Enluminure de la Renaissance
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L'enluminure de la Renaissance désigne la production de manuscrits enluminés à la fin du XVe et au XVIe siècle en Europe occidentale, influencée par les techniques de représentation et les motifs de la peinture de la Renaissance. Avec l'invention de l'imprimerie, la peinture dans les livres ne disparait pas brutalement et persiste dans certains manuscrits de luxe, voire dans certains ouvrages imprimés. Les enlumineurs de l'époque utilisent les techniques de représentation en perspective ainsi que les thèmes iconographiques propres à la période. Cantonnée à des ouvrages de luxe, cette production diminue au cours de la seconde moitié du XVIe siècle avec la concurrence de plus en plus grande de la gravure.
Une écriture et des décorations nouvelles
Une nouvelle écriture est mise au point par les érudits humanistes au début du XVe siècle. Elle est inspirée des écritures des manuscrits romans des XIe et XIIe siècles eux-mêmes inspirés des textes carolingiens du IXe siècle. Le premier manuscrit rédigé de cette écriture est peut-être un manuscrit des œuvres de Catulle, de Poggio Bracciolini vers 1400-1402 à Florence (Biblioteca Marciana, Lat.XII, 80)[1].
Au même moment, de nouvelles décorations de lettrines sont créées. Elles aussi inspirées des manuscrits carolingiens, elle est appelée « vigne blanche » (bianchi girari en italien). Ces lettrines sont elles aussi tirées de manuscrits italiens des XIe et XIIe siècles eux-mêmes inspirés des manuscrits carolingiens. Composées de rinceaux blancs, décorés de nœuds aplatis, de trilobes et de palmettes, elles sont placées généralement sur un fond de couleur rouge, bleu, jaune ou vert. On retrouve aussi ces lettrines pour la première fois dans le même manuscrit de Poggio Bracciolini. Ces décorations sont reprises par la suite pour décorer des bordures de pages, avec des putti, des portraits, des animaux ou d'autres plantes de plus en plus naturalistes. Ce type de décorations sont caractéristiques de l'enluminure de la Renaissance italienne du XVe siècle. Ce type de décoration finit elle-même par disparaître en Italie à la fin de ce même siècle[2].
Sources d'inspiration

Au cours du XVe siècle en Italie, puis à la fin de ce même siècle et au début du suivant dans les autres pays, l'enluminure n'est plus un art novateur, mais suit les évolutions perceptibles dans les autres arts comme la peinture sur bois mais aussi la fresque et la sculpture. Comme chez ces derniers, elle adopte petit à petit des innovations comme l'usage de la perspective et du point de fuite mais aussi le souci du réalisme de l'anatomie humaine et particulièrement des nus. Enfin, l'influence de l'architecture se perçoit dans la réalisation de grands frontispices ou de décors de marges faits de colonnades et de frontons à l'antique. Alors que quelques artistes persistent dans le style du gothique international jusqu'à la fin de la leur vie tel Lorenzo Monaco, d'autres adoptes ces nouveautés aussi bien dans l'enluminure que dans les autres formes d'art qu'ils pratiquent en même temps. C'est le cas de Pisanello, Fra Angelico, Marco Zoppo, Giovanni di Paolo ou encore Girolamo da Cremona (Girolamo de'Corradi) [3].
Nouveaux supports et techniques
Avec le développement du dessin au cours du XVe siècle, les enluminures dessinées à la plume concurrencent peu à peu les miniatures peintes. Avec le développement de l'usage du papier, de plus en plus de manuscrits sont rédigés et décorés sur ce support, sans supplanter totalement le parchemin[4].
Types d'ouvrage
La production se limitant de plus en plus à une clientèle de luxe, les ouvrages produits doivent se distinguer de la concurrence imprimée.
De nouveaux ouvrages sont tout d'abord décorés : l'humanisme de l'époque incite à une demande renouvelée de textes venus de l'Antiquité gréco-romaine . Une quantité considérable de manuscrits de Virgile, Suétone et Cicéron sont décorés. Des textes d'Homère ou d'Aristote en écriture grecque originale sont aussi recopiés et décorés[5].
Le livre d'heures, livre phare de la fin de la période gothique, continue d'être fabriqué mais imprimés sous des formes standardisées, le plus souvent à l'usage de Rome. Certains enlumineurs sont dans le même temps imprimeurs, tel que Jean Pichore, produisant en masse des ouvrages religieux imprimés tout en continuant à fournir une clientèle aristocratique de manuscrits luxueux. Certains collectionneurs commandent cependant toujours des manuscrits exceptionnels. Le Livre d'heures du cardinal Farnèse peint par Giulio Clovio en Italie entre 1537 et 1546, ou encore les Heures d'Anne de Montmorency (vers 1550) en France en sont les derniers témoins[4],[6].
Plusieurs ouvrages de cette époque sont aussi composés entièrement d'illustrations, sans qu'on sache à quel usage précis ils étaient destinés le plus souvent. C'est le cas de l'Histoire d'amour sans paroles actuellement conservé au musée Condé[4].