Caterina Mercenaro

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Caterina Marcenaro, née en 1906 à Gênes et morte en 1976 dans la même ville[1], est une historienne de l'art et muséologue italienne. Directrice de l'Office des Beaux-Arts de la Ville de Gênes de 1948 à 1971, elle conduit, en collaboration avec l'architecte Franco Albini et l'architecte Franca Helg, la reconstruction et le réaménagement des principaux musées de la ville après la Seconde Guerre mondiale[2],[3].

Ses réalisations au Palazzo Bianco, au Palazzo Rosso et au musée du Trésor de la cathédrale San Lorenzo sont saluées comme des modèles de la muséographie moderne et exercent une influence durable sur la conception muséale en Europe et aux États-Unis[4],[2]. Elle contribue par ailleurs à l'introduction de la muséologie comme discipline universitaire en Italie et identifie en 1953 un Ecce Homo du Caravage dans les réserves du Palazzo Ducale[5],[6].

Origines et formation

Caterina Marcenaro naît en 1906 à Gênes, dans une famille modeste[1]. Orpheline de père à l'âge de deux ans, elle est élevée par sa mère et son frère[7]. Elle obtient un diplôme de lettres à l'Université de Gênes, puis se spécialise en histoire de l'art à la Scuola di perfezionamento de l'Université de Rome « La Sapienza », alors dirigée par Pietro Toesca[7]. Sa thèse, intitulée Il viaggio italiano di Antonio Van Dyck pittore, porte sur le séjour italien d'Antoine van Dyck et oriente durablement ses recherches[7].

Revenue à Gênes, elle enseigne l'histoire de l'art dans les lycées de la ville[6]. En 1945, elle devient la première femme nommée chargée de cours à l'Université de Gênes, poste qu'elle quitte au début des années 1950 pour se consacrer entièrement à la direction des musées municipaux[7],[6].

Direction de l'Office des Beaux-Arts (1948-1971)

En 1948, Marcenaro succède à Orlando Grosso à la tête de l'Office des Beaux-Arts (Ufficio di Belle Arti) de la Ville de Gênes[8]. Elle occupe cette fonction pendant vingt-trois ans, au cours desquels elle dirige la reconstruction et le réaménagement de l'ensemble du réseau muséal génois, gravement endommagé par les bombardements alliés[8],[3].

Antifasciste engagée[6], elle entretient des relations étroites avec Bernard Berenson, Lionello Venturi, Roberto Longhi, Giulio Carlo Argan, Carlo Ludovico Ragghianti et Federico Zeri[6].

Réalisations muséographiques

La collaboration entre Marcenaro et l'architecte Franco Albini, amorcée dès 1946, constitue l'un des épisodes marquants de l'histoire de la muséographie du XXe siècle[2],[3]. L'historien de l'architecture Manfredo Tafuri qualifia le Palazzo Bianco de « point de référence nécessaire » pour la culture architecturale contemporaine[3].

Palazzo Bianco (1949-1951)

Le réaménagement du Palazzo Bianco, situé sur la Via Garibaldi (Strada Nuova), débute en 1949 et s'achève en 1950 avec la réouverture du musée[8]. Marcenaro et Albini adoptent une palette chromatique réduite au blanc et au noir et exposent les tableaux sans cadre, rompant avec les conventions muséales du XIXe siècle[4]. Les dépôts sont intégrés au parcours de visite et des espaces didactiques sont créés[4].

Le dispositif le plus commenté du nouvel aménagement est le support mobile, télescopique et pivotant, conçu pour présenter le groupe sculpté de l'Elevatio Animae de Marguerite de Brabant, œuvre de Giovanni Pisano[2],[3]. Ce système, qui permettait une vision à 360 degrés de la sculpture fragmentaire, est reproduit et commenté dans les revues spécialisées du monde entier[2].

Marcenaro expose elle-même les principes de cette refonte dans un article publié dans la revue Museum de l'UNESCO en 1954, intitulé « The Museum Concept and the Rearrangement of the Palazzo Bianco, Genoa »[9].

Palazzo Rosso (1952-1962)

Le chantier du Palazzo Rosso, voisin du Palazzo Bianco sur la Strada Nuova, s'étend de 1952 à 1962[4]. Le bâtiment baroque, résidence historique de la famille Brignole-Sale, est restauré selon les mêmes principes rationalistes[3].

Albini y conçoit pour Marcenaro un appartement privé au dernier étage, baptisé « L'appartamento di un amatore d'arte » L'appartement d'un amateur d'art »), publié dans la revue Domus en et devenu une référence dans l'histoire du design résidentiel italien[6],[10]. En 2004, cet appartement, ainsi que les musées de la Strada Nuova, sont inscrits au patrimoine mondial de l'UNESCO[6].

Musée du Trésor de San Lorenzo (1952-1956)

Entre 1952 et 1956, Marcenaro dirige, avec Albini et Franca Helg, la création du musée du Trésor de la cathédrale San Lorenzo, espace souterrain aménagé sous la cathédrale[3],[9]. Après onze projets préliminaires, Albini conçoit un espace circulaire inspiré des tholos mycéniennes, qu'il avait étudiées à Mycènes à la demande de Marcenaro[3]. Ce musée, resté intact, est le seul des projets Albini-Marcenaro à n'avoir jamais été modifié[6].

Identification de l'Ecce Homo du Caravage

En 1953, au cours d'un contrôle des réserves du Palazzo Ducale, Marcenaro identifie dans un tableau alors catalogué comme une copie de Leonello Spada une œuvre qu'elle attribue au Caravage[5],[11]. Après restauration par Pico Cellini, Roberto Longhi confirme en 1954 qu'il s'agit de l'original dont dérivent les copies siciliennes connues[5],[12]. L'Ecce Homo de Gênes, conservé depuis lors au Palazzo Bianco, est par la suite prêté à deux reprises pour des expositions aux États-Unis[11].

Contribution à la muséologie universitaire

En 1963, Marcenaro obtient la création de la première chaire de muséologie dans une université italienne, à l'Université de Gênes[6],[13]. La même année, elle rédige l'entrée « muséologie » pour l'Enciclopedia Universale dell'Arte[6]. La biographie de Marcenaro par Raffaella Fontanarossa figure dans le programme du cours de muséologie de l'Université de Bologne comme ouvrage de référence[14].

Mort et postérité

Caterina Marcenaro meurt en 1976 à Gênes[1]. Par testament, elle lègue sa collection personnelle d'œuvres d'art à la Caisse d'épargne des provinces lombardes (Cariplo), devenue par la suite la Fondazione Cariplo[15]. Une partie de cette collection, constituée principalement de sculptures et de peintures anciennes, est aujourd'hui déposée au musée diocésain de Milan[15].

Oubli et redécouverte

Malgré son rôle dans la muséographie du XXe siècle, Marcenaro fait l'objet d'un oubli durable. Son nom ne figure ni dans le Dizionario biografico degli italiani ni dans le Dictionary of Art Historians[16]. L'historienne de l'art Raffaella Fontanarossa, au terme de recherches menées dans une vingtaine d'archives italiens, publie en 2015 La capostipite di sé. Una donna alla guida dei musei. Caterina Marcenaro a Genova 1948-'71 (Etgraphiae, Rome, 304 pages), première biographie documentée consacrée à cette figure[17],[16].

En 2011, Marco Spesso avait consacré une étude à sa conception muséographique : Caterina Marcenaro. Musei a Genova 1948-1971 (Edizioni ETS, Pise)[18].

Exposition Lo schermo bianco (2022)

En , la Fondazione Luigi Rovati de Milan organise l'exposition Lo schermo bianco — Palazzo Bianco / Palazzo Rosso. Caterina Marcenaro, Franco Albini e Franca Helg per i musei di Genova, première manifestation de grande envergure consacrée à la collaboration entre les trois protagonistes de la refonte muséale génoise[19].

Hommages

L'architecte Franco Albini conçoit en 1951 pour le domicile privé de Marcenaro le bureau dit « Stadera », devenu une pièce de référence du design italien du XXe siècle[20].

Notes et références

Publications

Voir aussi

Liens externes

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