Elisabeth De Saedeleer
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Elisabeth De Saedeleer (Laethem-Saint-Martin, – Etikhove, ) est une artiste textile, designer, peintre et enseignante belge. Son œuvre relie la clarté stylistique de l’Art déco aux courants mystiques du symbolisme et fait d'elle une figure marquante de l'histoire du textile belge. Elle est aussi une des représentantes féminines du modernisme.
Elisabeth De Saedeleer est née le à Laethem-Saint-Martin, près de Gand. Elle est la fille du peintre Valerius De Saedeleer, membre de l'école de Laethem-Saint-Martin et de Clementina Limpens et la filleule de Gustave van de Woestijne[1],[2]. Elle a quatre sœurs, parmi lesquelles Maria-Josefa et Monica, qui jouent un rôle actif dans son entreprise[3],[4]. Leur père assure très tôt la formation artistique en dessin et en peinture des cinq filles De Saedeleer[5]. « Mes sœurs et moi étions encore jeunes lorsqu’il nous enseigna les premiers principes et, en préparation au métier qu’il voulait nous enseigner, il nous emmenait dehors pour dessiner sous sa direction. »[6].
Au début de la Première Guerre mondiale, en 1914, alors qu'elle a douze ans, la famille De Saedeleer quitte la Belgique avec Gustave van de Woestijne et George Minne et leurs familles[1]. Ils sont invités à Aberystwyth par la famille Davies de Llandinam, désireuse d'enrichir la vie artistique locale grâce au savoir-faire d’artistes belges reconnus[1],[7]. Les De Saedeleer s'installent dans une villa nommée 'Tynlon', à Rhydyfelin (en) où Valerius De Saedeleer s'intègre au milieu artistique local et peut vivre de sa peinture[7].
Les cinq filles de la famille y apprennent les techniques du tissage. Elisabeth De Saedeleer rencontre Mary Morris, la fille de William Morris, qui lui enseigne les techniques de tissage de tapisserie. Une fois maîtrisée la technique du tissage, Elisabeth De Saedeleer réalise des tapisseries à partir de ses propres dessins ainsi que ceux de son père sur les métiers à tisser. Les réalisations des soeurs De Saedeleer connaissent un grand succès, elles reçoivent de nombreuses commandes et travaillent de façon quasi-indépendante[7],[8]. Leur père est une personnalité connue dans les milieux artistiques, il organise des expositions où il présente les œuvres de ses filles, réalisées d'après ses propres dessins. Le travail d'Elisabeth De Saedeleer est vite remarqué, notamment par le collectionneur d'art néerlandais Jacob De Graaff (1873–1949) qui investit dans son œuvre[2],[5].
Avec le succès des activités de tissage, Valerius De Saedeleer envisage la création d'un centre de formation de tissage de tapisserie mais le projet ne se réalise pas et la famille De Saedeleer quitte le Pays de Galles en 1921.
Carrière
Le Studio De Saedeleer
La fin du XIXe siècle marque le déclin de la tapisserie, attachée à des motifs ancestraux et vouée à une répétition du passé. Elisabeth De Saedeleer, avec l'introduction de motifs nouveaux réalisés avec une technique traditionnelle, va contribuer au renouveau de cet art[5].
En 1921, la famille rentre en Belgique et s'installe à Etikhove. Valerius De Saedeleer nomme leur maison « Villa Tynlon » [9] (« villa au bout de la rue » en gallois), en souvenir de leur maison de Rhydyfelin [10].
Les sœurs De Saedeleer se forment alors dans plusieurs manufactures de tapisseries belges et apprennent à gérer un atelier de tissage. Le , est créé l'atelier de tissage "Société de Tapis d'Art De Saedeleer et Cie", également connu sous le nom de "Studio De Saedeleer", en collaboration avec les frères Luc et Paul Haesearts. Élisabeth gère le studio de création et la teinturerie avec Paul Haesaerts tandis que Luc Haesaerts s'occupe des aspects industriels et commerciaux et deux sœurs d'Élisabeth sont responsables de la gestion des ateliers de tissage et de la formation du personnel[4],[5],[11].
Elisabeth De Saedeleer travaille avec les dessins de son père mais aussi d'autres artistes de renom, comme Albert Van huffel, Edgard Tytgat, Gustave van de Woestijne, Constant Montald, Jules Boulez, Henri Puviez, Charles Leplae, Anto Carte, Georges Creten, Paul Haesaerts et Albert Saverys. Forte de sa connaissance des techniques de couleur et des contrastes, elle transfère les dessins à l'échelle adéquate sur les cartons de tapisserie, créant des tapis colorés et harmonieux[4],[5]. L'atelier refuse la production de masse afin de rester fidèle à la dimension créative de l'artisanat. Les tapis sont produits en édition limitée : un maximum de six versions, numérotées, par motif sont réalisés. Le monogramme du créateur et du studio sont apposés sur chaque tapis[5].
L'atelier d'Elisabeth de Saedeleer est réputé pour ses tapis noués, ses tapisseries murales et ses tissus pour foulards et nappes[1]. L'influence de William Morris et du mouvement Arts and Crafts se fait sentir dans l'utilisation de médaillons centraux et d'arabesques, une géométrie subtile et des tons doux. Ses œuvres sont également installées dans la basilique du Sacré-Cœur de Koekelberg, l'un des monuments Art déco les plus célèbres de Belgique[1],[12],[2].
Durant les années 1930 et 1940, le Studio De Saedeleer expérimente différentes fibres : laine, coton, viscose, lin et autres. Les matériaux utilisés, la structure et les combinaisons de couleurs parfois inhabituelles rappellent les œuvres des tisserandes du Bauhaus. Ces échantillons sont tissés avec différentes couleurs et différents matières, comme la laine, le coton, la viscose, le fil de bouclette et d'autres fils fantaisie, le lin non filé, etc[13].
En 1937 et 1939, le gouvernement belge lui commande deux tapisseries d'après des cartons d'Edgar Tytgat pour les expositions universelles de Paris et New York[13].
L’École de la Cambre
À partir de 1927, à la demande d'Henry Van de Velde, alors directeur de l'Institut supérieur des arts décoratifs, Elisabeth De Saedeleer établit l'atelier de tissage et d'art de la tapisserie[1]. Elle occupe ce poste pendant 15 ans. Avec la relieuse Berthe van Regemorter, elle est la première femme professeure de l’école La Cambre[14],[15].
Grâce à ce poste, Elisabeth De Saedeleer se trouve au cœur du modernisme belge des années 1920 et 1930[5].
En 1939, Elisabeth De Saedeleer ouvre un magasin à Bruxelles où elle vend ses propres œuvres et celles de ses élèves[5].
Pendant la Seconde Guerre mondiale, les autorités allemandes empêchent Elisabeth De Saedeleer de continuer à enseigner à La Cambre en raison de son mariage avec Leon Levy qui est juif. Elle ne retourne pas à La Cambre après la guerre, préférant ouvrir sa propre école[15].
L'Atelier Elisabeth De Saedeleer
En 1946, la société quitte Etikhove pour s'installer à Bruxelles[7]. Elisabeth De Saedeleer ferme son atelier, démissionne de La Cambre et installe son propre atelier à Ixelles, sous le nom d' « Atelier et Ecole de Tissage Elisabeth De Saedeleer ». Une formation sur le tissage est également prodiguée. L'atelier fonctionne jusqu'en 1965[5],[11],[16].
Durant cette période, Elisabeth De Saedeleer publie son ouvrage, De Handweefkunst (L'Art du tissage à la main), qui exerce une influence durable sur le développement ultérieur de l'artisanat du tissage à la main[5]. Elle y traite des matériaux, du filage, la teinture et décrit plusieurs techniques de tissage et la fabrication de tapisseries[13].
En 1955, elle participe au premier Salon national du mobilier social moderne du Musée des arts décoratifs de Gand sous la direction du conservateur Adelbert Van de Walle. En 1956, elle participe à nouveau au deuxième Salon national du mobilier social moderne avec un tapis tissé à la main dans le salon exposé d'Emile Veranneman[16].
Le Centre d'art et d'artisanat Valerius De Saedeleer
En , elle ouvre le « Centre d'art et d'artisanat Valerius De Saedeleer », à proximité de la « Villa Tynlon » à Etikhove, en hommage à son père. Le centre comprend une salle d'exposition et une salle de cours. Elle y enseigne le tissage de tapis avec Lea Baert jusqu'à son décès en 1972. Le centre ferme alors ses portes[5],[8].
Fin de vie et postérité
Elisabeth De Saedeleer meurt à Etikhove le [1].
Elisabeth De Saedeleer a profité de l'aide et du soutien de son père mais elle a surtout très tôt pris en main sa carrière artistique. En plus de son travail de création, elle a enseigné toute sa vie et formé des créatrices textiles[5]. Son rôle important dans l'art textile n'est que peu étudié[5],[13].
Grâce à un don privé, les Musées royaux d'art et d'histoire de Belgique conservent plus de 20 pièces textiles tissées dans l'atelier d'Elisabeth De Saedeleer durant les années 1930 et 1940, parmi lesquelles figurent une nappe finement tissée en lin, coton mercerisé et viscose, et un chemin de table décoratif en lin et coton mercerisé[13].
Les archives d'Elisabeth De Saedeleer sont conservées au MOU Museum (nl)[16].
Quelques œuvres
- Cinq tapis sous le titre Composition abstraite, d'après un dessin de Jaap Gidding (nl) figurent dans les collections du Musée David et Alice van Buuren, Bruxelles[17],[18],[19],[20],[21]
- Tapis de style art déco, d'après un dessin d'Albert van Huffel, acquisition de la Fondation Roi Baudouin, en dépôt au Design Museum[22]
- Tapis de sol, jute et laine, jute et laine, signé Studio De Saedeleet et Albert Van huffel, Musées royaux d'art et d'histoire de Belgique[23]
- Tapis, 1925, Elisabeth De Saedeleer, Eglise St Jean-Baptiste de Molenbeek[24]
- Remous ou Les fleurs irisées sur l’eau, tapis, 1921-1950, Studio De Saedeleer, carton d'Albert Van huffel[25]
- Mer, 1927, tapis noué à la main par le Studio de Saedeleer d'après un dessin d'Albert Van huffel, pour la salle à manger de l’entrepreneur gantois Albert Bruxelman, Design Museum, Gand[26],[27]
- La chasse, tapis de sol au point noué, 1930, Elisabeth De Saedeleer, carton d'Edgar Tytgat, collection René van Blerk[28]
- La souplesse des femmes flottantes est comme celle des flots, 1937, carton d'Edgar Tytgat. Médaille d'or à l'Exposition universelle de Paris de 1937[5].
- Les métiers, tapisserie, 1950, Atelier Elisabeth De Saedeleer[29]
- L'art du tissage, tapisserie murale, 1951, signée Elisabeth De Saedeleer[30]
- San Gioco Maggiore, tapisserie, 1953, réalisé par Elisabeth De Saedeleer (EDS) d'après un carton de Michel Seuphor, Bruxelles, collection de la Banque de Paris et des Pays-Bas[31]
- Tapisserie, 1963, réalisée par Elisabeth De Saedeleer, carton de Kurt Lewy [32]
- Les chevaliers et les sirènes, 1972, tapis noué réalisé par Elisabeth De Saedeleer (EDS) d'après un carton d'Edgar Tytgat [33]
Expositions
- Exposition des Arts Décoratifs et Industriels Modernes, Paris, 1925[5]
- Exposition universelle de 1937[5]
- Exposition universelle de New York, 1939[13]
- Galerie Dietrich, Bruxelles, 1948
- Musée des arts décoratifs, Gand, 1955, 1956[5],[16]
- Exposition universelle de 1958, Bruxelles, 1958
- Biennale de la tapisserie de Lausanne, 1965 et 1967. Tapisseries murales d'après des dessins de Michel Seuphor[13]
- Galerie Contrast Punt 1, Gand, 1971
Publications
- (nl) De Handweefkunst, Éditions Drukkerij Van Buggenhoudt,
- Le tissage à la main, Bruxelles, Atelier d'art E. De Saedeleer,
- Le tissage à la main. Matières premières - La filature - La teinture - Le tissage - Le tissu - Technique du tissage - Tissus anciens - L'art du tapis - Le tapis Mural - La fabrication des tapisseries - Histoire de la tapisserie, Dessain et Tolra, (ISBN 9782249270413)