Déforestation au Pérou
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La déforestation au Pérou est en forte augmentation depuis la fin du XXe siècle et le début du XXIe siècle, en particulier dans le bassin de l'Amazone où se trouve plus de la moitié de son couvert forestier. L'extension de l'agriculture explique en grande partie ce phénomène, avec l’extension consécutive de la culture de la coca et des pâturages. L'orpaillage clandestin et l'exploitation illégale de bois menacent également la forêt, réservoir d'une riche biodiversité, jusque dans les réserves naturelles, tandis que le gouvernement tente de mettre en place des mesures de protection en accord avec les instances internationales et le monde associatif.
Le niveau de déforestation est de 145 000 hectares par an en 2013, alors qu'il n'était que de 80 000 hectares en 2001[1]. En 2017, le pays a perdu 143 000 hectares sur un total de 69 millions[2]. En 2019, la perte fut de 147 402 hectares, soit une baisse de 4,7 % par rapport à l’année précédente, dont 47,2 pour la région de San Martín mais un accroissement dans le département de Junín[3]. En 2019, le couvert forestier s'étend sur 680 000 km2[4], dont 95 % en Amazonie[5].
Causes : défrichage et exploitation illégale

L'agriculture constitue la première cause de déforestation au Pérou[6] , en majeure partie à cause de la progression de parcelles de moins de 50 hectares. Les défrichages agricoles réduits ne viennent pas nécessairement de petits exploitants. Entre 2010 et 2014, l’État a été mis en cause pour avoir cédé 30 773 hectares de forêts à des sociétés agro-industrielles péruviennes ou internationales, profitant des failles juridiques, corrompant les autorités ou exerçant une pression sur les communautés locales[2].

Les années 1980 voient une forte augmentation de la culture de la coca dans l’Amazonie péruvienne, parfois en lien avec la guérilla. Dans le Haut Huallaga, les plantations ont entraîné une déforestation d'environ 600 000 hectares. Ce type de production a baissé dans les années 1990 en raison de la baisse des prix, de la lutte contre le narcotrafic, la fumigation de l'herbicide Spike et l’apparition du champignon Fusarium oxysporum. La dégradation des systèmes fourragers et le manque de moyens des éleveurs tendent ces derniers à défricher afin de créer de nouvelles aires de pâturages. Les cultures de végétaux du genre Brachiaria permettent cependant aux agriculteurs d'éviter de coloniser la forêt, par la mise en valeur des terres dégradées, car ces plantes supportent une forte acidité et améliorent la fertilité par leurs racines profondes[8].
Sixième producteur mondial d'or, le Pérou connaît également une activité d'orpaillage souvent illégale dans la forêt amazonienne, les mineurs rasant la forêt pour atteindre les cours d'eau et les plaines inondables. Une autoroute construite dans la région Madre de Dios, qui tire 50 % de son PIB des ressources aurifères, a donné accès ainsi à des endroits reculés et la réserve nationale Tambopata a été affectée par l'intrusion des chercheurs d'or en 2016[2]. Une étude publiée en 2011 montre que la déforestation engendrée par l’extraction minière culmine à une moyenne annuelle de 1 915 hectares entre 2006 et 2009, ce qui surpasse celle consécutive aux implantations agricoles. Le prix de l’or a augmenté de 360 % entre 2000 et 2010, ce qui complique la préservation des ressources naturelles dans un contexte de pauvreté. Les exploitations minières artisanales recourent massivement au mercure, ce qui pollue le sol, l'eau et l'air[9]. Début 2020, il est estimé que 100 000 hectares de forêts ont été détruits par l’orpaillage illégal depuis 1985, remplacés par plus de 30 000 étangs pollués[10].
En dépit des organismes institutionnels et des mesures législatives, l’exploitation illégale du bois continue à nuire à la gestion des forêts. Les contrevenants pratiquent la falsification des certificats, les faux inventaires forestiers et l'acception de plans opérationnels erronés par les autorités[2]. En 2018, encore 40 % du bois produit est d'extraction illégale[5]. Des régions habitées par des indiens sont soumises à des pressions de la part de bûcherons clandestins qui pillent sans contrôle le bois de mahogany (proche de l'acajou)[11].
Enjeux écologiques

La déforestation constitue une menace pour la riche diversité biologique du Pérou et de sa partie amazonienne en particulier. À Yanamono, près de Iquitos, un record mondial de biodiversité a été enregistré, avec plus de 900 espèces de plantes sur une parcelle d'un hectare[12]. Le département de San Martín, centre de la production de cocaïne dans les années 1990, comprend 2 600 espèces de plantes, dont 15 % endémiques, dans les zones de prédilection pour la coca, entre 500 et 2 000 mètres d'altitude. Or, il est estimé qu'en 1996, plus de 223 000 ha y sont consacrées à l'agriculture, principalement de la coca. La dégradation de la forêt tropicale pré-montagnarde pourrait atteindre jusqu'à 1 000 000 ha dans tout le pays[13].
Outre qu'elle encourage le défrichage, la culture de la coca telle qu'elle est pratiquée dans le piémont andin favorise l'érosion des sols : les lignes de plants suivent le sens des pentes, déjà sensibles à la dégradation en raison de leur déclivité. Elle perturbe le régime hydrique, ce qui provoque des inondations. Les rejets chimiques et toxiques contaminent l'eau et augmentent une pollution néfaste pour l'écosystème[12].