Faux Soir

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PaysDrapeau de la Belgique Belgique
LangueFrançais
GenrePresse nationale
Date de fondation
Le « Faux Soir »
Fausse édition du journal Le Soir —
Image illustrative de l’article Faux Soir

Pays Drapeau de la Belgique Belgique
Langue Français
Genre Presse nationale
Date de fondation
Ville d’édition Bruxelles

Le « Faux Soir », nom habituellement donné à la fausse édition du Soir[1], est un numéro pirate du journal Le Soir, alors aux mains de l'occupant allemand, publié le par le Front de l'indépendance, une organisation de la résistance belge.

Utilisant contre l'occupant nazi l'arme de l'humour et de la dérision, le Faux Soir est, outre un acte de résistance qui coûtera la vie à certains de ses acteurs, une illustration de l'esprit de dérision belge et de la zwanze bruxelloise.

Le Soir volé

Pendant la Seconde Guerre mondiale, le journal Le Soir cesse de paraître le quelques jours après l’invasion allemande, mais est relancé par des journalistes collaborateurs comme Horace Van Offel et Raymond De Becker, rédacteurs en chef, avec l’aval de l’occupant allemand[2],[3]. L'auteur le plus notoire à publier dans ce qui est connu comme le Soir volé (surnom donné par les opposants à la collaboration) est sans doute Hergé, avec L'Étoile mystérieuse. Malgré son aspect propagandiste, Le Soir volé tire à plus de 200 000 exemplaires jusqu'en 1943[4].

Le Front de l'indépendance

Écusson du Front de l'Indépendance.

Le Front de l'indépendance, ou FI, est un mouvement de résistance belge fondé en par un communiste, le docteur Albert Marteaux, l'abbé André Roland et Fernand Demany, dont le but est de réunir les Belges résistants de toutes opinions et tendances. À la fin de la guerre, le comité national du Front de l'indépendance réunit des représentants d'un grand nombre d'organisations résistantes telles que l'Armée belge des partisans, les milices patriotiques, Wallonie indépendante, le Rassemblement national de la jeunesse, ainsi que les principaux partis et syndicats du pays[5].

Le Faux Soir

Projet

L'idée du Faux Soir vient de Marc Aubrion[6] (dit « Yvon ») le alors qu'il rédige un article en prévision du .

Il propose à René Noël, chef de la section presse du Front de l'indépendance d'éditer et distribuer un faux numéro du Soir, pour ridiculiser l'occupant et remonter le moral des Belges. La date choisie est le , c'est-à-dire à l'occasion du 25e anniversaire de la défaite allemande de la Première Guerre mondiale[7].

René Noël adhère au projet[8] et met rapidement en place, avec Marc Aubrion, les éléments qui vont permettre de réaliser cette opération en 21 jours. Tout d'abord, la date de publication est fixée au . En effet, le , veille du 11, est un mercredi, jour où le Soir est publié sur quatre pages. La difficulté d'imprimer un seul feuillet paraît suffisante et la parution du Faux Soir est donc avancée d'un jour[7].

Mise en place

Grâce à Théo Mullier, un membre du Front de l'indépendance qui travaille au journal Le Soir, les résistants ont accès aux plaques avec l'empreinte du titre du journal et à la liste des libraires desservis directement par le Soir (avec heure de passage de la livraison et nombre de quotidiens remis)[8],[6].

L’impression est confiée à Ferdinand Wellens, résistant qui imprime déjà des documents pour le Front de l’Indépendance. Son imprimerie est situé rue de Ruysbroeck 35 à Bruxelles. Le tirage est fixé à 50 000 exemplaires dont 5 000 à distribuer dans les kiosques et 45 000 autres à vendre clandestinement dans les différentes sections du Front de l’Indépendance de Belgique. Les fonds rassemblés par la vente doivent financer les opérations de résistance[7].

Andrée Grandjean obtient de l’entrepreneur Alfred Fourcroy, également responsable d’un réseau d’évasion de pilotes alliés, 50 000 francs belges pour assumer les frais d’impression[9].

L'avocat Pierre Ansiaux, le journaliste Fernand Demany et le procureur Adrien van den Branden de Reeth rédigent les articles[6].

Les protagonistes du Faux Soir demandent à la Royal Air Force de survoler Bruxelles dans l'après-midi du afin de provoquer une alerte et empêcher la livraison du Soir volé. Les Britanniques ne répondent pas. Les résistants envisagent d'incendier les camionnettes du Soir afin de désorganiser la distribution[7].

La réalisation

Plaque commémorative apposée au no 35 de la rue de Ruysbroeck, où se trouvait le siège de l'imprimerie de Wellens.

Les 6 et , le journal est imprimé sur les rotatives de Ferdinand Wellens. Les exemplaires sont soigneusement rognés afin d'en retirer les dentelures qui, telles des empreintes digitales, permettraient d'identifier la rotative[7].

L'impression se poursuit pendant la nuit de dimanche au lundi et est terminée vers 3 heures du matin le lundi .[réf. nécessaire]

La dernière ligne droite et la distribution

Le , à 16 heures, les 5 000 exemplaires destinés à la distribution directe sont distribués par quelques jeunes volontaires dans quelques kiosques très fréquentés[8].

Le pastiche est très réussi, le Faux Soir peut facilement être confondu avec l'original[8]. Certains vendeurs, apeurés, arrêtent de vendre le Faux Soir. D'autres proposent à leurs acheteurs de choisir entre le vrai et le faux[7].

Les suites

Le Faux Soir suscite un gigantesque éclat de rire chez ses lecteurs. À Londres, la presse locale en traduit de nombreux articles. À Lyon, il inspire l'opération du Faux Nouvelliste menée par la Résistance française à Lyon le 31 décembre 1943. Il sera considéré beaucoup plus tard, par la Commission de l’historique de la Résistance, comme « le summum de l’humour journalistique de guerre »[8].

La répression

La Gestapo est chargée de l'enquête et finit par identifier la rotative parce que la dentelure n'a pas été découpée dans tous les exemplaires[10]. Le , l'imprimeur Ferdinand Wellens, le complice au sein du Soir volé Théo Mullier, le linotypiste Julien Oorlinckx et le rotativiste Henri Vandevelde sont arrêtés. Fernand Wellens et Theo Mullier meurent en déportation[7]. Marc Aubrion est arrêté sur dénonciation quelque temps plus tard[7]. Il est condamné à mort mais voit sa peine commuée en quinze ans d'emprisonnement. En tout, une quinzaine de personnes sont arrêtées et condamnées à des peines allant de quatre mois (pour distribution) à cinq ans de prison.

Parmi les personnes arrêtées figure Guy Mottard, dessinateur de 18 ans, qui est fusillé[11]. En hommage, une rue porte son nom à Ganshoren.

Outre la reconnaissance du peuple belge, l'exploit vaut au FI celle de Londres sous la forme d'un budget de 347 000 francs, à l'heure où l'argent de Londres est rare.

Extraits du Faux Soir

Dans la culture populaire

Notes et références

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