Eugène Samuel-Holeman
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Eugène Samuel-Holeman ( à Schaerbeek - à Etterbeek) est un compositeur, pianiste, poète et critique musical belge[1].
Fils d’Adolphe Samuel (1824-1898), compositeur et professeur au Conservatoire royal de Bruxelles et ensuite de Gand, et de Barbe Berthe Emmanuel (née en 1834), Eugène Samuel grandit dans un environnement artistique musical et littéraire. À Gand, au Collège Sainte-Barbe, il rencontre les futures figures importantes du symbolisme littéraire belge, comme Maurice Maeterlinck, Grégoire le Roy et Charles Van Lerberghe, mouvement artistique dont il sera fort inspiré.
Il entame des études à la Faculté de Philosophie et Lettres à l’Université de Gand en 1881 jusqu’en 1884 et suit, dans un même temps, des cours au Conservatoire de la même ville, où son père est professeur. Eugène Samuel ne passe toutefois aucun examen dans les deux institutions.
En 1882, il se marie avec la peintre Marguerite Holeman (1863-1905), membre du mouvement avant-gardiste, le groupe des XX. Bien que très impliqué dans le mouvement symboliste et avant-gardiste belge, Eugène Samuel-Holeman ne parvient pas à obtenir la reconnaissance espérée dans les milieux artistiques bruxellois car ombragée par des figures telles que Claude Debussy. À cette situation compliquée s’ajoute la tentative de son père à convertir Eugène, de confession juive, au catholicisme[2]. En 1893, le couple décide alors de fuir et de s’installer à Paris.
Toutefois, tant dans la capitale française qu’en Belgique, Eugène Samuel-Holeman mène une vie assez précaire. Ses emplois et ses compositions musicales relèvent surtout d’emplois alimentaires, et servent également à payer ses dettes. À Paris, il est employé en tant que pianiste-répétiteur et secrétaire aux Concerts de Charles Lamoureux.
En raison de la santé fragile de son épouse, il est recommandé au couple de s’installer dans le sud de la France en 1897. Ils résident alors quatre ans à Monte-Carlo où Eugène est employé comme bibliothécaire et accompagnateur des chœurs de l’Opéra de la ville. Il y compose le recueil de mélodies Album de croquis, publié en 1903. Il devient également chef de la musique municipale de Grasse, avant de revenir avec son épouse vivre en Belgique en 1901. En 1905, Marguerite décède. Eugène se remarie avec Albertine Dudart avec laquelle, il a une fille prénommée Clothilde. Eugène gardera cependant le nom de famille de sa première épouse.
Eugène Samuel-Holeman a grandement été influencé par l’avant-garde du symbolisme belge.
Parmi plusieurs textes dans la presse musicale, deux sont de grandes importances. Dans le premier, intitulé « Libres musiques » (1892)[3], le compositeur belge dénonce les règles de compositions et de l’harmonie et plaide pour la libération de la musique. Il tient ainsi un positionnement radical envers l’académisme (académisme incarné par son père). Il s’agit pour l’époque d’une attitude forte qui joue en sa défaveur. Le second texte, « Simple aperçu sur deux gammes musicales naturelles », apparait en 1898 sous forme d’un opuscule[4]. Samuel-Holeman y explique et fait la démonstration d’une nouvelle échelle par tons par des exemples musicaux de son drame lyrique en 3 actes, La Reyne Klothilde, dont il ne reste aucune partition. Certains lui revendique la paternité de la gamme par tons et le considère comme en étant l’inventeur, bien que ce soit Claude Debussy qui cristallise son utilisation par le succès de Pelleas et Mélisande (1902).
Durant la dernière décennie du XIXe siècle et jusqu’en 1901, Eugène compose un monodrame, une « prose lyrique », intitulé La Jeune fille à la fenêtre, sur un texte de Camille Lemonnier (1844-1913), pour mezzo, hautbois, cor, harpe et cordes, qui devra attendre une vingtaine d’années pour être véritablement reconnue en Belgique avant d’être une nouvelle fois oubliée.
L’œuvre est premièrement créée au cercle Le Jeune Effort[5], le , à Bruxelles sous forme d’une réduction piano-chant, interprétée par la chanteuse Jane Bathori (1877-1970) et le pianiste Émile Engel (1847-1927). Jane Bathori (1877-1970) sera une fervente défenseuse des œuvres de Samuel-Holeman. L’année suivante, le , elle se produit pour la première avec orchestre à la salle de la Grande Harmonie. Le , Bathori donne aussi un récital complet d’œuvres de Samuel-Holeman dans la galerie Giroux à Bruxelles. Elle y crée les mélodies du compositeur Les Cloches en la nuit et Adieu sur des textes du magistrat et homme de lettres belge José Hennebicq (1870-1941). En 1914, la mezzo parvient à faire créer La Jeune Fille à la fenêtre à Paris au Théâtre des Arts. Toutefois, l’œuvre du compositeur semble peu intéresser la critique au vu du peu de sources la commentant, très certainement en raison de son caractère trop moderne et innovant. Le soutien de Bathori ne décroit cependant pas. Alors qu’elle devient directrice du Théâtre du Vieux-Colombier en 1917, elle met deux fois de suite, le 3 et le , La Jeune Fille à la fenêtre.
L’œuvre est finalement créée au Théâtre de la Monnaie avec la chanteuse Levine Mertens[6], à Bruxelles, en et reprise en 1929. Pour Samuel-Holeman, il s’agira là d’une des seules et tardives, reconnaissance venue d’institutions musicales belges.
En 2018-19, à la suite des recherches menées par Valérie Dufour, un enregistrement réalisé par le label Musique en Wallonie et l’ensemble Sturm und Klang a permis de faire revivre le monodrame de La Jeune Fille à la fenêtre ainsi que les mélodies et les pièces pour piano de Samuel-Holeman[7]. À la suite de ce travail de recherche, une récréation du monodrame s'est tenue le à l'Espace Senghor d’Eterbeek, dont la mise en scène a été assurée par Françoise Berlanger, avec les décors de Marcel Berlanger, et la musique exécutée par l’Ensemble Sturm und Klang et la mezzo-soprano Pauline Claes [8].
La dernière archive retrouvée concernant Samuel-Holeman est sa fiche d’inscription au registre des Juifs, datée du et conservée au Musée juif de Belgique. Il s’y déclare « catholique », comme ses parents, dans un ultime acte de survie face au régime nazi, bien qu’il eût refusé plus d’une quarantaine d’années auparavant de se soumettre à une conversion qui compromettait ses convictions et son intégrité morale. Samuel-Holeman décède quelques mois plus tard, le à Bruxelles (commune d’Etterbeek), à l’âge de 79 ans.
Œuvres musicales
- La Reyne Klothilde, drame lyrique en 3 actes, (perdu), 1891.
- Mélodie, sur un poème de Voix éparses. Feuilles mortes, texte de Gabril Mourey (perdu), 1896.
- Et s’il revenait un jour, issu du recueil Douze chansons texte de Maurice Maeterlinck, 1896.
- Album de croquis : La Côte d’azur. Le long de la rive, Recueil de cinq pièces pour piano (Horizon calme, Voile blanche, Le Rocher Grimaldi, Rêverie sur les terrasses, Grisailles du soir), 1890-1903.
- La Jeune Fille à la fenêtre, monodrame, sur le texte de Camille Lemonnier, 1901.
- Les cloches en la nuit et Adieu, textes de José Hennebicq (1870-1941), 1909.