Différend territorial entre le Guyana et le Venezuela
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Il existe un différend territorial entre le Guyana et le Venezuela au sujet de la région de l’Essequibo[1], une zone d’environ 159 500 km2 située à l’ouest du fleuve Essequibo et parfois au-delà. Cette région est administrée par le Guyana, en tant que partie de six de ses régions[note 1], sur la base de la sentence arbitrale de Paris de 1899, mais elle est également revendiquée par le Venezuela en tant qu’État de Guayana Esequiba[2],[3],[4]. Le différend, appelé aussi conflit de l’Essequibo[5], trouve son origine dans les arrangements coloniaux entre l’Espagne, les Pays-Bas et le Royaume-Uni, et persiste après l’indépendance du Guyana et du Venezuela. Les deux pays présentent des revendications historiques et juridiques concurrentes sur ce territoire.
En 1835, le gouvernement britannique charge l’explorateur et naturaliste germano-britannique Robert Hermann Schomburgk de relever les frontières de la Guyane britannique. Cette mission aboutit à la définition de la ligne dite « Schomburgk », rejetée par le gouvernement vénézuélien ainsi que par les autorités britanniques, la version étendue de cette ligne n’incluant pas l’ensemble du bassin du Cuyuní revendiqué par le Royaume-Uni[6]. Les tensions s’aggravent après la découverte de gisements aurifères dans la région en 1876 et culminent en 1887, lorsque le président vénézuélien Antonio Guzmán Blanco rompt les relations diplomatiques avec le Royaume-Uni. Le Venezuela confie alors sa représentation aux États-Unis, sans délégation nationale propre. Le Royaume-Uni et le Venezuela soumettent ensuite le différend à un arbitrage international, sous médiation américaine, qui aboutit à la sentence arbitrale de Paris de 1899, largement favorable au Royaume-Uni. En 1949, un mémorandum rédigé par Severo Mallet-Prevost, secrétaire officiel de la délégation américano-vénézuélienne lors de l’arbitrage et publié à titre posthume, affirme que cette décision résulte de pressions exercées par le président du tribunal, Friedrich Martens, et d’un accord politique entre la Russie et le Royaume-Uni. Ce document conduit le Venezuela à saisir les Nations Unies en 1962, ce qui mène à la signature de l’accord de Genève avec le Royaume-Uni en 1966.
Le statut du territoire est encadré par l’accord de Genève, signé le par le Royaume-Uni, le Venezuela et la Guyane britannique. Selon ce traité, les parties s’engagent à chercher une « solution pratique, pacifique et satisfaisante » au différend, et en cas d’impasse, à confier à un « organe international approprié »[7] ou, à défaut d’accord à ce sujet, au secrétaire général des Nations unies[7], le choix du moyen de règlement. Sur la base de cette clause, le secrétaire général a saisi la Cour internationale de justice (CIJ), qui a accepté en la requête présentée par le Guyana pour trancher le différend[8]. En , le gouvernement vénézuélien a organisé un référendum consultatif demandant à son électorat s’il souhaitait que la région devienne un État du Venezuela et que sa population devienne citoyenne vénézuélienne, une consultation dont les autorités ont affirmé qu’elle a reçu un large soutien[9], bien qu’aucun vote n’ait eu lieu dans la zone contestée[10].
Le Venezuela revendique actuellement l’ensemble des terres situées à l’ouest du fleuve Essequibo, qu’il désigne sous le nom de Zona en Reclamación (zone en réclamation)[11]. Cette revendication ne comprenait pas historiquement les affluents de l’Amazone ni la région de Pirara, qui avaient été attribués à la Guyane britannique en 1904 à l’issue d’une procédure d’arbitrage avec le Brésil. La frontière nord-ouest de cette zone correspond au tracé établi en 1905 par la Commission mixte de frontière britanno-vénézuélienne, conformément à la sentence arbitrale du . Le Venezuela cherche à remettre en cause les frontières légales issues de cet arbitrage et accepte aujourd’hui uniquement la frontière suivant le cours du fleuve Essequibo.
En , l’Assemblée nationale du Venezuela adopte une loi désignant la région disputée de l’Essequibo comme un nouvel État du Venezuela, avec une administration depuis la ville de Tumeremo dans l’État de Bolívar. Selon le texte, cette création de « Guayana Esequiba » fait partie de la politique vénézuélienne de défense de sa revendication territoriale et devrait être soumise à la Cour suprême pour validation de sa constitutionnalité. La région reste cependant sous administration du Guyana et demeure l’objet d’un différend territorial porté devant la Cour internationale de justice[12],[13].