Exécution de Maximilien de Robespierre

mort par guillotine de l'homme politique et avocat le 10 thermidor an II (28 juillet 1794) From Wikipedia, the free encyclopedia

Aussitôt après sa chute, le 9 thermidor de l’an II (), Maximilien de Robespierre, décrété hors la loi, est exécuté sans procès le 10 thermidor (). Il est amené en charrette sur la place de la Révolution (ancien nom de la place de la Concorde) en compagnie de 21 de ses partisans, dont son frère et Saint-Just, pour y être guillotiné.

Faits en bref Type, Pays ...
Exécution de
Maximilien de Robespierre
Image illustrative de l’article Exécution de Maximilien de Robespierre
Exécution de Robespierre et de ses complices conspirateurs contre la liberté et l'égalité : vive la Convention nationale qui par son énergie et surveillance a délivré la République de ses tyrans, estampe anonyme, 1794, Paris, BnF, département des estampes.

Type Exécution par guillotine
Pays Drapeau de la France France
Localisation Place de la Révolution (Paris, France)
Coordonnées 48° 51′ 56″ nord, 2° 19′ 16″ est
Organisateur Convention nationale
Date 10 thermidor an II ()
Bilan
Morts Maximilien de Robespierre et 20 complices

Géolocalisation sur la carte : 8e arrondissement de Paris
(Voir situation sur carte : 8e arrondissement de Paris)
Exécution deMaximilien de Robespierre
Géolocalisation sur la carte : Paris
(Voir situation sur carte : Paris)
Exécution deMaximilien de Robespierre
Géolocalisation sur la carte : France
(Voir situation sur carte : France)
Exécution deMaximilien de Robespierre
Fermer

71 personnes de plus seront exécutées le lendemain et 12 le surlendemain, essentiellement des membres de la Commune insurrectionnelle de Paris qui est ainsi liquidée.

Parcours de Robespierre vers la place de la Révolution

Robespierre mené au supplice par Pierre-Antoine Demachy, 1794.

À la suite de l'échec de l'insurrection communale dans la nuit du 9 au 10 thermidor, plusieurs des principaux robespierristes furent retrouvés morts ou grièvement blessés. Robespierre souffrait d'une grave blessure à la mâchoire, dont l'origine demeure controversée. Augustin de Robespierre avait été blessé après sa chute d'une fenêtre de l'hôtel de ville, tandis que Le Bas s'était suicidé d'un coup de pistolet. Couthon, paralysé des jambes, avait subi plusieurs blessures lors de son arrestation. François Hanriot fut retrouvé grièvement blessé dans une cour de l'hôtel de ville. Les survivants furent ensuite transférés à la Conciergerie.

À 16 h 30, les charrettes transportant les condamnés quittèrent la cour du Mai et gagnèrent les quais. Arrivées devant la maison où avait logé Robespierre, elles furent brièvement arrêtées ; selon plusieurs témoignages contemporains, la façade fut alors maculée de sang. À 18 h 15, le convoi atteignit la place de la Révolution, où l'échafaud avait été dressé.

Exécution de Robespierre

La mort de Robespierre.
Cette gravure anglaise stigmatise Robespierre, représenté sans sa blessure à la mâchoire, comme un lâche hypocrite incapable de se conduire avec dignité lors de son exécution, « bête aux abois qui bloque son pied contre un montant de la machine et s'agrippe à la planche pour tenter avec l'énergie du désespoir de s'accrocher à la vie », note l'historien Michel Biard[1].
Estampe gravée par Giacomo Aliprandi d'après un dessin de Giacomo Beys, Paris, BnF, département des estampes, vers 1799.
M.J. Maximilien Robespierre : surnommé le Catilina moderne, exécuté le 10 Thermidor an 2.e, de la République, estampe anonyme, Paris, BnF, 1794.

Adrien-Nicolas Gobeau, 53 ans, membre de la Commune, fut exécuté le premier. Quand ce fut le tour de Saint-Just de monter, il embrassa Georges Couthon, et, en passant devant Robespierre, il lui dit : « Adieu ». Maximilien de Robespierre fut exécuté en avant-dernier, le dernier fut Fleuriot-Lescot. Lorsqu’un des aides du bourreau arracha brusquement les linges qui lui soutenaient sa mâchoire, Robespierre poussa un cri de douleur. Il fut placé sur la bascule et le couperet tomba. La tête de Robespierre fut montrée au peuple, sous des applaudissements.

Les vingt-deux têtes furent placées dans un coffre en bois, les corps étant rassemblés sur une charrette qui se dirigea vers le cimetière des Errancis (ouvert en mars 1794). On jeta les têtes et les troncs dans une fosse commune et on répandit de la chaux vive, conformément à l'usage, ce qui rendit rapidement toute identification ultérieure impossible[2].

Les autres guillotinés du 10 thermidor

Ils furent au nombre de 21 à être exécutés[3] avec Maximilien de Robespierre :

  • Georges Couthon, député de la Convention ;
  • René-François Dumas, ex-président du Tribunal révolutionnaire ;
  • Jean-Baptiste Fleuriot-Lescot, maire de Paris ;
  • François Hanriot, ex-commandant de la garde nationale ;
  • Jean-Baptiste de Lavalette, ex-général de brigade de l’armée du Nord ;
  • Claude-François de Payan, agent national à la Commune de Paris ;
  • Adrien Nicolas Gobeau (°  à Vincennes), officier municipal, ex-substitut de Fouquier-Tinville, président de la société des Amis-de-la-Liberté ;
  • Augustin Robespierre, député de la Convention ;
  • Louis-Antoine Saint-Just, député de la Convention ;
  • Antoine Simon, officier municipal de la Commune de Paris, précédemment geôlier du Dauphin ;
  • Nicolas Joseph Vivier (°  à Paris), président des Jacobins ;
  • Jacques-Claude Bernard, 34 ans, membre du Conseil général de la Commune ;
  • Antoine Gency, 33 ans, officier municipal, adjoint au Comité d’exécution ;
  • Denis-Étienne Laurent, 33 ans, membre du Conseil général de la Commune ;
  • Jacques-Louis-Frédéric Warme, 29 ans, employé à la Commission du Commerce et approvisionnements ;
  • Jean-Étienne Forestier, 45 ou 47 ans, membre du Conseil général de la Commune ;
  • Nicolas Guérin, 52 ans, membre du Conseil général de la Commune ;
  • Jean-Baptiste-Mathieu Dhazard, 36 ans, membre de la Commune de Paris, adjoint au Comité d’exécution ;
  • Christophe Cochefer, 60 ans, membre du Conseil général de la Commune ;
  • Charles-Jacques-Mathieu Bougon, 57 ans, membre du Conseil général de la Commune ;
  • Jean-Marie Quenet, 41 ans, membre du Conseil général de la Commune et administrateur de police.

Exécutions consécutives

Après ces premières exécutions, des rafles sont opérées dans la capitale parmi les membres du Conseil général de la Commune et les employés municipaux[4]. Le 11 thermidor (), journée la plus sanglante, 71 personnes sont guillotinées et 12 personnes sont guillotinées le 12 ().

Après avoir réussi à s'enfuir de l'hôtel de ville et à se cacher pendant plusieurs jours, Jean-Baptiste Coffinhal finit par être dénoncé et arrêté. Après la constatation de son identité par le tribunal révolutionnaire, il est guillotiné le 18 thermidor ()[5].

Le 5 fructidor (), François-Pierre Deschamps, aide de camp d'Hanriot, est à son tour guillotiné[6]. Le 15 fructidor (), quarante-quatre membres des sections parisiennes ayant pris part au 9 Thermidor aux côtés de la Commune sont traduits devant le tribunal révolutionnaire[7]. Parmi eux, Henri Sanson et son oncle, Pierre-Claude, capitaine et lieutenant de canonniers, sont accusés d'avoir pénétré dans le comité de sûreté générale à la suite de Coffinhal et délivré Hanriot, mais ils sont acquittés. Seul Joseph-Julien Lemonnier, marchand limonadier, commissaire civil de la section de la Maison-Commune, né en 1756 à Paris, est condamné à mort et exécuté le même jour.

Masque mortuaire présumé

Masque mortuaire présumé de Robespierre (Londres, Madame Tussauds).

Juste après la décapitation de Robespierre, un masque mortuaire en plâtre aurait été moulé par Marie Grosholtz, future Marie Tussaud, fondatrice du musée de cire Madame Tussauds à Londres. En dépit de la valeur contestée de l'effigie[8], le médecin légiste très médiatisé Philippe Charlier et l'infographiste Philippe Froesch, se basant sur des copies de ce moulage et des témoignages de l'époque[9], reconstituent en 3D une physionomie présentée en 2013 comme « le vrai visage » de Robespierre[10] et publient une étude paléopathologique à ce sujet[11].

L'authenticité de cette reconstitution est cependant remise en cause par les historiens de la Révolution française[12]. Ainsi, l'historienne Annie Duprat rappelle le peu de fiabilité des moulages de Marie Grosholtz[13]. En outre, Guillaume Mazeau, maître de conférence à l'Institut d'histoire de la Révolution française, souligne qu'à la fin du XVIIIe siècle, « les vrais, les copies et les faux moulages pullulaient d’ailleurs dans toute l’Europe tant ils étaient une source de profit » et que cette reconstitution d'un visage effrayant ne correspond pas à « l’extrême majorité des dizaines de descriptions, de dessins, de gravures, de peintures ou de sculptures dont nous disposons depuis très longtemps », montrant plutôt que « plus de deux siècles après sa mort, la figure de Robespierre reste une source d’erreurs historiques et de fantasmes négatifs dans l'imaginaire collectif[14]. »

À ces critiques, Philippe Charlier répond que « tout porte à croire que ceux-ci (tableaux, gravures et sculptures) ont été "idéalisés", peut-être avec un objectif de propagande. Après tout ce ne serait pas la première fois qu'un peintre arrangerait le portrait de son modèle[15]... » L'historien Hervé Leuwers objecte que Marie Grosholtz n'aurait pu avoir accès à la dépouille de Robespierre puisque la Convention avait donné l'ordre officiel d'ensevelir au plus tôt les guillotinés du 10 thermidor an II : « On imagine mal, à un moment où les autorités révolutionnaires ordonnent de faire disparaître les corps — jusqu’à les faire recouvrir de chaux vive —, laisser procéder au moulage d’un visage que l’on veut à tout prix effacer[16]. » De surcroît, les mémoires de Madame Tussaud comportent plusieurs invraisemblances et inexactitudes, dont l'une relative au lieu d'inhumation du révolutionnaire[12].

Notes et références

Bibliographie

Related Articles

Wikiwand AI