Esprit nouveau (courant poétique)

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Portrait de Guillaume Apollinaire par Louis Marcoussis dans la revue L'Esprit nouveau.

L'esprit nouveau est un courant poétique français d'avant-garde des années 1910. Il est représenté par des poètes regroupés à Paris autour de Guillaume Apollinaire, tels qu'André Salmon, Max Jacob, Blaise Cendrars, Pierre Albert-Birot, Jean Cocteau ou Pierre Reverdy. Ces poètes, souvent d'origine étrangère ou provinciale, mènent une existence proche de la bohème littéraire, et s'expriment dans des petites revues telles que Nord-Sud ou SIC.

L'expression « esprit nouveau » provient d'une conférence de Guillaume Apollinaire, L'Esprit nouveau et les poètes donnée en 1917, dans laquelle il utilise clairement l'expression pour désigner ses conceptions esthétiques et celles de ses amis. L'expression appartient également au langage courant, et Apollinaire a pu la choisir en se souvenant de la politique religieuse conciliatrice menée par le ministre Eugène Spuller en 1894.

La poésie d'esprit nouveau est caractérisée par sa volonté de rupture avec le symbolisme, des innovations formelles, de multiples références au monde moderne et à ses inventions les plus récentes (radio, avion, téléphone), un éclatement des logiques narrative et descriptive, mais également par une certaine persistance du lyrisme.

L'esprit nouveau est stricto sensu un courant poétique ; il trouve néanmoins des échos dans d'autres arts comme le théâtre. La conférence d'Apollinaire est accueillie froidement par André Breton, et l'« esprit nouveau » est rapidement supplanté par Dada puis le surréalisme. Après la mort d'Apollinaire en 1918, il est néanmoins perpétué à travers la revue L'Esprit nouveau, « revue internationale d'esthétique » dirigée par Paul Dermée, qui devient bientôt l'organe du purisme, mouvement artistique emmené l'artiste Amédée Ozenfant et l'architecte Le Corbusier.

C'est dans sa conférence L'Esprit nouveau et les poètes, donnée le au théâtre du Vieux-Colombier que le poète Guillaume Apollinaire utilise clairement l'expression pour désigner ses conceptions esthétiques et celles de ses amis[1].

Apollinaire emploie l'expression « esprit nouveau » en association avec le terme « surréaliste » dans le programme du ballet Parade d'Erik Satie.

L'expression « esprit nouveau » appartient néanmoins au langage courant. Apollinaire l'utilise dès 1912, par exemple dans une critique peu amène de la pièce L'Armée dans la ville de Jules Romains : « S’il y a un esprit nouveau, qu’il se traduise autrement que par ces imitations du romantisme et du naturalisme par quoi se manifestent les incertitudes actuelles de l’imagination »[2].

En 1917, le poète emploie à nouveau l'expression, en association au terme sur-réalisme, dans le programme qu'il rédige pour le ballet Parade de Jean Cocteau, Erik Satie et Pablo Picasso : Apollinaire y déclare que, de l’alliance nouvelle et plus étroite entre décors, costumes et chorégraphie, est née « une sorte de sur-réalisme où je vois le point de départ d’une série de manifestations de cet Esprit Nouveau, qui, trouvant aujourd’hui l’occasion de se montrer, ne manquera pas de séduire l’élite et se promet de modifier de fond en comble les arts et les mœurs dans l’allégresse universelle… ». La même année, on retrouve la même association entre les termes surréaliste et Esprit nouveau dans Les Mamelles de Tirésias. Le programme de cette pièce d'Apollinaire, sous-titrée drame surréaliste, fait également apparaître la mention Chœurs, musique et costumes selon l’esprit nouveau. On peut également entendre dans le prologue : « On tente ici d’infuser, explique celui-ci, un esprit nouveau au théâtre ». Apollinaire continue d'utiliser l'expression dans des textes critiques, notamment lorsqu'il juge l'influence de Baudelaire malsaine et obsolète dans une introduction aux Fleurs du mal. L'écrivain Roger Allard répondra sévèrement à ce jugement d'Apollinaire dans l'essai Baudelaire et l'Esprit Nouveau. Cette polémique contribue à la fortune de l'expression[3].

L'Esprit nouveau Caricature de l'anticlérical Pépin pour Le Grelot, 1894.

L'écrivain américain Roger Shattuck suggère qu'Apollinaire a pu choisir cette expression inspiré par le New Spirit de Havelock Ellis ou Le Nouveau Mysticisme de Frédéric Paulhan, qui constituent selon lui deux « précédents significatifs »[4]. Pour le chercheur John W. Cameron, cette filiation est peu probable. Selon lui, il est plus pertinent de rattacher l'esprit nouveau d'Apollinaire à la politique religieuse du même nom menée par le ministre Eugène Spuller en 1894. Cette année-là, Apollinaire, âgé de 14 ans, était élève en quatrième au collège Saint-Charles à Monaco. La polémique soulevée par les déclarations de Spuller est telle qu'Apollinaire, scolarisé dans un établissement catholique et déjà passionné par les questions ecclésiastiques et politiques, en a nécessairement entendu parler. Or, on peut voir une analogie entre l'esprit nouveau de Spuller ― une tentative d'apaisement et de conciliation entre les groupes politiques progressistes et les factions conservatrices et royalistes ― et l'esprit nouveau d'Apollinaire : un compromis entre ordre et expérimentations, une atténuation des excès avant-gardistes par le bon sens[5].

L'adjectif « nouveau » est en vogue au début du XXe siècle. La nouveauté est prônée par les futuristes, qui aspirent même à un « homme nouveau ». Apollinaire, cherche à se démarquer tant du futurisme russe que du futurimse marinettien, qu'il juge excessifs et qu'il désigne comme « les filles excessives de l'esprit nouveau », mais ne cesse de penser l'esthétique qu'il défend en termes de nouveauté ou de modernité, deux catégories souvent synonymes dans ses écrits[6].

Contexte historique

L'année 1917, pendant laquelle se tient la conférence d'Apollinaire est marquée par la concomitance d'événements militaires, politiques, sociales et artistiques qui « relèvent du bouleversement le plus complet » : la révolution russe, la première intervention militaire américaine en Europe, l'essor de Dada[7]. La période est également marqué par des innovations technologiques : une autre bouleversement a lieu du point de vue de moyens de représenter le présent. Le dessin, la peinture et la gravure, tous les arts de l'imitation manuelle, se voient supplanter par des procédés d'enregistrement mécanique comme la photographie et le cinéma[8].

Malgré la Grande guerre qui continue de faire rage, l'année 1917 est marquée à Paris par « un nouveau souffle artistique et littéraire ». Le groupe de poètes qui entoure Guillaume Apollinaire et le peintre Pablo Picasso est très actif et occupe la scène artistique : des artistes et des poètes rentrent du front, la revue Nord-Sud voit le jour et la revue, la revue SIC se développe, Max Jacob publie Le Cornet à dés. Des conférences, des manifestations, des spectacles, comme Parade et Les Mamelles de Tirésias sont montés et font événement[9].

Les poètes de l'esprit nouveau

Une catégorie est consacrée à ce sujet : Poète de l'esprit nouveau.

Apollinaire regroupe sous la bannière de l'esprit nouveau des nouveaux venus dans le monde artistique parisien, qui ont pour caractéristique d'être d'origines diverses, souvent pauvres, étrangers ou provinciaux tardivement arrivés à Paris, et ne disposant souvent pas d'une formation académique, de sorte qu'ils mènent une existence proche de la bohème littéraire du xixe siècle[10].

Parmi eux, on compte notamment Blaise Cendrars, originaire de Suisse, et qui s'installe à Paris après deux séjours en Russie et un voyage à New York[11] ; Max Jacob, né à Quimper, dans une famille de petits commerçants et venu à Paris pour suivre un apprentissage de commis de banque ou de commerce[12] ; André Salmon, qui a voyagé en Russie, comme Cendrars, et dont il est revenu avec des sympathies anarchistes[13] ; Pierre Reverdy qui, moins provocateur qu'Apollinaire, défend néanmoins une poésie résolument moderne avec sa revue Nord-Sud (1917-1918)[14]. L'« esprit nouveau » se retrouve également chez Pierre Albert-Birot et sa revue SIC, chez Jean Cocteau ou Paul Dermée[15].

Les poètes de l'esprit nouveau
Blaise Cendrars
Max Jacob
Guillaume Apollinaire
Pierre Albert-Birot

Caractéristiques

Notes et références

Voir aussi

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