Il se rendit célèbre par ses travaux immenses (on le surnomma pour ce motif χαλκέντερος/ khalkénteros, signifiant «aux entrailles de bronze»), et par la multitude de ses ouvrages, qu'il porta jusqu'au nombre de 4 000[1], et qui étaient, pour la plupart, des commentaires sur un très grand nombre d'orateurs et de poètes grecs. Il s'intéressait à tous les aspects des livres commentés: critique du texte, interprétation, explication des termes mythologiques, géographiques ou historiques, analyse rhétorique. Il rédigea ainsi six livres de critiques contre Cicéron, qualifiés de «jappements de roquet contre un lion» par Ammien Marcellin[2]. Il est également l'auteur de traités de grammaire. Quintilien rapporte que, ayant écrit plus de livres qu'il ne pouvait s'en souvenir, Didyme ne crut pas une histoire qu'on lui raconta. On lui montra alors un de ses propres ouvrages dans lequel il la tenait pour vraie[3].
Cependant le chercheur Paul Foucart[4] avance une explication permettant d'expliquer la réputation d' auteur très prolifique attachée à Didyme dès l'antiquité
Didyme a suivi les cours d'érudits auprès de la bibliothèque d'Alexandrie dans sa jeunesse. Il a pu a cette occasion établir des notes de lectures d'auteurs majeurs. De telles notes ont pu ensuite servir d'éléments de départ de son travail d'érudition exégétique.
Il est très probable aussi que Didyme s'était attaché les services d'affranchis voire d'esclaves pour rédiger des recensions thématiques de divers auteurs utiles pour ses commentaires sur des œuvres majeures a venir (tels que les commentaires de l'orateur Démosthène). Tel son affranchi Apion, qui semble avoir été un veritable partenaire d'érudition.
Il est ainsi probable que des personnes a son service, ont lu pour lui, et ont aussi dépouillés, puis recopiés certaines œuvres secondaires comme travail préparatoire à ses commentaires.
De ce travail immense, seuls des fragments nous sont parvenus, rassemblés en 1854 par M. Schmitt.
Didyme un grand érudit dans la tradition savante alexandrine
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En 1904 a été découvert une partie assez conséquente de son commentaire sur les Philippiques de Démosthène.
Ce nouveau papyrus permet d'entrevoir le véritable travail d'érudition de Didyme, dans la tradition solide Alexandrine.
Pour établir le commentaire de l'œuvre, il part toujours de la vulgate du texte fixée par Aristophane de Byzance, à Alexandrie, puis tout au long du texte original, il explicite des termes, des concepts, ou des évènements en prenant appui sur une pluralité de source de qualités. il confronte ses sources, établit des comparaisons logiques, y applique le sens critique. Cette méthode se laisse bien voir dans les vestiges du papyrus P berol 9780 de son commentaire de Démosthène.
Dans l'esprit de Didyme, tels que le démontrent les fragments papyrologiques, il ne s'agissait pas rééditer le texte même des œuvres de chaque auteur, avec des notes enrichies, mais bien plutôt des commentaires indépendants reprenant les extraits avec des commentaires d'érudition à leurs suites. Il fut bien supérieur à ses devanciers, et fit preuve de sagacité dans le choix de ses sources, et des thématiques a préciser . au final il avait su déployer une grande qualité d'érudition dans ses analyses[5].
Dans l'esprit de Didyme, selon la tradition alexandrine, il s'agissait d'éclairer, de dater, de contextualiser les termes et faits reproduits dans les œuvres majeures des auteurs anciens. C'est un travail d'érudition philologique, stylistiques et historique.
Il fournit un éclaircissement, mentionne une erreur historique, ou une déformation au regard de plusieurs témoignages externe sur le sujet . Il s'agit d'un commentaire savant, solide qui fait preuve d'érudition philologique.
Un papyrus en mauvais état Oxyrhynchus papyrus n°2506 part XXIX, nous a révélé la première partie de son commentaire des poètes lyriques anciens.
Les 176 fragments préservés nous redonnent quelques éléments d 'érudition de Didyme. Il explicite des éléments poétiques, et biographiques sur Stésichore ( la palinodie sur Troie ), Alcman ( nationalité), Sappho ( ses relations avec ses frères), Alcée ( et son accusation de meurtre)[6]...
Pour l'aider dans ce travail d'exégèse de qualité, il pouvait compter sur les riches et ressources de la bibliothèque d'Alexandrie.
Méthode exégétique de Didyme
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Son commentaire sur Démosthène est une bonne illustration de sa manière de procéder à l'exégèse de textes célèbres. Tous les commentaires réalisés par Didyme partaient d'un point de vue contextuel et historique (avec citations textuelles variées à l'appui). Il commençait toujours par discuter de la date de l'œuvre étudiée. Ensuite, selon la nécessité du texte commenté, il établissait de nombreux renvois historiques, des précisions du contexte, lieux, dates d'évènements, et éléments biographiques des personnes concernées par l'œuvre étudiée[réf.nécessaire].
La méthode exégétique de Didyme est la suivante: il commence par résumer l'argumentaire du discours, puis en discute l'authenticité, et sa date historique. Ensuite il s'attache paragraphe par paragraphe à y rattacher son commentaire savant visant toujours a préciser le sens et/ou fournir des éléments de contexte historique ou savants[réf.nécessaire].
D'après le papyrus retrouvé[Lequel ?], on peut ainsi concrètement retrouver sa méthode de commentateur:
Papyrus colonne 1 (fragmentaire): Démosthène sur la couronne
Expédition d'Athènes à Oreus et Erétrie en 342 av JC. (et référence à l'atthidographe Philochore);
Discours 4e philippique (fragmentaire):
Digression sur Hermias d'Atarnée et ses relations avec ses contemporains (référence à Hermippe, Théopompe, Callisthène),
Discussion les bienfaits d grand roi (perse) vis à vis d'Athènes (référence Philchore, et Anaximène),
Les préparatifs financiers d'Athènes avant la guerre et les finances de la cité Athénienne;
Réponse à la lettre du roi Macédonien Philippe;
Date et authenticité de cette lettre (références à Philochoros et Anaximène). Didyme par l'analyse stylistique remets en cause l'authenticité de cette lettre;
Référence au discours sur la couronne par Didyme pour indiquer que les Macédoniens ont déjà payé tribut à Athènes;
Référence aux relations Mégare et Athènes (citation de Théopompe).
Ainsi par exemple Didyme, dans son commentaire Les Philippiques de Démosthène au sujet du séjour d'Aristote auprès du satrape Hermias en Asie mineure confronte un récit historique soit favorable à Aristote et Hermias - Hermippe de Smyrne, auteur d'une biographie du philosophe de Stagire, ou Callisthène neveu d'Aristote -, soit défavorable - Anaximène de Lampsaque nettement hostile au philosophe, ou Théopompe[7].
Didyme connait de première main les œuvres de Callisthène (biographie d'Hermais), Théopompe (histoire de Philippe), Anaximène de Lampsaque (histoire de Philippe), Hellanicos de Lesbos (Mythologie), Andron d'Halicarnasse, Domitios Callistratos, etc.[8]
Autres ouvrages d'érudition sur les comédies grecques
De plus, il nous est resté un témoignage de ses commentaires sur les auteurs de comédies grecques. Il savait expliquer les allusions ou les reprises, redites effectuées par un auteur en s'inspirant d'un autre. C'est le cas de la pièce des rois d'Aristophane qui comporte une allusion sur l'usage du vin pour favoriser l'inspiration dont Cratinos en faisait une de des thématiques de sa pièce Lapytinie[9].
Formé dans l'environnement solide d'érudition alexandrine, il élaborait ses commentaires avec soins en croisant systématiquement une pluralité de sources antiques, et aussi parfois en interrogeant l'authenticité de tel ou tel passage par l'utilisation d'une analyse stylistique pertinente. Cette démarche rigoureuse associant érudition profonde, et esprit critique permettait à Didyme de contextualiser d'une manière érudite les œuvres majeures d'auteurs anciens. En cela il fut un digne successeur de l'érudition alexandrien illustrée par Callimaque dans son corpus de Pinakes (catalogue savants d'œuvres antiques).
Cette large et solide érudition permet de faire justice à la plaisanterie qui courait parmi ses contemporain sur ses contradictions présentes dans ses commentaires. En effet même un grand érudit comme lui, de surcroit très prolifique, pouvait parfois se contredire ci ou là. Cela ne déprécie en rien la qualité du travail réalisé par ce grand érudit, et grand lecteur. Un homme savant parcourant les bibliothèques pour y trouver aussi des témoignages anciens, oubliés, originaux ou méconnus lui permettant d'établir des commentaires savants. Didyme était un érudit de l'École d'Alexandrie, un homme érudit et à ce titre il a eu accès a la bibliothèque Alexandrine, qui au 1er siècle av. J.C., possédait encore un catalogue d'œuvres très abondant et diversifié.
De l'époque antique jusqu'aux temps byzantin, Didyme restera la référence inégalée du commentateur philologue. Bien peu après lui ne feront que compléter son immense travail philologique.
Liste de ses commentaires établie par des occurrences anciennes
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Sur le théâtre grec:
Commentaire suivi des comédies suivantes:
2 pièces de théâtre de la comédie d'Aristophane dénommée Ploutos présentées en 408 av JC, et 388 av JC[10].
Paul FOUCART, «Etude sur Didymos d'après un papyrus de Berlin», Persée in Mémoire de l(institut national de France, vol.tome 38, non°1, , pages 27 à 218
André WARTELLE, «Histoire du texte d'Eschyle», Sur Eschyle état de la question, vol.Les belles lettres open librairy, 1971 et réédition mise a jour ultérieure
(en) Ralph M ROSEN, «Cratinus Pytine and the construction of comic self», The Classical Press of Wales Duckworth, vol.the Rivals of Aristophanes, , chapitre 3 page 23
(en) Andréas WILLLI, «Didyme Chalcenterus et les deux pièces du Ploutus d’Aristophane», Cambridge University Press, vol.Société pour la promotion des études helléniques,
papyrus P. Berol. 9780, découvert en 1901 hermoupolis Egypte, conservé a Berlin fragments de plusieurs colonnes du commentaire suivi sur les philippiques de Démosthène.
(en) Denys PAGE, A Melic papyrus edition et commentaires, Angleterre, London Egypte Exploration Society, 1963 on oxyrhynchus papyri part. xxix
Annexes
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Editions
M. Schmidt, Didymi Chalcenteri grammatici Alexandrini fragmenta quae supersunt omnia, Teubner, 1854.
H. Diels, Didymi de Demosthene commenta, cum anonymi in Aristocrateam lexico, post editionem berolinensem recognoverunt H. Diels et W. Schubart, Leipzig, 1904.
Denys Page A Melic Papyrus part XXIX Oxyrhynchus Papyri memoirs n°41 , Lo,don Exploration Society 1963 , X-53 pages.
André WARTELLE Histoire du texte d'Eschyle le cas du commentaire de didyme les belles lettres open librairy ( libre ) 1971, et rééditions
Cécile DAUDE iudicia jugement de valeur dans les scholies aux olympiques dialogue Histoire ancienne n° en supplément DHA 2012
L. Pearson, S. Stephens, Didymi in Demosthenem commenta, Teubner, 1983 (en ligne).
Bruce Karl Braswell Didymos of Alexandria commentary on Pindar Bale Schwabe 2013 325 p.
Bibliographie
Paul Foucart, Étude sur Didymos d'après un papyrus de Berlin, p.27-218, dans Mémoires de l'Institut de France, Académie des Inscriptions et belles lettres, Imprimerie nationale, Paris, 1909, Volume 38 (lire en ligne)
Jean-Marie Flamand, Didymos Chalcenteros, dans Richard Goulet, Dictionnaire des philosophes antiques, CNRS Éditions, Paris 1994, tome 2, Babelyca d'Argos à Dyscolius, p.768–770(ISBN2-271-05195-9)