Eulalie Papavoine
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Eulalie Papavoine, née le à Auxerre et morte à Châlons-en-Champagne le , est une couturière parisienne. Elle a participé à la Commune de Paris comme ambulancière.
Commune de Paris
Eulalie Papavoine, célibataire, vit en concubinage avec le ciseleur Rémy Balthazar, caporal fédéré du 135e bataillon de la Garde nationale, dont elle a un enfant[2]. Lors de la Commune de Paris, elle le suit comme ambulancière à Neuilly, Issy, Vanves, et Levallois[3].
Arrestation et procès
Arrêtée après la semaine sanglante, Papavoine est enfermée à Satory, identifiée comme une probable « meneuse » puis envoyée avec une quarantaine de femmes à la prison des Chantiers de Versailles, et enfin à la maison de correction, dans des conditions très difficiles[4]. Pour Édith Thomas, « la répression n'atteint pas seulement les combattants et combattantes pris les armes à la main [...]. Elle frappe au hasard. Toute femme pauvre est suspecte »[5]. Les femmes arrêtées marchent sous les quolibets de la foule parisienne, lorsqu'elles ne sont pas tuées sur le champ[N 1],[6].
Le procès des pétroleuses s'ouvre le [7]. Papavoine est accusée d’avoir dérobé avec Léontine Suétens trois mouchoirs pris dans une maison, rue de Solférino[3]. Dans la maison avait été installée une ambulance, qui soignait d'abord les blessés d'une explosion survenue Avenue Rapp[8]. Papavoine secourait les blessés, leur donnait les premiers soins rue de Solférino puis les conduisait à l'hôpital de la Charité[9].
Sans antécédents judiciaires, elle nie avoir participé aux incendies de quartier, et admet avoir organisé une ambulance dans une maison de la rue de Solférino[3]. Interrogée par le président du tribunal, elle répond[9] :
« - Vous vous doutiez bien qu'on allait incendier quelques bâtiments, [...], pourquoi n'avez vous pas abandonné ces misérables ?
- Je voulais suivre le sort de mon amant.
- Pourquoi [...] êtes vous restée quand le bataillon se sauvait ?
- Nous avions des blessés et des morts. »
Condamnation
Le , elle est condamnée à la déportation dans une enceinte fortifiée et à la dégradation civique. Détenue, elle est autorisée à épouser Rémy Balthazar, détenu aux docks de Satory, afin de permettre de légitimer son fils, alors âgé de quatre ans[3].
Victor Hugo prend alors la défense, d'une part de Théophile Ferré et de Louis Rossel, mais également de trois femmes : Eulalie Papavoine, Léontine Suétens et Joséphine Marchais. Il considère les insurgés comme des combattants révolutionnaires, non comme des criminels de droit commun. Pour les trois femmes de surcroit, il mobilise la question sociale[10] :
« Je demande la vie pour ces trois malheureuses femmes, Marchais, Suétens et Papavoine, tout en reconnaissant que, dans ma faible intelligence, il est prouvé qu’elles ont porté des écharpes rouges, que Papavoine est un nom effroyable, et qu’on les a vues dans les barricades, pour combattre, selon leurs accusateurs, pour ramasser les blessés, selon elles. Une chose m’est prouvée encore, c’est que l’une d’elles est mère et que, devant son arrêt de mort, elle a dit : C’est bien ; mais qui est-ce qui nourrira mon enfant ?
Je demande la vie pour cet enfant.
Laissez-moi m’arrêter un instant.
Qui est-ce qui nourrira mon enfant ? Toute la plaie sociale est dans ce mot. Je sais que j’ai été ridicule la semaine dernière en demandant, en présence des malheurs de la France, l’union entre les français, et que je vais être ridicule cette semaine en demandant la vie pour des condamnés. Je m’y résigne. Ainsi voilà une mère qui va mourir, et voilà un petit enfant qui va mourir aussi, par contre-coup. Notre justice a de ces réussites. La mère est-elle coupable ? Répondez oui ou non. L’enfant l’est-il ? Essayez de répondre oui. »[11]
— Victor Hugo, Depuis l'exil
Eulalie Papavoine meurt à l'asile de Châlons-sur-Marne le .
