Le modèle Kondo[1] décrit l’interaction antiferromagnétique ou ferromagnétique locale entre une impureté magnétique représentée par un spin quantique et une bande d’électrons de conduction. La densité d'états au niveau de Fermi est supposée non-nulle et finie.
À haute température, lorsque le couplage Kondo est faible devant les énergies caractéristiques de la bande de conduction, il peut être traité comme une perturbation. Celle-ci induit de fortes corrélations entre les électrons, et conduit à une augmentation de la résistivité lorsque la température diminue. Cependant, le développement perturbatif obtenu par Kondo fournit une divergence logarithmique non physique de la résistivité à température nulle. Les travaux de P. W. Anderson, puis ceux de K. G. Wilson ont mis en évidence l’apparition dynamique d’une échelle de température, appelée température de Kondo, marquant un passage vers un régime de couplage fort.
Le cas le plus simple est celui d'une impureté de spin -1/2 interagissant avec une bande unique au niveau de Fermi. Le groupe de renormalisation permet de montrer[2] que dans le cas antiferromagnétique l'interaction effective électron-impureté est marginalement essentielle et diverge à basse température, entraînant la formation d'un singulet local entre le spin des électrons de la bande de conduction et celui de l’impureté, appelé nuage de Kondo. Ce nuage agit sur les électrons non liés comme un potentiel effectif local produisant la résonance d'Abrikosov-Suhl[3] et la saturation de la résistance à basse température. Il existe une limite particulière anisotrope du modèle Kondo, appelée point de Toulouse[4], pour laquelle le modèle se ramène à un niveau résonant couplé à une bande de conduction.
La théorie de Landau des liquides de Fermi explique les propriétés universelles observées pour la plupart des métaux, qui se comportent à basse température comme des systèmes de fermions avec une faible interaction résiduelle. Une adaptation de cette théorie (appelée liquide de Fermi local) a permis à Philippe Nozières de fournir une description simple[5] de l’effet Kondo. Dans le cas ferromagnétique, au contraire, l'interaction Kondo est marginalement inessentielle et tend vers zéro avec la température. La décroissance logarithmique de l'interaction produit un état non-liquide de Fermi local. Dans les années 1980, il a été montré que le modèle de Kondo était Intégrable par l'ansatz de Bethe[6],[7], ce qui a permis d'obtenir exactement toutes ses grandeurs thermodynamiques.
Le modèle Kondo multicanal[8], introduit par Nozières et Blandin prend en compte le cas où
bandes peuvent interagir avec une impureté de spin
. Dans le cas antiferromagnétique, lorsque le spin
, l'impureté est exactement écrantée. Lorsque
, l'impureté est sous écrantée, et à basse température tout se passe comme s'il y avait une impureté de spin
couplée ferromagnétiquement aux électrons de conduction. Lorsque
, l'impureté est sur-écrantée. Si l'interaction Kondo est la même pour toutes les bandes, il se forme un non-liquide de Fermi local. Autrement, l'impureté est exactement écrantée par les
bandes avec lesquelles elle est la plus fortement couplées, et elle se découple des
bandes restantes.
D’autres modèles assez proches du modèle Kondo permettent aussi de tenir compte des corrélations locales entre une impureté magnétique et une bande de conduction. Ainsi, le modèle Kondo est en réalité un cas particulier du modèle d'impureté d'Anderson[9], qui décrit l’hybridation, entre une bande d’électrons de conduction et une orbitale localisée doublement dégénérée, dont l’occupation est contrôlée par la répulsion coulombienne et le niveau énergétique de l’orbitale.
Schrieffer et Wolf ont montré[10] par une transformation canonique (en) que quand la répulsion coulombienne et le niveau énergétique de l’orbitale localisée sont grands devant les autres paramètre de modèle, le modèle d'impureté d'Anderson se réduit au modèle Kondo. L’occupation de l'orbitale localisée est alors constamment fixée à un électron, qui devient le moment magnétique local du modèle Kondo. Le modèle de Coqblin-Schrieffer[11] fournit une généralisation du modèle Kondo, permettant de tenir compte de la forte dégénérescence orbitale de certaines impuretés. Ce modèle est également intégrable[12].