Né en 1844, Ernest Granger fait d'abord ses études au lycée de Versailles avant de déménager à Paris pour suivre les cours de l’École de droit. Durant ses études, il prend contact avec les étudiants opposants au Second Empire et est exclu en 1865 de la Faculté, comme ses camarades Albert Regnard et Germain Casse en médecine, pour avoir participé avec eux au Congrès international des étudiants de Liège (), réunion durant laquelle le pape fut critiqué et où on a promu la nécessité de l'athéisme comme seul moteur du progrès social. Par la suite, il est condamné, en 1866, à quatre mois de prison, puis rentre en contact avec Auguste Blanqui, Gustave Tridon et Émile Eudes[1]. En 1870, fidèle de Blanqui, il vend une propriété dans l'Orne pour acheter des pistolets et des poignards pour l'attaque de la caserne de pompiers de la Villette le avec Émile Eudes et d'autres blanquistes pour voler des armes à feu mais l'assaut échoue.
Une fois rentré en France, il finance l'impression de nombre de livres écrits par Blanqui et participe même à la rédaction de Critique sociale. Au décès de Blanqui, il fait édifier à ses frais un gisant en bronze réalisé par Jules Dalou, on y voit un Blanqui torturé, véritable martyr de sa cause. Comme certains de ses frères d'armes, il bascule idéologiquement et devient député boulangiste. Il est le cofondateur, avec Édouard Vaillant, du Comité révolutionnaire central (CRC), rédacteur à L'Homme libre puis rédacteur en chef du Cri du peuple après la mort de Émile Eudes en 1888.
Ernest Granger en 1886.
En 1889, il quitte le CRC pour fonder le Comité central socialiste révolutionnaire avec Ernest Roche et est élu député boulangiste de la Seine (1889-1893). À partir de 1890 et les révélations des Coulisses du boulangisme de Gabriel Terrail, Granger est totalement discrédité face à l'alliance boulangiste et monarchiste. De plus, Vaillant réécrit ses choix passés en faisant de lui quelqu'un qui se méfiait dès le départ de Boulanger et c'est après avoir compris sa véritable intension qu'il a voulu s'en éloigner. Cette réinterprétation renforce l'idée que les membres du CCSR ont été aveuglés par le général[2]. Jusqu'en 1893, il est isolé à la Chambre, totalement impuissant, il ne peut presque rien y faire. Il se radicalise contre le suffrage suffrage universel. C'est à cette époque que il se retire sur ses terres normandes à Macé dans l'Orne, quittant le CCSR et la politique nationale[3]. Il se consacre à la rédaction de livres sur l'agriculture, il est même responsable du comité d’arrondissement. il meurt à la "Métairie" le . Son tombeau est visible au cimetière de Macé.
Il est exécuteur testamentaire d'Auguste Blanqui, les héritiers de Granger sont dépositaires de l'original du tableau dit «de Blanqui jeune», peint par son épouse Suzamel (le tableau exposé au musée Carnavalet est une copie.)
Sources
↑Gustave Vapereau, Dictionnaire universel des contemporains: contenant toutes les personnes notables de la France et des pays étrangers...: ouvrage rédigé et tenu à jour, avec le concours d'écrivains et de savants de tous les pays (Sixième éd. entièrement refondue et considérablement augmentée), Paris, L. Hachette, (lire en ligne), page 709
↑Bertrand Joly, Aux origines du populisme: histoire du boulangisme, Paris, CNRS Éditions, , 600p. (ISBN978-2-271-13972-6), p.685-689
↑Bertrand Joly, Aux origines du populisme: histoire du boulangisme, Paris, CNRS Éditions, , 600p. (ISBN978-2-271-13972-6), p.717
«Ernest Granger», dans le Dictionnaire des parlementaires français (1889-1940), sous la direction de Jean Jolly, PUF, 1960 [détail de l’édition]