Diète cétogène
régime alimentaire
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La diète cétogène, ou régime cétogène, est un régime alimentaire à très basse teneur en glucides compensé par un renfort de lipides et un apport équilibré en protéines. Elle a été mise au point après qu'il a été observé que le jeûne et la cétose faisaient parfois disparaitre des épilepsies sévères[1]. Le gras métabolisé crée un état de cétose nutritionnelle. Ce régime présente des risques de déficit en vitamines, en minéraux, en fibres, peut accentuer l’ostéoporose[2], et dès lors ne devrait être suivi qu'après consultation d'un diététicien ou d'un médecin nutritionniste[3].
Initiée par les médecins français G. Guelpa[4] et A. Marie dans les années 1900-1910 sous forme de jeûne pour le traitement de l'épilepsie et du diabète, le régime cétogène est étudié et diffusé aux États-Unis à partir de 1921, où le Docteur Wilder émet l'hypothèse d'un régime gras relié à la cétonémie et où les médecins Helmholtz et Keith l'expérimentent pour le traitement de l'épilepsie. Ce régime trouve aujourd'hui d'autres applications :
- dans le cadre de régimes amaigrissants (s'oppose à une alimentation à base d'aliments complets d'origine végétale) ;
- comme mode d’alimentation privilégié par certaines catégories de sportifs recherchant en particulier une meilleure endurance[5],[6].
L'alimentation cétogène est traditionnelle chez les Inuits[7], des Maasaï[8],[9] et chez certains peuples autochtones d’Amérique du Nord[10].
Principes
Les différentes formes de régime cétogène prescrivent une « réduction massive de l’apport en glucides et un apport important de lipides (70 à 90 % de la ration calorique totale) »[1]. La réduction des hydrates de carbone va généralement jusqu'à moins de 50 g par jour, mais certaines variantes suggèrent de réduire jusqu’à moins de 20 g d’hydrates de carbone par jour[11]. Une augmentation relative des apports de graisses compense cette réduction. Après plusieurs jours de régime, les réserves de glucose (c’est-à-dire les stocks de glycogène dans le foie et les muscles squelettiques) deviennent insuffisantes pour répondre aux besoins en énergie. Dès lors, le substrat énergétique principal est fourni par la dégradation des acides gras et par conséquent leur transformation en corps cétoniques. On parle ainsi de cétose.
Les aliments riches en calories utilisables dans ce régime alimentaire sont, entre autres, le beurre, la crème, l'huile de noix de coco, l'huile d'olive, l'huile d'avocat, l'huile de type MCT.
Les glucides, présents surtout dans le pain et les féculents, sont éliminés, la quantité de fruits est également fortement réduite.
Un régime complexe à suivre
Comme mentionné plus haut, le régime cétogène autorise entre 20 et 50 grammes de glucides par jour (ce qui est très peu si l'on considère que la recommandation générale est de 130 grammes par jour[12]). Ces glucides doivent bel et bien être remplacés par autre chose, à savoir des graisses et des protéines. Puisqu'il peut être compliqué de faire un calcul à chaque repas, plusieurs plateformes offrent des recettes certifiées cétogènes, où le compte de glucides a déjà été établi et est compatible avec le régime. Le néphrologue canadien Jason Fung recommande ce régime à la majorité de ses patients ainsi que le jeûne intermittent et a contribué à fonder le site Diet Doctor pour faciliter la vie des gens adoptant le régime cétogène. Un exemple, contenant 7 grammes de glucides serait une assiette de poulet grillé avec une salade de chou et d’oignon en accompagnement. Les condiments ici sont de la mayonnaise et de l’huile d’olive, toutes deux riches en gras et faibles en glucides. Un exemple de petit-déjeuner considéré cétogène pourrait être composé de deux œufs, quelques tranches de bacon, un demi-avocat et quelques tomates cerises[13].

Ce régime est très restrictif et comprend une grande liste d’aliments proscrits. Parmi eux, on retrouve toutes les céréales, les sucres raffinés, les féculents, les jus, plusieurs fruits, les fèves et les alcools. Les aliments riches en énergie mentionnés dans la liste présentée plus haut ne sont pas les seuls à être inclus dans ce régime. Même si on évoque principalement les graisses, les protéines gardent un rôle important et peuvent inclure n’importe quelle sorte de viande, poisson et volaille, ainsi que les œufs, le tofu et certaines fruits à coque (noix, amande). Plusieurs légumes, notamment dans la catégorie des crucifères, sont également permis et recommandés[14]. Les régimes les plus courants préconisent de l’ordre de 70-80 % de graisses sur le total des calories quotidiennes, 5-10 % de glucides et 10-20 % de protéines.
Selon ses partisans, sa mise en œuvre est à présent mieux maitrisée, en diminuant les contraintes par une diversification des aliments et des recettes, et via un calcul simplifié de la part de lipides et non-lipides à absorber[1]. « La tolérance de ce régime au long cours est bonne, avec une supplémentation vitaminique et en oligoéléments adéquate »[1].
Utilisations
En médecine - l'épilepsie
Concernant son application à l'épilepsie, ses indications chez l’enfant étant de mieux en mieux cernées, il a été utilisé davantage à partir des années 1990, notamment dans les pays anglo-saxons et en France, avec « une efficacité reconnue dans plus de 30 % des cas d’épilepsie pharmacorésistante avec crises fréquentes » et on a considéré qu'il pouvait aussi traiter certaines maladies du métabolisme énergétique[1]. Toutefois, compte-tenu de la faiblesse des échantillons et de méthodologies peu claire, Cochrane considère que ces données n'ont pas de caratère probant[15].
Pour certains sports - bénéfices attendus
Les effets positifs induits incluent la baisse de la masse corporelle du sportif, un facteur-clé de performance pour les cyclistes en montagne. Chez des cyclistes entraînés, un régime cétogène à long terme a montré plusieurs effets positifs [16]:
- Réduction du poids corporel et de la masse grasse, accompagnée d’une amélioration du profil lipidique (baisse du LDL, hausse du HDL).
- Augmentation relative du VO₂max et du VO₂ au seuil lactique, probablement en raison d’un corps plus léger et d’une meilleure capacité d’oxydation des graisses.
- Diminution du quotient respiratoire (RER), indiquant une plus grande utilisation des lipides lors de l'effort.
- Baisse de l’activité de marqueurs de dommages musculaires (CK, LDH), a priori témoignant d'une meilleure récupération ou d'un stress oxydatif réduit.
En 2023, les recommandations pour les compétiteurs sont d'utiliser le régime cétogène lors du travail foncier pour permettre une augmentation de l’oxydation des graisses lors de l’exercice (le corps s’habitue à utiliser plus de lipides comme carburant). il présente un intérêt pour les séances à intensité modérée, longues, pour en quelques sortes « entraîner le métabolisme des graisses » et réduire les fluctuations. Lors des compétitions, un apport constant de glucide est à l'inverse la norme[17].
En effet, avec le régime cétogène, la puissance maximale et celle au seuil lactique baissent par rapport à une alimentation mixte (glucides inclus). Ainsi, si le régime cétogène favorise l’endurance aérobie et la métabolisation des graisses, elle limite la performance maximale. Elle serait donc intéressante globalement pour les sportifs d’endurance à intensité modérée, comme les vététistes longue distance, les randonneurs, les triathlètes d’ultra-distance ou les cyclistes en préparation foncière, ou les amateurs qui veulent stabiliser leur énergie sur de longues périodes sans dépendre d'apports fréquents en glucides. Elle est à proscrire pour des entraînements à haute intensité et les sports nécessitant des efforts plus intenses ou de l'explosivité.
Depuis au moins 2015 et encore en 2025[18], les All Blacks suivent un régime cétogène : Nic Gill responsable de leur préparation physique depuis 2007 est aussi professeur et chercheur en sciences du sport à l’université technologique d’Auckland (AUT, Nouvelle-Zélande)[19]. Le menu est adapté au calendrier des compétitions et laisse une part minime aux sucres en amont des matchs[20].
Effets sur la santé
Cancer
Certaines cellules cancéreuses étant incapables d'assimiler les corps cétoniques (effet Warburg), le régime cétogène a été envisagé comme traitement contre le cancer[21],[22]. Une méta-analyse de 2018 a examiné les preuves issues d'études précliniques et cliniques sur les régimes cétogènes dans le traitement du cancer. Certaines études sur les humains suggèrent un effet anti-tumoral, notamment sur les glioblastomes multiformes, mais pour les autres cancers et les autres études, aucun effet anti-tumoral n'est constaté. Dans l'ensemble, malgré quelques résultats contradictoires, les études suggèrent que le régime cétogène aurait plutôt un effet anti-tumoral que pro-tumoral pour la plupart des cancers solides[23].
Les preuves d'un éventuel effet bénéfique sur ces pathologies n'ont pas atteint un niveau suffisant pour que des recommandations médicales soient formulées[24],[25],[26].
Épilepsie
Une étude conduite par l'université Johns-Hopkins[27] a rapporté que 50 % des patients ont eu une baisse de 50 % ou plus des crises, 29 % rapportant une baisse de 90 % ou plus. Ces patients avaient auparavant essayé en moyenne six médicaments anticonvulsivants différents. Le taux de succès des patients qui ont répondu avec succès à la médication n'a pas été mesuré dans cette étude, et ne semble pas l'être dans les études plus récentes.
Le régime a son efficacité dans environ 30 % des cas où plusieurs médicaments contre l'épilepsie ont échoué[1].
L'absence d'étude en double aveugle est l'une des raisons entravant l'acceptation à grande échelle par le corps médical.
Une étude en double aveugle du régime cétogène publiée en 2009 et concernant le syndrome de Lennox-Gastaut ne montrait pas de différence significative avec le placebo, bien qu'il existât une possible tendance à la réduction des crises[28].
Contraintes
Elle demande une organisation familiale assez stricte pour la préparation des repas de l'enfant à partir de recettes-types fournies par les diététiciens des hôpitaux. Il faut notamment veiller à ce que l'enfant ne consomme ni sucreries, ni boissons sucrées, ni pain etc. Tout le repas est contrôlé et pesé au gramme près. Le régime normalement mentionné dans un contexte de traitement d'épilepsie est le protocole classique de l'hôpital Johns Hopkins avec un rapport de 4:1 (soit 4 fois plus de gras que de protéines plus glucides, en poids)[29],[30] mais il existe plusieurs types de régimes cétogènes. On peut mentionner le protocole de l'hôpital Sanggye Paik (aussi 4:1) développé pas les Drs Kim et Park, le régime à triglycérides à chaînes moyennes[31], le Régime Atkins[32], et la supplémentation avec des acides gras polyinsaturés[33].
Migraines
Certaines données encore non confirmées commencent à suggérer un intérêt de ce régime pour les personnes souffrant de migraines[34],[35].
Maladie d’Alzheimer
Une revue narrative de la littérature publiée dans Nutrients établit un lien bénéfique entre cétose et maladie d’Alzheimer[36]. La cétose induite par régime cétogène améliore la cognition et la qualité de vie chez les patients Alzheimer (légers à sévère s), une fois la cétose atteinte.
Le jeûne intermittent
Le jeûne intermittent est parfois associé au régime cétogène pour amplifier ses effets métaboliques. Il consiste à ne pas manger pendant une certaine période de la journée. Le plus efficace est le 16/8 qui comporte 16h de jeûne et 8 heures pour se nourrir sur 24 heures (par exemple de 12h à 20h)[37].
Restrictions
Certains sujets doivent éviter le jeûne :
- femmes enceintes ou qui allaitent[38] ;
- enfants et adolescents de moins de 18 ans[38] ;
- personnes en attente de résultats d'un problème de santé[38] ;
- personnes en convalescence d'une intervention chirurgicale ou d'un événement médical majeur[38] ;
- personnes prenant des antibiotiques[38] ;
- personnes souffrant d'anorexie[39].
Effets négatifs
Chez l'humain, des études montrent les effets suivants :
- hypercholestérolémie[40] et hyperlipémie[41] chez certains individus, particulièrement les personnes minces ou "lean mass hyper-responders";
- calculs rénaux[42] : un excès des corps cétoniques fabriqués par les gras du corps a tendance à acidifier le sang. Cette réaction, combinée à la part assez importante de protéines, peut causer un surplus d’acide urique[43] ;
- perte de poids[44] ;
- dysménorrhée[44] ;
- diminution de la densité osseuse, ralentissement de la croissance chez les enfants, augmentation du risque de fractures[45] ;
- acidocétose diabétique, particulièrement chez les personnes diabétiques ;
- constipation[43] ;
- nausées[43] ;
- apathie/céphalées[43] ;
La transition de source d’énergies dans le métabolisme peut se traduire par ce genre de symptômes. Cette période d’adaptation est d’une courte durée et s’estompe si le régime est bien suivi[46].
Sur les rats ou les souris :
- résistance à l'insuline[47] ;
- intolérance au glucose[48] ;
- stéatose hépatique, inflammation[49] ;
- diminution des cellules bêta du pancréas[50] ;
Les effets possibles à long terme (qui n'ont pas été mentionnés)[réf. nécessaire] :
- fonctionnement anormal du foie ;
- déshydratation ; il y a présence d’une baisse de l’insulinémie en raison du faible taux de sucre ingéré. Ce phénomène a comme effet de stimuler l’excrétion urinaire. Il y a alors une carence d’électrolytes. En adoptant un régime cétogène, il faut donc avoir un mode de vie et/ou une alimentation comprenant un apport complet d’électrolytes[51].
Autres effets
Changement d’haleine provoqué par la libération d’acétone : légère odeur fruitée de pommes mûres[52].
