Expédition de Perry
expédition américaine en 1853-1854
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L'expédition de Perry est une expédition militaire et diplomatique américaine au Japon, incluant deux voyages distincts vers et en provenance du Japon de navires de guerre américains, surnommés « Navires noirs », entre 1853 et 1854. Menée par le commodore Matthew Perry, elle a abouti à l'ouverture du Japon au commerce international et à l'ouverture de relations diplomatiques entre ce dernier et les grandes puissances occidentales.

Expédition de 1853

Avant de rejoindre directement le Japon, Perry soumet rapidement l’idée de s’arrêter d’abord sur l’île d’Okinawa, dans le royaume de Ryūkyū. Le but est d’y établir une sorte d’avant-poste en sécurisant un port et un dépôt comme point de rassemblement pour l’escadre. Cette réflexion est le fruit de la situation particulière des Ryūkyū, royaume vassal à la fois du Japon et de la Chine, en réalité contrôlé par le prince japonais de Satsuma[1].
Le , l’escadre arrive au large de Naha, port du sud-ouest d’Okinawa. Des échanges courtois sont faits entre Perry et le régent de l’île puis les Américains quittent l’archipel d’Okinawa pour les îles Bonins, où des colonies européennes et américaines ont été fondées. Ces îles prennent rapidement un aspect stratégique pour une potentielle installation de dépôt de charbon afin de favoriser la route des États-Unis vers la Chine depuis le Pacifique[2].
Perry arrive en à Uraga, dans la baie de Tokyo (alors Edo), avec quatre navires de guerre. Il a la charge de remettre une lettre du Président américain à l’empereur afin de lui demander d’ouvrir le commerce japonais aux États-Unis. Il est demandé aux autorités japonaises de bien traiter les naufragés américains, de protéger les navires américains endommagés et d'accepter que les marins américains puissent acheter des provisions au Japon. La demande la plus importante est celle de laisser les Américains commercer librement avec les citoyens japonais. Ce souci des navires endommagés et surtout des naufragés est issu de récits décrivant des naufragés traités de façon atroce par les Japonais. L'envoi d'un officier de marine à la tête d'une flotte de quatre navires lourdement armés au lieu d'un diplomate montre cependant que les États-Unis désiraient forcer le Japonais en sous-entendant qu'un refus pourrait avoir des conséquences délétères[3].
L’arrivée des navires américains présente un choc chez les Japonais qui y voient un aspect mystique en rapprochant l’évènement d’une vieille légende d’invasion barbare par des navires noirs qui est réactivée par les navires américains noircis par la fumée. Les troupes du commandant Perry entretiennent d’ailleurs cette dimension mystique en restant dans leurs bateaux durant une semaine sans entrer en contact avec les locaux. Le débarquement lui-même impressionne grandement car en plus des 400 marins qui tirent une salve d’honneur, Perry est encadré de deux gardes du corps noirs, chose à laquelle les Japonais ne sont pas habitués. Cependant, les autorités japonaises lui demandent de repartir après qu’il a remis la lettre du président. Perry n’insiste pas mais promet de revenir l’année suivant avec une escadre plus puissante afin de recevoir la réponse japonaise[4].
Perry retourne alors à Naha, qu’il atteint le . Il demande aux autorités que les Américains puissent louer une maison ou un abri ainsi que la construction d’un dépôt de charbon, pour lequel les habitants d’Okinawa se verraient payer un loyer annuel. Après un refus initial, les autorités de l’île acceptent à la suite de la menace d’une action militaire de la part de Perry. Le premier août l’escadre part pour la Chine en laissant un bateau pour surveiller l’établissement d’Américains[5].
Le , à Hong Kong, l’escadre est rejointe par d’autres navires de guerre. Une fois établit à Macao, Perry s’attache à faire un rapport aux autorités américaines tout en se plaignant de l’état de ses vaisseaux. Durant son séjour à Macao sa santé se dégrade quelque peu mais il échappe à l’épidémie de fièvre qui y sévit en 1853. Durant cette période son attention est quelque peu détournée par les évènements de la Révolte des Taiping[6].
Parallèlement à cette situation, Perry apprend que les Français et les Russes sont intéressés par le fait de développer des liens avec le Japon, la Russie voulant même faire une mission jointe avec les États-Unis. Le départ originellement prévu pour le printemps est donc quelque peu avancé pour le , afin de devancer Russes et Français.
Expédition de 1854

Perry passe d’abord par Okinawa où les américains sont mieux reçus que la première fois et où un dépôt de charbon d’une capacité de 700 tonnes a été construit. Il quitte Okinawa pour le Japon en février[7].
Perry revient donc au Japon en avec une escadre encore plus puissante. Il est maintenant doté de sept navires et, après avoir attendu deux semaines dans le port, débarque au son de l’hymne américain joué par deux orchestres. Dans le même temps, dix-sept coups de canons sont tirés avec 500 soldats armés de baïonnettes[8].
Les délégations américaines et japonaises s'échangent des présents. Perry offre un train miniature, un télégraphe et une histoire de la guerre du Mexique contenant des gravures du bombardement de Veracruz par la marine américaine sous son propre commandement[8].
Les Japonais sont plus conciliants que lors de la première expédition, en partie à cause de la menace que représente Perry mais surtout en raison de changements à l’intérieur du pays avec une prise d’importance des marchands qui souhaitaient ces liens avec les États-Unis et aussi en raison de la menace russe qui plaide en faveur d’un rapprochement avec le pays à la bannière étoilée.
Cette deuxième expédition aboutit donc à une victoire diplomatique américaine concrétisée par le traité de Kanagawa, signé le . Ce traité n’ouvre que deux ports, Shimoda au centre du pays et Hakodate au nord, en revanche des avancées sont faites sur la question des naufragés et les États-Unis obtiennent une clause de la nation la plus favorisée[8].
Bien que le texte n'ouvre que partiellement le Japon au commerce, les revendications américaines sont satisfaites. En comptant Okinawa, ils disposent désormais de trois relais charbonniers sur la route de Chine. Le traité est salué comme une réussite aux États-Unis en tant que premier traité signé par le Japon avec une puissance étrangère[8]. Dans les années qui suivent, d'autres traités inégaux sont signés avec le Royaume-Uni (), la Russie () et la France (). En , le traité d'Amitié et de Commerce, dit « Traité Harris », ouvre quatre autres ports aux États-Unis, et les citoyens américains obtiennent le droit de résider, acheter des biens et commercer dans les six ports ouverts ainsi qu'à Tokyo et Osaka.
Conservation

Le drapeau américain d'un des bateaux a été réutilisé lors de la capitulation du Japon en 1945 : « Le seul drapeau particulier qu'il y avait était un drapeau que le Commodore Perry avait fait flotter sur son navire au même endroit 82 ans auparavant. Il avait été sorti de son étui de verre du Museum de l'Académie Navale. Un messager l'avait apporté. Nous l'avons suspendu par-dessus la porte de ma cabine, face à l'avant, sur le pont de la véranda de sorte que tout le monde sur le pont de la reddition puisse le voir[9]. »
Des photographies de la cérémonie de signature montrent que ce drapeau était disposé sur l'envers avec les étoiles en haut à droite. Le tissu du drapeau historique était si fragile que le conservateur au muséum de l'Académie navale réalisa une protection de soutien cousue, laissant seul visible l'envers ; et c'est ainsi que le drapeau de Perry aux 31 étoiles fut exposé en cette unique occasion[10].
Anecdote
Le soir du , alors qu'ils mouillaient à Shimoda, les navires américains reçurent la visite surprise de deux jeunes Japonais déterminés à embarquer avec eux pour quitter le pays. L'un d'entre eux était Yoshida Shōin, qui deviendra l'un des grands idéologues xénophobes japonais[11].