Eneïda

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Langue
Énéide
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Eneïda (Енеїда) est un poème burlesque composé en ukrainien par Ivan Kotliarevsky en 1798. Il s'agit d'un texte héroï-comique. Il est considéré comme la première œuvre littéraire publiée entièrement en langue vernaculaire ukrainienne. Le texte comporte une description de divers aspects de la vie du peuple ukrainien à travers la langue, l'histoire et le folklore. Son succès auprès des contemporains a donné naissance à de nombreuses imitations et a été l'un des ingrédients de la légitimation de la langue vernaculaire face à la langue littéraire en Ukraine [1].

Eneïda est une parodie de l'Énéide de Virgile, dans laquelle Kotliarevsky fait des héros troyens des cosaques zaporogues [2]. Ce type de texte est le fruit d'une longue tradition : Eneïda est une adaptation d'un texte antérieur de Nikolai Petrovitch Osipov publié en 1791 [3] [4]. Ce dernier est lui-même une traduction libre du Virgils Aeneis travestirt (1784) d'Aloys Blumauer, qui s'était inspiré du poème Le Virgile travesty en vers burlesques de Paul Scarron (1648).

Eneïda est réputé composé suite à la destruction de l'armée zaporogue sur ordre de Catherine II. Les trois premières parties sont publiées en 1798 à Saint-Pétersbourg, à l'insu de l'auteur. Le texte complet paraît après sa mort en 1842. Cette parution, contemporaine des mouvements romantique et nationaliste en Europe, survient à un moment où une partie de l'élite ukrainienne est en proie à la nostalgie de l'époque cosaque.

Eneïda figure dans la liste intitulée « De Skovoroda à l'époque moderne : 100 œuvres ukrainiennes les plus importantes » [5].

I

L'action débute après la destruction de Troie par les Grecs. Énée s'enfuit par la mer avec une troupe de Troyens. Fils de Vénus, il n'est pas apprécié de Junon, qui va trouver Éole, dieu du vent. Elle lui demande de créer une tempête et de noyer les Troyens. Éole déchaîne les vents, mais Énée soudoie Neptune, dieu de la mer, et la tempête se calme. Vénus, inquiète pour son fils, se plaint de Junon auprès de Zeus .

Ce dernier affirme que le destin d'Énée est déjà scellé : il ira à Rome pour bâtir « bâtir un puissant royaume », « asservir le monde entier » et « tous deviendront des chefs ». Après une longue errance, les Troyens atteignent Carthage. La reine Didon tombe amoureuse d'Énée, si bien qu'il oublie son objectif principal, la construction de Rome. Zeus, qui est témoin de la scène par hasard, entre dans une colère noire et envoie Mercure rappeler à Énée son engagement. Énée et les Troyens s'enfuient de nuit, et Didon, accablée de chagrin, s'immole.

II

Les Troyens débarquent en Sicile, où règne le roi Aceste. Ils y sont accueillis avec hospitalité par les Siciliens. Énée organise une veillée funèbre pour son père Anchise. Pendant les festivités, Junon envoie sa servante sur Terre. Cette dernière persuade les Troyennes d'incendier les navires. Énée, furieux, maudit les dieux et prie pour qu'il pleuve, après quoi quelques navires sont préservés. Désespéré, Énée voit son père en songe. Anchise lui promet un dénouement heureux et l'invita aux Enfers.

III

Après avoir quitté la Sicile, les Troyens font une longue traversée jusqu'à Cumes. Énée cherche le chemin des enfers et rencontre la Sibylle. En échange d'un cadeau pour elle et d'un pot-de-vin pour le dieu soleil Phébus, elle l'accompagne sur un chemin où vivent la somnolence, le bâillement et la mort, avec derrière eux la peste, la guerre, le froid, la famine et d'autres maux. Charon leur fait traverser le Styx. La Sybille jette du pain à Cerbère pour passer. Aux Enfers, Énée rencontre un assortiment de pécheurs punis, et finalement ses compagnons assassinés et Didon. Enfin, il trouve Anchise qui lui promet « une grande et active famille » qui « régnera sur le monde entier ».

IV

Les Troyens et Énée reprennent la mer. Grâce à l'assistance d'Éole imploré par Énée, ils parviennent à contourner l'île de cruelle Circé, qui transforme les hommes en bêtes.

Ils font ensuite voile vers l'île gouvernée par le roi Latinus et son épouse Amata. Leur fille Lavinia est alors promise au roi Turnus. Des Troyens envoyés en reconnaissance par Énée lui rapportent que les habitants parlent latin. Ils apprennent cette langue en une semaine. Énée envoie ensuite des émissaires au roi, qui les reçoit avec les honneurs et propose la main de sa fille. Junon, furieuse des libertés prises par Énée, décide de lui donner une leçon.

Elle envoie l'érinye Telphousia, qui visite Amata puis Turnus. Ce dernier a une vision d'Amata lui préférant Énée. Offensé, il déclare la guerre à Latinus. Les lévriers des Troyens tuent accidentellement le chien de la nourrice d'Amata. Furieuse, la princesse appelle à la guerre.

V

Énée cherche un moyen de vaincre Turnus, car les dieux de l'Olympe tardent à intervenir. En rêve, il voit un vieil homme qui lui conseille de se lier d'amitié avec les Arcadiens, gouvernés par Évandre son fils Pallant, ennemis des Latins.

Énée fait un sacrifice aux dieux et rend visite à Évandre, qui accepte de l'aider et lui envoie Pallant et une armée. Vénus demande à Vulcain, le forgeron, de forger une arme puissante pour Énée.

Junon envoie une servante avertir Turnus et lui conseiller de frapper le premier. Il assiège la forteresse troyenne sans succès, avant d'incendier la flotte. Vénus se plaint à Cybèle, la mère des dieux, qui à son tour se plaint à Zeus. Zeus transforme les navires troyens en sirènes, et les ennemis terrifiés prennent la fuite. Le silence retombe.

Nyz et Evrial, jeunes guerriers, montent la garde. Nyz se propose d'infiltrer le camp ennemi. Il demande à son camarade, qui a une vieille mère, de rester, mais Evrial l'accompagne. Ils tuent de nombreux ennemis, mais tombent sur un groupe de Latins à leur retour. Evrial est capturé, mais Nyz caché dans un arbre révèle volontairement sa présence. Evrial est exécuté, et Nyz meurt au combat en tuant son ennemi.

Une bataille féroce s'engage entre Turnus et les Troyens. Junon intervient en faveur de Turnus. Les Rutules malmènent les Troyens, prêts à renoncer, quand le chef de l'artillerie, pour les humilier, leur rappelle qu'Énée « nous considère comme des soldats, les petits-enfants des plus glorieux ancêtres ». Humiliés, les Troyens se ressaisissent et remportent la bataille.

VI

Zeus interdit aux dieux d'agir en faveur de l'un ou l'autre camp. Vénus se présente alors devant lui pour le flatter et se plaindre de Junon, ce qui déclenche une dispute entre les déesses.

Pendant ce temps, Énée et Pallant cherchent à secourir les Troyens. Une mavka les prévient que Turnus et ses soldats ont engagé le combat et ont presque incendié leur flotte. Énée accourt et se jette aussitôt dans la bataille. Turnus tue Pallant. Jul raconte à Énée ce qui s'est passé en son absence.

Zeus, ivre, s'excuse auprès de Junon. Elle parvient à l'endormir, prend l'apparence d'Énée et attire Turnus sur un navire pour lui permettre de rentrer chez lui et d'échapper à la mort.

Le lendemain, Énée enterre les morts. Des émissaires latins arrive. Il leur explique qu'il n'est pas l'ennemi des Latins, mais de Turnus, et leur propose un duel. Au retour des ambassadeurs, Turnus se prépare à contrecœur au duel. Amata s'oppose au mariage de sa fille avec Turnus, car elle est elle-même secrètement amoureuse de lui.

Le lendemain, les deux camps s'installent pour observer le duel. Junon envoie Juturne à l'aide de Turnus. Elle provoque de nouveau un affrontement entre Troyens et Rutules. Énée ayant été blessé, Vénus rassemble toutes sortes de potions pour le soigner.

Croyant Turnus mort, Amata se pend. La nouvelle sème la panique. Énée provoque Turnus en duel et le terrasse d'un coup d'épée. Junon, par l'intermédiaire de Juturna, offre une autre épée à Turnus, ce qui rend Zeus furieux : « Nous l'avons déjà dit à tous les dieux : Énée nous rejoindra sur l'Olympe pour déguster les mêmes gâteaux que je te demanderai de préparer. »

Le duel reprend. Turnus est à terre, et Énée s'apprête à l'achever lorsqu'il est pris de pitié. Mais, lorsqu'il reconnaît l'armure de Pallant portée par Turnus, il le tue.

Analyse

Le philosophe ukrainien Myroslav Popovych considère Eneïda comme relevant d'une tradition littéraire carnavalesque et satirique. Une partie du comique repose sur le contraste entre le ton épique et héroïque du poème original de Virgile et le style terre-à-terre choisi par Kotliarevsky. L'effet humoristique est amplifié par certains passages, écrits dans un hybride linguistique d'ukrainien vernaculaire et de latin classique. Le poème contient également des références à de nombreux éléments du folklore ukrainien et constitue une source importante sur la culture matérielle, la cuisine et d'autres aspects de la vie quotidienne en Ukraine au XVIIIe siècle [6].

Traductions

Les premières traductions partielles en anglais remontent à 1933. Wolodymyr Semenyna publie les premières strophes dans le journal américain de la diaspora ukrainienne, Ukrainian Weekly, le de cette année. Une autre traduction partielle est publiée aux Presses de l'Université de Toronto en 1963 dans l'anthologie Ukrainian Poets 1189–1962, de C.H. Andrusyshen et Watson Kirkconnell [7]. Il faut attendre 2004 pour une première traduction anglaise intégrale, par le Canadien d'origine ukrainienne Bohdan Melnyk, par ailleurs connu pour sa traduction anglaise du conte ukrainien d' Ivan Franko « Mykyta le Renard » (en ukrainien : Лис Микита) [8],[9].

Postérité

Adaptations

Références

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