El Marsa (Alger)
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Lors de la colonisation, la ville d'El Marsa se nommait Jean-Bart du nom du corsaire dunkerquois Jean Bart.
Géographie
Situation
El Marsa est située à environ 25 km à l'est du centre-ville d'Alger[2].
Milieux littoraux et marins
Dans le cadre d’études menées pour la gestion et la protection du littoral de l’Est algérois, les habitats marins compris entre l’île Aguelli et les îlots de Sandja sont décrits comme associant substrats durs, peuplements algaux et herbiers de Posidonia oceanica, considérés comme des écosystèmes remarquables et fragiles[3]. Une caractérisation bioécologique de la zone marine de l’Est algérois a également été publiée dans le cadre du projet MedMPAnet, en lien avec les enjeux de conservation des habitats et des espèces côtières[4].
Géographie historique au XIXe siècle (Berbrugger, 1845)
Berbrugger décrit d’abord le cap Matifou dans un cadre littoral plus large : il situe le site à l’articulation de la baie d’Alger et du golfe voisin (Bengüt/Bengut), qu’il compare à « deux demi-cercles » accolés, dont le point de rencontre forme le cap. Il insiste sur le fait que l’espace à considérer dépasse la seule pointe : il s’agit d’un district distinct, que la configuration naturelle tend à isoler, à la fois parce qu’il s’avance nettement en mer et parce qu’il est fermé vers l’intérieur par des cours d’eau et des reliefs (oued Régaïa à l’est, collines jusqu’à l’Hamise au sud et au sud-est)[5].
L’accès au cap est présenté comme une contrainte géographique à part entière. Berbrugger distingue une voie maritime, plus directe mais soumise aux vents, et une voie terrestre depuis Alger, avec deux itinéraires : l’un, plus long mais plus sûr (par la Rassauta et le gué de Hadjira), l’autre, plus court (par Bordj-el-Kifan/Fort de l’Eau et le rivage) mais exposé à des dangers localisés, notamment à l’embouchure et sur la barre de l’oued (sables mouvants)[6].
Dans cette emprise, l’auteur met en avant une topographie dominée par le Sahel et par une série de collines et de mamelons (dont le « Mondrain »), ainsi qu’un paysage de plaines et de mamelons. Il décrit une végétation dense (lentisques, arbousiers, jujubiers, genêts épineux), rendant la circulation difficile en l’absence de chemins véritables, et souligne que les communications s’améliorent lorsque les broussailles sont incendiées et dégagées[7].
La plaine de Matifou est enfin caractérisée par l’opposition entre fertilité potentielle et faible mise en culture : Berbrugger mentionne des sentiers multiples, mais note l’absence de culture régulière malgré la « bonté naturelle du sol ». Il décrit surtout un mode d’exploitation fondé sur l’incendie contrôlé des broussailles (production de bois et repousse pour le pâturage), en signalant que ces feux se pratiquent en été et peuvent être aggravés par le vent du désert, ce qui fait du climat et des pratiques de combustion un facteur structurant du paysage local[8].
Histoire
Antiquité et Antiquité tardive
Dès le IVe siècle av. J.-C., le site de Rusguniae (actuelle Tamentfoust) est attesté sur la rive orientale de la baie d’Alger[9]. Sur la rive opposée, l’antique Icosium (nom punique Ikosim), à l’origine comptoir phénicien, correspond à l’actuelle Alger[10]. À l’époque romaine, Rusguniae est mentionnée comme colonie d’Auguste (colonia Augusti Rusguniae) dans la liste des cités de Maurétanie[11]. Vers 253, une importante période de troubles (révolte indigène attestée par l’épigraphie) a notamment été mise en relation avec l’enfouissement d’un trésor monétaire attribué à Rusguniae[12]. Des synthèses archéologiques ont par ailleurs signalé l’abondance des découvertes d’amphores et de mobilier commercial sur le littoral de l’Algérois, en particulier autour de Rusguniae[13].
À l’Antiquité tardive, une basilique chrétienne est documentée à Rusguniae, notamment par les mosaïques issues des fouilles de 1899–1900 et datées de la fin du IVe siècle–début du Ve siècle[14],[15]. Le site est également attesté comme siège épiscopal : un évêque de Rusguniae (Numerianus Rusguniensis) est mentionné pour le concile de Carthage de 419[16],[17].
Époque moderne
En 1541, lors de l’expédition impériale contre Alger, l’abri du cap Matifou/Tamentfoust est explicitement associé à la retraite et au rembarquement après l’échec de Charles Quint[18]. Vers 1661, sous la Régence d’Alger, le bordj (fort) de Tamentfoust est donné comme construit par Ramdhan Agha sous le règne d’Ismaïl Pacha[19].
Période coloniale
Sous l’administration française, le littoral rattaché à la commune d’Aïn Taya voit se structurer plusieurs implantations : le village de pêcheurs de Jean-Bart est créé en 1892[20], puis La Pérouse est d’abord nommée par décision gouvernementale du 11 septembre 1895 avant que le centre ne soit créé par arrêté du 29 novembre 1896, toujours dans la dépendance d’Aïn Taya[21]. Enfin, Cap Matifou est érigée en commune de plein exercice par décret du 25 décembre 1920, marquant sa séparation administrative d’Aïn Taya[22]. En 1925, la koubba de la zaouïa de Sidi El Hadj Messaoud El Bahri est construite[23].
Entre 1913 et 1949, les cartes ci-bas indiquent des repères d’occupation et d’équipements du couloir littoral : en 1913, Jean-Bart est signalé comme lieu-dit du littoral à l’est de Cap Matifou et la mention des « Carrières » figure dans un environnement majoritairement agricole ; en 1940, la carte fait apparaître la route littorale et la ligne de chemin de fer du CFRA le long de la côte, situant Jean-Bart dans un chapelet de localités incluant Cap Matifou, Aïn-Taya et Surcouf.
Vie locale et équipements (période coloniale)


En 1948, des publicités attestent l’existence d’un « Grand Hôtel de Jean-Bart » annonçant notamment un dancing dominical[24].
En 1950, une rubrique locale mentionne l’existence d’une « amicale bouliste » à Jean-Bart et annonce l’organisation d’un concours de pétanque aux Quatre-Chemins[25].
Le 12 juillet 1950, une rubrique locale (Cap Matifou) indique des usages saisonniers et des règles de fréquentation du littoral : le camping est mentionné à Jean-Bart (plage Altairac et plage des Galets) et un dispositif d’autorisation municipale est indiqué pour les campeurs au-delà de 24 heures ; la même rubrique annonce également des séances de cinéma à Jean-Bart, notamment au café Ripert et au café Beau-Rivage[26].
En 1951, la presse signale des lieux de sociabilité et de loisirs à Jean-Bart : une annonce indique une séance de cinéma « au Café Beau-Rivage, à Jean-Bart » (projection annoncée en soirée)[27].
Toujours au début des années 1950, la presse algéroise mentionne l’existence d’un « aérium de Jean-Bart », présenté dans le cadre de la lutte antituberculeuse et décrit comme relevant d’une organisation médico-sociale associant les parents des enfants accueillis[28].
Seconde Guerre mondiale : Opération Torch
Lors de l’opération Torch (8 novembre 1942), le littoral à l’est d’Alger fut découpé en plages codées « Charlie » ; le secteur Charlie GREEN était notamment décrit comme s’étendant « à mi-distance entre les villages de Jean-Bart et d’Aïn-Taya », repère utilisé dans la planification des débarquements[29]. Des reconnaissances et synthèses de terrain menées en amont soulignèrent en outre, « vers Jean-Bart », une côte hétérogène où la praticabilité et les sorties de plage variaient fortement selon les segments (rochers, dunes et petits oueds), éléments déterminants pour l’accès vers l’intérieur[30].
Administration
Évolutions administratives depuis 1962
Après l'indépendance du pays, la commune est rattachée à Aïn Taya en 1963[31]. En 1984, les communes d'El Marsa et de Bordj El Bahri sont créées à partir de l'ancien territoire de la commune du Cap Matifou, elles font partie de la wilaya de Boumerdès, nouvellement créée[32]. En 1997, à la création du gouvernorat du Grand-Alger, la commune est détachée de la wilaya de Boumerdès, pour rejoindre à nouveau celle d'Alger[33].
Patrimoine
Patrimoine littoral
Archéologie
À la fin du XIXe siècle, une note archéologique signale l’exhumation (1897) d’environ soixante stèles funéraires et d’objets antiques dans un champ « près de Lapérouse », dans l’aire du cap Matifou/Rusguniae[34].
Archéologie sous-marine
Archéologie sous-marine
Le littoral d’El Marsa a fait l’objet de recherches d’archéologie sous-marine en juin 2005 menées par le Groupe de recherche en archéologie navale (GRAN), dans le cadre d’une campagne de prospection et de formation[35]. Le secteur d’El Marsa (ex-Jean-Bart) est aussi associé au naufrage du vapeur militaire français Sphinx (1845), décrit comme perdu « à l’est du cap Matifou » ; une prospection subaquatique a distingué plusieurs zones possibles de naufrage, dont des roches autour du port de Jean-Bart/El Marsa, avec découvertes d’objets métalliques attribués au navire[36]. Le compte rendu de 2005 indique que l’exploitation de documents d’archives et d’un plan manuscrit a permis de situer le naufrage dans les parages immédiats du petit port actuel d’El Marsa et que des objets en cuivre (clous, chevilles, fragments de doublage), ainsi que des masses ferreuses concrétionnées, ont été observés sur le fond[35]. Le document souligne que les tempêtes hivernales ont fortement dispersé les vestiges, de sorte qu’il convient davantage de parler d’un site de naufrage que d’une épave conservée[35].
La même campagne a également signalé, dans une anse située au nord du port, un second site comprenant dix meules de pierre reposant à faible profondeur (environ 1,5 m), interprétées comme la cargaison d’un petit navire naufragé à une époque indéterminée[35]. Le rapport met en avant l’intérêt de cet ensemble pour l’étude de circuits commerciaux maritimes (extraction, façonnage, transport et usage) et considère que la proximité du rivage et l’accessibilité du site pourraient permettre des investigations complémentaires[35].
Bordj (fort) de Tamentfoust
Le bordj de Tamentfoust (ou Fort Tamentfoust) est un ouvrage fortifié littoral situé à l’extrémité du Cap Matifou, à proximité d’El Marsa et de Tamentfoust. Dans une notice historique sur le cap Matifou, le bordj est présenté comme un ancien ouvrage militaire du promontoire ; le toponyme « Tementfoust » y est également expliqué comme un nom berbère signifiant « le côté de l’Est »[37].
Des sources de vulgarisation patrimoniale indiquent que l’ouvrage aurait été commandé en 1661 (règne d’Ismaïl Pacha), sur ordre de Ramdhan Agha, et qu’il aurait été remanié en 1685 sous le dey Hussein (dit « Mezomorto »)[38]. Le site est également mentionné dans des présentations touristiques du secteur de Tamentfoust[39].
Pour plus de détails (histoire, architecture et usages), voir l’article détaillé : Fort Tamentfoust.
Gare de Jean-Bart
La gare de Jean-Bart est une ancienne halte ferroviaire algérienne située au lieu-dit « Les Quatre-Chemins », sur le territoire de l’actuelle commune d’El Marsa. Elle est intégrée au réseau des Chemins de fer sur routes d'Algérie (CFRA) et constitue un point d’arrêt sur la ligne à voie étroite reliant Alger à Aïn Taya. L’infrastructure se caractérise par une voie de 1,055 m de large, implantée sur l’accotement des routes, ce qui permet aux tramways à vapeur d’assurer le transport des estivants et des produits de la pêche vers la capitale[40].
Un avis publié en 1933 mentionne la station « Jean-Bart–La Pérouse » dans un contexte de fermetures de gares[41]. Désaffectée au milieu du XXe siècle lors du démantèlement du réseau au profit du transport routier, la station voit ses derniers vestiges disparaître avec l’urbanisation de la zone à la fin des années 1990.
Population et société
Démographie
Enseignement
- École Nationale de management et de l'administration de la santé (ENMAS).
- Académie militaire de la marine, École des Forces Navales (EFN).
- Centre de formation professionnelle
- École nationale de voile
- Diverses écoles de plongées
Infrastructures et vie locale
Transports
La desserte de transport public à El Marsa a fait l’objet de publications de presse signalant des besoins d’amélioration et des appels à la création ou au renforcement de lignes de transport, notamment au bénéfice du secteur de Tamentfoust[42],[43].
Eau et équipements
Des articles de presse ont évoqué la réalisation de stations de dessalement d’eau de mer[44].
Aménagement et espaces publics
Un projet de « plan vert » a été rapporté par la presse locale à propos de la commune d’El Marsa[45]. Des articles ont également décrit des enjeux d’usage et de gestion d’espaces fréquentés, notamment au lieu-dit « La Falaise »[46].
Vie associative
Une campagne de sensibilisation portée par l’association « Récifs » a été rapportée par la presse à Tamentfoust (ex-La Pérouse)[47].
Vie culturelle
En 1951, le Café Beau-Rivage, à Jean-Bart (actuelle El Marsa), est mentionné comme lieu de projection cinématographique dans la presse locale, avec des séances annoncées en soirée[27].

