Dépistage prénatal de l'autisme

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Le dépistage prénatal de l'autisme est l'ensemble des pratiques médicales ayant pour but de détecter in utero l'autisme chez l'embryon ou le fœtus, majoritairement via des microdélétions chromosomiques. En cours de développement, il soulève des questions éthiques de par la grande variabilité des profils évolutifs de personnes autistes, et le risque élevé d'avortements sélectifs pouvant en découler. La première autorisation officielle de procéder à une interruption de grossesse en cas de suspicion d'autisme est accordée en Australie-Occidentale en 2013. Plusieurs méthodes ont été explorées : mesure d'hormones dans le liquide amniotique, IRM, recherches de mutations génétiques spécifiques. La plus fiable est l'analyse des puces à ADN chromosomiques. Plusieurs « dépistages » via prélèvement sanguin sont disponibles depuis 2019, bien que la nature polygénique de l'autisme rende ces tests peu fiables. Un nombre croissant de centres de diagnostic prénatal proposent ces tests.

Les intentions d'avortement sélectif sont variables selon les pays et les cultures concernés. Fin 2019, deux tiers des mères taïwanaises d'enfants autistes sont favorables à l'accès à ces tests, et plus de la moitié demandent l'interruption de leur grossesse en cas de suspicion de trouble du spectre de l'autisme (TSA). La majorité des parents sont favorables à ces tests, considérant qu'il leur revient d'effectuer le choix de donner naissance, ou non, à un enfant autiste. Quelques professionnels de santé, tels que Laurent Mottron et Simon Baron-Cohen, ainsi que la majorité des associations de personnes elles-mêmes autistes, dénoncent le risque eugéniste lié à la commercialisation de ces tests, notamment à travers la création de The autistic genocide clock (en français : « l'horloge du génocide des autistes »). L'ONU adresse un avertissement officiel fin 2019, quant au risque d'appauvrissement de la diversité humaine qui pourrait découler d'un nombre élevé d'avortements sélectifs ciblant l'autisme.

Amniocentèse

Le dépistage prénatal de l'autisme a fait l'objet de diverses théories et méthodes d'investigation. En 2015, une équipe hongroise souligne le faible nombre d'anomalies chromosomiques détectables (0,3 à 0,6 % des cas), et suggère d'utiliser comme indicateur la mesure du diamètre bipariétal au cours du premier trimestre de la grossesse[1]. En 2020, l'analyse des puces à ADN chromosomiques est considérée comme la méthode la plus fiable et la plus précise, en particulier par comparaison au caryotypage[2].

Ces tests restent cependant limités dans leur précision et leur pertinence. L'une des raisons est que les causes des troubles du spectre de l'autisme (TSA) soient multifactorielles[2]. Une autre réside dans l'impossibilité de prédire la trajectoire évolutive d'une personne autiste, certaines restant très lourdement handicapées à l'âge adulte, d'autres menant une vie relativement autonome, voire, devenant surdouées : « même si deux personnes sont porteuses de la même variante génétique, l'une peut avoir un syndrome très sévère et l'autre un syndrome beaucoup plus léger - ou sans aucun syndrome »[3].

Schéma d’une amniocentèse.

Les prémices de cette recherche remontent au psychologue britannique Simon Baron-Cohen, qui publie en 2009 dans le British Journal of Psychology : des niveaux élevés de testostérone dans le liquide amniotique sont prédictifs de traits d'autisme, cela pouvant être détecté par amniocentèse[4]. Il précise aussi que cela ne permet pas (encore) de dépistage prénatal[5].

En 2016, une étude californienne sur les taux comparés d'estriol, de gonadotrophine chorionique, et d'alpha-fœtoprotéine à mi-grossesse suggère de l'utiliser comme indicateur de probabilité d'autisme[6].

Prélèvement sanguin

Un dépistage sanguin sur une délétion chromosomique spécifique à une forme d'autisme ainsi qu'à d'autres conditions, fiable à 80 %, est évoqué en 2014[7], ce taux de succès étant considéré comme trop faible pour en faire un dépistage prénatal[8]. En 2018, la fiabilité de ce test sanguin passe à 92 %[9]. La détection statistique d'un « risque d'autisme » chez l'enfant à naître d'une femme enceinte est alors devenue particulièrement fiable[10].

D'après Spectrum News, le test génétique à partir de prélèvements sanguins est en cours de développement en [11],[12]. En , une équipe de l'université de Californie à Davis et de l'université de Stanford annonce avoir développé un test efficace sur 20 % des formes d'autisme, basé sur la détection des anticorps dans le sang maternel[13],[14].

IRM

Début 2014, un groupe de chercheurs américains découvre grâce à l'IRM une « désorganisation de l'architecture cérébrale » propre aux fœtus autistes[15],[16]. La neuroscientifique en pédiatrie Moriah Thomason (Université de Wayne State), commente cette découverte en déclarant que « Le diagnostic in utero se profile au loin »[16].

Analyse du sperme du père

Il est suggéré en 2018 que des différences de nature épigénétique dans le sperme du père puissent accroître la probabilité d'autisme chez l'enfant[17]. L'année suivante, une étude sur le séquençage du sperme du père, menée à l'Université de Californie à San Diego, permet d'affiner la prédiction d'autisme et suggère d'ajouter les données d'analyse du sperme à celles utilisées en conseil génétique[18].

Mutations génétiques recherchées

La mutation SHANK3, découverte par l'équipe française du Pr Thomas Bourgeron en 2007 et présente chez 2 à 3 % des personnes autistes, est souvent associée à du handicap mental. Les mutations SHANK1 et SHANK2 prédisent, à priori, un plus faible degré de handicap[19]. Ces mutations sont détectables avant la naissance, pouvant théoriquement donner lieu à un dépistage prénatal les ciblant[20].

Le syndrome de duplication inversée du chromosome 15 (15q11-q13), qui concerne une naissance sur 30 000 environ, est associé à l'autisme dans la majorité des cas[21]. Son dépistage prénatal est possible, mais ce dernier ne peut prédire la sévérité des symptômes[22]. La microdélétion 3q29 est impliquée dans une susceptibilité à l'autisme, mais aussi à la schizophrénie, et aux troubles anxieux[23],[24]. Un dépistage prénatal et un diagnostic préimplantatoire de cette microdélétion sont possibles[25].

L’hôpital de Toronto publie en 2010 un communiqué annonçant avoir trouvé une mutation sur un gène du chromosome X, présente chez 1 % des garçons autistes, en évoquant l'arrivée future d'un test génétique[26]. Les mutations concernées sont des duplications d'une région du chromosome X, nommées neuroligin 3 (NLGN3) et neuroligin 4 (NLGN4X)[27]. En 2009, en France, l'Association nationale des praticiens de génétique moléculaire (ANPGM) adopte une fiche dédiée aux bonnes pratiques pour l'analyse du gène NLGN4[28].

Histoire

En 2004, la professeure de neurologie Isabelle Rapin estimait le développement du dépistage prénatal corrélé à la découverte d'une mutation monogénique (la première ayant été découverte par Thomas Bourgeron en 2007) ou à un ensemble d'anomalies génétiques cohérentes, dans le cadre de conseil génétique[29]. En 2006, les attentes parentales vis-à-vis d'un dépistage prénatal du syndrome de l'X fragile, pouvant être associé à l'autisme, sont étudiées : l'autisme y est cité comme « facteur de risque »[30]. Le questionnement éthique relatif au dépistage de l'autisme est publiquement abordé en par le psychiatre franco-québécois Laurent Mottron[31]. L'année suivante, Renate Lindeman, une mère néerlandaise de deux enfants trisomiques, signale les attentes sociétales pour des dépistages prénataux de l'autisme et de la vulnérabilité au cancer[32].

Le , Spectrum News indique que le séquençage prénatal des mutations génétiques liées à l'autisme pourrait être bientôt disponible[33]. La Dr Sarah Adelaide Crawford, du département de biologie de la Southern Connecticut State University (en), pose, en , la question de savoir s'il est temps d'autoriser un examen prénatal du risque d'autisme à plus grande échelle[34].

Pays et établissements autorisant le dépistage de l'autisme et l'avortement

En 2020, il n'existe pas de législations particulières pour encadrer le dépistage prénatal des troubles du spectre de l'autisme dans la plupart des régions du monde, dont Taïwan, ni de ressources littéraires à ce sujet, mises à la disposition des obstétriciens et des futurs parents[35].

En 2013, les autorités médicales de l'Australie-Occidentale donnent pour la première fois au monde une autorisation officielle de dépistage génétique, et de recours à une interruption de grossesse en cas de détection de « risque d'autisme » chez un embryon masculin, le taux d'autisme étant plus bas chez les embryons féminins[36]. Ce test est réservé aux familles ayant déjà un enfant autiste, et souhaitant éviter la naissance d'un deuxième enfant autiste[37]. Il suscite de vives critiques en raison, notamment, de cette différenciation par sexe[36]. Jacques Testart déclare à ce sujet « comme les gènes de l'autisme ne sont pas identifiés et qu'on sait qu'il y a au moins trois fois plus de garçons que de filles atteints, alors on supprime les garçons »[38].

En France, dans son guide des bonnes pratiques concernant l’analyse chromosomique sur puce à ADN en période prénatale, l'Association nationale des praticiens de génétique moléculaire (ANPGM) indique : « Les CNV impliqués dans des maladies de révélation tardives, facteurs de prédisposition (ex : autisme) devront être discuté au CPDPN [Centres pluridisciplinaires de diagnostic prénatal]. S’il existe un bénéfice direct pour le fœtus ou sa famille, selon les connaissances actuelles, le CNV pourra être signalé »[39].

D'après un article publié dans Le Monde en 2018, l'unité de diagnostic prénatal de l'hôpital américain de Paris pratique le dépistage de certaines mutations associées à l'autisme, citant en exemple une mère enceinte ayant déjà un enfant autiste et deux autres cas de troubles envahissants du développement dans sa famille proche : « Elle a demandé un test d’ADN fœtal complet, souhaitant diminuer les risques pour son futur bébé. Si on trouve une microdélétion connue pour être associée à des troubles autistiques et que ce remaniement est confirmé à l’amniocentèse, l’indication d’une interruption médicale de grossesse sera discutée avec la patiente »[20]. En 2019, en Israël, ce type de dépistage suivi de proposition d'interruption de grossesse est également proposé[40]. Le test génétique prénatal est disponible à petite échelle dans certains organismes spécialisés des États-Unis, au moins depuis 2019[41].

À Taïwan, un dépistage génétique prénatal par amniocentèse est proposé aux femmes enceintes, indépendamment des antécédents familiaux, pendant les semaines 16 à 20 de la gestation (suivi d'une proposition d'interruption de la grossesse), afin de détecter les risques du fœtus pour diverses maladies génétiques et génomiques, ainsi que pour les TSA au moins depuis 2019[2].

Questionnements éthiques et sociaux

Notes et références

Annexes

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