Médiation culturelle
formes de relation entre publics et œuvres
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La médiation culturelle est une forme particulière de médiation qui regroupe l'ensemble des actions visant à mettre en relation des gens — un public, des participants — avec une œuvre artistique (tableau, installation, pièce de théâtre, performance, œuvre littéraire ou cinématographique, œuvre musicale) ou une proposition culturelle (exposition, concert, thématique)[1],[2].
Ses finalités sont éducatives, récréatives, sociales et citoyennes. Voulant œuvrer tant sur le registre du sens, de l'appropriation culturelle que sur celui du vivre-ensemble, la médiation culturelle s'inscrit dans une double perspective de démocratisation culturelle (accès du plus grand nombre au patrimoine, à la création artistique, aux ressources culturelles) et de démocratie culturelle (appropriation symbolique, valorisation des expressions culturelles des populations et de la culture des gens, développement social et émancipation des citoyens)[3].
Histoire
En France
En France, l'expression « médiation culturelle » apparaît au milieu des années 1990 pour désigner de nouvelles formes de relations entre publics et œuvres[4],[5] qui se développent alors dans les musées principalement. Ceux que l'on commence alors à désigner comme des médiateurs culturels inscrivent alors leur action dans le cadre des politiques culturelles publiques alors en plein développement en France après les « années Lang », par la création de formes de rencontres entre les œuvres ou propositions culturelles légitimées et valorisées dans les institutions culturelles publiques (ou bénéficiant de subventions publiques)[6] et les publics de ces institutions.
Dans les musées labellisés Musée de France, la présence d'un « service ayant en charge les actions d'accueil du public, de diffusion, d'animation et de médiation culturelles » a été rendu obligatoire par loi du , dite « loi musée »[7], codifiée en 2004 au code du patrimoine.
De 2004 à 2007, une trentaine de professionnels de la médiation culturelle se retrouvent régulièrement pour rédiger une Charte déontologique de la médiation culturelle qui sera soumise à un collège d’universitaires partenaires avant d'être présentée le à l'occasion d'une journée de réflexion à la Grande Halle de la Villette à Paris[8]. Elle propose sept principes éthiques :
- Se fonder en éthique ;
- S'inscrire dans un contexte ;
- Investir le temps, perdurer ;
- Accueillir la compétence culturelle de chacun ;
- Composer par le truchement de l'objet ;
- Exprimer une dynamique transversale ;
- Des professionnels engagés.
Cette charte est le support de nombreux débats et échanges entre acteurs culturels entre 2008 et 2018[9],[10].
Au Québec
Au Québec, la médiation culturelle émerge progressivement dans le discours et les actions d’organismes et d’institutions culturelles à partir du tournant des années 1990-2000, découlant d’une combinaison de multiples facteurs[11] : culturels (remise en question des formes légitimes et « classiques » de pratiques culturelles, émergence du référentiel de la démocratie culturelle axé notamment sur la participation active des individus et une vision élargie du cercle définitionnel de la culture), éducatifs (prise en compte du rôle de la culture dans le cursus scolaire et renouvellement de l’éducation populaire), politiques (rôle accru des villes dans le domaine culturel, les questions sociales et les enjeux de proximité), sociaux (émergence du référentiel concernant le vivre-ensemble).
Son développement s’appuie d’une part sur les acquis (et limites) des actions et politiques de démocratisation de la culture visant l’accessibilité et le souhait de rejoindre une diversité de publics, et d’autre part sur la réduction des frontières entre les champs culturel et extra culturel et le rôle joué par les arts et la culture concernant des questions situées à l’extérieur de son périmètre d’action usuel (centré sur les dimensions artistiques) : inégalités socioéconomiques, enjeux d’exclusion, de participation et d’équité liés à des groupes sociaux (jeunes, personnes aînées, population immigrante, personnes en situation de handicap, personnes itinérantes, etc.), participation citoyenne, qualité des milieux de vie et bien-être des populations, etc. La médiation culturelle vient nommer un ensemble de référentiels et de modalités d’action parfois déjà présents sous d’autres appellations (action culturelle, art communautaire, art social, animation (socio)culturelle…), tout en déployant des combinaisons et perspectives inédites[12].
L’institutionnalisation de la notion se manifeste notamment en 2003 à la Ville de Montréal[13], alors que l’Entente sur le développement culturel de Montréal établie avec le ministère de la Culture, des Communications et de la Condition féminine et la Politique de développement culturel de la Ville (2005) font de la médiation culturelle une action prioritaire[14]. Aux objectifs historiques de développement des publics éloignés s’ajoutent ceux d’éducation artistique, d’éducation populaire, d’inclusion sociale, d’ancrage local dans les quartiers et de développement durable combinant conjointement culture, communautés et territoires :
« […] les projets de médiation culturelle s’inscrivent dans une perspective de changement des conditions de vie sur le plan personnel, collectif ou social, de développement culturel des communautés, de transformation des rapports sociaux et de production de nouvelles formes du vivre-ensemble. En cela, la médiation culturelle rejoint les objectifs transversaux de développement tels qu’inscrits dans l’Agenda 21 de la Culture[15]. »
Créé en 1997, l’organisme Culture pour tous (dont les actions portant sur la démocratisation de la culture sur l’ensemble du territoire québécois) représente un autre élément structurant du développement de la médiation culturelle au Québec, ainsi définie :
« À la jonction du culturel et du social, la médiation culturelle déploie des stratégies d’intervention – activités et projets – qui favorisent dans le cadre d’institutions artistiques et patrimoniales, de services municipaux ou de groupes communautaires, la rencontre des publics avec une diversité d’expériences. Entre démocratisation et démocratie culturelles, la médiation culturelle combine plusieurs objectifs : donner accès et rendre accessible la culture aux publics les plus larges, valoriser la diversité des expressions et des formes de création, encourager la participation citoyenne, favoriser la construction de liens au sein des collectivités, contribuer à l’épanouissement personnel des individus et au développement d’un sens communautaire[16]. »
Fruit de l’association de Culture pour tous et de l’Alliance de recherche universités-communautés en économie sociale de l’Université du Québec à Montréal, le Groupe de recherche sur la médiation culturelle (GRMC) réunit à compter de 2006 chercheurs, praticiens, organismes, municipalités (dont Montréal) et étudiants afin de saisir et comprendre les approches et pratiques de médiation culturelle alors émergentes au Québec. Témoin de l’élargissement aussi bien des chercheurs interpellés que des organismes, institutions et villes mobilisés par la notion (pensons par exemple à la Cellule régionale d’innovation en médiation culturelle du Saguenay–Lac-Saint-Jean, créée en 2012), le GRMC devient en 2019 l’Observatoire des médiations culturelles (OMEC)[17].
Principal pôle de recherche et de partage des connaissances sur la médiation culturelle au Québec, l’OMEC définit les médiations culturelles comme un ensemble d’initiatives de mise en relation et d’échange visant à décloisonner les institutions culturelles, à créer des occasions de rencontre entre artistes et populations, ou entre créations et publics avec, dans certains projets, une volonté de contribuer au changement social, selon un idéal d’émancipation et de justice sociale[18]. Tout en poursuivant l’analyse des dispositifs de médiation axés sur l’accessibilité de publics variés à des œuvres, projets et lieux artistiques et culturels, l’Observatoire élargit la perspective en s’intéressant aux médiations croisant finalités artistiques, citoyennes et sociales, incluant celles comprises comme modes d’intervention afin de répondre à des problématiques et enjeux sociaux. Les réflexions de nature théorique et le développement de perspectives critiques y côtoient l’éclairage et la compréhension de la pluralité des pratiques et savoirs situés.
L’examen historique de l’évolution des médiations culturelles au Québec permet de constater qu’elles sont désormais manifestes sur l’ensemble du territoire québécois[19], tandis que de nombreux organismes, municipalités et institutions composent et animent son champ d’action, de réflexion et d’évaluation (pensons, entre autres, à Artenso, centre d’innovation et de recherche appliquée en art et engagement social, affilié au Cégep de Saint-Laurent et concepteur de la Maison de la médiation culturelle située à Montréal). Accompagnant ces dynamiques, des formations à la médiation culturelle se développent (voir la section « Formations et qualifications » plus loin) et le milieu se professionnalise avec la création en 2020 du Regroupement des médiatrices et médiateurs culturel·les du Québec (voir la section « Associations, collectifs et regroupements professionnels » plus loin).
Les lieux de la médiation culturelle

La médiation culturelle s’exerce dans les musées d'art, les lieux d’art contemporain, les institutions qui présentent les arts de la scène, les lieux du patrimoine, les bibliothèques, ainsi que dans divers espaces culturels et publics (communautaires, éducatifs, milieux de vie ou numériques) et tout lieu qui propose la découverte d'objets culturels ou artistiques. Tissant des liens avec les partenaires éducatifs, sociaux, etc, les médiateurs culturels tendent à développer des actions dans les milieux scolaires ou périscolaires, les organismes communautaires, les structures d'éducation populaire et les services publics de toutes sortes autour de projets communs[20]. Ses manifestations varient selon les objectifs, les contextes et les moyens, mais elle est principalement là pour :
- faciliter l'accès à des formes culturelles à des personnes qui en sont éloignées[21] ;
- favoriser l'appropriation d'un lieu culturel, d'une œuvre ou projet artistique par des publics existants ou potentiels ;
- développer la curiosité, la sensibilité et le sens critique face aux manifestations culturelles ;
- encourager la participation citoyenne par la culture.
Souvent pensée et financée comme stratégie dans des contextes de revitalisation de territoires en difficulté, la médiation culturelle construit avec quiconque veut entreprendre un projet incluant la participation et l'émancipation citoyenne à travers ou à partir d'une approche culturelle[22]. À partir de 2004, la Ville de Lyon a mis en place une Charte de Coopération Culturelle[23] qui contractualise l'engagement des institutions culturelles municipales dans la Politique de la Ville et fait la part belle à la médiation culturelle comme levier et outil. En 2005, la Politique de développement culturel de la Ville de Montréal adopte la médiation culturelle comme action prioritaire afin de favoriser l’accès à la culture pour tous ses citoyens[24].
La médiation culturelle en musée
La médiation muséale est confrontée à plusieurs défis :
- L'œuvre qu'elle expose ne peut être comprise hors de l'espace pour lequel elle a été faite, ce qui rend paradoxale la position qu'elle occupe dans le musée où son contexte d'origine (exposition dans une église, un château, une maison, une galerie d'art, un espace public… où elle pouvait être vue de près ou de loin avec un éclairage particulier) est oublié[25] ;
- La révolution numérique permet au public de personnaliser et d'enrichir sa visite (consultation de contenus spécifiques sur son smartphone) mais peut aussi l'éloigner des musées, la dématérialisation entraînant une rupture du rapport à l'œuvre (les médiateurs sont amenés à s'interroger sur l'articulation ente visite physique et visite virtuelle)[26].
Cette médiation se situe entre deux conceptions extrêmes : privilégier la consommation apparemment passive, voire consumériste, de nouveaux publics en masse, ou favoriser leur implication, leur participation, sans souci d'objectifs quantitatifs[27] :
« La place est difficile à identifier entre l’action pédagogique, l’action culturelle issue de l’éducation populaire et le marketing qui gagne progressivement l’ensemble des institutions culturelles. À ces conflits s’ajoute une vieille opposition entre les institutions qui travaillent avec des créateurs et des interprètes – médiateurs en quelque sorte entre leurs œuvres et leurs publics (théâtre, musique) – et celles qui mettent les publics face aux œuvres, sans véritables clés pour l’interprétation (beaux-arts, arts plastiques) »
— Marie-Christine Bordeaux & Élisabeth Caillet, La médiation culturelle : Pratiques et enjeux théoriques
La médiation culturelle en bibliothèque
Telle que proclamée par le Manifeste de l’UNESCO sur la bibliothèque publique, la médiation culturelle a pour mission de développer le sens du patrimoine culturel et le goût des arts, en assurant un accès de tous les citoyens sans discrimination aux œuvres artistiques et culturelles[28]. La médiation culturelle facilite la rencontre entre les œuvres, les documents, les expressions culturelles et les citoyens par le biais de conférences, d’animations, d'ateliers, de rencontres et autres activités sérieuses ou ludiques.
Cette politique volontariste menée dans les pays dits occidentaux depuis une trentaine d'années envers les populations est sous-tendue par le constat que les lieux culturels, bien qu'ouverts à tous et malgré des politiques tarifaires attractives, peinent à attirer une grande partie de la population. Il s’agit alors de mettre en œuvre des actions pour offrir à chaque citoyen les mêmes chances d’accès aux ressources culturelles, aux formes symboliques et à un imaginaire enrichi en contribuant ainsi à la réduction d'inégalités culturelles et sociales[29]. Cela implique de porter une attention particulière aux publics éloignées, empêchés, aux faibles lecteurs et aux non-lecteurs[30]. Le service de référence repose avant tout sur la relation humaine et l’adaptation continuelle des services[31]. Les activités « hors-les-murs » constituent un exemple de stratégie de médiation visant à mettre les populations en contact avec des contenus culturels de qualité. Le fait de sortir des murs de la bibliothèque permet aussi une analyse plus efficace de la communauté et de générer de meilleures relations entre celle-ci et la bibliothèque[32].
Une distinction s’opère entre l’action, l’animation et la médiation culturelle. L’animation culturelle correspond aux pratiques alors que la médiation culturelle se définit comme une position ou une attitude à l’égard du public et des collections[33]. La bibliothèque se présente aussi comme un espace d’éducation culturelle et artistique avec la pratique d’ateliers orientée vers le jeune public[34]. L’action culturelle en bibliothèque a émergé dans le mouvement de démocratisation culturelle à la fin des années 1960 en même temps que la création des maisons de la culture en France[35]. La mission culturelle des bibliothèques est double : au sens de la culture anthropologique, la bibliothèque assure la conservation et la création de la culture au sein de la communauté. Au sens de la culture générale, elle conserve et valorise le patrimoine culturel dont elle est dépositaire pour le futur[36]. La bibliothèque se positionne comme un acteur incontournable de la culture sur le territoire dans sa mission de promotion de la création et des connaissances[37]. L’action culturelle s’est amplifiée grâce à la modernisation et la diversification de l’offre des supports documentaires (CD, DVD, bandes dessinées, mangas…) au sein de la bibliothèque qui devient une médiathèque[35]. L’action culturelle en bibliothèque s’inscrit dans une démarche plus globale de projet. L’orientation politique du projet se formalise en une programmation consacrée à la culture au sein de la bibliothèque[33]. La bibliothèque joue son rôle de médiateur à plusieurs titres : sa mission de la classification et d’éclairage dans la masse informationnelle, son rôle de socialisation en tant que lieu de liberté et d'espace culturel[38]. La bibliothèque crée des interrelations au sein de la communauté des citoyens. Elle accompagne les usagers à la rencontre des créations et à saisir le processus contextuel artistique[38]. La médiation en [bibliothèque est au croisement entre l’usager (et ses connaissances et modes d’acquisition du savoir), le lieu (avec sa logique de fonctionnement) et l’objet exposé (et la diversité de son contenu culturel)[39]. En plus du rôle d’intermédiaire, la médiation en bibliothèque englobe aussi des notions d’accueil, d’orientation et de conseil[39]. L’objectif principal est la transmission et l’accompagnement vers les connaissances et la création d’un lien entre le public et les collections de la bibliothèque en favorisant l’accès à la culture[39]. La littérature professionnelle sur la médiation en bibliothèque renvoie de manière générale au numérique, au public éloigné, aux activités « hors les murs » et la médiation par le livre dans une visée sociale de réduction des inégalités[39].Une des premières médiations culturelles est formalisée au début des années 1990. La médiation du livre est à destination des publics éloignés ou empêchés en partenariat avec le dispositif ATD/QM dans une démarche sociale de réduction des inégalités d’accès à la culture[40]. La bibliothèque joue un nouveau rôle de relais entre les quartiers et l’espace des connaissances considéré comme sanctuarisé[40]. Dans ce contexte, la médiation par le livre se formalise à travers trois cadres de références : un mode alternatif et pacifique de gestion de conflits, une démocratisation qualitative à la culture des jeunes des classes populaires par un acte politico-pédagogique en faveur de la lecturisation, une vision innovante de la place et du rôle des bibliothèques et de la fonction des bibliothécaires dans la médiation]par le livre avec le public[40]. Dans les années 1990, la médiation par le livre soulève un ensemble de contradictions : un fonctionnement élitiste de la bibliothèque face aux besoins diversifiés du public, l’émergence de nouveaux médias et l’ouverture du livre aux autres supports, le flou conceptuel de la médiation dans le monde du livre et les fonctions du bibliothécaire[40]. En revanche, la médiation culturelle par le livre a produit : des liens entre les quartiers et les institutions culturelles, une meilleure prise en compte des besoins des publics cibles vers plus d’équité et d’inclusion, une adaptation de la politique d’acquisition des documents et une nouvelle configuration fonctionnelle et organique de la bibliothèque[40]. La médiation culturelle s’inscrit dans un mouvement du spécifique au systémique au sein de la bibliothèque. La bibliothèque s’ouvre dans le partenariat en réseaux et à la diversité de la communauté des lecteurs[40]. Dans une démarche citoyenne, la médiation par le livre correspond à une triple dynamique : la bibliothèque, les écrits littéraires et le bénéficiaire. L’objectif est de réduire la distance sociologique à l’égard de l’écrit[40]. Dans les années 2000, la médiation culturelle trouve également sa place lorsque la bibliothèque se transforme en tiers-lieu ouvert vers sa communauté[35]. L’offre culturelle n’est plus seulement descendante mais elle est davantage dynamique et participative en impliquant le public en tant qu’acteurs dans les ateliers culturels ou les scènes ouvertes par exemple[35]. La médiation culturelle en bibliothèque se définit à partir de plusieurs caractéristiques[41] : le caractère direct en présence d’un médiateur humain ou le caractère indirect grâce à une interface matérielle ou virtuelle ; le public visé ; des espaces physiques ou numériques consacrés spécifiquement à la culture, des espaces de lecture de la médiathèque et un troisième lieu appelé « hors les murs » proposant des activités plus accessibles et suscitant plus d’appétence au monde de la culture ; la temporalité continue ou événementielle[41]. Dans une enquête menée en 2004 auprès de 239 bibliothèques municipales publiques dans toutes les régions de France[34], la médiation culturelle rassemble des actions classiques et des participations évènementielles inscrites dans la programmation culturelle[34]. Le double mouvement d’institutionnalisation et d’innovation de l’action culturelle des bibliothèques transparaît aussi à travers la participation des établissements aux manifestations nationales auxquelles participent 93 % de l’échantillon avec les partenaires : mois du film documentaire, Fête de la science, La Semaine du goût, Lire en fête, Le Printemps des poètes, Les Belles Étrangères, la Semaine de la langue française et de la francophonie, les Journées du patrimoine[34]… La médiation culturelle est aussi une conception du rôle du bibliothécaire dans sa relation entre les publics et la bibliothèque dans son ensemble[33]. L’accès libre, rapide et massif à l’information transforme la posture du bibliothécaire. L’ère numérique participe à la légitimation du rôle de bibliothécaire qui se présente comme un médiateur dans sa mission culturelle et sociale[42]. Le rôle de médiateur recouvre plusieurs facettes : celle de l’hédoniste, à éveiller le plaisir de la lecture, à celle plus technique et classique de la validation d’un contenu[42]. De prescripteur à médiateur, le bibliothécaire conseille le public au plus près de leurs besoins et dans un contexte traversé par l’actualité médiatique et culturelle[43].
Le web 2.0 a modifié l’approche humaine à l’information[44]. Dans ce contexte, les professionnels de l’information proposent de la médiation dans les bibliothèques, puisque la Littératie numérique est devenue nécessaire au fonctionnement citoyen. La médiation apparait en tant que relation entre bibliothécaire, usager et document, mais elle s’étend également à la culture numérique. Effectivement, les professionnels de l’information travaillent à faciliter cet apprentissage et à présenter les outils utiles à l’adaptation au flux constant d’informations sur le web et la place qu’y prennent les personnes. Les individus et les bibliothèques ont dorénavant une identité numérique, ce qui permet et rend même nécessaire la médiation numérique[45]. Les bibliothécaires ont dû renouveler leurs façons de faire tout en gardant en tête les principes fondamentaux du métier, notamment faire découvrir des ressources culturelles, peu importe leur support[46]. Il s’agit d’intégrer les outils numériques pour développer une interaction avec l’usager, et non pas d’utiliser ces derniers comme simples acteurs de transmission d’information[47]. Les bibliothécaires ont pour rôle, dans notre ère de l’information, d’y ajouter de la valeur en travaillant pour faciliter son repérage, son utilisation et sa curation[48]. En d’autres mots, la médiation consiste à faciliter la rencontre entre l’information et les usagers[49].
Le développement du web a permis de rendre accessible nombre de documents grâce au contenu maintenant disponible en ligne, permettant aux usagers de consulter à distance les ressources à disposition. Le web s’intègre également comme outil de médiation pour les bibliothèques, car il permet de diversifier les services qui y sont offerts. L’interaction avec les usagers se veut bonifiée des formations ou encore des expositions qui sont maintenant accessibles virtuellement[50]. Les bibliothécaires font le pont entre l’information surabondante sur le web et l’usager, en aidant ce dernier non seulement à trouver ce qu’il cherche, mais également à filtrer et organiser les fruits de se recherche[51]. Dorénavant, le service de référence peut se faire au moyen d’un chat ou d’une foire aux questions sur un site web[49]. De plus, les médias sociaux créent l’opportunité d’afficher les institutions documentaires et d’engager sa communauté[44]. Ils constituent un lieu de rencontre virtuel où les utilisateurs peuvent échanger[52]. Le travail collaboratif est également mis de l’avant avec les wikis qui ont pour objectif de faciliter l’accès à l’information[53]. À cet effet, de nombreux professionnels de l’information participent à ce type d’initiative dans un esprit d’accès libre.
Médiation culturelle en fablab
Les fablabs (laboratoires de fabrication numérique) sont présentés comme des espaces importants dans la médiation culturelle contemporaine. En combinant les technologies, l’apprentissage collectif et la création participative, ils contribuent à redéfinir les modes de diffusion des savoirs et la place du public dans les processus de médiation. Ces lieux s’inscrivent dans une dynamique plus large de transformation des métiers de la médiation, marquée par la montée de la participation, de la cocréation et de la facilitation.
Selon Aubouin, Coblence et Kletz, l’introduction de fablabs et de living labs au sein d’institutions culturelles et documentaires a profondément modifié les pratiques de médiation : « Le public est en effet placé, non comme une “cible” de diffusion de la médiation […], mais comme le principal concepteur de la médiation, dont on souhaite valoriser l’expertise »[54]. Cette approche met l’accent sur l’implication directe des usagers et la valorisation de leurs savoirs dans le processus de médiation culturelle.
Le rôle du médiateur se redéfinit dans ce contexte : d’un transmetteur de contenus, il devient facilitateur et accompagnateur de projets collectifs. Comme le souligne une médiatrice consultée par Aubouin et ses collègues : « Avant (…) le savoir était descendant. Aujourd’hui on est des vulgarisateurs, ou plutôt des facilitateurs. On va orienter vers des solutions, mais on n’apporte pas la solution. C’est parfois frustrant (…) surtout, de ne pas se sentir utile. En fait, le “faire ensemble”, c’est laisser se tromper, accepter de ne pas avoir de structure »[55].
Dans un contexte de fablab en bibliothèque, cette évolution s’inscrit dans la mission des bibliothèques proposée par Lankes, soit : « d’améliorer la société en facilitant la création de connaissance dans sa communauté »[56]. Lorsqu’un fablab est implanté dans une bibliothèque, la médiation prend une dimension plus horizontale : les usagers deviennent coproducteurs de savoirs et la frontière entre eux et le médiateur s’atténue. Selon Lehmans et Belkacem : « les professionnels affirment à ce propos que “le fab lab suppose que le bibliothécaire quitte sa posture habituelle de ‘sachant’ pour ne plus animer, mais pour faciliter les usages du fab lab. Traditionnellement, le bibliothécaire est vu comme une référence dans son institution, maître des lieux, des collections et des services” »[57].
Les rôles sont multiples : accompagner dans les projets, encourager l’expérimentation de nouvelles technologies et la curiosité scientifique, transmettre la culture du partage de connaissances et de la documentation libre des acquis. Bien que la médiation de groupe en fablab soit présente, « cet accompagnement s’avère très individualisé au sein des Fab Labs dans lesquels chaque personne vient avec une intention spécifique. Il nécessite donc des professionnels aguerris à l’accueil, l’animation et l’accompagnement de projet tout autant qu’au fonctionnement technique des machines ou de l’électronique »[58]. La démocratisation des fablabs constitue un défi, car ils ont été initialement conçus par (et pour) des passionnés[59] ; il faut à la fois faire des activités de médiation pour les débutants et aborder les initiés ou experts comme des pairs[59]. Cette évolution souligne l’importance de l’adaptation du rôle du médiateur aux nouveaux formats de médiation et à la diversité des publics.
Les fablabs apparaissent comme de véritables laboratoires de médiation culturelle, où s’expérimentent de nouvelles formes de relation entre institutions, publics et savoirs. En articulant création, apprentissage et innovation sociale, ils redéfinissent la médiation comme un processus collectif et inclusif, centré sur la collaboration et la co-construction.
La médiation culturelle en entreprise
On voit se développer aujourd'hui en Amérique du Nord principalement, des usages de formes médiation culturelle en entreprise. Une organisation peut faire appel par exemple à un team building créatif qui propose aux participants de créer une œuvre artistique collective afin de redonner une dose d’énergie à ses équipes ou stimuler la collaboration. Le médiateur culturel intervient alors dans la vie de l’entreprise à l’étape où l’on doit réunir les employés autour d’un projet qui vise le tissage de liens, le partage de connaissances, la résolution de problèmes et la mobilisation, tous nécessaires à une équipe soudée et efficace. Les activités culturelles en entreprise sont un facilitateur pour réduire le stress, renforcer l’esprit d’équipe, améliorer le climat de travail et le bien-être des employés[60]. La médiation en milieu de travail permet de rejoindre les citoyens en même temps que les décideurs[61].
La médiation culturelle hors des lieux culturels
La médiation culturelle ne se déploie pas uniquement au sein des lieux culturels. Elle peut également prendre place dans divers espaces publics, entre autres dans les milieux communautaires, éducatifs ou sociaux, ainsi que dans certains environnements numériques. Ces pratiques ont notamment pour objectif de rejoindre des personnes ou des groupes qui fréquentent peu les institutions culturelles ou qui en sont éloignés pour des raisons sociales, géographiques ou symboliques[62]. Elles peuvent prendre la forme d'ateliers artistiques, de projets participatifs menés avec des communautés locales, d'initiatives culturelles dans les milieux éducatifs ou communautaires, ou encore d'activités numériques favorisant l'accès et la participation à la culture.
Dans ces contextes, la médiation culturelle vise à créer des espaces de rencontre entre les arts, les pratiques culturelles et les citoyens, tout en favorisant la participation culturelle, citoyenne et l'approbation des pratiques artistiques par les publics. Elle s'inscrit ainsi dans une perspective d'accessibilité culturelle, telle qu'elle est reconnue dans le cadre des droits culturels.
Cas de la médiation culturelle du patrimoine versus l'interprétation du patrimoine
Lorsque la médiation culturelle s'applique au patrimoine culturel ou au patrimoine naturel, l'expression « médiation du patrimoine » peut être utilisée[63],[N 1]. Cependant, cette médiation culturelle du patrimoine est à distinguer de la doctrine anglo-saxonne de l'interprétation du patrimoine. Certes, les deux concepts sont voisins et s'inscrivent dans le champ de la médiation. Ils partagent le fait, d'une part, de vouloir réduire l'écart entre le voir et le savoir auprès des visiteurs, et, d'autre part, de pouvoir prendre la forme d'interventions humaines et de supports allant au-delà de la simple démonstration. Cependant, leur philosophie et les effets visés sont différents[64],[65], même si les concepts peuvent se compléter selon certains modèles[66].
Médiatrices et médiateurs culturels
Usuellement, on appelle ainsi surtout les professionnels de la médiation culturelle. Les médiatrices et médiateurs culturels exercent leurs activités au sein d'institutions, de collectivités territoriales, d'associations et d'entreprises. Les personnes qui pratiquent la médiation culturelle font parfois partie d'un service pédagogique, service culturel ou encore service des publics. Elles utilisent une technique de communication à part entière, elles servent de pont entre le visiteur et l’œuvre d’art, favorisant ainsi les échanges entre les arts et les individus. Il s’agit donc d’éducation informelle, proche du loisir[67]. Aux actrices et acteurs désignés que sont les médiatrices et médiateurs professionnels – l’ensemble des personnes animatrices et accompagnatrices, entremettrices, traductrices, interprètes, passeuses et passeurs de culture, go-betweens, gate-keepers, etc. –, il faut ajouter les actrices et acteurs parfois moins visibles, voire anonymes, qui participent à la transmission du sens, à l’élaboration des pratiques culturelles[68].
Formations et qualifications
Des diplômes de médiation culturelle et communication sont délivrés dans différents cadres disciplinaires en particulier les Arts, les sciences du langage, les Sciences de l'Information et de la Communication ou l'Histoire de l'Art, notamment à l'École du Louvre, au CELSA, au département de Médiation culturelle de l'Université Sorbonne-Nouvelle et de l'Université Paris-VIII-Vincennes–Saint-Denis. Il existe également des diplômes de médiation du patrimoine.
L'Université de Poitiers propose, depuis 2012, un master « Livres et médiations » sur les médiations du littéraire sous toutes ses formes[69].
Le Conservatoire national des arts et métiers[70](CNAM) de Paris, propose un Certificat de compétences en médiation culturelle.
Au Québec, différents milieux scolaires offrent des spécialisations en médiation culturelle. Au niveau collégial, le Cégep de Saint-Laurent offre un programme de 330 heures en Spécialisation en médiation culturelle[71]. Au niveau universitaire, l’Université du Québec à Montréal offre un programme de baccalauréat en action culturelle[72] et un doctorat en muséologie, médiation, patrimoine[73], et l’Université de Montréal offre un DESS en médiation de la musique[74].
Missions
La mission du médiateur culturel est de faire le lien entre le public et l'œuvre ; il peut s'agir de médiation orale (visite, ateliers…) ou de médiation écrite (écriture de journaux d'exposition, cartels détaillés, fiches de salles). Les médiateurs peuvent également mener des projets numériques (dispositifs numériques, visites virtuelles…).
Dans les expositions, l'intervention du médiateur se fait dès la conception de l'exposition et l'élaboration du cahier des charges pour les scénographes, puis pendant l'exposition auprès des publics, et enfin après l'exposition pour prolonger l'exposition auprès des publics[75].
Il a un rôle particulier à jouer avec les publics dits « éloignés » ou « empêchés » pour des raisons culturelles, sociales ou économiques, ainsi qu'avec les publics handicapés où son rôle de passeur est précieux.
Le rôle du médiateur culturel a été souligné dans la loi musée[N 2], intégrée aujourd'hui au Code du patrimoine.
"Cette médiation continue de défendre que les œuvres n'ont peut-être rien à nous dire tant que nous n'acceptons pas de dire quelque chose à travers elle. Qu'elles sont dépositaires de lectures qui les dépassent et que c'est dans cette confrontation qu'elles vivent. Rêvons alors d'entendre à nouveau cette phrase apparemment paradoxale d'un visiteur à l'issue d'une visite réussie au musée d'Orsay : J'ai tout aimé, même ce que je n'ai pas aimé." Serge Saada (1965-2024) [76]
Associations, collectifs et regroupements professionnels
Depuis les dernières années, des associations, collectifs et regroupements ont été mis en place par des personnes praticiennes de la médiation culturelle pour permettre des espaces d’échange et un soutien professionnel.
En France, BLA! Association nationale des professionnel·le·s de la médiation en art contemporain[77], est créée en 2017. Entre 2019 et 2021, cet organisme travaille à la Charte des professionnel·le·s de la médiation en art contemporain[78]. En 2024, BLA! publie un Référentiel tarifaire et salarial[79] pour les personnes professionnelles de la médiation en art contemporain.
Au Québec, le Regroupement des médiatrices et médiateurs culturel·les du Québec[80] (RMCQ) est créé en 2018 et incorporé en 2020. Il est issu du travail de praticiennes de la médiation provenant des arts vivants, arts visuels et pratiques communautaires. Les travaux du RMCQ ont donné lieu en 2021 à la première Charte des médiatrices culturelles et médiateurs culturels du Québec[81].
Encore au Québec, le MeMuQ est créé en 2019 pour rassembler les médiateurs et médiatrices de la musique[82].
En 2021, rassemblant des médiatrices et médiateurs indépendants de divers milieux culturels et provenant de divers pays (Antilles, Belgique, France, Québec, Suisse), le collectif WOW[83] naît.
L’évaluation participative des activités de médiation culturelle
Au-delà de la reddition de compte exigée par les organismes subventionnaires, les activités de médiation culturelle s’accompagnent souvent d’un processus d’autoévaluation. Celui-ci est conçu comme un exercice de réflexion, voire de co-construction. L’exercice met à contribution les parties prenantes – membres du public ou des communautés visées, médiatrices et médiateurs, artistes, agentes et agents culturels – s’interrogeant sur le sens de leur expérience, sur les processus de médiation et les modalités pratiques des activités, sur leurs réalisations, leurs objectifs ou leurs horizons normatifs plus lointains. Il existe en outre une vaste littérature sur les avantages et les limites des « mesures d’impact » dans le domaine[84]. C’est ainsi que des connaissances pratiques et une riche expertise ont été produites, tandis que se développaient la démocratie culturelle et les politiques de médiation, et que se multipliaient les activités de médiation dans des lieux diversifiés, notamment au Royaume-Uni, en Suisse, en France, en Australie, au Canada et aux États-Unis[85],[86],[87],[88].