Fantastique social

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Le fantastique social est le nom par lequel l'écrivain Pierre Mac Orlan entreprit de caractériser la dimension inquiétante de la vie moderne. Notion malaisément définissable par son inventeur comme par ses commentateurs[1], elle fut employée pour la première fois par Mac Orlan à l'occasion d'une conférence sur le cinéma fantastique au théâtre du Vieux-Colombier le [2]. Il l'illustra par la suite dans des essais, des articles, des romans et des chansons.

Portrait de police (1931) d'un « serviteur du démon des pensées secrètes[3] » : Peter Kürten, dit « le vampire de Düsseldorf », figure inquiétante du fantastique social.

Mac Orlan, dont la démarche était plus intuitive que déductive[4], et qui se méfiait des constructions idéologiques et philosophiques[5], ne donna jamais de définition systématique de la notion de fantastique social, qui par conséquent ne fut jamais véritablement claire dans ses écrits[4]. Il hésita d'ailleurs un moment sur le nom dont il baptiserait cette esthétique de l'inquiétude contemporaine[6] et employa tout d'abord le terme de « romantisme social [4]».

À la différence du fantastique traditionnel, qui repose sur l'irruption du surnaturel dans le quotidien, le fantastique social tel que le concevait Mac Orlan prend sa source dans les bouleversements sociaux engendrés par la modernité : les fantômes et autres créatures diaboliques sont remplacées par des figures équivoques, mais humaines, telles que, par exemple, Jack l'Éventreur, Landru ou le vampire de Düsseldorf[7]... Ainsi qu'il l'expliquait dans un article de 1928 consacré aux rapports entre la photographie et le fantastique social :

« On peut dire que les fantômes qui habitent l’ombre de notre temps sont les déchets de l’activité humaine. On ne rencontre des apparences, pour la plupart dangereuses, que dans les endroits où l’homme a pour habitude de se débarrasser des éléments indésirables qui peuvent nuire à son existence.

Les filles, par exemple, attirent les fantômes comme l’aimant attire l’acier. Dans les lieux prédestinés où elles exercent leur profession, les éléments fantastiques qui naissent de l’activité humaine se donnent rendez-vous. Celui qui a tué dans la journée vient y chercher un semblant de repos. Il traîne avec lui tout le décor fantastique du drame dont il est l’auteur[8].

. »

Les autres éléments constitutifs du fantastique social intègrent des éléments aussi divers que les quartiers de prostitution, le peu de valeur de la vie humaine, la puissance de suggestion de la photographie, la vitesse[9], les paysages dévastés par la guerre, le malaise et l'inquiétude générés par le pressentiment des catastrophes à venir, etc.[10]

Le cadre en est foncièrement urbain[7] et, plutôt que la nuit en tant que telle, son cadre privilégié est l'ombre, dont « les lampes de la publicité ne dispersent point les arrière-pensées[11]. »

L'une des dimensions principales du fantastique social réside dans son caractère ambigu, dans « la conviction que le monde est mouvant, que ses apparences sont interchangeables, que nous nous trouvons parmi une foule masquée sur la scène d'un immense théâtre dont le décor peut être modifié à chaque instant », écrit Bernard Baritaud[12]. C'est ainsi que les personnages des romans de Mac Orlan qui sont les vecteurs du fantastique social sont le plus souvent des individus équivoques : espionnes, individus qui changent d'identité ou qui ne savent plus qui ils sont, assassin qui, « le jour, [fait] rire les petits enfants, et, le soir, sous l'aspect de son élément mystérieux, assassin[e] une fille aux yeux de poulpe[13]. »

Concept intermédiaire où les arts visuels rejoignent la littérature, sorte de chainon manquant entre l'expressionnisme allemand et le surréalisme français[14], « le fantastique social de notre époque est le produit de la grande aventure industrielle », concluait Mac Orlan en 1928[8]. Le fantastique social est semblable au réalisme poétique en tant qu'association de composantes apparemment opposées (le quotidien et le rêve)[9].

Aux origines de la notion

Le fantastique social dans l’œuvre de Mac Orlan

Voir aussi

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