turpin a été impliqué[notes 3]. Ils frappent encore deux nuits plus tard dans la propriété de Richard Woolridge, un homme de bonne réputation qui fournit en armes légères le service d'artillerie installé dans la tour de Londres. À Chinford, au mois de décembre, Jasper et Samuel Gregory, John Jones ainsi que John Wheelher s'introduisent chez John Gladwin (un marchand ambulant) et John Shockley[12]. Le , Turpin et cinq autres hommes cambriolent la maison d'Ambrose Skinner, un fermier de Barking âgé de 73 ans, emportant avec eux un magot estimé à 300 £[13].
Participations de Turpin
Deux jours plus tard la bande, sans Turpin, s'introduit chez William Mason, le garde forestier d'Epping Forest. Au cours du cambriolage, un domestique réussit à s'échapper. À peu près une heure s'est écoulée quand il revient accompagné de plusieurs voisins, le temps que la maison soit mise à sac et que les intrus s'en aillent[14]. Le , la bande s'en prend cette fois à M. Saunders, à Charlton[15]. Pour dévaliser une semaine plus tard un gentilhomme nommé Sheldon à Croydon, Turpin arrive cette fois masqué et armé de deux pistolets, en compagnie de quatre autres membres de la bande. Au cours de ce même mois, deux hommes appartenant peut-être au même groupe cambriolent la maison du révérend Dyde. Ce dernier n'est pas présent mais les deux hommes tailladent le visage de son valet « avec barbarie ». Une attaque similaire est menée le à Loughton[13] :
« Dimanche, tôt le matin vers sept heures, cinq scélérats munis de pistolets entrèrent dans la maison de la veuve Shelley à Loughton, dans l'Essex. La vieille dame fut menacée de mort si jamais elle refusait de leur dire où son argent était caché, ce qu'elle refusa opiniâtrement de faire au début. Ils menacèrent de l'exécuter si elle ne leur répondait pas sur-le-champ, chose qu'elle n'aurait pas faite. Mais son fils, se trouvant dans la pièce et aussi menacé de mort, s'écria qu'on ne tue pas sa mère. Ils l'écoutèrent, sur quoi ils montèrent à l'étage où les attendaient près de 100 £, une chope en argent, d'autres plats et toutes sortes de biens ménagers. Par la suite, ils descendirent dans la cave où ils vidèrent plusieurs bouteilles de bière et de vin, firent griller de la viande, mangèrent des restes de veau, etc. Pendant ce temps-là, deux membres de la bande allèrent visiter la ferme de M. Turkles qui loue à la veuve une extrémité de sa maison. Ils lui dérobèrent plus de 20 £ avant de déguerpir tous, emportant avec eux deux chevaux pour transporter leur butin. Les chevaux furent retrouvés dans la matinée au milieu d'Old Street. Ils restèrent environ trois heures dans la maison. »
— Rapport paru dans le Read's Weekly Journal (8 février 1735)[16].

La bande vit en dehors mais aussi à l'intérieur de Londres. Turpin reste quelque temps à Whitechapel avant de partir pour Millbank[17]. Le , il fait la rencontre de John Fielder, Samuel Gregory, Joseph Rose et John Wheeler dans une auberge sur Broadway à Londres. Ils y planifient un cambriolage chez Joseph Lawrence, un exploitant de la ferme Earlsbury à Edgware. En fin d'après-midi, après s'être arrêtés en chemin à deux reprises pour boire et manger, les bandits capturent un jeune berger avant de faire irruption, armés de pistolets, chez Lawrence. Ils ligotent les deux servantes et s'en prennent violemment au vieux fermier de soixante-dix ans. Ils lui baissent la culotte au niveau des chevilles et le traînent dehors tout autour de la maison mais Lawrence refuse de révéler où il cache ses économies. Turpin s'acharne à coups de crosses sur le fessier nu et meurtri de Lawrence tandis que d'autres membres de la bande le frappent au visage avec leurs armes. Ils versent ensuite le contenu d'une bouilloire sur sa tête, le forcent à s'asseoir fesses nues sur le feu et le traînent autour de la maison par le nez et les cheveux. Gregory emmène avec lui une des servantes à l'étage et la viole. La bande prend ensuite la fuite, emportant moins de 30 £ en guise de butin[18].
Trois jours plus tard, en compagnie des mêmes hommes, de William Saunders et de Humphrey Walker, Turpin cambriole avec violence une ferme à Marylebone. L'attaque rapporte à la bande moins de 90 £. Le jour suivant, le Duc de Newcastle offre une récompense de 50 £ en échange d'informations pouvant conduire à la condamnation des « divers individus » impliqués dans les deux vols perpétrés à Woodford ainsi que dans ceux de la veuve Shelley et du révérend Dyde. Le , Fielder, Saunders et Wheeler sont appréhendés.
Il existe cependant deux récits de leur capture. Dans le premier, le propriétaire d'une brasserie à Edgware affirme qu'avant d'aller cambrioler la ferme de Lawrence, la bande s'est arrêtée dans son établissement, et que le , alors qu'il est en déplacement, son attention est attirée par un groupe de chevaux devant une brasserie de Bloomsbury. Il reconnaît ces chevaux comme étant ceux montés par le même groupe d'hommes qui, avant l'attaque subie par Lawrence, se sont arrêtés dans sa brasserie. Il fait alors appel à l'agent paroissial. Le second récit affirme que deux membres de la bande sont repérés par un des domestiques de Joseph Lawrence[19]. L'arrestation est toutefois connue : les trois hommes, qui sont alors en train de boire en compagnie d'une femme (peut-être Mary Brazier), sont immédiatement arrêtés et conduits en prison[notes 4]. N'ayant peut-être pas alors plus de 15 ans, Wheeler ne tarde pas à trahir ses complices et des portraits de ces derniers circulent dans la presse avant même qu'ils ne soient capturés. Dans les pages du journal londonien, le London Gazette, Turpin est ainsi décrit :
« Richard Turpin, boucher de profession, est un homme au teint pâle de grande taille, particulièrement marqué par la variole, âgé d'environ vingt-six ans, mesurant environ un mètre soixante-quinze, a vécu à Whitechapel il y a quelque temps et a logé dernièrement dans les environs de Milbank et de Westminster, porte une veste bleu terne et une perruque naturelle. »
— Numéro du du London Gazette[21].
Fin de la bande de l'Essex

Après les aveux de Wheeler, les autres membres de la bande s'enfuient de leurs repaires habituels. Gregory et les autres sont informés par Turpin de l'arrestation de Wheeler, qui quitte ensuite Westminster[23]. Le , alors que Wheeler fait ses aveux, « trois des quatre hommes » (probablement Samuel Gregory, Herbert Haines, Turpin, et Thomas Rowden) cambriolent la maison de Madame St John, à Chingford. Le jour suivant, Turpin quitte le groupe avec Gregory et Haines, et regagne Hempstead pour voir sa famille. Il est possible que Gregory et Haines soient partis à la recherche de Turpin, puisqu'ils s'arrêtent dans une auberge à Debden pour y passer la nuit, le . Un homme nommé Palmer les reconnaît et appelle les autorités de la paroisse. Pendant l'altercation, les deux voleurs prennent la fuite. Ils rejoignent Turpin, et voyagent peut-être vers Gravesend au même moment que Jones et Rowden[25] avant de retourner à Woodford[26]. Une autre affaire de vol a été déclarée fin février (probablement menée par Gregory et ses hommes), mais, sans issue de secours et recherchés par les autorités, les derniers membres de la bande font profil bas et se cachent dans la forêt d'Epping[27].
Six jours après l'arrestation de Fielder, Saunders et Wheeler, au moment où Turpin et ses complices rentrent de Gravesend, Rose, Brazier et Walker sont capturés chez un vendeur de matériel à Westminster[28]. Fielder, Rose, Saunders et Walker sont alors jugés dans le Middlesex entre le et le [29]. Turpin et Gregory sont eux aussi inculpés pour cambriolage[30],[31]. Walker meurt alors qu'il est incarcéré à Newgate, mais les trois autres membres sont pendus à Tyburn le , puis on laisse leurs corps pourrir, accrochés à des gibets sur Edgware Road. Le corps de Walker est quant à lui pendu enchaîné[32]. Deux jours avant la pendaison, le signalement de « quatre hommes dangereux » chassés d'une auberge à East Sheen, paraît dans le journal local, décrivant probablement Gregory et ses hommes[33], mais les autres membres de la bande ne sont pas signalés avant le , date à laquelle trois d'entre eux tentent sans succès de dérober un cheval au serviteur du comte de Suffolk.
Turpin et quatre membres de la bande sont présents lors d'un autre pillage, signalé de [34]. Jasper Gregory est capturé et exécuté fin mars. Ses frères sont arrêtés le [35] à Rake, dans le Sussex de l'Ouest, après un combat durant lequel Samuel se fait trancher le bout du nez et Jeremy prend une balle dans la jambe. Il meurt dans la prison de Winchester alors que Samuel est jugé en mai[36], et exécuté le . Son corps est enlevé pour être rependu, enchaîné, aux côtés de ses complices sur Edgware Road. Brazier est quant à elle déportée dans les Treize colonies, futurs États de la côte est des États-Unis d'Amérique[37]. Herbert Haines est arrêté le et exécuté en août[38]. John Wheeler, qui est utilisé pour faire accuser ses collègues dans différentes affaires, est, pour sa part, libéré et meurt en à Hackney. La cause de sa mort est inconnue mais il est fort possible qu'il s'agisse d'une mort naturelle[39].
Le bandit de grand chemin
Débuts de la légende criminelle
Après la dissolution de la bande de l'Essex par les autorités, Turpin se tourne vers le crime qui fait sa renommée : le banditisme de grand chemin. Il se peut qu'il ait été impliqué dans ce type d’activité auparavant, les 10 et [35]. Il n'est, néanmoins, identifié comme tel qu'à partir d'un forfait commis le sous le nom de « Turpin le boucher », réalisé en compagnie de Thomas Rowden, « le collectionneur d'étain ». Quelques jours après, les deux comparses frappent à la forêt d'Epping, et dépossèdent un homme de Southwark de tous ses biens. Avec une mise à prix supplémentaire de 100 £ sur leurs têtes, ils poursuivent leurs activités jusqu'à la fin de l'année 1735. En août, ils volent cinq personnes voyageant en voiture sur Barnes Common, puis ils attaquent peu après les passagers d'une autre voiture entre Putney et Kingston Vale. Le , les deux compères soulagent un certain M. Godfrey de 6 guinées et de son portefeuille, sur Hounslow Heath. Craignant d'être arrêtés, ils prennent la direction de Blackheath dans le Hertfordshire et retournent ensuite à Londres[40]. Le , les deux bandits sont aperçus près de Winchester, avant qu’ils ne se séparent fin décembre, après la capture de John Jones[40]. Rowden a déjà été condamné pour contrefaçon d'argent auparavant, et en , il est condamné pour trafic de fausses pièces de monnaie sous le pseudonyme de « Daniel Crispe »[41]. La véritable identité de Crispe est finalement rétablie et il est exilé en [39]. Jones est quant à lui condamné aux travaux forcés dans les Treize Colonies[37].
Il existe peu d'informations concernant les faits et gestes de Turpin pendant l'année 1736. Il se peut qu'il soit allé en Hollande, où plusieurs personnes l'auraient aperçu, mais il se peut aussi qu'il ait adopté un pseudonyme et qu'il ait disparu aux yeux de tous. En , il passe la nuit à Puckeridge avec sa femme, leur domestique et un homme appelé Robert Nott[42]. Turpin organise la rencontre en écrivant une lettre, qui est cependant interceptée par les autorités[43]. Alors que Turpin fait faux bond à ses ennemis, en s'échappant vers Cambridge, les autres comparses sont arrêtés parce qu’ils sont « fortement suspectés d'être de dangereux malfaiteurs et de vols sur les grands chemins ». Ils sont conduits à la prison d'Hertford, même si les femmes sont ensuite acquittées et que Nott est libéré aux assises suivantes.
Bien qu'un rapport, fin mars, suggère que Turpin aurait détroussé à lui seul un groupe de marchands ambulants, il est également rapporté que pendant ce même mois il travaille avec deux autres bandits de grand chemin, Matthew King (que l'on identifie à tort comme étant Tom King) et Stephen Potter. Le trio commet une série de vols entre mars et [44] et qui se termine par un incident à Whitechapel après que King (ou Turpin, selon le rapport) a volé un cheval près de la forêt de Waltham. Son propriétaire, Joseph Major, raconte le vol à Richard Bayes, le tenancier du pub nommé The Green Man, à Leytonstone. Bayes, qui écrit ensuite une biographie de Turpin, suit la trace du cheval jusqu'au Red Lion à WhiteChapel. Major reconnaît l'animal, mais comme il se fait tard et que les chevaux n'ont pas encore été récupérés par leurs propriétaires, ils décident de se cacher et d'attendre. John King (le frère de Matthew King) arrive tard dans la nuit et est rapidement appréhendé par la délégation à la tête de laquelle se tient le chef de la police locale. John King avoue que son frère, qui attend non loin de là, officie dans les environs[notes 5],[45]. Lors de la mêlée qui s'ensuit, King est blessé par balle[42], et meurt le [46]. Potter est arrêté quelque temps plus tard, puis relâché à l'issue de son procès, faute de preuves[47].
Le meurtrier
La déclaration de Bayes concernant la mort de Matthew King est probablement fortement embellie. Plusieurs rapports, dont celui de Turpin lui-même[48], offrent en effet des versions différentes de ce qu'il se passe véritablement cette nuit de . Les premiers rapports racontent que Turpin a tué King. Cependant, le même mois, le journal qui a auparavant rapporté ce fait se rétracte et déclare que Bayes est l'auteur du coup de feu fatal[49]. L'assassinat de King précède cependant un événement qui change complètement la vie de Turpin. Ce dernier s'échappe d'une cachette à Epping Forest, où Thomas Morris, le servant de l'un des Conservateurs locaux, le voit. Le , lorsque Morris, armé de pistolets, tente de le capturer, Turpin lui tire dessus avec une carabine et le tue. Le meurtre est rapporté dans le Gentlemen's Magazine :
« Ayant été rapporté au Roi, que Richard Turpin, le mercredi 4 mai, a commis le meurtre barbare de Thomas Morris, servant d'Henry Tomson, l'un des Conservateurs d'Epping-Forest, ainsi que d'autres crimes et vols célèbres près de Londres, sa Majesté est heureuse de promettre son plus gracieux pardon à n'importe lequel de ses complices, et une récompense de 200 £ à quiconque le trouvera, de manière qu'il soit arrêté et condamné. Turpin est né à Thacksed dans l'Essex, la trentaine, boucher de métier, environ un mètre soixante-quinze, le teint mat, très marqué par la variole, des pommettes prononcées, un visage qui s'amincit vers le bas, des traits courts, plutôt droits et larges au niveau des épaules. »
— The Gentleman's Magazine (juin 1737)[50]

Selon plusieurs journaux, les 6 et , il commet plusieurs vols près d'Epping[notes 6]. Il est possible que Turpin ait aussi perdu sa monture. Le Elizabeth King tente de mettre en sécurité deux chevaux laissés par Matthew King à une auberge appelée le Red Lion. Des commentateurs suspectent que les chevaux appartiennent à des hommes de grand chemin et que King est arrêté afin d'être interrogé, mais est libéré plus tard faute de charges. Le meurtre de Morris déchaîne les passions au sujet de Turpin et une récompense de 200 £ est proposée pour sa capture[51].
Sous le nom de John Palmer
Vers , Turpin s'enregistre à l'auberge The Ferry Inn à Brough sous le pseudonyme de John Palmer (ou Parmen). Traversant la rivière Humber qui sépare les comtés historiques de East Riding of Yorkshire et Lincolnshire, il se fait passer pour un maquignon et partage régulièrement les parties de chasse des gentilshommes de la région. Le , Turpin tue le coq de quelqu'un dans la rue. Alors qu'il se fait réprimander par John Robinson, il menace de le tuer lui aussi. Trois hommes de loi d’East Riding : George Crowle (membre du parlement du parti de Hull), Hugh Bethell et Marmaduke Constable se rendent à Brough et consignent par écrit les suites qu'ils donnent à l'incident. Ils le menacent de le placer en conditionnelle, mais Turpin refuse de payer la caution et est incarcéré à la maison de correction de Beverley. Turpin est escorté jusqu'à Beverley par le gardien de la paix de la paroisse, Carey Gill[52]. Contre toute attente, il ne tente pas de s'échapper[53]. Derek Barlow émet l'hypothèse qu'à ce stade de sa vie, Turpin s'apitoie sur son sort, déprimé de constater que sa vie entière n'a été qu'une succession d'échecs[54].
Robert Appleton, greffier pour le comté d'East Riding, homme dont le compte rendu détaille l'incident précédemment cité, rapporte plus tard que trois juges de paix enquêtent sur la fortune de Palmer, soupçonnant un train de vie fondé sur des activités criminelles. Turpin, lui, maintient qu'il est un boucher qui a fui ses dettes et sa maison de Long Sutton dans le Lincolnshire. Lorsqu'il est contacté, le juge de paix de Long Sutton, un certain M. Delamere, confirme que John Palmer a habité la région pendant neuf mois[55], mais a été soupçonné de vol de moutons et a échappé à la garde de l'agent de police local. Delamere soupçonne également Palmer d'être un voleur de chevaux et il fait plusieurs dépositions en ce sens, précisant aux trois juges de paix qu'il préfère voir Turpin écroué[55]. Les trois magistrats jugent le cas trop sérieux pour laisser Palmer à la maison de correction de Beverley et demandent des garanties pour sa comparution aux assises d'York. Turpin refuse et c'est menotté qu'il est transféré au château d'York le [56].
Depuis 1545, le vol de chevaux est un crime majeur passible de la peine capitale[57]. Au cours des XVIIe et XVIIIe siècles, les crimes pour violation du droit de propriété faisaient partie des crimes les plus sévèrement punis et la plupart des 200 crimes passibles de la peine capitale concernent le droit de propriété[58]. Le vol avec violence est « le genre de crime pour lequel on risquait d'être inculpé et jugé avec la plus extrême sévérité, juste après le meurtre avec préméditation, un crime qui lui restait plutôt rare » note McKenzie[59]. Certains spécialistes font remarquer que ce qui est alors appelé le Bloody Code (« Code sanglant ») accorde plus de valeur à la propriété qu'à la vie humaine. Pour autant, seul un petit nombre des personnes condamnées à la peine capitale est exécuté. Clémence et discrétion deviennent les maîtres mots du système judiciaire anglais, encourageant patronage et obéissance à la classe dirigeante[60].
C'est dans ce contexte légal que Turpin vole plusieurs chevaux sous le pseudonyme de Palmer. En il dérobe un cheval à Pinchbeck dans le Lincolnshire et s'en sert pour aller rendre visite à son père à Hempstead. Il laisse la monture chez son père, volant trois autres chevaux sur le chemin du retour vers Brough. Tout le monde sait qu'il est le fils de John Turpin et le cheval est très vite identifié. C'est pourquoi, le , John Turpin est envoyé en prison pour l'accusation de vol de chevaux, charges qui sont cependant abandonnées le , grâce à l'aide qu'il apporte pour prévenir une rébellion de prisonniers. Environ un mois après le transfert de Turpin, sous le nom de Palmer, au château d'York[55], Thomas Creasy, propriétaire des trois chevaux volés, réussit à suivre leurs traces et à les récupérer. C'est pour ces derniers vols que Turpin est finalement jugé[61].

De sa cellule, Turpin écrit à son beau-frère, Pompr Rivernall, qui habite lui aussi à Hempstead. Rivernall est marié à Dorothée, la sœur de Turpin. La lettre est gardée au bureau de poste local. Voyant le cachet d'York, Rivernall refuse de payer les frais de postage, affirmant « qu'il n'avait aucun correspondant à York ». Que Rivernall n'ait pas voulu payer les frais de postage, ou qu'il préférât prendre de la distance avec les affaires de Turpin, nul ne le sait, toujours est-il que la lettre est transférée au bureau de poste de Saffron Walden où James Smith, qui a appris à écrire à Turpin à l'école, reconnaît l'écriture du bandit. Il avertit le juge de paix Thomas Stubbing qui paye les frais et ouvre la lettre. Le , Smith se rend au château d'York et identifie Palmer comme étant en réalité Dick Turpin[62]. Il reçoit pour cela les 200 £ de la récompense (l'équivalent de 27 000 £ en 2010) offerte par le Duc de Newcastle et initialement prévue pour le meurtre de Thomas Morris[63].
Dernières années
« Plusieurs personnes se dirigent vers lui pour le voir et lui donnent tous de l’argent. Il semble certain que personne ne veut lui nuire. »
Le procès
En dépit de quelques hésitations quant à l'endroit où le procès doit se tenir, le Duc de Newcastle exige que ce soit à Londres. Turpin est donc jugé par les assises de York[65]. Les procédures commencent le , trois jours après l'ouverture des assises d'été. Il est reconnu coupable du vol des chevaux de Creasy, à savoir : une jument d'une valeur de trois livres sterling, d’un poulain d’environ 20 shillings et d’un hongre de trois livres sterling. L’acte d’accusation précise que les infractions ont été commises le à Welton et désigne Turpin comme étant « John Palmer alias Pawmer alias Richard Turpin », dernier survivant du château d'York. Il devient donc un « labourer », terme fourre-tout désignant les hommes accusés d'un crime. D'un point de vue technique les charges ne peuvent être retenues car la date et le lieu sont faux ; les séances ont cependant eu lieu à Heckington en [66].
La séance est présidée par William Chapple, un juge expérimenté et respecté, âgé d'une soixantaine d'années. Le conseiller du roi Thomas Place et Richard Crowle, le frère de George, mènent l’accusation qui est enregistrée par Thomas Kyll, un résident de York. Turpin n’a pas d’avocat puisqu'à cette époque en Angleterre, les accusés n’ont pas le droit d'être légalement représentés. Il incombe au juge de tenir compte de leurs intérêts. Parmi les sept témoins à charge, il y a Thomas Creasy et James Smith, l’homme qui a reconnu l’écriture de Turpin.

Turpin ne pose pas de questions à ses accusateurs et, lorsqu’on lui demande s’il a une question à poser à Creasy, il répond : « Je ne peux rien dire car aucun de mes témoins n’est présent, je vous demande donc, votre Honneur, d’ajourner mon procès jusqu’à une date ultérieure. » Et, quand c'est au tour de Smith, il jure ne point le connaître. Lorsqu'il est interrogé, Turpin déclare avoir acheté la jument et le poulain à un aubergiste près de Heckington. Il répète la même histoire pour justifier son utilisation du pseudonyme Palmer, prétendant que c'est le nom de jeune fille de sa mère. Lorsque le juge lui demande quel est son nom avant son arrivée en Lincolnshire, il répond : « Turpin »[68]. Avant de quitter la salle d'audience, le jury le reconnaît coupable des vols dont il est accusé[69].
Avant de prononcer sa condamnation, le juge demande à Turpin s’il y a une raison pour laquelle il ne devrait pas être condamné à mort. Turpin répond : « tout cela est très difficile pour moi car je n'ai pas pu préparer ma défense. » Le juge lui répond : « Pourquoi n’y étiez vous pas préparé ? Vous saviez comme tous ici quand les assises se tiennent ». Turpin explique qu'on lui a dit que le procès aurait lieu en Essex. « C’est à tort qu’une telle information vous a été communiquée et son auteur est à blâmer. Votre pays vous ayant reconnu coupable d’un crime passible de peine de mort, il est de mon devoir de prononcer cette sentence à votre encontre » rétorque le juge[70], le condamnant ainsi à mort[71].
L'exécution
Des visiteurs rendent visite à Turpin avant son exécution (le geôlier est connu pour avoir vendu 100 £ d'alcool à Turpin et à ses visiteurs)[72], bien qu'il refuse l'aide d'un homme de foi qui lui donne de « sérieuses remontrances et avertissements »[73]. John Turpin expédie apparemment une lettre à son fils[notes 7], datée du , le suppliant de « demander pardon à Dieu pour ses nombreux péchés, ce que le voleur sur la croix reçut pour sa dernière heure »[75].

Turpin achète une nouvelle redingote et des chaussures neuves et, la veille de son exécution, il paye cinq pleureuses pour trois livres et dix shillings, à partager entre elles. Le samedi , suivi de ses pleureuses, Turpin et John Stead, un voleur de chevaux, sont emmenés dans une carriole ouverte de York à Knavesmire (en), une ville qui possède l'équivalent du gibet de Tyburn près de Londres. Turpin « montra beaucoup d'assurance » et « salua les passants quand il passa devant eux »[77]. Il monte l'échelle sur la potence et parle à son bourreau, également repris de justice. York n'a pas de bourreau attitré et il est à cette époque de coutume de faire tenir ce rôle à un prisonnier en échange d'une remise de peine. L'homme qui exécute Turpin est lui aussi un bandit de grand chemin, Thomas Hadfield[76]. Un rapport dans le Gentlemen's Magazine du fait état de l'assurance de Turpin, qui « était imperturbable ; tandis qu'il montait sur l'échelle, sentant sa jambe droite trembler, il dit quelques mots à l'homme se trouvant au sommet, se jeta tout seul et mourut en cinq minutes »[78].

La méthode de pendaison, sans chute, provoquait la mort par strangulation lente. Ainsi, Turpin est laissé pendu jusqu'à la fin de l'après-midi avant d'être récupéré et amené à une taverne de Castlegate (en)[79]. Le matin suivant, son corps est enterré au cimetière de l'église Saint-George à Fishergate, à l'opposé de ce qui est actuellement l'église catholique romaine de Saint-George.
Le mardi suivant l'enterrement, il est rapporté que le corps a été dérobé par des voleurs de cadavres. Le vol de cadavres, dans le cadre de la recherche médicale, est à cette époque une chose assez commune et probablement tolérée par les autorités de York. En revanche, pour le public, cette pratique est peu appréciée et les voleurs de cadavres, ainsi que le corps de Turpin, sont rapidement retrouvés par un groupe de personnes. Le corps est donc enterré à nouveau, avec cette fois de la chaux vive. Le corps de Turpin est supposé reposer dans le cimetière de Saint-George (en), bien que des doutes persistent quant à l'authenticité de la tombe[80].

