Espoir (philosophie)
disposition de l'esprit humain qui consiste en l'attente d'un futur bon ou meilleur
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L’espoir est une disposition de l'esprit humain reposant sur l'attente d'une situation meilleure à celle existante. Considéré comme une émotion, voire comme une passion, l'espoir est à ce titre opposé au désespoir.

Ayant fait l'objet de nombreuses études philosophiques, le mot « espoir » est à distinguer du mot « espérance », alors qu'il est au contraire coutume de considérer les deux termes comme synonymes.
Religions et mythologies
Religions antiques
Grèce
Dans la mythologie grecque, le mythe de Pandore, relaté par Hésiode dans la Théogonie et Les Travaux et les Jours[1],[2],[3],[4] raconte comment les dieux se vengent des mortels en leur envoyant la première femme, Pandore, qui ouvre le couvercle de la jarre où sont enfermés tous les maux. Les maux s'échappent et accablent l'humanité, mais Pandore referme la jarre juste à temps pour y conserver l'espoir (ἐλπίς, elpis).
Rome
Dans la religion romaine, l'espérance (en latin spes) est aussi une déesse allégorique, Spes.
Christianisme
Dans le catholicisme, l'interprétation du Nouveau Testament conduit à distinguer plusieurs vertus théologales qui ont pour but de guider les catholiques dans leurs rapports au monde et à Dieu : l'une de ces vertus est l'espérance.
Le théologien protestant Jacques Ellul estime qu'il est fondamental non seulement de distinguer "espérance" et "espoir" mais de les opposer. Il identifie l'espoir à l'illusion que tout peut s'arranger sans la présence de Dieu. Or, selon lui, l'espérance n'a de place que quand une situation est jugée désespérée : « L'espoir est la malédiction de l'homme. Car l'homme ne fait rien tant qu'il croit qu'il peut y avoir une issue qui lui sera donnée. Tant que, dans une situation terrible, il s'imagine qu'il y a une porte de sortie, il ne fait rien pour changer la situation[5]. »
Philosophie
En France, la sagesse populaire réfléchit sur l'espoir par le biais de proverbes comme : « Tant qu'il y a de la vie, il y a de l'espoir » ou au contraire « L'espoir fait vivre ». Des expressions comme « faux espoirs », « espoirs trompeurs » ou « espoirs déçus » mettent en avant le fait que dans certaines situations les espoirs peuvent donner des illusions.
À la Renaissance, le philosophe français René Descartes considère l'espérance comme une passion et l'évoque en 1649 dans son traité Les Passions de l'âme (articles 58, 165, 173). Dans l'article 58, Descartes affirme, que l'espérance dérive du désir et se produit lorsque quelque chose nous incite à penser que la possibilité d'acquérir un bien ou de fuir un malheur est grande (au contraire, lorsqu'on pense que la possibilité est faible, cela excite en nous de la crainte). Poussée à l'extrême, l'espérance se change en une autre passion, la sécurité ou l'assurance (à l'inverse, la crainte extrême devient du désespoir)[6]. Dans l'article 165, il définit l'espérance comme une disposition de l'âme à se persuader que ce qu'elle désire adviendra, laquelle est causée par un mouvement particulier des esprits[7], à savoir par celui de la joie et du désir mêlés ensemble. Il oppose à nouveau l'espérance à la crainte, tout en remarquant qu'il est possible de ressentir les deux à la fois quand on a à la fois des raisons de penser que le désir s'accomplira facilement et d'autres de penser qu'il s'accomplira difficilement[8]. Dans l'article 173, après avoir parlé aux articles précédents du courage et de la hardiesse, il remarque que la hardiesse dépend de l'espérance, puisqu'il est nécessaire de penser que l'on a une chance de parvenir à ses fins pour pouvoir s'opposer avec vigueur aux difficultés qu'on rencontre. Cela implique cependant parfois que les fins en question (le but général qu'on se propose) soient différentes de l'action qu'on est en train de tenter dans l'immédiat : par exemple, des guerriers qui se lancent courageusement dans un combat où ils sont certains de mourir n'ont aucun espoir de survivre, mais peuvent être mûs par l'espoir d'encourager les autres soldats ou bien d'acquérir de la gloire après leur mort[9].
Au XXe siècle, le philosophe allemand Ernst Bloch consacre à l'espoir un ouvrage intitulé Le Principe espérance, dont la parution s'étale entre 1954 et 1959. Il y étudie conjointement les notions d'espoir et d'utopie.
Démographie
La notion d'espérance a sa place en démographie, sous un aspect différent : cette science évalue l'espérance de vie (notamment l'espérance de vie humaine) sur des bases statistiques distinctes de l'espoir en tant qu'émotion. Depuis 1990, un critère voisin, l'espérance de vie à la naissance, est utilisé parmi les facteurs calculés pour évaluer l'Indice de développement humain, un indice statistique créé par le Programme des Nations unies pour le développement afin de mesurer le développement humain autrement que sur des bases purement économiques. Cette conception de la notion de développement humain prend en effet en compte le bien-être individuel et collectif dans une société humaine donnée, et donc notamment l'espoir (raisonnable) que peut avoir un être humain quant à la durée probable de sa vie.
Évocations dans les arts
Arts visuels

À partir du Moyen Âge, les artistes réalisent régulièrement des représentations allégoriques de l'Espoir sous forme de tableaux ou de sculptures. L'espérance en tant que vertu chrétienne est souvent représentée portant une ancre marine, dans une comparaison entre les difficultés de la vie et l'instabilité de la mer, face à laquelle les marins utilisent l'ancre comme instrument de survie et de stabilité.
Au XIXe siècle, le peintre anglais George Frederic Watts et son atelier peignent un tableau allégorique, Hope (Espoir), terminé en 1885.
Littérature
Au XIXe siècle, plusieurs romanciers écrivent des romans d'apprentissage (Bildungsroman) mettant l'accent sur les espoirs déçus des jeunes gens à leurs débuts dans la société. En France, Honoré de Balzac publie entre 1837 et 1843 Illusions perdues qui relate l'ascension puis l'échec d'un jeune homme plein d'espoirs venu à Paris pour réussir dans la société. En Grande-Bretagne, Charles Dickens publie en 1860 son roman Great Expectations (littéralement De Grandes Attentes) traduit en français par Les Grandes Espérances et qui traite des mésaventures du jeune Pip dans la société anglaise où il est plusieurs fois trompé ou arnaqué.
Au XXe siècle, en 1937, l'écrivain français André Malraux donne pour titre L'Espoir à son roman consacré au début de la Guerre d'Espagne, qui relate les événements allant de à , moment où le camp républicain peut encore espérer gagner la guerre.
Espoir et enfermement
Un cas particulier est celui de l'espoir pour les personnes âgées et emprisonnées. En prison, loin d’être une abstraction, l'espoir structure la manière de vivre la peine, les relations avec le personnel, la participation aux activités et le maintien des liens avec les autres et l'extérieur[10].
La jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’homme a consacré en 2013 un « droit à l’espoir », estimant que les peines de perpétuité incompressible, dépourvues de toute perspective de libération ou de réexamen, constituent un traitement inhumain ou dégradant au sens de l’article 3 de la Convention européenne des droits de l'Homme. Dans ce cadre, la juge Ann Power‑Forde a formulé ce principe en rappelant que même les auteurs des crimes les plus graves conservent leur humanité et leur capacité de changement, et ne peuvent être privés de toute possibilité d’espérer[10].
Des recherches menées dans plusieurs prisons britanniques montrent que, pour les détenus âgés condamnés à perpétuité, l’espoir est une réalité d'autant plus complexe qu'on assiste à un vieillissement rapide de la population carcérale — près d’un détenu sur cinq a plus de 50 ans au Royaume‑Uni, et un tiers des condamnés à perpétuité appartient désormais à cette tranche d’âge — qui complique l’application concrète de ce droit[10]. Les longues peines, combinées à l’âge avancé, rendent la perspective de libération souvent théorique, tandis que la surpopulation, l’occupation durable des cellules, l’augmentation des besoins médicaux et sociaux et la pression sur un personnel insuffisamment formé posent des défis éthiques et organisationnels majeurs. Dans ce contexte, l’espoir peut devenir fragile, voire parfois paradoxalement toxique, oscillant entre moteur de survie et source de souffrance[10].