Faillibilisme
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Le faillibilisme, en philosophie, se dit d'une doctrine qui reconnaît que l'on peut toujours se tromper, elle énonce que l'on peut atteindre de certitude sans que cela n'entrave le progrès des connaissances pour autant.

La question de savoir si la connaissance humaine doit être décrite comme étant faillible ou infaillible a marqué l’histoire de la tradition philosophique européenne (et américaine) depuis la Grèce antique. Dans les fragments de poèmes laissés par le philosophe présocratique Xénophane (vers -vers ), nous avons :
« Les dieux ne nous ont pas révélé, dès le commencement,
toutes choses ; mais avec le temps
en cherchant, nous pouvons apprendre et mieux connaître les choses.
Mais quant à la vérité certaine, aucun homme ne l’a connue,
et ne la connaîtra, ni les dieux,
ni toutes les choses dont je parle.
Et même si par hasard il prononçait
la vérité parfaite, il ne la connaîtrait pas lui-même ;
car tout n’est qu’un tissu de suppositions. »
— Traduction de la traduction de Karl Popper (en anglais) de Xénophane (34).
De même, Hippocrate considérait que les connaissances dans le domaine de la médecine, les traitements, sont faillibles. Sextus Empiricus rapporte que Carnéade soutenait une forme de faillibilisme. À l'inverse, Platon croyait que les dirigeants de la société, ceux qu'il appelait les « rois-philosophes », devaient posséder une compréhension profonde et vraie du bien et de la justice, qu'il considérait comme une forme absolue de connaissance.
Plus près de notre époque, à la fin du XIXe siècle, en opposition au rationalisme radical de Descartes[1], Charles Sanders Peirce introduisait le pragmatisme et, en même temps, le terme « fallibilisme ». Selon Hilary Putnam, un point marquant de ce fallibilisme est qu'il se veut un rejet du scepticisme. William James était également faillibiliste. Il avait extrait de Peirce l'essentiel dont il avait besoin pour ses objectifs philosophiques en parti orientés vers la religion[2]:5, objectifs qu'il avait même avant sa lecture de Peirce[3]. Sa notion de la vérité et donc du fallibilisme était différente de celle de Peirce. Pour Peirce, la vérité n'était jamais atteinte avec certitude, mais était néanmoins un but à viser par le pragmatisme en tant que méthode scientifique. Pour James, la vérité était une notion pratique évaluée par les effets de la connaissance et révisable, une notion qu'il a trouvée chez Peirce, mais, chez James, la vérité n'est plus la limite obtenue par la méthode scientifique. Cette définition différente de la vérité n’empêcha pas James de considérer Peirce comme le fondateur du pragmatisme, même s'il avait contribué plus que Peirce à la popularité du sujet[4]. John Dewey a suivit James à cet effet, mais a favorisé une application plus sociale du pragmatisme. Partant du constat qu'il a rejeté les questions épistémologiques traditionnelles, Haack le présente comme un révolutionnaire parmi les pragmatistes. Peirce, James et Dewey, considérés comme les pères du pragmatisme américain, étaient faillibilistes. À l'inverse, au début du XXe siècle, en réponse à l'idéalisme allemand, George Edward Moore décrivait la connaissance comme étant souvent infaillible, par exemple la connaissance que l'on possède deux mains.
Dans la même période, différentes formes de faillibilisme prévalaient au niveau de la connaissance scientifique. Pour Popper, la science n'utilise que des faits empiriques acceptés dans des discussions critiques qui d'un point de vue logique n'atteignent jamais de fondation solide. Il expliqua que les faits empiriques sont toujours dépendant de théories et que la discussion critique peut s'enfoncer aussi loin qu'on le juge utile dans les théories, ces théories ne seront toujours que des hypothèses. Et même si les faits sont acceptés, Popper adoptait l'argument de Hume selon lequel ces faits ne justifient en aucune manière les lois universelles. Cela faisait de Popper un faillibiliste radical en matière de justification logique de la vérité empirique. Il ne rejetait cependant pas la notion de vérité empirique et, comme Peirce, il considérait que la science s'en rapprochait. Une autre forme de faillibilisme a été adoptée par Carnap après avoir abandonné ses philosophies vérificationistes précédentes sous l'influence de Popper. Il considérait que les théories étaient incertaines, mais qu'on pouvait leur attribuer des probabilités. Cela lui a permis d'adopter une théorie bayésienne servant à réviser la probabilité des théories en fonction des observations.
Usage
Dans le sens le plus couramment utilisé du terme, le faillibilisme consiste à être ouvert à de nouvelles preuves qui contrediraient une position ou conviction précédemment tenues et dans la reconnaissance que « toute assertion justifiée aujourd'hui peut avoir besoin d'être révisée ou retirée à la lumière de nouveaux éléments de preuve, de nouveaux arguments et de nouvelles expériences »[5]. Cette position est tenue pour acquise en sciences naturelles[6].
Dans un autre sens, il se réfère à la conscience de « la mesure dans laquelle nos interprétations, évaluations, nos pratiques et les traditions sont temporellement indexées » et sujettes (peut-être arbitraire) de flux et changements historiques. Un tel faillibilisme « sensible au temps » consiste en une ouverture à la confirmation d'une possibilité que l'on anticipe ou attend dans l'avenir[7].
Quelques faillibilistes font valoir qu'une certitude absolue relativement à la connaissance est impossible.
Contrairement au scepticisme, le faillibilisme n'implique pas la nécessité d'abandonner notre connaissance ; nous n'avons pas besoin de justifications logiquement concluantes pour ce que nous savons. Au contraire, c'est un aveu que, parce que la connaissance empirique peut être révisée par une autre observation, l'une des choses dont nous prenons connaissance pourrait éventuellement se révéler fausse. Certains faillibilistes font une exception pour des choses qui sont une vérité axiomatique (telles que les mathématiques et la connaissance logique). D'autres continuent d'adhérer au faillibilisme sur la base que, même si ces systèmes axiomatiques sont dans un sens infaillibles, nous sommes encore capables d'erreur lorsque nous travaillons avec ces systèmes. Le rationaliste critique Hans Albert fait valoir qu'il est impossible de prouver une vérité avec certitude, même en logique et en mathématiques. Cet argument est appelé trilemme de Münchhausen.
Partisans

En tant que doctrine formelle, le faillibilisme est le plus fortement associé à Charles Sanders Peirce, John Dewey et autres pragmatistes qui l'utilisent dans leurs attaques contre le fondationnalisme. Cependant, il est déjà présent dans les points de vue des philosophes antiques qui étaient partisans du scepticisme philosophique, dont le philosophe Pyrrhon. Le faillibilisme est associé au scepticisme pyrrhonien en ce que les pyrrhoniens anciens sont parfois appelés faillibilistes et les faillibilistes modernes des pyrrhoniens[8],[9].
Un autre partisan du faillibilisme est Karl Popper qui a construit sa théorie de la connaissance, le rationalisme critique, sur la réfutabilité. Le faillibilisme a été employé par Willard Van Orman Quine pour attaquer, entre autres choses, la distinction entre les jugements analytiques et synthétiques.
Faillibilisme moral
Le faillibilisme moral est un sous-ensemble spécifique du plus vaste faillibilisme épistémologique décrit ci-dessus. Dans le débat entre le subjectivisme moral et l'objectivisme moral, le faillibilisme moral défend une troisième position plausible : des normes morales objectivement vraies peuvent exister mais elles ne peuvent être déterminée de façon fiable ou concluante par les humains. Cela évite les problèmes liés à la flexibilité du subjectivisme en retenant l'idée que la morale n'est pas une question de simple opinion, tout en représentant le conflit entre différentes morales objectives. Parmi les partisans de ces vues se trouvent Isaiah Berlin (cf. pluralisme de valeurs) et Bernard Williams (cf. perspectivisme). L'idée que les hommes peuvent se tromper sur leurs convictions morales et pourtant encore être justifiés dans la tenue de leurs croyances incorrectes, sous-tend les théories morales quasi-réalistes comme le quasi-utilitarisme d'Iain King et a été exposée par le philosophe J. L. Mackie.