Evan Stark
sociologue américain
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Evan Stark, né le et mort le , est un sociologue américain, connu pour avoir développé le concept d’emprise coercitive conjugale (coercive control), une forme de maltraitance comparée à un enlèvement ou à l’esclavage, par contraste avec les violences plus communément identifiées[1],[2].
Biographie
Enfance et formation
Evan Stark naît à Manhattan le . Il grandit à New York, dans les arrondissements du Queens et du Bronx, ainsi qu’à Yonkers (État de New York)[1].
Il obtient en 1963 une licence en sociologie à l’université Brandeis, puis s’inscrit à l’université du Wisconsin à Madison, où il décroche une maîtrise et prépare un doctorat. Sa bourse est cependant annulée en 1967, après qu’il a organisé des manifestations sur le campus contre la guerre du Vietnam[2]. Il vit ensuite quelque temps à Ottawa, au Canada[1].
Carrière
De retour aux États-Unis, Stark commence à enseigner à l’université Quinnipiac. Il obtient en 1984 un doctorat à l’université de Binghamton, puis, six ans plus tard, un master en travail social à l’université Fordham[1].
En 1977, il épouse le médecin Anne Flitcraft, chercheuse sur les violences domestiques[2]. Le couple collabore aux États-Unis et au Royaume-Uni, et publie en 1996 Women at Risk : Domestic Violence and Women’s Health (« Femmes en danger : violence conjugale et santé des femmes »)[2],[3]. Stark enseigne à l’université Rutgers de 1985 à 2012, et donne également des cours dans plusieurs universités britanniques, dont celles de Bristol, d’Édimbourg et d’Essex. Il intervient fréquemment comme expert dans des procès[1].
Ses recherches mettent en évidence la manière dont les agresseurs établissent une domination qui isole leurs victimes et les rend dépendantes. Elles ont contribué à élargir la compréhension des violences domestiques, jusque-là définies principalement par les seules atteintes physiques[1],[3]. En 2007, il publie Coercive Control : How Men Entrap Women in Personal Life (« L’emprise coercitive : comment les hommes piègent les femmes dans la vie privée »)[2].
Dans les dernières années de sa carrière, il milite pour une réforme des lois sur les violences domestiques. En 2024, des textes criminalisant l’emprise coercitive ont été adoptés au Royaume-Uni, en république d’Irlande, dans l’État australien de Nouvelle-Galles du Sud, dans les États américains du Connecticut et d’Hawaï, ainsi qu’au Canada[2],[3],[4].
Vie privée et décès
Evan Stark s’est marié deux fois. Son premier mariage, avec Sally Connolly, s’achève par un divorce ; ils ont un fils. Avec Anne Flitcraft, il a trois autres fils.
Le , il est victime d’une crise cardiaque fatale lors d’une réunion professionnelle par visioconférence, à son domicile de Woodbridge (Connecticut). Il avait 82 ans[1].
Publications
- Anne Flitcraft et Evan Stark, Women at Risk : Domestic Violence and Women’s Health, Thousand Oaks (Californie), SAGE Publications Inc., 1996, 280 p. ( (ISBN 9780803970410)).
- Evan Stark, Coercive Control : How Men Entrap Women in Personal Life, New York, Oxford University Press, 2007 (rééd. 2024) ( (ISBN 9780195154276)).
- Evan Stark, Children of Coercive Control, New York, Oxford University Press, 2024 ( (ISBN 9780197587096)).
Note terminologique
Evan Stark a forgé le concept de coercive control, désormais central dans l’analyse des violences au sein du couple. Le calque « contrôle coercitif » est souvent employé, mais il prête à confusion : en français, contrôle désigne, dans son sens premier, une vérification ponctuelle plutôt que l’exercice d’un régime continu de domination. L’expression « emprise coercitive conjugale » rend plus fidèlement la notion : elle articule la dimension matérielle des violences (« coercitive » : pressions économiques, surveillance, contraintes), la dynamique de dépossession progressive propre à la mise sous emprise, ainsi que l’inscription de ce processus dans le cadre conjugal.