Fernanda Wittgens

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Décès
(à 54 ans)
Milan, Italie
Nationalité
Fernanda Wittgens
Fonction
Directrice de musée
Biographie
Naissance
Décès
(à 54 ans)
Milan, Italie
Sépulture
Nationalité
Formation
Accademia Scientifico-Letteraria de Milan
Activités
Parentèle
Gianni Mattioli (en) (cousin)Voir et modifier les données sur Wikidata
Autres informations
A travaillé pour
Distinction
Juste parmi les nations (2014)
Chevalier officier de l'Ordre du Mérite de la République italienne (1956)
Médaille d'or de la Ville de Milan (1949)
Médaille d'or du président de la République (1954)
signature de Fernanda Wittgens
Signature.

Fernanda Wittgens, née le à Milan et morte le dans la même ville[1],[2], fut une historienne de l'art et muséologue italienne. Première femme à diriger un grand musée en Italie, elle fut nommée directrice de la Pinacothèque de Brera en 1940[2],[1],[3], puis surintendante des Galeries de Lombardie en 1950[1],[2]. Pendant la Seconde Guerre mondiale, elle organisa le sauvetage des collections de plusieurs musées milanais menacées par les bombardements et les pillages nazis[4],[2], et mit en place un réseau clandestin d'aide à la fuite de familles juives persécutées[1],[4]. Arrêtée en et condamnée à quatre ans de prison[2],[1], elle fut libérée peu avant la Libération de l'Italie[4]. Après la guerre, elle dirigea la reconstruction de la Pinacothèque et porta le projet de la « Grande Brera »[2],[5]. Elle fut reconnue Juste parmi les nations à titre posthume en 2014[2].

Origines et formation

Fernanda Wittgens nait le à Milan[1],[2], dans une famille cultivée d'origine austro-hongroise[6]. Son père, Adolfo Wittgens, est professeur de lettres au liceo Parini de Milan[4],[2]. Sa mère se prénomme Margherita Righini[4]. Adolfo emmenait ses enfants chaque dimanche dans les musées de la ville[2],[4].

Après des études au lycée classique[2], Fernanda Wittgens obtient en 1925 son diplôme d'histoire de l'art (laurea) à l'Accademia Scientifico-Letteraria de Milan, sous la direction du professeur Paolo D'Ancona[2],[4], avec une thèse intitulée I libri d'arte dei pittori italiani dell'Ottocento[6]. Elle enseigne ensuite l'histoire de l'art au liceo Parini et au liceo Manzoni de Milan[6],[2], tout en collaborant au quotidien L'Ambrosiano[6].

Portrait de Fernanda Wittgens, première femme directrice de la Pinacothèque de Brera.

Entrée à Brera et collaboration avec Modigliani

En 1928, grâce à l'entremise de Mario Salmi, alors inspecteur de la Pinacothèque de Brera, Fernanda Wittgens fut recrutée au musée en tant qu'« ouvrière auxiliaire » (operaia avventizia), chargée de fonctions technico-administratives[4],[6],[2]. Sa compétence impressionna le directeur Ettore Modigliani, qui dirigeait la Pinacothèque et la Surintendance des galeries de Lombardie depuis 1908[4]. En 1931, Modigliani lui confia le rôle d'assistante[2], puis elle fut promue vice-directrice[6]. Ce dernier la surnommait « l'alouette » (allodola)[6]. La même année, à l'âge de vingt-huit ans, elle organisa pour le compte de la Pinacothèque une exposition d'art italien à Londres[6]. Elle devint officiellement inspectrice de Brera en 1933[1].

Lorsque Modigliani fut destitué de ses fonctions en 1935 pour ses positions antifascistes et interné à L'Aquila[1],[2], Wittgens poursuivit son travail tout en le tenant informé des affaires de Brera[4],[2]. Après la promulgation des lois raciales fascistes en 1938, qui frappèrent Modigliani en raison de ses origines juives et entraînèrent son expulsion définitive de la fonction publique en 1939[4], Wittgens maintint un lien intellectuel avec lui[4],[2].

Première femme directrice d'un musée en Italie

En 1940, Fernanda Wittgens remporta le concours de directrice de la Pinacothèque de Brera, devenant ainsi la première femme en Italie à accéder à un tel poste au sein de l'administration des Musei e Gallerie[4],[2],[1],[3],[6].

Seconde Guerre mondiale

Sauvetage des collections

Dès l'entrée en guerre de l'Italie, Wittgens organisa l'évacuation des chefs-d'œuvre de Brera vers des lieux sûrs[4],[2],[6]. En l'absence d'autorité centrale chargée de la protection du patrimoine après l'armistice de septembre 1943, elle assuma la tâche de préserver les collections de la Pinacothèque, mais aussi celles du musée Poldi Pezzoli et de la Quadreria de l'Ospedale Maggiore, contre le pillage et les déportations vers l'Allemagne[4],[2],[1].

Avec un personnel réduit et des véhicules de fortune, elle déplaça les œuvres vers des refuges[4]. Le transfert des peintures se poursuivit jusqu'en [2]. Les 7 et , les bombardements alliés détruisirent vingt-quatre des trente-six salles de la Pinacothèque[2], mais les salles étaient vides[2],[3]. Antonio Greppi, futur maire de Milan, nota son « dynamisme »[6].

Les collections de Brera furent intégralement préservées : le Christ mort et le Polyptyque de saint Luc de Mantegna, la Pala de San Bernardino de Piero della Francesca, le Mariage de la Vierge de Raphaël et le Souper à Emmaüs du Caravage figurèrent parmi les chefs-d'œuvre sauvés[6].

Aide aux persécutés juifs et arrestation

Parallèlement à la protection du patrimoine artistique, Wittgens organisa la fuite vers la Suisse de parents, d'amis et de personnes juives pour les soustraire aux persécutions nazies[1],[4],[2],[3]. Parmi les personnes qu'elle aida figura son ancien maître, le professeur Paolo D'Ancona, et sa famille[1],[6].

En , elle fut dénoncée par un jeune Juif allemand dont elle organisait l'expatriation[2],[4]. Arrêtée à l'aube du [4], elle fut jugée par un tribunal spécial et condamnée à quatre ans de prison[1],[2]. La presse de l'époque qualifia ce procès de « procès des dames » (il processo delle signore), car Wittgens fut jugée aux côtés d'Adele Cappelli, Zina et Mariarosa Tresoldi, également impliquées dans l'aide aux Juifs et aux antifascistes[2].

Emprisonnée d'abord à Côme, puis transférée à la prison de San Vittore à Milan[2],[4], elle fut libérée en grâce à un faux certificat médical attestant qu'elle souffrait de phtisie, obtenu par sa famille[1]. Transférée dans une clinique milanaise, elle y demeura confinée jusqu'à la Libération[4].

Dans une lettre adressée à sa mère depuis la prison de San Vittore, datée du , elle écrivit :

« Il serait trop commode d'être intellectuel en temps de paix et de devenir lâche, ou même simplement neutre, quand le danger menace. [...] La vérité est que c'est une ferme conviction qui reflète toute ma façon de vivre : je ne peux pas vivre autrement parce que j'ai un cerveau qui pense ainsi et un cœur qui ressent ainsi. »

 Fernanda Wittgens, lettre à sa mère, prison de San Vittore, 13 septembre 1944[4],[6].

Reconstruction et « Grande Brera »

Libérée à l'aube de la Libération, Wittgens reprit ses fonctions à Brera[2]. Aux côtés d'Ettore Modigliani, revenu de son internement[1], elle élabora le projet de la « Grande Brera » (Grande Brera) : un musée connecté aux institutions artistiques milanaises — l'Académie des beaux-arts de Brera, l'Observatoire astronomique, la Bibliothèque nationale Braidense — et conçu comme un lieu au service de la cité[2],[5]. Modigliani mourut en 1947, mais Wittgens poursuivit leur vision commune[1].

La reconstruction architecturale de la Pinacothèque fut confiée à l'architecte Piero Portaluppi[7],[8]. Le musée rouvrit le [8],[9]. Wittgens y introduisit des événements culturels, des concerts, des vernissages et des défilés de mode[2],[5].

Surintendante des Galeries de Lombardie

En 1950, Wittgens fut nommée surintendante des Galeries de Lombardie[1],[2]. À ce titre, elle contribua à la reconstruction du musée du Théâtre de la Scala et du musée Poldi Pezzoli[1].

Acquisition de la Pietà Rondanini

En 1952, la municipalité de Milan acquit la Pietà Rondanini de Michel-Ange, une sculpture convoitée par Rome, Florence et les États-Unis[1],[2].

Restauration de La Cène de Léonard de Vinci

Au début des années 1950, Wittgens décida de tenter la restauration de La Cène de Léonard de Vinci, endommagée pendant la guerre, et la confia au restaurateur Mauro Pelliccioli[2]. La fresque fut rouverte au public le [2].

La controverse Picasso de 1953

En 1953, Wittgens entra en rivalité avec Palma Bucarelli, directrice de la Galerie nationale d'art moderne de Rome, pour l'organisation de la première grande exposition Picasso en Italie[10],[11]. Les deux femmes, héritières de la leçon de Margherita Sarfatti, s'opposaient sur le plan esthétique : Wittgens défendait une vision puriste de l'art, tandis que Bucarelli était tournée vers le contemporain[10]. L'exposition eut lieu d'abord à Rome puis à Milan en 1953[10],[11]. La correspondance entre les deux musées et Pablo Picasso est documentée dans les archives du musée Picasso de Paris[12].

Mort

Fernanda Wittgens mourut le à Milan, à l'âge de cinquante-quatre ans[1],[2].

Distinctions et décorations

Hommages et postérité

Toponymie

Une rue du quartier central de San Lorenzo, à Milan, porte son nom[1],[2].

Caffè Fernanda

En 2018, le Caffè Fernanda fut inauguré dans l'ancien hall d'entrée de la Pinacothèque de Brera, sur les sols en marbre Pesco Fiorito et les encadrements en marbre Rosso Levanto conservés du décor original de Portaluppi des années 1950[7],[8]. Le café fut nommé en hommage à Wittgens[13],[7].

Exposition et biographie (2018)

En 2018, à l'initiative de l'association Amici di Brera, une exposition et un ouvrage intitulés Sono Fernanda Wittgens. Una vita per Brera, sous la direction de l'historienne de l'art Giovanna Ginex, furent publiés par les éditions Skira[14],[15],[5]. Cet ouvrage constitue la première biographie universitaire complète consacrée à Wittgens[5].

Téléfilm Fernanda (2023)

Le , RAI 1 diffusa le téléfilm Fernanda, coproduit par Rai Fiction et Red Film et réalisé par Maurizio Zaccaro[3],[16]. Matilde Gioli y interpréta le rôle-titre[16],[3]. Le film fut diffusé à l'occasion de la Journée de la mémoire en Italie[3].

Essai de Rachele Ferrario (2024)

En 2024, l'historienne de l'art Rachele Ferrario, professeure à l'Académie des beaux-arts de Brera[17], publia La contesa su Picasso. Fernanda Wittgens e Palma Bucarelli (éditions La Tartaruga), essai qui retrace la rivalité entre les deux directrices autour de l'exposition Picasso de 1953[11],[10],[18].

Notes et références

Publications

Voir aussi

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