Ellis Wackett

officier supérieur australien From Wikipedia, the free encyclopedia

Ellis Wackett, né le à Townsville (Queensland) et mort le à Warracknabeal (Victoria), est un militaire australien, air vice-marshal de l'armée de l'air australienne. Ingénieur en chef de la Royal Australian Air Force de 1935 à 1959, Wackett siège pendant dix-sept années consécutives au sein de son organe directeur, l'Air Board. Il est reconnu pour avoir profondément renforcé les normes de navigabilité et de sécurité opérationnelle au sein de l'aviation militaire australienne.

Faits en bref Naissance, Décès ...
Ellis Wackett
Ellis Wackett
Ellis Wackett en uniforme de vice-maréchal en 1958.

Naissance
Townsville (Australie)
Décès (à 82 ans)
Warracknabeal (Australie)
Allégeance Drapeau du Royaume-Uni Royaume-Uni
Drapeau de l'Australie Australie
Arme Force aérienne royale australienne
Formation Collège royal de la marine australienne
Imperial College London
Grade Air vice-marshal
Années de service 1914 – 1959
Conflits Première Guerre mondiale
Seconde Guerre mondiale
Distinctions Ordre du Bain
Ordre de l'Empire britannique
Fermer

Il commence sa carrière militaire pendant la Première Guerre mondiale comme cadet de la Royal Australian Navy, avant de rejoindre la Force aérienne royale australienne en 1923 alors qu'il suit une formation d'ingénieur en Grande-Bretagne. Durant cette période, il obtient également sa qualification de pilote. De retour en Australie, il introduit l'instruction au parachutisme au sein de la RAAF et réalise en 1926 le premier saut en chute libre depuis un avion militaire dans le pays. L'année suivante, il dirige une mission aérienne de reconnaissance de trois mois en Papouasie-Nouvelle-Guinée.

Nommé directeur des services techniques en 1935, Wackett devient l'ingénieur principal de la RAAF. Officier supérieur au déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, il est promu air commodore en 1942 et accède au poste de membre de l'Air Board chargé de l'ingénierie et de la maintenance. En 1948, il crée une branche technique autonome au sein de la RAAF et est élevé au grade d'air vice-marshal. Il conserve ses fonctions jusqu'à son départ des forces armées en 1959. Au cours de sa carrière, il est fait commandeur de l'ordre de l'Empire britannique et compagnon de l'ordre du Bain. Entre 1960 et 1968, il siège à la Commission nationale des compagnies aériennes australiennes, organisme de tutelle de Trans Australia Airlines.

Biographie

Ellis Charles Wackett naît le à Townsville, dans le Queensland. Il est le troisième et plus jeune enfant de James Wackett, commerçant d'origine anglaise, et d'Alice Wackett, née Lawrence. Après sa scolarité à Townsville[1], il entre en 1914, à l'âge de treize ans, au collège royal de la marine australienne dans le territoire de la baie de Jervis, en Nouvelle-Galles du Sud[2].

Jeunesse et début de carrière militaire (1914-1939)

Formation

Diplômé en 1918, il sert comme midshipman à bord de bâtiments de la Royal Navy, notamment le cuirassé HMS Monarch et le croiseur de bataille HMS Renown, puis au sein de la marine australienne sur les croiseurs HMAS Brisbane et HMAS Australia. Il est nommé enseigne de vaisseau en janvier 1921 et est envoyé au Royaume-Uni en juillet de la même année pour poursuivre sa formation[3],[4].

Drapeau de la Force aérienne royale australienne utilisée dans la seconde moitié du xxe siècle.

Alors qu'il étudie à l'école royale d'ingénierie navale (en) de Keyham, il présente en 1922 sa candidature à la Royal Australian Air Force (RAAF). Accepté l'année suivante, il achève ses études à Keyham en août, puis suit une formation de pilote sur la plaine de Salisbury[5]. Il complète ensuite son parcours par un cursus postuniversitaire d'un an en aéronautique à l'Imperial College London, avant de rentrer en Australie pour commencer à servir au sein de la RAAF avec le grade de flying officer[3]. Ainsi, il commence sa carrière au sein de l'armée de l'air en se voyant confier la mise en place de l'instruction au parachutisme. Son retour d'Angleterre est retardé afin qu'il puisse suivre une formation spécifique dans ce domaine. En 1926, à la base de la RAAF de Richmond, en Nouvelle-Galles du Sud, il commence à entraîner des volontaires et réalise, le , la première chute libre effectuée en Australie depuis un avion militaire, un Airco DH.9. Afin de promouvoir cette nouvelle pratique et d'en démontrer la sécurité, le chef d'état-major des forces aériennes du pays, Richard Williams, effectue lui-même un saut le , avant de rendre le port du parachute obligatoire pour l'ensemble des équipages aériens. Le suivant, Wackett pilote l'appareil à partir duquel Frederick Scherger réalise, à Essendon dans le Victoria, la première démonstration publique de parachutisme en Australie[3].

Première mission

Cliché de l'hydravion, ici amerrît, utilisé par Ellis Wackett pour son vol de reconnaissance en Papouasie en fin d'année 1927.

En août 1927, Wackett est promu flight lieutenant et se voit confier le commandement d'une brigade de topographie aérienne des côtes de Papouasie-Nouvelle-Guinée, établit à la base aérienne de Laverton. Cette unité est composée de deux hydravions biplans monomoteurs Supermarine Seagull III et de six membres d'équipage. Afin d'accroître leur autonomie, les appareils sont délestés de tout équipement jugé non essentiel, notamment des radios. Le détachement décolle le et parcourt environ 17 700 kilomètres, couvrant près de 130 000 kilomètres carrés et réalisant 350 clichés. L'avion piloté par Wackett regagne Melbourne le . L'expédition permet à la RAAF de tirer d'importants enseignements sur les capacités du Seagull jugé initialement inadapté à un emploi opérationnel en milieu tropical, malgré la réussite partielle de l'opération[6].

Le , Wackett épouse Doreen Dove à Melbourne ; le couple a deux fils et une fille. En 1933, il est envoyé en Grande-Bretagne pour suivre les cours du RAF Staff College d'Andover[1]. De retour en Australie, il est promu squadron leader et nommé, en mai 1935, directeur des services techniques, une entité relevant de la branche logistique de la RAAF ; cette fonction fait de lui le principal ingénieur de l'aviation militaire australienne[7]. La même année, il prend également la tête du comité des ressources pour les équipements électriques, scientifiques et optiques, l'un des sous-comités du Defence Resources Board mis en place par le gouvernement afin d'évaluer la capacité de l'industrie australienne à soutenir l'effort de défense en cas de conflit international[8].

Seconde Guerre mondiale (1939-1945)

Au déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, Wackett détient le grade de wing commander et se trouve immédiatement confronté à d'importantes difficultés logistiques dans ses fonctions de directeur des services techniques. Les pièces de rechange destinées aux équipements de la RAAF, majoritairement de conception britannique, deviennent rapidement rares[7]. Face à ces contraintes, sa direction recourt autant que possible aux infrastructures civiles de réparation et met en place des dépôts de récupération afin de démonter les aéronefs et matériels endommagés pour en réutiliser les composants[9]. Wackett s'appuie également sur l'expertise et le soutien de son frère Lawrence, fondateur des services techniques de la RAAF dans les années 1920 et, désormais retiré de l'armée. À la fin de l'année 1940, Wackett est promu group captain à titre temporaire et intègre le Comité de recherche sur le personnel navigant. Ce comité, réunissant des spécialistes issus des domaines aéronautique, médical, scientifique et technique, est chargé d'analyser et d'évaluer des questions essentielles telles que la sécurité des équipages, leur confort, la fatigue, la survie, le mal des transports, ainsi que les effets de la pressurisation et de l'hypoxie due[10].

En 1941, Ellis Wackett est nommé officier de l'ordre de l'Empire britannique[11]. Quelques mois plus tard, il devient le représentant de la Royal Australian Air Force au sein du Comité consultatif de l'aviation, un organisme fédéral chargé d'assister le directeur général de la production aéronautique. Ce comité réunit des représentants des administrations publiques, du monde scientifique et des industriels de l'aéronautique, notamment de de Havilland Australie et de la Commonwealth Aircraft Corporation, où son frère exerce les fonctions de principal conseiller technique[12]. La même année, les deux frères siègent également au Conseil australien pour l'aéronautique, nouvellement créé à l'initiative du Premier ministre John Curtin, afin de conseiller le gouvernement ainsi que les institutions éducatives et scientifiques sur les évolutions techniques de l'industrie aéronautique[13].

Un exemplaire d’un Supermarine Spitfire, ici sur le HMS Formidable en décembre 1942. La RAAF se dote de plusieurs modèles de ce chasseur sous l’impulsion d’Ellis Wackett.

Promu air commodore, Ellis Wackett est nommé le premier membre du personnel navigant technique et de maintenance[14]. À ce titre, il siège à l'Air Board, organe directeur de la Royal Australian Air Force, composé de ses plus hauts responsables et présidé par le Chef d'état-major de l'Air[15]. La création de cette fonction, parallèlement à celle de « chargé de l'approvisionnement et de l'équipement de l'armée de l'air », confiée à George Mackinolty (en), remplace les anciennes structures civiles et militaires chargées de l'organisation et de l'équipement[16]. Wackett conserve ce siège pendant dix-sept ans, établissant un record de longévité au sein de l'Air Board. Son expérience technique et ses capacités intellectuelles lui valent la réputation, selon l'historien Alan Stephens, d'un officier particulièrement habile à rallier les comités à ses positions[17].

Durant toute la durée du conflit planétaire, l'Air Board supervise l'expansion spectaculaire de la RAAF : d'une flotte de 246 appareils en 1939, pour l'essentiel obsolète, elle passe en 1945 à plus de 5 600 avions modernes, parmi lesquels figurent des Spitfire et P-51 Mustang. Pour soutenir cet essor, la RAAF assure la formation complète de 18 000 techniciens et dispense une formation complémentaire à 35 000 autres personnels initialement formés hors de l'institution[18].

Service post-guerre mondiale (1945-1959)

Ellis Wackett (à gauche) au Japon, en visite de la base aérienne australienne d’Iwakuni, en .

À l'issue de la Seconde Guerre mondiale, Wackett participe activement à l'élaboration du « plan D », programme de réorganisation de la RAAF soutenu par le chef d'état-major de l'air George Jones. Adopté en juin 1947, ce plan vise notamment à renforcer le rôle de l'industrie nationale en l'encourageant à concevoir et produire des avions militaires, ainsi qu'à fabriquer sous licence des appareils de combat plus avancés[19],[20]. Cette orientation stratégique conduit, à terme, à la mise en service de l'avion d'entraînement de base CAC CA-25 Winjeel, ainsi qu'à la participation australienne à la production du chasseur à réaction CAC Sabre et du bombardier à réaction EE Canberra. Parallèlement, Wackett soutient l'action de Joe Hewitt, responsable du développement de l'apprentissage technique au sein de la RAAF. Le programme de formation des apprentis, destiné à élever le niveau de qualification des personnels techniques de l'armée de l'air, ouvre au début de l'année 1948 à la Ground Training School de la base de Wagga, en Nouvelle-Galles du Sud. Il y associe enseignement général et formation technique spécialisée. En 1952, l'établissement est rebaptisé RAAF School of Technical Training, consacrant son rôle central dans la professionnalisation des métiers techniques de l'aviation militaire australienne[21].

Ellis Sackett (à droite) en Corée du Sud, en visite de la base aérienne australienne de Gimpo, en avril 1953.

Wackett joue un rôle déterminant dans l’autonomisation des services techniques au sein de la RAAF, jusque-là intégrés à la branche du ravitaillement. Conscient de l’importance croissante des ressources scientifiques et techniques dans une armée de l’air moderne, il soulève dès la fin de la guerre la nécessité de créer une branche d’ingénierie spécialisée et obtient, en mars 1946, un accord de principe en ce sens. Après dix-huit mois consacrés à la définition de ses missions et de son champ de compétences, la Technical Branch est officiellement instituée le sous sa direction. Elle a pour objectif de « soutenir la puissance opérationnelle de la RAAF en fournissant l’organisation technique la plus efficace possible » et « d’accroître l’efficacité de la puissance aérienne par le développement technique ». Cette réforme conduit à l’établissement d’un corps distinct de personnel d’ingénierie, rompant avec l’ancienne Technical List, jusque-là subordonnée à la branche des services généraux. Soucieux de préserver la flexibilité du commandement et de favoriser une meilleure compréhension mutuelle entre les branches opérationnelles et techniques, Wackett soutient le principe selon lequel certains officiers des services généraux continuent à exercer des fonctions d’ingénierie, tandis qu’un maximum d’officiers techniques reçoivent une formation complémentaire comme personnel navigant. Il se heurte toutefois aux limites imposées par l’Air Board en matière d’avancement de carrière : à la fin des années 1940, la branche des services généraux est autorisée à compter trente-sept group captain ou un grade plus élevé, contre seulement quatorze pour la branche technique, alors que les deux entités disposent d’effectifs globaux presque équivalents[22].

La création de cette nouvelle organisation suscite par ailleurs des tensions internes au sein de la RAAF. Les exigences accrues en matière de navigabilité limitent le temps de vol des pilotes, qui se montrent parfois réticents face à des procédures de maintenance plus strictes ; les officiers de l’intendance redoutent d’être éclipsés par le prestige nouveau accordé aux ingénieurs ; enfin, certains techniciens issus de la promotion interne, les « black handers », accueillent avec méfiance l’arrivée de jeunes diplômés universitaires, perçus comme étrangers à la culture traditionnelle du service et inexpérimentés[22].

Wackett est promu air vice-marshal à titre provisoire le . Nommé Commandeur de l’ordre de l’Empire britannique lors des Birthday Honours du roi en 1951[23], il collabore de nouveau étroitement avec Joe Hewitt pour introduire le principe d’acquisition des pièces de rechange fondé sur le « cycle de vie » des appareils (life-of-type). Cette méthode consiste à commander, dès l’entrée en service d’un avion, l’ensemble des pièces nécessaires pour toute sa durée d’exploitation prévue, afin de réduire les coûts et les délais d’approvisionnement[24].

En 1953, Wackett met en place une formation avancé à l’Institut royal de technologie de Melbourne pour vingt-cinq aviateurs par an, dont les diplômés reçoivent une commission au grade de pilot officer[25]. Parallèlement, il lance le recrutement d’ingénieurs diplômés d’université au sein de la Technical Branch et formalise des partenariats avec des institutions scientifiques et industrielles majeures, telles que le Commonwealth Scientific and Industrial Research Organisation, le Council of Aeronautics (dont il est membre), des laboratoires de recherches aéronautiques. Il est également à l’origine du parrainage par la RAAF d’une chaire d’aéronautique à l’université de Sydney[26]. En 1957, il est nommé Compagnon de l’ordre du Bain[27]. Deux ans plus tard, son épouse Doreen reçoit le titre de Membre de l’ordre de l’Empire britannique pour son engagement au sein de la Women's Auxiliary Australian Air Force[28], dont elle est vice-présidente puis présidente à partir de 1948[29].

Retraite et fin de vie (1959-1984)

Lorsqu'il prend sa retraite de la RAAF le , Wackett est alors l'officier ayant servi le plus longtemps dans l'histoire de l'institution[30]. L'année suivante, il intègre la Commission nationale des compagnies aériennes australiennes, organisme de tutelle de la compagnie nationale Trans Australia Airlines. Il accède par la suite au poste de vice-président de la Commission, fonction qu'il occupe jusqu'à sa retraite en 1968[31],[32]. Son mandat coïncide avec l'entrée de l'aviation civile australienne dans l'ère de l'avion de ligne : la compagnie nationale reçoit son premier Boeing 727 en 1964, puis son premier Douglas DC-9 en 1967[33]. Parallèlement, Wackett est élu fellow de la Royal Aeronautical Society[34].

À l'instar de son frère Lawrence, auteur de plusieurs ouvrages spécialisés, Ellis Wackett consacre l'essentiel de ses loisirs à la pêche. Il meurt le à Warracknabeal, dans l'État de Victoria, à l'âge de 83 ans[31],[1].

Pour son engagement constant en faveur de la notion de navigabilité aérienne ― conçue comme une exigence globale de qualité, de rigueur professionnelle et de responsabilité, et non comme une simple aptitude technique au vol ― Wackett est décrit dans l'histoire officielle de la RAAF d'après-guerre comme l'un des « officiers les plus remarquables de la période »[22]. La création, en 1948, d'une branche technique autonome, qu'il fonde et structure, joue un rôle déterminant dans la capacité de la RAAF à assurer la maintenance et la modernisation d'aéronefs technologiquement complexes, tels que le General Dynamics F-111 Aardvark[35].

Son mandat de dix-sept ans au sein de l'Air Board demeure le plus long jamais exercé par un officier de la RAAF[36]. Il est suivi par une génération de responsables de la branche technique qui prolongent sa vision, notamment les vice-maréchaux de l'air Ernie Hey et James Rowland[37]. Wackett figure parmi les candidats envisagés pour succéder au maréchal de l'air George Jones au poste de chef d'état-major de la RAAF en 1952, mais le gouvernement de Robert Menzies choisit finalement un officier de la Royal Air Force, le maréchal Donald Hardman[37],[38].

Notes et références

Voir aussi

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