Femmes sous le Premier Empire
statuts, conditions et activités des femmes sous le Premier Empire
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Les femmes sous le Premier Empire vivent une consolidation de la position dominante des hommes inscrite dans le Code civil napoléonien et le maintien de quelques progrès gagnés lors de la Révolution française tel que le droit de divorcer.

Bien que le cadre juridique soit peu progressif, cette période voit apparaître de nouvelles ambitions individuelles pour certaines femmes, en particulier dans les arts, en dépit d'un accès limité à l’éducation[1],[2].
Héritage de la Révolution française
Les valeurs de l'Ancien régime bougent peu après la Révolution française et seulement deux changements majeurs émergent: le droit égal d’hériter et le divorce[3]. Le principe d’égalité ne donne pas aux femmes le droit de vote[4]. La théorie de la vérité naturelle, en vogue parmi les révolutionnaires, situe les femmes comme en étant inférieure physiquement et mentalement aux hommes: aux hommes la force et aux femmes la famille[1],[5].
La Révolution française offre également davantage de liberté sexuelle qui sera par la suite contrôlée par Napoléon[6]. On note un intérêt croissant, qui continue pendant le Directoire, pour le contrôle des naissances tandis que l'influence de l'Église catholique continue de diminuer[7].
Situation juridique

Le Code civil met les femmes sous tutelle
Le code civil de Napoléon fait loi les différences entre hommes et femmes héritées de la Révolution française[1] et vise à créer une société fondée sur le mariage[8]. Ce code est adopté sans controverse sur la condition dont les femmes héritent[2],[9].
L'infériorité des femmes repose sur l’infériorité de l’épouse inscrite dans le code civil en 1804[10]. L’article 213 du Code civil stipule que « Le mari doit protection à sa femme, la femme obéissance à son mari » Pour assurer la stabilité de la famille, les femmes sont donc subordonnées à leur époux dans une famille patriarcale[10]. Les épouses sont des mineures[11]. et donc juridiquement incapable et dépendent de leur époux ou père[12]. L'épouse est en réalité mise sous tutelle[13]. Elles doivent avoir la permission de leur mari pour signer de contrat, travailler ou disposer de ses biens propres sans l'autorisation de son époux. Les femmes majeures et les veuves ont cependant la capacité juridique de gérer leur patrimoine[10]. Dans certains cas, le mari peut signer une délégation de signature[13].
Cette inégalité juridique des femmes, scellée par le code civil, continue jusqu'en 1946[9].
Maintien du divorce
Acquis de la Révolution, le divorce est inscrit dans le code civil et n'est envisageable que pour cause d'adultère de la femme ou adultère du mari uniquement lorsque celui-ci invite sa concubine dans la maison commune (article 230)[12]. Les femmes obtiennent le divorce souvent après une longue bataille et son limitée dans l'exercice de ce droit par leur indépendance financière[13]. Le code civil n'autorise le divorce qu'après 2 ans de mariage et l'interdit au delà de vingt ans afin de protéger les femmes plus âgées[14]. L'accord des parents est nécessaire pour un divorce et le remariage possible après une période de trois ans[14].
Autres aspects
La majorité émancipatrice est établie à 21 ans, l’égalité successorale est aussi maintenue[13].
Place dans la société
Salons et diplomatie
Un petit groupe de femmes proches du pouvoir, épouses ou filles de figures politiques, influencent la société impériale, parfois directement l’État ou la diplomatie, comme Élisa Bonaparte, Caroline Murat ou Marie-Louise d’Autriche. D’autres femmes, telles Germaine de Staël, Constance de Théis ou Juliette Récamier, incarnent l’indépendance intellectuelle du début du XIXᵉ siècle[2],[4]. Que ce soit Germaine de Staël ou Constance de Théis, leurs œuvres traitent d’émancipation sans pour autant être militantes[9]. Fanny Raoul et son « Opinion d’une femme pour les femmes » est la seule à aborder la question de l’égalité entre hommes et femmes[9].
On voit également apparaître l'embryon d'une résistance politique des femmes à Napoléon à différents niveaux de la société, pour des raisons diverses, Germaine de Staël et Marie Caroline de Naples étant les plus connues[15],[16].

Artistes
Depuis 1780, les femmes peintres connaissent une amélioration notable de leur situation en se spécialisant dans des genres jugés mineurs tels que portraits, miniatures et natures mortes où elles réussissent à la fois artistiquement et financièrement. Le portrait, en particulier, répond au développement de l’individualisme[2].
On constate également une augmentation des œuvres littéraires ou musicales créées par des femmes[1].
Paysannes
Le sort des paysannes est largement inconnu en raison du manque d'études sur le sujet[13],[17].
Accès à l'éducation
Peu de progrès est à noter en ce qui concerne l’accès à l’éducation des femmes sous l'Empire. De petites écoles se créent et la réouverture des pensionnats des institutions religieuses permet de constater un recul de l’illettrisme bien que l'objectif de l'éducation d'alors est d'apprendre à s'occuper d'un foyer[3],[18]. Ce sont surtout les femmes issues de la noblesse et de la bourgeoisie qui bénéficient d'une éducation[17].
Femmes dans l’Armée
Le rôle des femmes voyageant avec les troupes de soldats reste flou jusqu'à la Convention nationale de la Première République qui les exclut à l'exception de quatre femmes par bataillon en charge du blanchissage et de la vente de vins et boissons. En 1800, Napoléon reprend ces dispositions et accorde une pension à ces femmes qui sera supprimée en 1815. Les vivandières connaîtront également la captivité. Marie-Thérèse Figueur est décorée par Napoléon et Marie-Angélique Duchemin le sera ultérieurement mais, dans l'ensemble, celles-ci seront oubliées ou dénigrées dès la Restauration[19].
La prostitution
Dépénalisée à la Révolution, la prostitution est de nouveau encadrée sous Napoléon par la création de maison de tolérance réglementées, autant pour des raisons morales que sanitaires. Les prostituées parisiennes sont soumises à un examen de santé mensuel[20]. Un règlement de police d'octobre 1804 stipule que l'exercice de la prostitution ne peut avoir lieu qu'à l'intérieur de maisons ce qui contribue à les invisibiliser[21]. En fonction de leur clientèle, on distingue des demi-mondaines, qui échappent à la police et sont en haut de l’échelle, les fille en numéros, qui sont enregistrées à la préfecture et travaillent en maison close et les pierreuses qui travaillent dans les chantiers, sans domicile[20].
Violences sexuelles
La mobilisation d'une armée de jeunes hommes, loin de leur repères, change leur sexualité[22]: recours à la prostitution et aux rencontres de passage, nouvel usage du préservatif[6]. L'augmentation des viols est aussi à noter[5],[6]. Des viols en masse se produisent lors de l'insurrection calabraise ou de la guerre d'Espagne avec utilisation du viol comme arme de guerre[23].