Démocratisation culturelle
processus d’élargissement du nombre d’individus en mesure d’accéder à la culture, comprise dans tous ses aspects (production et consommation), et d’y participer pleinement en acteurs légitimes.
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La démocratisation culturelle ou démocratisation de la culture est un modèle de politique publique de la culture et des arts visant à diffuser les œuvres considérées comme « capitales » ou légitimes au plus grand nombre. Apparue en France au milieu du XXe siècle, et popularisée avec le ministère de Malraux, cette doctrine repose sur l'idée que l'accès à la culture est un droit fondamental et un levier d'émancipation sociale. Elle subit progressivement des critiques, de par son aspect jugé trop « vertical » et descendant, et ses résultats mitigés, et donne lieu à des concepts concurrents, tels que la démocratie culturelle[Quoi ?].
Historique en France
Construction du modèle
Les prémices et l'éducation populaire
Le concept s'enracine dans les mouvements d'éducation populaire de la fin du XIXe siècle[1], puis les réformes du Front populaire sous Jean Zay[2],[3]. Après-guerre, des figures comme Jeanne Laurent posent les bases d'un service public culturel dès 1946[2],[3].
Le décret Malraux de 1959
La création du ministère des Affaires culturelles institutionnalise la démocratisation comme mission d'État[4]. Le décret fondateur stipule que le ministère doit « rendre accessibles les œuvres capitales de l’humanité [...] au plus grand nombre possible de Français »[2],[5]. Il s'appuie sur la politique de l'offre. André Malraux privilégie la création d'équipements structurants, comme les Maisons de la Culture, pour réduire les barrières géographiques. Ce modèle repose sur « Le choc esthétique », c'est-à-dire la conviction que la confrontation directe avec l'œuvre suffit à provoquer une émotion transformatrice sans médiation pédagogique complexe[6].
Analyses et débats critiques
Le constat sociologique de l'échec
Dès les années 1960, les sociologues Pierre Bourdieu et Alain Darbel remettent en cause l'efficacité du modèle dans L'Amour de l'art[3]. Ils soulignent notamment la question du capital culturel : l'accès aux institutions culturelles est conditionné par une socialisation familiale et scolaire préalable (l'habitus)[7]. Les inégalités demeurent persistantes : les enquêtes sur les pratiques culturelles montrent que les écarts de fréquentation entre cadres et ouvriers n'ont pas diminué significativement entre 1973 et 2008[3]. L'effet d'éviction est d'autre part souligné : La hausse globale de la fréquentation est principalement due à l'augmentation du niveau de diplôme général plutôt qu'à une réelle mixité sociale[8],[9].
Critiques du relativisme et du paternalisme
Dans les années 1980, des intellectuels comme Alain Finkielkraut critiquent la dilution de la culture savante dans le divertissement, tandis que d'autres dénoncent le caractère paternaliste d'une culture imposée « par le haut ».
Évolutions : vers la démocratie culturelle
Face aux limites de la démocratisation, le concept de démocratie culturelle émerge pour valoriser la diversité des expressions[10]. Le concept de droits culturels s'affirme : le Conseil économique, social et environnemental (CESE) préconise de passer d'une logique de diffusion à une logique de participation, où chaque individu est reconnu comme porteur de culture[7]. De même, les politiques actuelles se tournent vers la médiation et l'EAC (l'Éducation artistique et culturelle) pour agir sur la demande et donner aux citoyens les « codes » nécessaires à l'appropriation des œuvres[11].
Concept à l'échelle internationale
Le Conseil de l’Europe emploie le terme de « démocratisation culturelle » à partir des années 1960, jusqu’à ce que, dans les années 1970, celui de « démocratie culturelle » le concurrence ou le supplante[12]. Le phénomène est récurrent dans les politiques culturelles de plusieurs pays européens[13],[14],[15],[16],[17],[18] et américains[19],[20].