Thomas Paléologue

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Thomas Paléologue (Θωμᾶς Παλαιολόγος ; 1409 – ) est despote de Morée de 1428 jusqu’à la chute du despotat en 1460, bien qu’il continue à revendiquer ce titre jusqu’à sa mort cinq ans plus tard. Il est le frère cadet de Constantin XI Paléologue, dernier empereur byzantin. Thomas est nommé despote de Morée par son frère aîné, l’empereur Jean VIII Paléologue, en 1428, rejoignant ses deux frères et autres despotes Théodore et Constantin, qui gouvernent déjà la Morée. Bien que Théodore se montre réticent à coopérer avec ses frères, Thomas et Constantin œuvrent efficacement au renforcement du despotat et à l’extension de ses frontières. En 1432, Thomas fait passer sous contrôle byzantin les derniers territoires de la principauté latine d’Achaïe, fondée lors de la quatrième croisade plus de deux siècles plus tôt, en épousant Catherine Zaccaria, héritière de la principauté.

Prédécesseur Constantin XI Paléologue (empereur byzantin)
Dynastie Paléologue
Faits en bref Prédécesseur, Successeur ...
Thomas Paléologue
Description de cette image, également commentée ci-après
Détail de la chapelle San Giovanni de la cathédrale de Sienne, par le Pinturicchio.

Titre

Prétendant au trône impérial Byzantin


11 ans, 11 mois et 13 jours

Prédécesseur Constantin XI Paléologue (empereur byzantin)
Successeur André Paléologue
Biographie
Dynastie Paléologue
Naissance
Constantinople (Empire byzantin)
Décès
Rome (États pontificaux)
Père Manuel II Paléologue
Mère Hélène Dragaš
Conjoint Catherine Zaccaria
Enfants Hélène Paléologue
André Paléologue
Manuel Paléologue
Sophie Paléologue
Description de l'image Byzantine Palaiologos Eagle.svg.
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En 1449, Thomas soutient l’accession au trône de son frère Constantin, devenu l’empereur Constantin XI, malgré les manœuvres de leur autre frère, Démétrios, qui convoite lui-même le trône. Après l’élévation de Constantin, Démétrios est chargé par celui-ci de gouverner la Morée avec Thomas, mais les deux frères peinent à coopérer et se querellent fréquemment. Après la chute de Constantinople et la fin de l’Empire byzantin en 1453, le sultan ottoman Mehmed II permet à Thomas et Démétrios de continuer à régner en tant que vassaux ottomans en Morée. Thomas espère transformer le petit despotat en point de ralliement d’une campagne visant à restaurer l’Empire, comptant sur le soutien de la Papauté et de l’Europe occidentale. Les querelles constantes avec Démétrios, qui soutient quant à lui les Ottomans, conduisent finalement Mehmed à envahir et conquérir la Morée en 1460.

Thomas et sa famille — son épouse Catherine et leurs trois plus jeunes enfants, Zoé, André et Manuel — s’enfuient en exil vers la ville de Methóni détenue par la république de Venise, puis vers Corfou, où Catherine et les enfants demeurent. Dans l’espoir de lever des soutiens pour une croisade destinée à restaurer ses terres en Morée, voire l’Empire byzantin lui-même, Thomas se rend à Rome, où il est accueilli et pris en charge par le pape Pie II. Ses espoirs de reconquérir la Morée ne se concrétisent pas et il meurt à Rome le . Après sa mort, ses revendications passent à son fils aîné André, qui tente lui aussi de susciter un appui pour une campagne visant à restaurer le despotat disparu et l’Empire byzantin.

Biographie

Jeunesse

Alors que l’Empire byzantin se désagrège et se fragmente au cours du XIVe siècle, les empereurs de la dynastie des Paléologues en viennent à considérer que le seul moyen sûr de préserver leurs derniers territoires consiste à les concéder à leurs fils, avec le titre de despote, comme apanages à défendre et à gouverner[1]. L’empereur Manuel II Paléologue (1391–1425) a au total six fils qui survivent à l’enfance. Le fils aîné survivant de Manuel, Jean, est élevé au rang de coempereur et désigné pour succéder à Manuel comme seul empereur à sa mort. Le deuxième fils, Théodore, est nommé despote de Morée et le troisième, Andronic, est fait despote de Thessalonique en 1408, alors qu’il n’a que huit ans. Les fils cadets de Manuel, Constantin, Démétrios et Thomas (le plus jeune, né en 1409), sont maintenus à Constantinople faute de terres suffisantes à leur attribuer. Les plus jeunes enfants – Théodore, Andronic, Constantin, Démétrios et Thomas – sont fréquemment décrits comme ayant la distinction de Porphyrogénète né dans la pourpre », c’est-à-dire né dans le palais impérial durant le règne de leur père), distinction qui ne semble pas partagée par Jean, l’héritier impérial[2].

Les relations entre les frères Paléologue ne sont pas toujours bonnes. Si le jeune Jean et Constantin semblent bien s’entendre, les relations entre Constantin et les plus jeunes, Démétrios et Thomas, sont moins cordiales[2]. Les rapports complexes entre les fils de Manuel II sont mis à l’épreuve lorsque Jean, devenu l’empereur Jean VIII, nomme Constantin despote de Morée en 1428. Comme leur frère Théodore refuse d’abandonner sa charge, le despotat se retrouve gouverné par deux membres de la famille impériale pour la première fois depuis sa création en 1349. Peu après, le jeune Thomas (âgé de dix-neuf ans) est également nommé despote de Morée, ce qui fait que le despotat, nominalement indivis, se trouve en pratique morcelé en trois petites principautés[3].

Théodore ne cède pas la place à Constantin ou à Thomas dans la capitale du despotat, Mystras. Il accorde plutôt à Constantin des terres dans toute la Morée, notamment le port septentrional d’Aigio, des forteresses et des villes en Laconie (au sud), ainsi que Kalamata et la Messénie à l’ouest. Constantin établit sa capitale de despote à Glarentza. De son côté, Thomas reçoit des terres au nord et s’installe dans le château de Kalavryta[3].

Despote de Morée

Renforcement de la Morée

Ruines de l'Hexamilion, que Thomas tente de restaurer avec son frère.

Peu après leur nomination comme despotes, Constantin et Thomas, avec Théodore, décident de réunir leurs forces pour tenter de s’emparer du port prospère et stratégique de Patras, au nord-ouest de la Morée, alors sous l’autorité de son archevêque catholique. La campagne, qui échoue peut-être en raison de la réticence de Théodore à y participer, constitue la première expérience militaire de Thomas[3]. Constantin capture ensuite Patras seul, mettant fin à deux cent vingt-cinq ans de domination étrangère[4].

Les débuts de Thomas comme despote de Morée ne sont pas exempts d’acquisitions. Depuis des années, Thomas et Constantin grignotent les derniers vestiges de la Principauté d'Achaïe, un État croisé fondé lors de la Quatrième croisade en 1204 et qui a autrefois contrôlé presque toute la péninsule. C’est Thomas qui met finalement fin à la principauté en épousant Catherine Zaccaria, fille et héritière du dernier prince, Centurione II Zaccaria. À la mort de Centurione en 1432, Thomas peut revendiquer toutes ses terres restantes. Dans les années 1430, Thomas et Constantin assurent que presque tout le Péloponnèse revient en mains byzantines pour la première fois depuis 1204, à l’exception de quelques ports tenus par la république de Venise[5].

Le sultan Murad II, à la tête de l’Empire ottoman, qui occupe la majeure partie de l’ancien territoire byzantin et relègue l’Empire et le despotat au rang de vassaux, s’inquiète de la récente série de succès byzantins en Morée. En 1431, Turahan Beg, un général turc gouvernant la Thessalie, envoie ses troupes au sud pour démolir la principale ligne de défense de la Morée, le mur d’Hexamilion, afin de rappeler aux despotes qu’ils sont les vassaux du sultan[6].

En , Constantin, peut-être désireux d’être plus proche de Mystras, conclut un nouvel accord territorial, sans doute approuvé par Théodore et Jean VIII, avec Thomas. Thomas accepte de céder sa forteresse de Kalavryta à Constantin, qui en fait sa nouvelle capitale, en échange d’Élis, que Thomas choisit comme capitale[6]. Bien que les relations entre les trois despotes semblent bonnes en 1432, elles se dégradent rapidement. Jean VIII n’a pas de fils pour lui succéder et l’on suppose que son héritier sera l’un de ses quatre frères survivants (Andronic étant mort auparavant). Le successeur préféré de Jean VIII est Constantin ; ce choix est accepté par Thomas, qui entretient de bonnes relations avec son frère aîné, mais il est mal accueilli par Théodore, l’aîné des deux. Lorsque Constantin est convoqué à Constantinople en 1435, Théodore croit qu’il s’agit de le nommer coempereur et héritier désigné — ce qui n’est pas le cas — et il se rend lui aussi dans la capitale pour exprimer ses objections. La querelle entre Constantin et Théodore n’est résolue qu’à la fin de 1436, lorsque le futur patriarche Grégoire Mammas est envoyé pour les réconcilier et prévenir une guerre civile. Lorsque Constantin est appelé à exercer la régence à Constantinople durant l’absence de Jean VIII au concile de Florence entre 1437 et 1440, Théodore et Thomas restent en Morée[7].

En , Constantin cède l’administration de Selymbria — qu’il avait reçue après avoir contribué à réprimer la rébellion de leur jeune frère Démétrios — à Théodore, qui renonce alors à sa position de despote de Morée, faisant de Constantin et Thomas les deux seuls despotes de la Morée. Si cela rapproche Théodore de Constantinople, cela fait aussi de Constantin le maître de la capitale de la Morée et l’un des hommes les plus puissants du petit Empire[8]. Avec Théodore et Démétrios écartés, Constantin et Thomas espèrent renforcer la Morée, désormais centre culturel du monde byzantin, et en faire une principauté sûre et presque autosuffisante[9]. Le philosophe Gémiste Pléthon soutient que si Constantinople est la nouvelle Rome, Mystras et la Morée peuvent devenir la « nouvelle Sparte », un royaume hellénique centralisé et puissant[10].

Attaques turques et avènement de Constantin XI

L'entrée de Mehmed II dans Constantinople vue par Fausto Zonaro (1854-1929), peinture objet d'une commande du sultan Abdülhamid II.

Parmi les mesures prises dans le cadre du renforcement du despotat figure la reconstruction du mur d’Hexamilion, détruit par les Turcs en 1431. Ensemble, ils restaurent entièrement l’ouvrage, achevé en [11]. Le mur est détruit de nouveau en 1446 par les Turcs après que Constantin a tenté d’étendre son contrôle vers le nord et a refusé les exigences du sultan de le démanteler[12]. Déterminés à tenir le mur, Constantin et Thomas rassemblent toutes leurs forces disponibles, jusqu’à vingt mille hommes peut-être, pour le défendre[13]. Malgré cela, la bataille qui s’y déroule en 1446 est une victoire écrasante des Turcs, Constantin et Thomas s’échappant de justesse. Turahan Beg est envoyé au sud pour prendre Mystras et ravager les terres de Constantin, tandis que le sultan Murad II dirige ses forces au nord du Péloponnèse[12]. Bien que Turahan échoue à prendre Mystras, cela importe peu, car Murad ne souhaite pas conquérir la Morée à ce moment-là, mais seulement terroriser la région ; les Turcs quittent bientôt la péninsule, dévastée et dépeuplée[14]. Constantin et Thomas ne sont pas en position de demander une trêve et doivent reconnaître Murad comme leur suzerain, lui verser tribut et promettre de ne jamais reconstruire le mur d’Hexamilion[15].

Leur ancien co-despote Théodore meurt en , et le de la même année, l’empereur Jean VIII s’éteint. Les prétendants potentiels au trône sont Constantin, Démétrios et Thomas. Jean n’a pas officiellement désigné d’héritier, mais chacun sait qu’il favorise Constantin, et la volonté de leur mère, Hélène Dragas, qui le préfère également, s’impose[16]. Thomas, qui n’a aucune intention de revendiquer le trône, et Démétrios, qui le souhaite ardemment, se précipitent à Constantinople et atteignent la capitale avant Constantin. Bien que Démétrios bénéficie du soutien de nombreux partisans de l’anti-unionisme, Hélène revendique son droit d’assurer la régence jusqu’à l’arrivée de son fils aîné, retardant la tentative de Démétrios de s’emparer du trône. Thomas accepte la nomination de Constantin et Démétrios, qui se joint bientôt à la proclamation de Constantin comme nouvel empereur, est écarté. L’historien byzantin et fidèle Paléologue Georges Sphrantzès informe alors le sultan Murad II, qui accepte lui aussi l’élévation de Constantin, devenu l’empereur Constantin XI Paléologue[17]. Afin d’éloigner Démétrios de la capitale, Constantin le nomme despote de Morée, chargé de gouverner le despotat avec Thomas. Démétrios reçoit Mystras et administre principalement le sud et l’est du despotat, tandis que Thomas dirige la Corinthie et le nord-ouest, utilisant tour à tour Patras ou Leontari comme capitale[18].

En 1451, le sultan Murad II, âgé et las, ayant renoncé à conquérir Constantinople, meurt et son jeune et vigoureux fils Mehmed II lui succède[19]. Celui-ci est résolu avant tout à s’emparer de la ville[20]. En 1452, durant les préparatifs du siège ottoman de Constantinople, Constantin XI envoie un message urgent en Morée, demandant à l’un de ses frères de venir le soutenir avec leurs troupes. Pour empêcher ce secours, Mehmed II dépêche de nouveau Turahan Beg pour ravager la péninsule[21]. L’attaque turque est repoussée par une armée commandée par Matthieu Paléologue Asen, beau-frère de Démétrios, mais cette victoire arrive trop tard pour apporter une aide à Constantinople[22].

Gouvernement de la Morée indépendante

Sous la domination ottomane

Le despotat de Morée, partagé entre Thomas et Démétrios.

Constantinople finit par tomber le , Constantin XI mourant en la défendant, ce qui met fin à l’Empire byzantin. À la suite de la chute de la ville et de la mort de Constantin XI, l’une des menaces les plus pressantes pour le nouveau régime ottoman est la possibilité qu’un parent survivant de l’empereur défunt rassemble des partisans et tente de rétablir l’Empire. Heureusement pour Mehmed II, les deux despotes de Morée ne représentent guère plus qu’une nuisance et sont autorisés à conserver leurs titres et leurs terres[23]. Lorsque des envoyés de Thomas et Démétrios se rendent auprès du sultan à Andrinople quelques mois après la chute de Constantinople, celui-ci n’exige aucune cession territoriale, seulement le paiement d’un tribut annuel de 10 000 ducats. Comme la Morée est autorisée à subsister, de nombreux réfugiés byzantins s’y rendent, faisant du despotat une sorte de gouvernement byzantin en exil[24]. Certains de ces réfugiés influents et courtisans vont même jusqu’à évoquer l’idée de proclamer Démétrios, l’aîné des deux frères, empereur des Romains et successeur légitime de Constantin XI[25]. Thomas et Démétrios envisagent peut-être de faire de leur petit despotat un point de ralliement pour une campagne de restauration de l’Empire[23] ; avec un territoire fertile et relativement prospère, l’idée que l’Empire puisse survivre en Morée paraît un moment plausible[25]. Toutefois, Thomas et Démétrios sont incapables de coopérer et consacrent l’essentiel de leurs ressources à se combattre l’un l’autre plutôt qu’à préparer la lutte contre les Turcs[23]. Comme Thomas a passé la majeure partie de sa vie en Morée, et Démétrios surtout ailleurs, les deux frères se connaissent à peine[20].

Peu après la chute de Constantinople, une révolte éclate contre les despotes en Morée, provoquée par le mécontentement de nombreux immigrants albanais envers les actions des propriétaires grecs locaux[21]. Les Albanais ont respecté les anciens despotes, tels Constantin et Théodore, mais méprisent les deux despotes actuels et, en l’absence d’autorité centrale venue de Constantinople, ils saisissent l’occasion de prendre le contrôle du despotat. Dans la partie de Thomas, les rebelles proclament Jean Asen Zaccaria, fils du dernier Prince d’Achaïe, comme leur chef, et dans la partie de Démétrios, le meneur de la révolte est Manuel Cantacuzène, petit-fils de Démétrios Cantacuzène (despote jusqu’en 1384) et arrière-arrière-petit-fils de l’empereur Jean VI Cantacuzène[22]. Sans espoir de vaincre les Albanais seuls, les despotes sollicitent l’unique puissance proche et assez forte pour les aider : les Ottomans[25]. Mehmed II, qui ne souhaite pas voir le despotat tomber aux mains des Albanais, donc hors de son contrôle, envoie une armée pour réprimer la révolte en . Celle-ci n’est entièrement écrasée qu’en , lorsque Turahan Beg arrive pour aider les despotes à rétablir fermement leur autorité. En contrepartie, Mehmed exige un tribut accru, porté de 10 000 à 12 000 ducats annuels[21],[25].

La possibilité d’une aide occidentale

Jean Argyropoulos, émissaire de Thomas en Occident.

Aucun des deux frères n’est en mesure de réunir la somme exigée par le sultan et leurs orientations politiques divergent. Démétrios, probablement le plus réaliste, a plus ou moins renoncé à espérer une aide chrétienne venue d’Occident et estime préférable d’apaiser les Turcs, tandis que Thomas conserve l’espoir que la papauté puisse encore appeler à une croisade pour restaurer l’Empire byzantin[21]. Les espoirs de Thomas ne sont pas déraisonnables : la chute de Constantinople a suscité en Europe occidentale autant d’horreur que dans les derniers territoires byzantins d’Orient. En , le pape Nicolas V publie la bulle de croisade Etsi ecclesia Christi, appelant les chrétiens d’Occident à prendre la croix pour reprendre Constantinople. La réponse est enthousiaste : plusieurs souverains puissants s’engagent, dont Philippe le Bon de Bourgogne en , et Alphonse V d’Aragon d’Aragon et du royaume de Naples en . Alphonse promet de conduire personnellement une armée de 50 000 hommes et 400 navires contre les Ottomans. À Francfort, Frédéric III réunit un conseil de princes allemands et propose l’envoi de 40 000 hommes en Hongrie, où les Ottomans ont subi une défaite écrasante à Belgrade en 1456. Si les forces combinées de la Hongrie, de l’Aragon, de la Bourgogne et du Saint-Empire romain germanique avaient été mobilisées pour exploiter cette victoire, la domination ottomane sur les Balkans aurait été fortement compromise[26].

Bien que les Ottomans aient consolidé la position des deux despotes lors de la récente révolte albanaise, la perspective d’une aide occidentale pour restaurer les territoires byzantins paraît irrésistible. En 1456, Thomas envoie Jean Argyropoulos en Occident pour discuter de la possibilité d’une aide pour la Morée. Argyropoulos est un choix réfléchi, car il a été un partisan ardent du concile de Florence, ce qui lui vaut d’être bien accueilli par le successeur de Nicolas V, le pape Calixte III, à Rome. Depuis Rome, Argyropoulos se rend également à Milan, en Angleterre et en France ; d’autres envoyés sont dépêchés en Aragon (en raison de l’engagement d’Alphonse dans les projets de croisade) et à Venise (Thomas espérant pouvoir se réfugier en territoire vénitien en cas d’attaque ottomane sur la Morée). Une croisade paraît si proche que même Démétrios, pourtant farouchement hostile à l’Occident, adoucit sa position anti-latine et envoie ses propres envoyés[27]. Argyropoulos arrive probablement à Rome en même temps que l’envoyé de Démétrios, Frankoulios Servopoulos, et les deux diplomates parcourent l’Europe en visitant les mêmes cours, mais indépendamment l’un de l’autre. Thomas et Démétrios se révèlent incapables de coopérer même dans le domaine diplomatique[28].

Guerre civile et chute du despotat

Finalement, aucune croisade ne se met en marche pour combattre les Ottomans. Convaincus que l’aide occidentale finira par arriver et incapables de payer, les deux despotes n’ont pas versé leur tribut annuel aux Ottomans depuis trois ans[28]. Sans argent venant de la Morée, et face à la menace croissante d’une intervention occidentale, Mehmed perd patience envers les Paléologue. L’armée ottomane part d’Andrinople en et entre en Morée, où la seule résistance sérieuse se manifeste à Corinthe, dans le domaine gouverné par Démétrios[21]. Laissant son artillerie bombarder et assiéger la ville, Mehmed se rend avec le reste de ses forces pour ravager et conquérir le nord du despotat, sous l’autorité de Thomas. Corinthe finit par capituler en août, après que plusieurs cités du nord se sont déjà rendues, et Mehmed impose une lourde sanction à la Morée. Le territoire contrôlé par les deux frères est drastiquement réduit : Corinthe, Patras et une grande partie du nord-ouest de la péninsule sont annexés à l’Empire ottoman et dotés de gouverneurs turcs ; les Paléologue ne sont autorisés à conserver que le sud, incluant la capitale nominale du despotat, Mystras, à condition de payer leur tribut annuel au sultan[29].

Presque aussitôt après le départ de Mehmed, les deux frères recommencent à se quereller[29]. La victoire ottomane n’a fait qu’exacerber l’antagonisme entre Thomas et Démétrios. Ce dernier devient encore plus pro-ottoman après que Mehmed a promis de lui faire épouser sa fille Hélène, tandis que Thomas, dont les territoires annexés constituent presque toute sa zone de domination — dont sa capitale, Patras — place ses derniers espoirs dans l’Occident. En , Thomas se révolte contre Démétrios et les Ottomans, s’alliant à plusieurs seigneurs albanais. Ils s’emparent de la forteresse de Kalavryta et de nombreuses terres dans la Morée centrale, et assiègent Kalamata et Mantinée, des places fortes tenues par Démétrios[30]. Démétrios réplique en s’emparant de Leontari et appelle les gouverneurs turcs du nord de la Morée à son aide. De nombreuses tentatives sont faites pour réconcilier les deux frères[31], notamment lorsque Mehmed ordonne à l’évêque de Lacédémone de les faire jurer la paix[32], mais toute trêve ne dure que peu de temps. Une grande partie de la noblesse byzantine de Morée ne peut qu’assister avec effroi à la guerre civile[31]. Georges Sphrantzès résume le conflit ainsi :

« « Les deux frères se combattent avec toutes leurs ressources. Seigneur Démétrios place ses espoirs dans l’amitié et l’aide du sultan, et dans sa prétention que ses sujets et ses châteaux ont été lésés, tandis que seigneur Thomas repose sur le fait que son adversaire a commis parjure et qu’il mène la guerre contre l’impie. »[31] »

Bien que Démétrios dispose de davantage de soldats et de ressources, Thomas et les Albanais réussissent à solliciter l’Occident. Après une escarmouche victorieuse contre les Ottomans, Thomas envoie seize soldats turcs capturés, accompagnés de quelques gardes armés, à Rome pour convaincre le pape qu’il mène une guerre sainte contre les musulmans. La stratégie fonctionne et le pape envoie 300 soldats italiens sous le commandement du condottiere milanais Gianone da Cremona pour soutenir Thomas. Avec ces renforts, Thomas prend l’avantage et Démétrios semble sur le point d’être vaincu : il se replie sur Monemvasia et envoie Matthaios Asan à Andrinople implorer l’aide de Mehmed[31]. Les appels de Thomas à l’Occident constituent une véritable menace pour les Ottomans, menace amplifiée par le soutien énergique du cardinal Bessarion, un réfugié byzantin ayant quitté l’Empire des années plus tôt. Pie II convoque un concile à Mantoue en 1459 et envoie Bessarion et d’autres prélats prêcher une croisade contre les Ottomans à travers l’Europe[29].

Déterminé à soumettre la Grèce, Mehmed estime que seule la destruction complète du despotat et son intégration directe dans l’Empire peut résoudre la situation. Il rassemble de nouveau son armée en et la conduit lui-même d’abord à Corinthe, puis à Mystras[32]. Bien que Démétrios se soit ostensiblement rangé du côté du sultan, Mehmed envahit d’abord ses terres[33]. Démétrios se rend sans combattre, craignant une punition et ayant déjà mis sa famille à l’abri à Monemvasia. Mystras tombe ainsi entre les mains des Ottomans le , exactement sept ans après la chute de Constantinople. Les rares places de Morée qui osent résister sont dévastées conformément au droit islamique : les hommes sont massacrés, les femmes et les enfants réduits en captivité. Tandis que de nombreux réfugiés grecs fuient vers les territoires vénitiens comme Méthoni et Koróni, la Morée est progressivement soumise, la dernière résistance étant menée par Constantin Graitzas Paléologue, un parent de Thomas et Démétrios, à Salmenikon en [32].

Exil

Statue de Saint-Paul, devant la basilique Saint-Pierre. Thomas sert de modèle.

Lorsque Thomas apprend l’invasion menée par Mehmed, il se réfugie d’abord à Mantinée pour observer l’évolution de la situation. Lorsque l’avancée ottomane vers Leontari devient évidente et qu’il est clair qu’ils arriveront bientôt devant Mantinée[33], Thomas, son entourage (dont plusieurs nobles grecs tels que Georges Sphrantzès), son épouse Catherine et ses enfants André, Manuel et Zoé fuient vers Méthoni[34]. Des navires vénitiens les conduisent ensuite jusqu’à Corfou, où ils arrivent le [33]. Bien que Catherine et les enfants demeurent sur l’île[34], Corfou n’est pour Thomas qu’un refuge temporaire : les autorités locales refusent de l’héberger trop longtemps, par crainte de provoquer les Ottomans. Incertain de sa prochaine destination, Thomas tente de gagner Raguse mais le Sénat refuse catégoriquement de l’accueillir. À la même période, Mehmed II envoie des messagers invitant Thomas à conclure un « traité d’amitié », lui promettant des terres s’il accepte de revenir en Grèce. Douteux et inquiet, Thomas dépêche des envoyés à la fois auprès de Mehmed et de la papauté, afin d’informer le pape de sa situation. L’envoyé envoyé vers Mehmed retrouve le sultan à Véria et, malgré les paroles d’apaisement du souverain, il est immédiatement arrêté avec son escorte[33].

Quelques jours plus tard, l’ambassadeur est relâché et revient à Corfou avec un message : Thomas doit soit se présenter lui-même auprès de Mehmed, soit envoyer certains de ses enfants. Face à cette exigence, Thomas estime qu’il n’a plus d’autre choix : l’Occident est sa seule option. Le , il quitte donc son épouse et ses enfants à Corfou et met le cap sur l’Italie, débarquant à Ancône. En , Thomas arrive à Rome[35], où il espère convaincre le pape Pie II de lancer une croisade[34]. Comme frère du dernier empereur byzantin, il est le dirigeant en exil le plus prestigieux parmi les nombreux chrétiens fuyant les Balkans lors des conquêtes ottomanes[36].

Le pape Pie II se rend à Ancône, par Pinturicchio. Thomas Paléologue est le personnage en bleu.

À son arrivée à Rome, Thomas rencontre Pie II, qui lui accorde la Rose d'or, un logement à l’Arcispedale Santo Spirito in Saxia et une pension de 300 ducats par mois (soit 3 600 annuels). En plus de cette pension pontificale, Thomas reçoit 200 ducats mensuels des cardinaux et 500 ducats de la république de Venise, laquelle le supplie en même temps de ne pas retourner à Corfou pour ne pas compromettre ses relations déjà fragiles avec les Ottomans. Pour les nombreux partisans de Thomas, cet argent est jugé à peine suffisant pour entretenir le despote lui-même, et certainement insuffisant pour subvenir à leurs besoins[37],[38]. La papauté reconnaît officiellement Thomas comme le légitime despote de Morée et l’héritier de l’Empire byzantin, bien que Thomas ne revendique jamais le titre impérial[39].

Durant son séjour à Rome, Thomas, en raison de sa « haute stature et de sa belle apparence », sert de modèle à la statue de saint Paul qui se dresse encore aujourd’hui devant la Basilique Saint-Pierre. Le , Thomas offre au pape la prétendue tête de saint André, précieuse relique conservée pendant des siècles dans les possessions byzantines. Cet événement a un impact considérable sur Pie II : André est le frère de saint Pierre et est considéré comme le fondateur de l’Église de la Nouvelle Rome (Constantinople), tout comme Pierre est vu comme le fondateur de celle de l’Ancienne Rome. Bien que l’union de Florence ait été rejetée par la majorité des fidèles orthodoxes, l’Église latine y demeure attachée ; l’arrivée en Italie de Thomas — lui-même catholique uniate — apportant la tête d’André et demandant la protection du successeur de Pierre pousse Pie II à organiser un spectacle symbolique somptueux, dans le style des papes de la Renaissance[40]. La cérémonie, saluée comme un retour d’André, est représentée sur la tombe de Pie II[37].

Dans les années 1460, les plans de croisade contre les Ottomans reprennent. Pie II fait de la reconquête de Constantinople l’un des objectifs majeurs de son pontificat et son concile de 1459 à Mantoue obtient la promesse d’une armée de 80 000 hommes provenant de plusieurs grandes puissances d’Europe occidentale. Le soutien naval est assuré en 1463 lorsque Venise déclare formellement la guerre aux Ottomans à la suite de nouvelles incursions turques en Grèce. En , Pie II déclare officiellement la guerre à l’Empire ottoman après le refus de Mehmed de se convertir au christianisme[41]. Alors que de nombreux exilés balkaniques en Occident se résignent à vivre dans l’ombre[36], Thomas espère toujours recouvrer des territoires byzantins et soutient fermement les projets de croisade[41],[39].

Au début de 1462, Thomas quitte Rome pour parcourir l’Italie et obtenir davantage de soutiens[42], muni de lettres pontificales d’indulgence[39]. Pie II le décrit comme « un prince né de l’illustre et antique famille des Paléologues… un homme aujourd’hui exilé, dépouillé de tout sauf de sa lignée »[39]. Comme son père Manuel II et son frère Jean VIII, Thomas possède une réelle prestance et une apparence soignée, ce qui rend ses appels difficiles à ignorer. L’ambassadeur mantouan à Rome le décrit comme « un homme beau, à l’expression noble et grave, avec une allure tout à fait princière », et les ambassadeurs milanais rencontrés à Venise affirment qu’il est « aussi digne que tout homme sur terre peut l’être ». Parmi toutes les cours visitées, seule Venise s’oppose fermement à lui : non seulement elle exige son départ immédiat, mais elle envoie également des ambassadeurs à Rome pour demander qu’il ne participe pas à l’expédition, car sa présence risquerait de « produire d’effroyables et inconcevables scandales ». Cette hostilité pourrait provenir de ses avancées passées sur les territoires vénitiens ou du rôle joué par ses querelles avec Démétrios dans la chute du despotat. Malgré les espoirs de Thomas, aucune expédition ne part pour la Grèce. Lorsque l’armée est prête à embarquer en 1464, Pie II se rend lui-même à Ancône pour rejoindre la croisade, mais meurt sur place le . Sans son impulsion, l’initiative s’effondre aussitôt et les navires repartent les uns après les autres[42].

À la mort de son épouse en [43], Thomas fait venir ses enfants, restés à Corfou, mais ils n’arrivent à Rome qu’après sa mort, survenue le [44]. Bien qu’il ait été en grande partie oublié par l’élite romaine après la disparition de Pie II en 1464[39], Thomas est enterré avec honneur dans l’ancienne basilique Saint-Pierre[37],[44]. Sa tombe, épargnée contrairement à celles des empereurs paléologues de Constantinople détruites lors des premières années de domination ottomane[45], n’a pas encore été localisée malgré des recherches modernes[37].

Descendance

Il est généralement admis que Thomas a quatre enfants avec Catherine Zaccaria[34],[46]. Ces quatre enfants sont les suivants[47],[48] :

  • Hélène Paléologue (1431 – ), l’aînée des deux filles du couple. Hélène est mariée à Lazar Branković, fils de Đurađ Branković, Despote de Serbie. Au moment de la chute de la Morée, Hélène vit depuis longtemps à Smederevo avec son mari (qui devient despote de Serbie en 1456). Lazare meurt en 1458 et Hélène se retrouve seule pour élever leurs trois filles. En 1459, Mehmed II envahit la Serbie et met fin au despotat, mais Hélène est autorisée à quitter le pays. Après un séjour à Raguse, elle se rend à Corfou et y vit avec sa mère et ses frères et sœurs. Elle devient ensuite religieuse et se retire sur l’île de Leucade, où elle meurt en . Hélène a de nombreux descendants par ses trois filles Jelena, Milica et Jérina Branković, mais aucun ne porte le nom de Paléologue[43].
  • Zoé Paléologue (vers 1449 – ), la cadette des filles de Thomas et Catherine. Zoé est mariée en 1472 à Ivan III, grand-prince de Moscou par le pape Sixte IV, dans l’espoir de convertir les Russes au catholicisme. Les Russes ne se convertissent pas et le mariage est célébré selon le rite orthodoxe. En Russie, Zoé est appelée « Sophie » et son union avec Ivan III renforce la prétention de Moscou à être la « troisième Rome », héritière spirituelle et idéologique de l’Empire byzantin. Le couple a plusieurs enfants, dont la descendance est nombreuse ; même si aucun ne porte le nom de Paléologue, beaucoup adoptent l’iconographie de l’aigle bicéphale byzantin. Ivan le Terrible, premier tsar couronné de Russie, est le petit-fils de Sophie[43].
  • André Paléologue (), l’aîné des deux fils du couple et leur troisième enfant. André passe l’essentiel de sa vie à Rome, vivant d’une pension pontificale progressivement réduite. Après la mort de Thomas, il est reconnu par la papauté et par divers milieux italiens comme l’héritier légitime du despotat de Morée ; il en vient ensuite à revendiquer aussi le titre d’Imperator Constantinopolitanus empereur de Constantinople »), espérant restaurer un jour l’Empire byzantin tombé. Il tente d’organiser une expédition de reconquête en 1481, mais ses plans échouent et il cède plus tard ses droits impériaux à Charles VIII de France, qu’il espère utiliser comme champion contre les Turcs. André meurt pauvre à Rome ; l’existence d’éventuels enfants reste incertaine. Son testament prévoit que ses titres soient transmis aux Rois catholiques d’Espagne, qui ne les utilisent toutefois jamais[49],[50].
  • Manuel Paléologue ( – avant 1512), le plus jeune des quatre enfants. Manuel vit à Rome et dépend, comme son frère, de l’argent du pape. À mesure que la pension s’amenuise, et faute de titres à monnayer en tant que second dans l’ordre de succession, il parcourt l’Europe à la recherche d’un engagement militaire. Ne trouvant aucune offre satisfaisante, Manuel surprend tout le monde en se rendant à Constantinople en 1476 et en se plaçant sous la protection de Mehmed II, qui l’accueille généreusement. Il épouse une femme inconnue et demeure à Constantinople jusqu’à sa mort. Manuel a deux fils, dont l’un meurt jeune et l’autre se convertit à l’islam ; le sort final de ce dernier reste incertain[43],[48].

Il est possible que Sphrantzès connaisse mal la famille de Thomas. Il donne en effet à l’épouse de Thomas un âge de 70 ans au moment de sa mort, ce qui impliquerait qu’elle ait mis au monde Manuel à l’âge peu crédible de 65 ans. On sait par ailleurs que Thomas a au moins un enfant non mentionné par Sphrantzès : une fille, dont le nom est inconnu, morte en bas âge et attestée par une oraison funèbre[46]. Les sources postérieures à Sphrantzès divergent en outre fortement sur le nombre d’enfants attribués à Thomas. Certains auteurs, comme Charles du Fresne (1680), reprennent les quatre enfants cités par Sphrantzès, tandis que d’autres, tels Antonio Albizzi (1627), n’en mentionnent que deux (les fils André et Manuel). Leone Allacci (1648) parle de trois fils (Jean, André et Manuel). Il apparaît donc que, même relativement peu de temps après la mort de Thomas, le nombre exact de ses enfants est déjà incertain[51].

Le généalogiste Peter Mallat conclut en 1985 que cette incertitude, ajoutée au fait que l’aînée connue, Hélène, naît presque vingt ans avant la seconde, Zoé, laisse penser que Thomas pourrait avoir eu plus de quatre enfants[52]. Certaines généalogies italiennes des XVIIe siècle et suivants attribuent ainsi à Thomas deux fils supplémentaires : un bâtard nommé Rogerio, et un quatrième fils légitime, également prénommé Thomas. L’existence de Rogerio et de ce « Thomas le Jeune » est très largement rejetée comme fantaisiste par la recherche moderne[53]. Il existe toutefois quelques indices d’un second Thomas Paléologue au XVe siècle : un « Thomas Paléologue, despote de Morée » est mentionné comme ayant épousé en 1444 une sœur de la reine Isabelle de Clermont, ce que Thomas ne peut pas avoir fait puisqu’il est alors déjà marié et au pouvoir en Morée[52]. Quant à Rogerio, son existence repose sur un petit nombre de documents non authentifiés et sur la tradition orale de ses prétendus descendants, les « Paleologo Mastrogiovanni ». Si chaque document pris isolément semble anodin, l’ensemble est contradictoire et ne permet nullement d’établir avec certitude que Thomas ait eu un fils du nom de Rogerio[54]. Sphrantzès, à la naissance d’André Paléologue le , écrit que l’enfant est « un continuateur et héritier » de la lignée des Paléologues, formule difficile à comprendre si André n’est pas le premier-né de Thomas (alors que Rogerio et Thomas le Jeune lui seraient antérieurs)[55].

À la fin du XVIe siècle, une famille portant le nom de Paleologue, établie à Pesaro en Italie, revendique une descendance de Thomas par un troisième fils supposé, appelé Jean. Cette famille, qui réside ensuite principalement en Cornouailles, compte notamment Theodore Paleologus, soldat et assassin à gages, et Ferdinand Paleologus, qui se retire à la Barbade à la fin du XVIIe siècle[56]. L’existence d’un fils de Thomas nommé Jean ne peut être prouvée avec certitude, aucun document contemporain ne mentionnant un tel enfant. Il est possible que Jean soit un personnage réel, peut-être un fils illégitime de Thomas ou un petit-fils par l’un de ses fils connus, André ou Manuel[57]. Son existence pourrait être confortée par la mention d’un fils portant ce prénom chez Allatius en 1648 (bien que cette date soit trop tardive pour constituer un témoignage indépendant)[58] et par des documents contemporains de Pesaro évoquant un certain Leone Palaiologos (les formes latines des prénoms, Leonis et Ioannes, étant proches), présenté comme vivant dans la ville[59].

Notes et références

Bibliographie

Voir aussi

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