Ernest Maindron
historien et collectionneur français (1838-1907)
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Charles Ernest Maindron, né le à Paris et mort le à Neuilly-sur-Seine, est un historien, archiviste et collectionneur français.
Biographie
Formation et débuts à l'Académie des sciences
Attaché à l'Institut de France, Ernest Maindron a mené des travaux de recherche sur les fondements de l'Académie des sciences et sur plusieurs figures scientifiques.
Ernest Maindron a occupé le poste de secrétaire-archiviste de l'Académie des sciences en France jusqu'en 1897 environ[1]. À ce titre, il assure la gestion et la mise en ordre des archives de l’institution, tout en menant un travail d’historien sur son fonctionnement et ses grandes figures. Il est notamment l’auteur de l’ouvrage L’Académie des sciences : histoire de l’Académie, fondation de l’Institut national, Bonaparte membre de l’Institut national (1888), qui retrace la genèse de la compagnie savante, ses transformations institutionnelles et le rôle de certains savants et hommes d’État dans son évolution. Par la combinaison de ses fonctions administratives et de ses travaux érudits, Maindron contribue à fixer une première synthèse historique de l’Académie des sciences au XIXe siècle[2].
Il participe également aux travaux du Bureau des longitudes de l'Académie des sciences, ce qui révèle un rôle actif dans les cercles savants de son époque, dépassant son statut d'attaché à l'Institut de France[3].
Intérêt pour les arts graphiques
Ernest Maindron s'est intéressé tout au long de sa vie à l'art graphique publicitaire et culturel. À partir des années 1880, il consacre une partie de ses recherches à un nouveau mode de communication promotionnelle en plein essor, l'affiche illustrée, dont il reste le premier historien de son temps à l'avoir élevé au « rang des choses d’art »[4]. Il s'intéresse tout particulièrement à l'art graphique publicitaire qu'il est l'un des premiers à analyser et à légitimer d'un point de vue historique et esthétique. Ernest Maindron possédait une importante collection d’affiches comprenant plus de 10 000 pièces.
Historien de l'affiche illustrée
Premiers écrits
Dès 1884, dans une communication adressée à la Gazette des beaux-arts[5], il note l'engouement pour une forme d'expression, l'affiche illustrée, où s'exprime le talent de véritables créateurs comme Jules Chéret, avec qui il restera d'ailleurs en amitié, et d'autres comme les frères Léon et Alfred Choubrac, contribuant à la reconnaissance de ces artistes parmi les premiers maîtres de l'affiche illustrée[1]. La même année, il publie deux articles dans la Gazette des Beaux-Arts[6] dans lesquels il dresse un bilan de l'Histoire de l'affiche depuis l'Antiquité gréco-romaine, sous le titre prémonitoire Les Affiches illustrées[1].
Les Affiches illustrées (1886, 1896) et Les Affiches étrangères (1897)
Cette phase de travaux théoriques aboutit à la parution de son premier volume de référence en 1886, Les affiches illustrées, qu'il publie avec la complicité de Chéret. Ce recueil en couleurs reproduisant vingt affiches françaises apparait comme le premier ouvrage consacré à l'affiche. Cet ouvrage prolonge ses réflexions théoriques sur l'affiche nées quelques années auparavant et participe à la reconnaissance de ce médium comme art[6].
En 1896, face au succès international de l'« affichomanie », Maindron publie un second volume considérablement augmenté[1]. Cette nouvelle édition couvre spécifiquement la production de la décennie 1886-1895, témoignant de son vif intérêt pour les créations des années 1890, période durant laquelle l'affiche illustrée atteint son apogée. Il y intègre notamment un inventaire détaillé de la production monumentale de Chéret[1]. Il publie en 1897 son dernier ouvrage sur l'affiche intitulé Les Affiches étrangères, étendant son analyse au-delà des frontières françaises et démontrant l'essor de la publicité artistique comme un phénomène esthétique mondial[7].
- Affiche pour l'Athénée-Comique, publiée dans Les Affiches illustrées, 1886
- Affiche, Pan. A Journal of Satire, Jules Chéret, publiée dans Les Affiches illustrées, 1886
- Affiche, Journal pour tous, publiée dans Les Affiches illustrées, 1886
- Affiche, Œuvres de Rabelais illustrées par A. Robida, publiée dans Les Affiches illustrées, 1886
Autres travaux
Son intérêt ne se limite pas aux affiches ; il s'étend à l'ensemble des éphémères du quotidien, tels que les programmes de théâtre, les menus ou les cartes d'invitation. Maindron défend l'idée que ces imprimés ordinaires constituent un « microcosme de la société »[1] et des documents indispensables pour les futurs historiens afin de comprendre les mœurs et la modernité de son époque[1]. En 1897, il publie d'ailleurs un ouvrage consacré spécifiquement à ces petits formats : Les programmes illustrés des théâtres et des cafés-concerts, menus, cartes d'invitation, petites estampes, etc.[1] Maindron consacre également une étude aux programmes de théâtre et de la scène parisienne dans laquelle il souligne l'importance des artistes illustrant ces supports. Il est aussi l'auteur d'une étude incontournable sur l'origine du théâtre de marionnette intitulée Marionnettes et guignols, les poupées agissantes et parlantes à travers les âges, publié en 1900[1].
Parallèlement à ses travaux sur l'affiche, il a dirigé la publication de documents historiques majeurs. Il est ainsi le maître d'œuvre du recueil Les murailles politiques françaises depuis le 4 Septembre 1870, paru dès 1873. Cette œuvre, initialement publiée de manière anonyme en raison de la sensibilité politique de l'époque, réunit une collection exhaustive d'affiches typographiques de la Commune de Paris. Maindron ne revendiquera publiquement la paternité de cette collection que bien plus tard, vers 1887[1].
Collectionneur d'affiches
La collection Maindron
Parallèlement à son activité d'historien, Ernest Maindron constitue dès la fin des années 1850, alors qu'il est âgé d'environ vingt ans, une collection d'une ampleur exceptionnelle[1]. Sa collection comportait notamment un grand nombre d'affiches réalisées par Jules Chéret dont il est l'un des premiers défenseurs[6]. Elle réunissait également près de 3 000 affiches de Daumier[1].
Sa collection se distingue par une organisation rigoureuse, incarnant un travail d'archiviste. La collection était répartie dans environ 400 dossiers classés selon trois principes : par sujets (établissements de spectacles, librairies, thèmes politiques), par artistes ou par nationalités (affiches italiennes, allemandes, américaines, etc.)[1]. Le sujet de la « librairie » comprenait des sous-catégories basées sur les thèmes des livres, tels que les ouvrages religieux, les classiques, l'éducation, les sciences, l'art, les voyages et l'histoire. Les affiches politiques étaient organisées en plusieurs catégories distinctes, comme les affiches « anticléricales » ; la catégorie « pour mémoire » comprenait des affiches politiques et d'autres affiches non illustrées depuis 1848, qui remplissaient cinquante portefeuilles[1]. Certains dossiers étaient organisés par nom d'artiste, tels que Paul Gavarni, Cham, André Gill, Alfred Grévin et Adolphe Léon Willette[1].
Sa reconnaissance en tant que collectionneur majeur transparaît dans les écrits de ses contemporains, comme Henri Beraldi ou Roger Marx, ce dernier affirmant en 1889 que le véritable « musée de l'affiche » résidait dans les portefeuilles de Maindron[1]. H. B. Jean Coudray lui consacre également un profil détaillé dans la revue Les hommes d’aujourd'hui vers 1887, soulignant qu'il a passé plus de trente ans à réunir avec un « flair particulier » les témoignages de son époque. À cette occasion, Jules Chéret signe un portrait d'Ernest Maindron qui rompt délibérément avec les codes habituels du collectionneur contemplatif[8]. Chéret ne le représente pas en tant que connaisseur avec une loupe pour préférer une image satirique de Maindron en mouvement dans l'espace urbain. Il y est représenté chargé de portefeuilles débordants et de volumineux rouleaux d'affiches, une mise en scène dynamique qui illustre l'aspect intensif et presque athlétique de sa pratique de collecte[1].
Les affiches de la Commune de Paris
Son activité de collectionneur prend une dimension politique et documentaire singulière durant la Commune de Paris en 1871. Maindron a entrepris de collecter en temps réel ce qu'il considérait comme des « lambeaux d'histoire ». Il a ainsi rassemblé un ensemble quasi complet d'affiches typographiques, dont beaucoup provenaient de l'Imprimerie Nationale alors occupée par la Garde nationale[1]. Cette collection, recueillie directement sur les murs de la ville de Paris, constitue un témoignage brut des communications quotidiennes de l'insurrection : ordres officiels, appels à l'action et proclamations de divers comités. Pour Maindron, ces affiches étaient « l'histoire écrite pour tout le monde, jour après jour, dans les rues ». Son approche se distingue radicalement des collectionneurs conservateurs de la fin du XIXe siècle, qui cherchaient souvent à restaurer un passé pré-révolutionnaire. À l'inverse, Maindron valorisait le caractère éphémère du présent, agissant comme un « sauveteur » de documents destinés à la destruction afin de constituer une archive pour les historiens futurs[1].
Destin de sa collection
Afin d'éviter la dispersion de son immense fonds d'affiches sur le marché, Ernest Maindron choisit de ne pas le mettre aux enchères, contrairement à sa collection d'estampes de Daumier[9]. Il préféra vendre l'intégralité de sa collection à Alexandre Henriot, producteur de champagne et président de la Société des Amis des Arts de Reims. Par cet acte, il souhaitait que son œuvre soit conservée de manière experte et survive intacte, avec l'espoir qu'elle soit un jour léguée à une institution publique[1].
Sa collection pourtant riche, a aujourd'hui disparue comme celles d'autres collectionneurs de son temps qui, comme lui, ont souhaité la rendre accessible au plus grand nombre à l'instar de Gustave Bourcard ou Alexandre Henriot[6]. En réalité, l'ensemble de la collection de Maindron a été anéanti par un incendie en 1914, au déclenchement de la Première Guerre mondiale[1]. Cette disparition tragique souligne l'éphémérité de ces supports papier que Maindron s'était pourtant efforcé de sauvegarder pour les historiens futurs.
Expositions et commissariat
L'Exposition universelle de 1889
Une grande manifestation est organisée par Maindron, à Paris lors de l’Exposition universelle de 1889 : c'est là encore une première. Il s'agit de la première grande exposition historique consacrée à l'art de l'affiche intitulée Histoire résumée de l'affiche française. L'exposition s'est tenue au Champ-de-Mars avec la collaboration de Camille Viré[1]. De mai à novembre 1889, ce sont près de 100 affiches appartenant à Maindron qui sont exposées. L'objectif pour Maindron est de satisfaire le Comité de l'Histoire rétrospective du travail de l'Exposition universelle qui a déjà salué à plusieurs reprises ses travaux et de montrer la variété des techniques utilisées dans ce genre artistique[6].
Autres expositions et engagements
Au-delà de ses propres expositions, Maindron a mis son expertise au service de la reconnaissance d'autres artistes. Il a notamment été nommé secrétaire du comité républicain chargé d'organiser l'exposition consacrée à Honoré Daumier aux galeries Durand-Ruel en 1878, sous la présidence honoraire de Victor Hugo[1].
Son engagement constant pour la préservation des imprimés éphémères l'a amené à collaborer avec de nombreux collectionneurs et critiques internationaux, faisant de lui une figure incontournable du marché et de la critique de l'affiche à la fin du XIXe siècle. Du 28 septembre au 30 novembre 1895, Ernest Maindron fait partie, aux côtés d'Henri Béraldi, Henri Bouchot et John Grand-Cartaret, des membres des commissions chargées de l'examen et du classement des œuvres pour la section « Histoire de la lithographie » lors de l'Exposition du Centenaire de la lithographie qui se tient à la galerie Rapp à Paris[6].
Écrits
- Documents sur Daumier [1880 ?]
- Les fondations de prix à l'Académie des sciences. Les lauréats de l'académie (1714-1880), Paris, Gauthier-Villars, 1881
- Les Affiches illustrées, orné de 20 chromolithographies, Paris, H. Launette & Cie, 1886
- Les murailles politiques françaises depuis le 4 Septembre 1870, 1873
- L’œuvre de Jean-Baptiste Dumas, Masson, 1886 - sur Gallica
- Le Globe géographique de l'Observatoire de Paris, Bureau des deux revues, 1887
- L'Académie des sciences : histoire de l'Académie, fondation de l'Institut national, Bonaparte membre de l'Institut national, Félix Alcan, 1888 sur Gallica
- Le Champ de Mars, 1751-1889, illustré de 70 lettres ornées par Jules Adeline, Danel, 1889
- L'Ancienne Académie des Sciences. Les Académiciens (1666-1793), B. Tignol, 1895
- Les Affiches illustrées (1886-1895), G. Boudet/Tallandier, 1896 (rééd. augmentée) sur Gallica
- Les Affiches étrangères illustrées, Paris, G. Boudet/Tallandier, 1897
- Les programmes illustrés des théâtres et des cafés-concerts, menus, cartes d'invitation, petites estampes, etc., préfacé par Pierre Véber, illustré par Louis Oury, Librairie Nilsson, [1897]
- Marionnettes et guignols. Les poupées agissantes et parlantes à travers les âges, illust. de Jules Chéret, Félix Juven, 1900 sur Gallica
- Millevoye à Neuilly, 1905