Famille Tocco

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Armoiries de la famille Tocco.

La maison Tocco (pluriel en italien : Tocci, en grec : Τόκκοι) est une importante famille princière souveraine du Bénévent d'origine longobardienne. Elle s'illustre au cours de la fin du XIVe siècle et au XVe siècle dans l'ouest de la Grèce où elle règna sur les Îles ioniennes, comprenant entre autres les îles de Céphalonie, Corfou, Cythère, Ithaque, Leucade, Paxos et Zante et sur le despotat d’Épire. La maison Tocco était alors l'une des familles les plus influentes et puissantes de toute la région correspondant à l'actuelle Grèce. Elle se lia notamment par le biais d'alliances matrimoniales avec de grandes familles nobles, parmi les plus importantes d'Europe, comme les Sanseverino, Caracciolo, Carafa, Pignatelli Ruffo, des Baux ou encore les dynasties d'empereurs Paléologue et ottomane. Par le mariage entre Théodora Tocco et Constantin XI Paléologue, dernier empereur byzantin et donc dernier empereur romain de l'histoire, les Tocco se sont affirmés comme les héritiers des empereurs de l'Empire romain d'Orient[1].

La famille donna, outre des despotes d'Epire et des comtes palatins de Céphalonie et de Zante, des grands d'Espagne, des princes d'Acaya, des princes de Montemiletto, des ducs de Leucade, des ducs d'Apice ou encore des ducs de Popoli[2].

Les premiers membres connus de la famille sont mentionnés au XIIe siècle à Bénévent, bien que les généalogies des Tocco affirment une origine bien plus ancienne, avec des liens, forgés, avec les anciens rois goths Théodoric le Grand et Totila, ainsi qu'avec l'ancien roi épirote Pyrrhus. Des membres de la famille occupèrent diverses fonctions importantes sous les dynasties Hohenstaufen et angevine au royaume de Sicile. En récompense de sa loyauté envers les princes angevins de Grèce, tels que les empereurs latins titulaires Philippe Ier de Tarente et Robert de Tarente, Leonardo I Tocco se vit octroyer, vers 1357, le comté palatin de Céphalonie et Zante, îles situées au large de la côte ouest de l'actuelle Grèce[2].

Le fils et successeur de Léonard Ier, Carlo Ier Tocco, devint despote d'Épire en 1411, un titre octroyé par l'empereur romain d'Orient, car il était le successeur désigné du précédent despote, Ésaü de' Buondelmonti. Par une série de campagnes militaires, Carlo Ier réunifia l'Épire, politiquement morcelée à la suite des invasions de l'Empire serbe et des tribus albanaises au siècle précédent, et aux luttes menées par les princes albanais locaux. La plupart des conquêtes de Carlo Ier furent perdues sous le règne de son successeur, Carlo II Tocco, en raison des invasions ottomanes. Les Tocco perdirent le despotat et leurs autres possessions en Grèce en 1479, sous le règne du successeur de Carlo II, Léonard III Tocco. Ce dernier fut l'un des derniers souverains latins indépendants en Grèce, et le dernier à posséder des terres sur le continent grec[3].

Léonard III s'exila au royaume de Naples. Il tenta également, sans succès, d'obtenir des soutiens pour une expédition militaire afin de reconquérir ses terres en Grèce. Au cours des siècles suivants, les Tocco réintégrèrent la noblesse italienne, acquérant divers titres par le biais de mariages et d'achats. Les descendants de Léonard III continuèrent de revendiquer le titre de despote d'Épire et de comte palatin de Céphalonie et Zante jusqu'à la première moitié du XVIIe siècle. Aucun Tocco ne s'est installé en France. Toutefois, un descendant de la famille Tocco, le prince de Castiglione Marittimo, Antonio d'Aquino, beau-fils du maréchal de France Jean Caracciolo, s'est installé en France au XVIe siècle. Aucun de ses descendants français n'a revendiqué Epire ou le comté de Céphalonie et Zante[4].

En Italie, les revendications des Tocco s'arrêtèrent lorsqu'Antonio Tocco demanda le titre de prince d'Achaïe en 1642, en échange de ses titres patrimoniaux de despote d'Épire et de comte palatin de Céphalonie et Zante. La famille s'éteignit avec la mort de son dernier membre, Carlo III di Tocco Cantelmo Stuart, en 1884, et leurs héritiers Capece Galeota s'éteignirent également au cours de la première moitié du XXe siècle. Les Tocco restent considérés comme les héritiers des dynasties Paléologue, empereurs romains d'Occident ou encore et Branković, despostes de Serbie[5].

Le premier membre historique connu de la famille Tocco est Ugolino Tocco, qui fut Grand Sénéchal d'Henri VI, empereur du Saint-Empire romain germanique (r. 1191-1197). Ugolino est généralement considéré comme le fondateur de la famille. Le siège ancestral de la famille, le Castellum di Tocco, aujourd'hui en ruines, était situé sur les pentes du Monte Taburno, dans le massif du Taburno Camposauro, en Italie du Sud. La famille a accru sa puissance et son influence tout au long des XIIe et XIIIe siècles, et l'on trouve des traces de son contrôle sur des terres dans toute la vallée entourant Bénévent, depuis son siège du Castellum di Tocco. Les Tocco de cette époque étaient inhumés dans des emplacements privilégiés au sein de l'église Saint-Lupo près de Bénévent, ce qui témoigne d'une ascension sociale. Parmi les Tocco notables recensés durant la période de domination des Hohenstaufen sur l'Italie du Sud figurent Guillelmo di Tocco, qui exerça la fonction d'iudex (juge) au sein de l'administration locale des Hohenstaufen, et Landulfo di Tocco, à qui l'on attribue les villes de Limata et de Cerreto en en récompense de sa loyauté envers les souverains Hohenstaufen[6].

Pendant la période angevine

Le règne de la dynastie des Hohenstaufen sur l'Italie du Sud prit fin avec leur défaite face aux Guelfes et l'accession au trône de Charles Ier d'Anjou en Sicile en 1266. Intégrés à l'administration des Hohenstaufen, les Tocco subirent quelques revers durant les premières années de la domination angevine. Ainsi, dans les années 1280, le Castellum di Tocco est mentionné comme étant soumis à l'autorité de Robert de Lavena, un chevalier français de l'entourage de Charles Ier. Tous les Tocco ne semblent pas avoir été affectés par ces difficultés, et la famille compta également des membres éminents durant cette période. Johannes de Tocco, docteur en médecine, fut le médecin personnel de Charles Ier et de son héritier Charles II d'Anjou (1285-1309). Un prieur dominicain du nom de Guillelmus de Tocco est mentionné comme un proche confident de Charles II (dont il était le confesseur) et exerça la fonction d'inquisiteur général de Sicile.

Auparavant réservée aux élites angevines et françaises, la cour de Naples s'ouvrit à la noblesse locale vers 1300 sous Charles II, permettant ainsi aux nobles napolitains d'occuper diverses fonctions au sein même de la cour et de servir le roi et ses proches par le service militaire. Parmi les autres nobles, certains Tocco sont mentionnés comme ayant intégré la cour de Charles II à cette époque. En servant comme milites (soldats adoubés), les nobles étaient autorisés à résider dans le prestigieux quartier napolitain de la Porta Capuana. Les nobles qui y vivaient au début du XIVe siècle revendiquaient un rang nobiliaire particulier et une descendance directe des anciens habitants romains de la ville. Pour les Tocco, vivre dans ce quartier leur permettait de renforcer leur prestige[2].

Parmi les Tocco résidant dans le quartier de la Porta Capuana figurait Guglielmo Tocco, que les historiens modernes considèrent comme le fondateur de la branche de la famille qui régna plus tard sur une partie du sud de la Grèce. Guglielmo était étroitement lié à la famille royale napolitaine, et notamment à Philippe d'Anjou, fils cadet de Charles II. Philippe d'Anjou fut prince de Tarente de 1294 à 1331 et détenait également plusieurs titres en Grèce : prince d'Achaïe de 1307 à 1313 et empereur latin titulaire de Constantinople de 1313 à 1331. Guglielmo fut l'un des chevaliers et conseillers de Philippe et reçut à plusieurs reprises des terres en Italie en récompense de sa loyauté.

Les Angevins régnaient alors sur plusieurs possessions en Grèce, héritages de la quatrième croisade, dont l'une des plus importantes était l'île de Corfou. En 1327, Guglielmo Tocco y exerça les fonctions d'inquisiteur. De 1330 à 1331, il fut gouverneur ou capitaine général de Corfou, chargé de superviser les dépenses, les revenus de la production et les douanes de l'île.

Les Tocco en Grèce

Les souverains des îles Ioniennes

Guglielmo eut plusieurs enfants, mais son fils le plus illustre fut Leonard Ier Tocco. Bien qu'il fût l'un des cadets de Guglielmo, Leonard surpassa tous ses frères à la fin de sa vie. Vers 1357, Leonard Ier reçut le titre de comte palatin de Céphalonie et de Zante, deux îles au large de la côte ouest de la Grèce, soit de Robert de Tarente (fils et héritier de Philippe d'Anjou), soit de la reine Jeanne Ire de Naples. Léonard Ier contracta un mariage de qualité avec Maddalena de' Buondelmonti, la nièce de Niccolò Acciaioli, grand sénéchal du royaume de Naples.

En 1362, Leonard Ier s'empara de l'île voisine de Leucade et de la forteresse de Vonitsa, située sur le continent. Il s'attribua également les titres de seigneur de Vonitsa et de duc de Leucade. La prise de Leucade et de Vonitsa ne fut pas une conquête pure et simple ; les habitants, mécontents de leur famille régnante, les Vénitiens Zorzi, avaient fait appel à Leonard Ier. Bien que les chroniqueurs contemporains aient rapporté que Léonard avait promis de respecter la religion orthodoxe locale, il est également rapporté qu'il chassa l'archevêque orthodoxe de Vonitsa. À la mort de Leonard Ier dans les années 1370, son domaine revint à son jeune fils, Carlo Ier Tocco, et sa mère, Maddalena, assura la régence durant le début de son règne. À la fin des années 1380, Carlo Ier Tocco était, selon l'historien William Miller, le souverain latin le plus puissant encore en activité en Méditerranée orientale. Vers 1390, Carlo atteignit sa majorité et la régence de sa mère prit fin. Il épousa Francesca Acciaioli, fille de Nerio I Acciaioli, duc d'Athènes (r. 1285/1394–1394). Le conseiller le plus fidèle et le chef militaire de Carlo Ier Tocco était son frère cadet, Leonardo II Tocco, qui, en récompense de ses services, reçut l'île de Zante en 1399. L'île ne fut pas cédée comme une possession féodale ordinaire, puisqu'il fut précisé que, quel que soit le fait que Léonard II ait des enfants, l'île serait restituée à Carlo Ier Tocco à sa mort.

En 1394, Carlo Ier Tocco entra en conflit avec Théodore Ier Paléologue, fils de l'empereur Jean V Paléologue et despote de Morée (r. 1383-1407). Nerio Ier Acciaiuoli mourut en et désigna Francesca, épouse de Carlo Ier Tocco, comme héritière de tous ses biens et comme tutrice de la ville de Corinthe. Le testament ignorait presque totalement la sœur aînée de Francesca, Bartolomea Acciaioli, épouse de Théodore Ier Paléologue. En conséquence, Théodore attaqua Corinthe presque aussitôt après la mort de Nério Ier, revendiquant le droit d'aînesse plutôt que de respecter le testament. Francesca exerçait un pouvoir important dans la ville, car elle y était présente au moment du décès de Nerio Ier Acciaiuoli et participa activement à sa défense, commandant elle-même les troupes locales. Bien que populaire auprès des soldats, le rôle de Francesca fut marginalisé une fois que Carlo arriva en ville fin 1394 ou début 1395 et elle partit peu après pour Céphalonie. Le conflit fut résolu lorsque Carlo accepta de vendre la ville, ainsi que les autres possessions de Francesca, à Théodore pour 6 000 ducats d'or et un loyer annuel de 600 ducats d'or.

Au début du XVe siècle, Carlo Ier s'efforça d'étendre son domaine – avec un succès relatif – aux terres d'Épire et d'en chasser les Albanais locaux, qui régnaient sur diverses principautés depuis l'effondrement de l'Empire serbe, lequel avait détruit le despotat d'Épire originel dans les années 1340. Les motivations de ces conquêtes demeurent obscures. Peut-être Carlo Ier cherchait-il à sauver les populations locales d'une prétendue « tyrannie albanaise », ou peut-être agissait-il en représailles ; le seigneur albanais Jean Spata aurait attaqué le domaine de l'île de Tocco durant la régence de sa mère. En 1411, Ésaü de' Buondelmonti, despote d'Épire et seigneur de la ville de Ioannina (et oncle de Carlo Ier Tocco), décéda. La ville passa alors sous la coupe de son épouse, Jevdokija Balšić, mais, impopulaire, elle fut déposée par les habitants, qui firent appel à Carlo Ier pour qu'il devienne leur souverain. Deux mois seulement après la mort d'Ésaü, Charles Ier fit une entrée triomphale à Ioannina. Il s'attribua presque aussitôt le titre de despote, bien que les habitants insistassent pour qu'il sollicite la reconnaissance de ce titre auprès de l'empereur byzantin. Après avoir reçu le frère de Carlo Ier Tocco, Léonard II, comme émissaire, l'empereur Manuel II Paléologue reconnut officiellement Carlo Ier comme despote en 1415. Miller qualifiait la dynastie des Tocco, sous Carlo Ier Tocco et Léonard II, de « l'une des dynasties latines les plus ambitieuses et les plus compétentes du Levant »[7].

Dans les îles Ioniennes, les Tocco ont consolidé leur pouvoir en accordant des titres de noblesse et des terres féodales à des familles italiennes et grecques locales. La plupart des postes au sein de la structure du pouvoir des Tocco étaient occupés par des figures loyales d'origine napolitaine ou sud-italienne, ce qui a établi un certain niveau de déconnexion entre la population de langue grecque et ses dirigeants latins. Cependant, il y avait une certaine implication des Grecs à la cour des Tocco, bien qu'ils occupassent principalement les niveaux inférieurs de la hiérarchie administrative.

Despote d'Epire

Carlo Ier considérait son titre de despote comme lui conférant un droit sur les terres autrefois gouvernées par les dynasties des Comnènes Doukas et des Orsini du despotat d'Épire. Il entreprit donc de s'emparer d'Arta, l'ancienne capitale du despotat. Après l'avoir conquise aux Albanais locaux, Carlo Ier Tocco y fit une entrée solennelle en . D'après ses propres chroniqueurs, les habitants perçurent la conquête d'Arta par Charles Ier comme une grande victoire. Carlo Ier était parvenu à réunir les Grecs d'Épire sous un seul royaume, chose qui, selon ses chroniqueurs, « n'aurait pu être réalisée au cours des deux derniers siècles ».

Vers la fin de 1426, le conflit reprit entre Carlo Ier Tocco et le despotat byzantin de Morée, lorsque Carlo Ier attaqua un contingent de soldats albanais du Péloponnèse qui combattaient pour le despote Théodore II Paléologue. Carlo Ier occupa également des territoires dans le nord-ouest du domaine de Théodore II. En 1427, l'empereur Jean VIII Paléologue entreprit personnellement de vaincre Carlo Ier, accompagné de son frère cadet Constantin. Le , les deux frères atteignirent Mystras, capitale de la Morée, et se dirigèrent vers la ville de Glarentza, qui fut prise par les Tocques. Lors de la bataille des Échinades, une escarmouche navale au large de Glarentza, Carlo Ier fut défait et accepta de renoncer à ses conquêtes en Morée. Afin de sceller la paix, Tocco offrit sa nièce, Creusa Tocco (dont le nom fut plus tard changé en Théodora, un nom grec), en mariage à Constantin, sa dot étant Glarentza et les autres territoires moréotes détenus par Carlo Ier Tocco. Glarentza fut donnée aux Byzantins le et le , Constantin épousa Théodora. Ainsi, la défaite de Carlo Ier Tocco ne fut pas aussi catastrophique qu'elle aurait pu l'être ; bien qu'il ait été vaincu militairement, il obtint également un lien étroit avec la famille impériale byzantine[2].

Carlo Ier mourut probablement en , et ses domaines sombrèrent dans le chaos. Moins d'un an après sa mort, l'importante ville de Ioannina était déjà tombée aux mains de l'Empire ottoman, et son héritier légitime, son neveu Carlo II Tocco, était engagé dans une guerre de succession contre les fils illégitimes de Carlo Ier Tocco. Bien qu'ayant réussi à se maintenir au pouvoir face à ses cousins, Carlo II avait perdu, à sa mort vers 1448, la quasi-totalité de ses possessions continentales au profit de l'Empire ottoman. Si Carlo II fut, selon l'historienne Nada Zečević, souvent tenu pour responsable de la perte de ces territoires, étant perçu comme un « souverain faible », la chute des territoires Tocco résultait d'une avancée ottomane bien plus vaste à travers les Balkans au XVe siècle. Même les voisins les plus puissants de Carlo II, notamment l'Empire byzantin, furent impuissants à freiner la montée en puissance des Ottomans. Carlo II a été remplacé par son fils, Leonardo III Tocco, qui a hérité du despotat en tant que mineur. En , les Ottomans ont pris Árta.

La conquête ottomane était un destin auquel aucun des souverains des Balkans de l'époque ne pouvait échapper. La campagne ottomane contre Léonard III avait achevé la conquête turque de la Grèce continentale ; Léonard était l'un des derniers souverains latins indépendants de la région.

Léonard III, Despote d'Epire

Exil en Italie

Léonard III passa le reste de sa vie à Naples, cherchant des moyens de reconquérir ses territoires grecs. Il vécut mal ses premières années d'exil, qu'il jugeait injustes, et déplora sa déchéance. En 1480, alors qu'il tentait d'obtenir le soutien de puissants seigneurs féodaux du sud de l'Italie pour l'aider à reprendre ses domaines grecs, Léonard III aurait déclaré, à propos de sa famille : « Nous avons peut-être perdu nos anneaux, mais nous n'avons pas perdu nos doigts », une phrase qui, écrit Zečević, « sera longtemps citée comme l'illustration parfaite du pragmatisme familial ».

Certains membres de la famille s'adaptèrent aisément à la vie en Italie. Le frère de Léonard III, Giovanni Tocco, devint protonotaire apostolique à Rome, et le fils aîné et héritier de Léonard III, Carlo III Tocco, servit la dynastie Sforza de Milan, puis l'empereur du Saint-Empire romain germanique Maximilien Ier, dans des fonctions militaires. Le second fils de Léonard III, Fernando Tocco, fut diplomate à la cour d'Henri VII d'Angleterre. Le frère cadet de Léonard III, Antonio, parvint brièvement à reprendre Céphalonie en 1481. Cependant, il était mal vu de la république de Venise et de la population locale, et fut assassiné en 1483, soit par les Vénitiens, soit par les habitants.

Le mécontentement des Tocco face à leur exil s'apaisa avec la naissance et l'éducation de nouvelles générations en Italie, mieux intégrées et familiarisées avec la vie italienne. Au XVIe siècle, les Tocco s'orientèrent vers le commerce, le mercenariat et la diplomatie, travaillant souvent loin de Naples. Bien que de plus en plus familiarisés avec la vie italienne, les Tocco exilés commencèrent également à affirmer leur identité grecque, soulignant leurs liens familiaux et de titre avec les empereurs byzantins. Selon Zečević, il ne s'agissait probablement pas d'un signe de « conscience de soi grecque tardive », mais plutôt d'une décision stratégique visant à « améliorer leur nouvelle condition de dignitaires de lignée impériale »[2].

Noblesse italienne

Les Tocco étaient presque les seuls, parmi les familles des souverains latins de Grèce, à avoir laissé une descendance jusqu'à l'époque moderne. Les descendants des Tocco se prétendaient « princes de sang », car ils représentaient les héritiers des dynasties impériales serbe et byzantine. L'épouse de Léonard III, et la mère de Carlo III, était Milica Branković, fille du souverain serbe Lazar Branković et d'Hélène Paléologue, fille de Thomas Paléologue, despote de Morée (r. 1428-1460). Après l'extinction des derniers descendants mâles de Thomas Paléologue au XVIe siècle, les Tocco représentaient la branche la plus ancienne de ses héritiers. Ils continuèrent à revendiquer le titre de despote d'Épire jusqu'en 1642, date à laquelle Antonio Tocco l'abandonna et le remplaça par celui de prince d'Achaïe, que ses descendants continuèrent d'utiliser. La revendication de ce dernier titre provenait probablement de Thomas Paléologue. Thomas avait épousé l'héritière de Centurione II Zaccaria, le dernier prince d'Achaïe (r. 1404-1432), et avait hérité des territoires de la principauté à la mort de Centurione en 1432.

Léonardo VII

Au cours des siècles qui suivirent leur retour en Italie, la noblesse des Tocco se renforça, principalement grâce à de nombreuses donations royales. Carlo III Tocco épousa Andronica Arianiti Comneno, fille de Constantin Comnène Arianiti, lui aussi prétendant à diverses terres en Grèce. C'est avec leur fils, Leonardo IV Tocco, que les Tocco redevinrent des nobles terriens, lorsque Constantin lui octroya la forteresse de Refrancore au Piémont. Le petit-fils de Leonardo IV, Leonardo V Tocco, agrandit le domaine familial en acquérant la baronnie d'Apice en 1639. Le fils de Leonardo V, Antonio, qui renonça au titre de despote, augmenta également considérablement le nombre de territoires détenus par la famille. En 1665, il acheta la baronnie de Calabritto et en 1674, Antonio hérita des titres de prince de Montemiletto, comte de Monteaperti et baron de Grumo, Montefalcione, Serra et Manocalzati de son beau-père. À partir de l'époque d'Antonio et par la suite, les Tocco s'identifièrent principalement par leur propriété de Montemiletto[2].

Le petit-fils d'Antonio, Carlo Antonio Tocco, acquit les baronnies de Nocelle et de Fontanarosa, mais vendit celle de Calabritto. Le fils de Carlo Antonio, Leonardo VII Tocco, fut nommé duc d'Apice en 1720 et occupa de hautes fonctions au service des États pontificaux et du Saint-Empire romain germanique. En 1724, il est attesté comme capitaine de la cavalerie de la garde pontificale à Rome et, en 1725, comme conseiller d'État impérial sous l'empereur Charles VI (r. 1711-1740). Parmi les nombreuses distinctions qu'il reçut de son vivant, Leonardo VII fut fait chevalier de l'ordre de Saint-Janvier en 1738. Leonardo épousa Camilla Cantelmo Stuart, issue de l'éminente famille italienne des Cantelmo Stuart, qui se réclamait de la lignée et des liens de parenté avec la maison royale écossaise et anglaise des Stuart. Leonardo prit ensuite le nom de famille complet « Tocco Cantelmo Stuart », également utilisé par leurs descendants, comme en témoigne le nom de leur fils et héritier de Leonardo VII, Restaino di Tocco Cantelmo Stuart, qui hérita des titres de la famille de Camilla, obtenant le titre de duc de Popoli. Le fils et héritier de Restaino, Carlo II di Tocco Cantelmo Stuart, obtint le titre de baron de Roccavallescura et de Pratola.

Carlo Capece Galeota, prince d'Achaïe

La famille Tocco s'éteignit avec la mort du petit-fils de Carlo, portant le même nom, le . Ce Carlo di Tocco Cantelmo Stuart, ainsi que son père Francesco avant lui, avaient été les chefs d'une faction de légitimistes bourboniens désireux de restaurer le royaume des Deux-Siciles après la formation du royaume d'Italie en 1861. Leurs titres furent hérités par Carlo Capece Galeota, descendant de Carlo II di Tocco Cantelmo Stuart. Capece Galeota mourut en 1908, et son héritière et dernière descendante vivante, sa fille Maria Maddalena, décéda en 1933. Bien que la famille Tocco ait survécu assez longtemps pour que les terres qu'elle revendiquait en Grèce soient libérées du joug ottoman au XIXe siècle et intégrées au royaume de Grèce, il ne fut jamais question que les Tocco reprennent leurs fonctions dirigeantes sur leurs anciens territoires[2].

La Chronique des Tocco

Notes et références

Voir aussi

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