Eugène de Sicile
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Eugenius de Sicile ou de Palerme (vers 1130 – 1202) est un homme de lettres et un important traducteur du grec et de l’arabe vers le latin. Issu de la noblesse italo-grecque, ayant servi à la cour normande de Sicile durant le 12e siècle, il pratiqua une vaste carrière d’haut officier royal entre 1159 et 1202. À la suite de son père et de son grand-père, il fut honoré du titre d’amiral[1]. Eugenius fut le dernier amiral du royaume normand de Sicile. Les détails sur les débuts de sa carrière sont inconnus, mais ses poèmes iambiques donnent un certain aperçu de celles-ci. Pendant le règne de Guillaume II (1166-89), il a été maître de la duana royal (1174-89) dans la région de Salerne, d’Amalfi, d’Apulie et de Capoue. Durant le règne de Tancrède (1189-1194), il prit le titre d’amiral qu’il honora jusqu’à la mort du Souverain. En 1194, lorsque l’empereur Henri VI (1194-1197), époux de Constance de Hauteville, fille de Roger II, s’est emparé du Royaume, Eugenius et les conseillers de la reine Sybille d’Acerra furent accusés de trahison. La plupart ont été emprisonnés en Germanie au Château de Trifels. En 1196, Eugenius fut libéré et rappelé au service du chancelier impérial Conrad de Querfurt, dans les offices de l’administration de la région d’Apulie. Après 1202, il n’existe plus de document attestant des activités d’Eugenius.
D'origine grecque, c'est un haut fonctionnaire de l'administration fiscale de Guillaume II de Sicile. Il devient amiral en 1190-1194 sous le roi Tancrède. Après la mort de Tancrède, ses compétences administratives lui valent d'être employé par le régime des Hohenstaufen.
Eugène de Sicile est aussi poète et traducteur (on a d'ailleurs suggéré de l'identifier au chroniqueur sicilien Hugo Falcandus). Sa traduction latine à partir de l'arabe de l'Optique de Ptolémée constitue la seule source de cette œuvre qui nous soit parvenue. Cependant, la traduction arabe sur laquelle il se base est fort imparfaite et incomplète et le latin d'Eugène est qualifié d'« assez barbare » par A. Lejeune, qui l'a édité[2]. Le texte est dès lors parfois obscur.
L’élite italo-grecque de la cour du royaume de Sicile
Dès l’établissement des Normands avec Roger Ier de Sicile (1071-1101) en Italie du Sud et en Sicile, une élite italo-grecque prit forme au cœur de la cour royale et se perpétua durant tout le 12e siècle. L’apparition de cette élite s’explique par la proximité du rôle qu’elle exerça auprès des rois normands. Leur rôle à la Cour constitue l’unique représentation de l’identité de cette élite que l’on retrouve dans les sources. Les poèmes d’Eugenius de Sicile, en tant qu’officier royal, figurent comme témoins de cette identité italo-grecque, ainsi que les poèmes de son prédécesseur, l’Anonyme poète de Malte, aussi officier de cour[3].
Le premier siège normand avait été établi à Mileto, dans la région sud de Calabre qui avait fait partie des concessions byzantines depuis la reconquête Justinienne. Au 11e siècle, la population du sud de la Calabre était majoritairement grecque et ses sujets avaient acquis un patrimoine byzantin important au niveau de l’éducation et de l’administration. Les Normands surent intégrer ces éléments culturels notables dans leur appareil d’État, comme ce fut le cas pour les éléments arabes. Au cours du règne de Roger II (1105-1154), les officiers italo-grecs de la Cour ont joué un rôle central dans l’administration royale[4].Cette prédominance grecque tend à s’atténuer avec le Souverain succédant, Guillaume I (1154-1166), en raison de la place grandissante des Latins à la Cour durant ce règne, ainsi que durant la régence de la reine Margarite de Navarre (1166-1171).
Les ancêtres d’Eugenius et l’office d’amiral
L’office d’amiral a été repris par les Normands lorsque Palerme fut conquise en 1071. Dérivé du titre d’émir arabe, gouverneur de Palerme, il apparait en 1086 comme amiratus Palermi, puis se transforme en ἀμὴρ (amiral) s’étendant à tous les domaines du grand comte Roger. Les fonctions de l’amiral furent celles du contrôle de l’administration fiscale, ainsi que de l’organisation de la marine royale. L’office fut donné à des descendants grecs de grandes familles, éduquées, riches et pieuses. De même, beaucoup de Grecs ayant pratiqué dans la trésorerie impériale byzantine (vestiarion), furent employés comme trésoriers et chambellans[5].
Eugenius, premier de ce nom, grand-père de l’amiral Eugenius II, avait reçu du grand comte Roger en 1092, une église en ruine dans la région de Troina en Sicile. Il avait reçu l’ordre d’y fonder un monastère Basilien dédié à saint Michel. Il apparait portant l’office d’anotarius, puis dans une charte de 1169, confirmant la concession du monastère, il apparait comme Eugenius Admiratus. Il fut parmi les premiers à obtenir le titre d’amiral. Eugenius I fut aussi désigné parmi les honorables archons et par le titre de ϰύριος (maître) qui laisse entendre qu’il provenait d’une famille d’origine noble. Son fils Jean, père d’Eugenius II, fut à son tour amiral et connut une carrière militaire exemplaire durant les guerres de Roger II. La mère d’Eugenius II fut probablement la sœur de l’amiral Basil, de la famille Graffeus, à la tête de la trésorerie royale (1140), puisque dans son eulogie dédiée à Guillaume I, il précise être le neveu de celui-ci[6].
Œuvres
Le royaume normand de Sicile et du sud de l’Italie fut l’une des uniques régions où les civilisations latine, grecque et arabe ont cohabité en cohésion et en paix. Durant la Renaissance du 12e siècle, c’est au sein de ce Royaume que la rencontre entre le grec et le latin a été la plus importante. Parmi les plus éminents traducteurs grecs de la cour royale figure Eugenius au côté de son collègue devancier Henricus Aristippus. Ils ont tous les deux rédigé une eulogie sur Guillaume I et ont partagé un vif intérêt à la fois pour la philosophie, la science et le naturalisme[7]. Eugenius était principalement mathématicien, mais il était un homme de lettre établie, à la fois poète et philosophe. Il a composé des poèmes iambiques en langue grecque, dont vingt-quatre ont été conservés sous un recueil[8] formant un commentaire de philosophie politique et morale, de science naturelle et d’événements de sa vie. Comme traducteur, il a travaillé sur la révision grecque de la fable arabe Kalīla wa-Dimna ou Stephanites kai Ichnelates, sur le thème du miroir des princes. Il a traduit du grec au latin la prophétie de Sybilla Erythraea, qui fut probablement rapporté en 1158, par Henri Astrippide alors ambassadeur royal à Constantinople. L’Amalgeste de Ptolémée a probablement été apporté au même moment. Ce dernier fut traduit vers 1160 par un traducteur inconnu, aidé d’Eugenius par sa connaissance de l’arabe. Il a aussi traduit de l’arabe au latin l’Optics de Ptolémée[9].
Poésie italienne byzantine
Les vingt-quatre poèmes iambiques d’Eugenius ont été conservés dans un unique manuscrit produit au monastère Saint-Nicolas de Casole au 14e siècle, à proximité d’Otrante. Par ailleurs, durant le 13e siècle, c’est dans la région d’Otrante que la culture grecque a continué de briller. Le codex contient aussi des épigrammes d’auteurs grecs de l’école d’Otrante, ainsi que d’éminents auteurs byzantins, tel que Theodore Prodomos. Une eulogie d’Eugenius se trouve aussi dans le manuscrit, attestant de celui-ci sa longue attache à la région d’Apulie et sa notoriété en tant que poète et homme politique. Les poèmes d’Eugenius ont été composés en des temps différents et sont de longueurs variables. Certaines épigrammes plus courtes sont dédiées à des sujets religieux tels que (xi) Sur l’icône de Jean Chrysostome, (xii) Sur la table sacrée et (xiii) Sur la crucifixion. Trois poèmes sont adressés au prieur Kalos de Brindisi, probablement l’archevêque Peter de Brindisi, composés autour de 1187. Une dizaine d’iambiques sont consacrés à l’éloge de diverses vertus et à la condamnation de divers vices, thèmes répandus parmi les Byzantins de cette époque. Parmi les vices ; (ii) Gourmandise, (iii) Avarice, (vi) Verbosité, (vii) Envie, (viii) Blâme, (xx) Médisance, et parmi les vertus ; (iv) Virginité, (v) Charité, (xxiii) Modestie. Un de ses poème, Le Nénuphar de Palerme, illustre un exemple de sa qualité d’observateur naturaliste. Ses poèmes démontrent une vaste connaissance du grec ancien de l’auteur. Il partage un fond mythologique similaire au poète Anonyme de Malte, évoquant parfois les mêmes histoires, comme celle du personnage Tantale. Certains supposent que le poète Anonyme de Malte pourrait être Eugenius. Il a aussi utilisé des thèmes d’inspirations latines, nommément provenant De consolatione philosophiae de Boèce, dont la reprise du sujet de la rota Fortuna. Il se peut qu’il ait eu accès à ce dernier par la bibliothèque du Mont-Cassino qui en détenait un exemplaire depuis le 11e siècle[10].

