Filière de Lunel

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Vue aérienne de Lunel, en 2012.

La filière de Lunel est un réseau djihadiste français actif de 2013 à 2015 et basé à Lunel, dans l'Hérault. Proportionnellement à la population de la ville, il s'agit de l'une des plus importantes filières djihadistes françaises, d'où une forte attention médiatique, jusqu'au niveau international. Pour les juges d'instruction, il s'agit néanmoins plus d'une « émulation djihadiste collective » que d'une véritable filière organisée. Le contexte local est favorable au djihad, des prédicateurs radicaux s'étant implantés dès les années 1990 dans une ville rencontrant un important taux de pauvreté et de chômage, et où les autorités religieuses locales font un temps preuve de complaisance envers le djihadisme.

La filière naît dans le contexte de la guerre civile syrienne, de la montée des groupes djihadistes et de leur propagande sur internet. Une vingtaine de personnes originaires de Lunel ou des villages alentours rejoignent ainsi l'État islamique (EI, ou Daech) en passant par la Syrie, un peu avant que l'organisation n'atteigne son apogée territoriale. Elle est démantelée peu après les attentats de janvier 2015, tandis qu'au moins huit de ses membres ont été tués sur zone. Cinq seront jugés et condamnés lors d'un procès en France en 2018. Plusieurs autres ont été détenus sur zone ou sont portés disparus, à l'instar d'Abdelilah Himich, le plus haut-gradé de la filière au sein de l'organisation terroriste.

Lunel, terreau fertile pour le djihad

Cours Gabriel-Péri, en 2025.

Lunel, ville de l'Hérault située à mi-chemin entre Montpellier et Nîmes, a connu une importante croissance démographique depuis les années 1960, passant de moins de 8 000 habitants en 1954 à plus de 25 000 en 2011. À la fin de la guerre d'Algérie, de nombreux Pieds-noirs et familles de harkis s'installent dans la ville. Les premiers sont nombreux à racheter les exploitations agricoles aux alentours de la ville, et les développent en utilisant de la main-d’œuvre immigrée à bas coût[1]. Dans le même temps, le centre-ville connaît une véritable paupérisation, alors que les familles originaires de Lunel achètent des maisons plus spacieuses dans la périphérie de la ville, mettant souvent en location leurs maisons parfois insalubres du centre à des populations immigrées modestes, essentiellement maghrébines, dont de nombreux Marocains originaires de Tiflet, et qui étaient avant logées dans les exploitations agricoles des alentours[1].

Lunel connaît alors une montée du communautarisme et du racisme. Le , la ville est frappée par une vague de violences racistes. Alors que des rumeurs circulent sur une agression au couteau, des groupes s'en prennent de manière indiscriminée à la communauté maghrébine, une personne âgée est violentée et un adolescent de 14 ans jeté au feu, gravement brûlé. Ses agresseurs seront condamnés à six mois de prison avec sursis. Les différentes communautés s'isolent les unes des autres[2]. Alors que la hausse des trafics de drogues attire l'intérêt des médias, la montée de l'islam radical se fait à l'abri des regards au cours des années 1990[3].

Selon les notes des renseignements généraux, les premiers prédicateurs intégristes apparaissent à Lunel à partir de 1989[4]. Ils s'implantent dans le tissu social et associatif, proposent de l'aide aux devoirs scolaires et incitent les drogués et les trafiquants à modifier leur comportement. Plusieurs sont proches du Hizb ut-Tahrir ou de la mouvance Tabligh. Mais derrière les bonnes actions, un discours intolérant et violent se développe[3]. Alors que l'école publique a supprimé les cours d'arabe, les familles inscrivent leurs enfants dans des cours religieux, où l'apprentissage de l'arabe se fait par le Coran. Des propos hostiles aux juifs et aux journalistes sont tenus aux enfants[5]. Deux imams intégristes intéressent les renseignements : Nouar Karoune, basé à Montpellier mais qui prêche aussi à Lunel, est soupçonné d'être proche du Groupe salafiste pour la prédication et le combat. Mais surtout, Mohammed el-Idrissi, imam officiel de la ville dans les années 1990, prêche dans la petite salle de prière de la rue Boutonnet, où il est soupçonné d'appeler à combattre les mécréants. Expulsé de Lunel en 1994, il revient en France en 2000 et prêche à Toulon, où des agents de renseignement parviennent à infiltrer la mosquée et retranscrivent ses prêches violents : les Français et Américains y sont présentés comme des « ennemis » et les « frappes de ben Laden » sont louées[3].

Départs pour la Syrie

Si dans la plupart des filières djihadistes pour la Syrie les mosquées jouent un rôle marginal[6], la mosquée El-Baraka de Lunel est au centre du réseau. Celle-ci est inaugurée en 2010 en remplacement d'une salle de prière devenue bien trop petite pour la ville, et elle contient une école coranique (ou madrassa) rassemblant 300 enfants, offrant des cours à un prix modeste[5]. Elle est néanmoins pointée du doigt pour son manque de professionnalisme, notamment parce que plusieurs des professeurs sont des convertis avec de faibles connaissances de l'arabe et de la religion. Des textes publiés sur le site officiel de la mosquée sont dénoncés comme extrémistes : on y fustige la culture occidentale des « danses, chansons, films », les médias, la liberté sexuelle, l'homosexualité et la mixité. En , interrogé par le Midi libre sur les départs en Syrie, le président de l’association gérant la mosquée refusera de les condamner[7], et conseillera même la lecture du journal de l'État islamique (EI, ou Daech), qui au même moment appelle à commettre des attentats en France[8],[9].

C'est toutefois surtout lors de réunions informelles entre jeunes, en dehors des prêches officiels et des heures de prière, que se développe le réseau au sein de la mosquée, qui est ouverte toute le journée. Un groupe pro-djihad commence à se former lors de réunions surnommées les « assises », et qui se prolongent parfois dans le snack « Le Bahut » géré par Abdelkarim Belfilalia, 28 ans[10]. En 2013, le renseignement territorial indique dans une note que : « des jeunes organisent des soirées pro-djihad au sein même de la mosquée et regardent des exactions sur leur ordinateur »[5], où ils se nourrissent de la propagande de Daech et de discours religieux eschatologiques. La plupart sont des amis d'enfance ou des frères[11].

En noir, territoire contrôlé par l'État islamique (EI, ou Daech) en Syrie, juillet 2014.

Abdelkarim Belfilalia est le premier à partir pour la Syrie, accompagné d'un ami, de sa femme et leurs quatre enfants, le . Il est aidé par Hamza Mosli qui reste à Lunel et active ses connaissances djihadistes, notamment les recruteurs Mourad Farès et Johan Juncaj, actifs dans plusieurs régions, et qui s'assurent du passage de la frontière et de leur accueil dans les groupes combattants en Syrie[11]. Abdelkarim fait figure de précurseur et incite ses amis restés en France à le rejoindre, vantant la vie en Syrie[10]. Il sera imité par une vingtaine de Lunellois âgés « entre 18 et 30 ans »[12].

En , son ami Houssemedine Mosli le rejoint avec sa compagne Maëva, accompagné de Anass et sa femme Hassia, ainsi qu'Abdelilah Himich et Ahmed[13]. Les deux femmes sont enceintes[14]. Après quelques mois au sein d'un groupe djihadiste allié au Front al-Nosra, ils le quittent pour rejoindre Daech, une organisation plus radicale qui émerge et lance une offensive contre les groupes rebelles anti-Assad[11]. Himich monte rapidement au sein de la hiérarchie de Daech, au point d'être inscrit sur la liste américaine des terroristes à abattre.

Courant , un nouveau groupe de Lunellois arrive en Syrie, dont Hamza A., le fils d'un ancien président de la mosquée[10]. De nouveaux groupes arrivent à l'été 2014, dont Raphaël Amar et Sabri Mosli. Les derniers Lunellois rejoignent la Syrie fin 2014 et début 2015. Les djihadistes Lunellois sont rapidement engagés dans les combats et rapportent leurs faits d'armes à leurs amis restés en France, y compris des crimes de guerre auxquels ils participent, lors de conversations enregistrées par les services de renseignement. Sabri et Raphaël assistent à l’exécution d'un homme accusé de collaborer avec l'armée de Bachar el-Assad, et Houssemedine affirme avoir exécuté lui-même un chiite d'une balle dans la tête, tandis qu'il s'en prend aux civils syriens, qualifiés de « parasites » et « hypocrites ». Ils assistent également à des crucifixions, lapidations de femmes ou à la mise en esclavage de la communauté yézidie[15].

Déclin et démantèlement de la filière

Destructions à Deir ez-Zor.

Huit Lunellois, soit presque la moitié des hommes membres de la filière encore présents sur zone, vont trouver la mort entre la fin de l'année 2014 et la première moitié de 2015 en combattant pour l'État islamique (EI, ou Daech). En octobre, Ahmed, Housseum, Sabri et Raphaël sont tués lors de la bataille de Deir ez-Zor, puis Abdelkarim et Hamza A. en décembre[13],[16],[17]. Karim Sakkam se tue dans un attentat-suicide en , avec deux autres combattants étrangers, tuant plusieurs gardes-frontières entre l'Irak et la Syrie[18].

Après les attentats de janvier 2015 qui choquent la France, le ministère de l'Intérieur souhaite montrer qu'il agit, et décide de démanteler la filière, qui était surveillée depuis plusieurs mois par les renseignements[19],[20]. Lors des dernières écoutes téléphoniques, ils sont plusieurs à se réjouir de l'attentat contre Charlie Hebdo[21]. La police (RAID et GIPN) réalise cinq interpellations le parmi les membres de la filière restés en France[12], dont certains sont soupçonnés de revenir de Syrie[22]. Deux de ces hommes sont originaires de Caussiniojouls et d'Aimargues, et les autres de Lunel[22],[20]. Le , Bernard Cazeneuve est en visite à Lunel pour rencontrer les responsables sécuritaires et religieux et expliquer qu'« il n'y aura aucun sanctuaire pour les terroristes (...) À Lunel, comme partout en France, la République s'est dressée. »[23]

Dans le même temps, la situation se tend au sein de la mosquée El-Baraka. Lahoucine Goumri, le président de l'association qui la gère, est critiqué par une partie des fidèles pour son refus de condamner les départs pour le djihad. Le , un nouveau président est élu de peu (83 voix contre 77) pour le remplacer sur un positionnement radicalement opposé. Rachid Belhaj fait fermer la mosquée en dehors des heures de prières pour éviter de nouveaux rassemblements informels pro-djihad en son sein[24]. Lui et l'imam de la mosquée sont cependant attaqués par un groupe d'une dizaine d'extrémistes, notamment des proches de ceux partis en Syrie, qui leur reprochent leur ligne modérée et leur collaboration avec les autorités. Belhaj porte plainte contre deux des meneurs pour menaces de mort et ceux-ci seront condamnés à des peines de 16 et 18 mois de prison. Le président est critiqué pour avoir témoigné à la gendarmerie contre son prédécesseur, qu'il accuse d'avoir favorisé les départs au djihad. Belhaj finit par démissionner en . La situation dégénère en bagarre et le président démissionnaire doit même s'enfermer dans son bureau et attendre l'aide de la gendarmerie. Le , c'est un nouveau modéré qui est élu pour le remplacer[23]. Le poste d'imam reste vacant jusqu'au , jusqu'à l'arrivée de Said Ait Laama qui officiait jusqu'alors à Cholet, qui est vu comme un profil idéal pour Lunel (maîtrise du français, bon contact avec les familles et les médias)[25].

Dès fin 2014, la filière obtient une couverture médiatique importante, jusqu'au niveau international puisque le New York Times a envoyé un correspondant sur place[26]. Les causes de ces départs et la gestion de la crise par les autorités suscitent des débats. Pour les journalistes Jean-Michel Décugis et Marc Leplongeon, qui ont consacré un livre à la filière de Lunel, « l'islam radical ôte les doutes et les angoisses, trace une route droite et facile à suivre. On dit aux jeunes que là-bas, en Syrie, ils pourront accomplir de grandes choses (...) ils veulent devenir des héros (...) Marginalisés, fragiles psychologiquement et incapables de s'insérer dans la société, ces jeunes musulmans lunellois ont cru trouver dans le rigorisme un cadre quand lequel s'épanouir »[27]. Mais prenant en exemple Raphaël, ils rappellent que « le djihad ne touche pas seulement les jeunes en déshérence, mais aussi des adolescents instruits et bien insérés »[28] et que les radicalisés de Lunel ne sauraient se résumer à la vingtaine s'étant rendue sur zone : « les thèses djihadistes ont infusé et sont presque devenues banales. En témoignent les échanges sur Facebook de plusieurs jeunes, proches des Lunellois partis en Syrie. Entre théorie du complot et antisémitisme, leurs propos sont souvent terrifiants. Le nombre impressionnant de likes qu'ils obtiennent parfois sous leur publication l'est encore davantage »[8]. Toutefois, les journalistes notent un effet positif de l'arrivée du nouvel imam en 2016 : « Il semblerait que les jeunes dissidents rentrent dans le rang et pratiquent à nouveau sereinement »[25]. En 2021, le député de Lunel Patrick Vignal explique « À l'époque, l'EI avait une communication extraordinaire. On disait à ces jeunes : tu n'es pas un bon musulman. Un bon musulman doit faire le djihad. On avait besoin de combattre fortement ces marchands de mort, et nous les avons repoussés de cette ville ».

Le maire de la ville est critiqué pour avoir tardé à s'exprimer sur le sujet, et est accusé de déni. Sa première réaction est de s'insurger contre la médiatisation de l'affaire, qui « stigmatiserait » la ville.

Le procès de la filière de Lunel s'est ouvert au palais de justice de Paris le jeudi [29].

Membres

Abdelilah Himich

Membres des Forces démocratiques syriennes lors de la bataille de Raqqa.

Abdelilah Himich est un ancien membre de la légion étrangère, qui serait ressorti marqué par la guerre d'Afghanistan. Il déserte en 2010 puis sera condamné pour trafic de drogue l'année suivante. Il quitte la France pour la Syrie le et est rejoint quelque temps plus tard par son épouse. Himich devient un émir de l'organisation, le plus haut niveau atteint par un Lunellois. Il prend la tête de plusieurs groupes combattants au sein desquels sont placés les Lunellois[30]. Il aurait été impliqué dans l'organisation des attentats de Paris du 13 novembre 2015, soupçonné d'avoir entraîné les commandos. Il est porté disparu après la bataille de Raqqa en 2017, potentiellement exfiltré vers le désert syrien où l'État islamique (EI, ou Daech) demeure actif.

Fratrie Belfilalia

Abdelkarim et Saad Belfilalia sont deux frères de Lunel. Abdelkarim, dit simplement « Karim » ou « Le Chinois », a notamment travaillé comme acrobate dans une compagnie de cirque, pratiquant par ailleurs la boxe et étant décrit comme « fêtard »[31]. Il se serait radicalisé au cours de l'année 2012. Rejoignant la Syrie dès l'été 2013 avec son épouse Nadia, Karim est le premier de la ville à partir pour le djihad. Il avait auparavant ouvert un snack nommé « Le Bahut » au sein duquel se tiennent des « assises », un regroupement d'aspirants djihadistes. Le snack sera repris par son frère après son départ en Syrie. Il ferait partie des plus radicalisés de la filière. Il tente notamment de convaincre son frère de le rejoindre. Lors de conversations téléphoniques interceptées, il critique notamment la devise française « liberté, égalité, fraternité » car selon lui « on n'est pas égal devant Allah » et que « la fraternité, c'est uniquement avec les musulmans ». À propos des populations réticentes à Daech dans les territoires conquis, il déclare aussi « T'inquiète pas, maintenant avec une arme, ils savent. »[32]. Il meurt fin 2014 à l'âge de 28 ans, probablement dans des combats près de Deir ez-Zor, son corps ayant été « coupé en deux » selon son frère[33].

Arrêté début 2015, son petit-frère Saad est jugé en 2018 pour association de malfaiteurs terroristes et financement du terrorisme. Il est accusé d'avoir accompagné sa belle-sœur, épouse de Karim, jusqu'en Turquie pour rejoindre la Syrie, ainsi que de leur avoir donné 190 euros. Interrogé sur les propos violents de son frère, il affirme ne l'avoir jamais contredit pour ne pas perdre le contact avec lui. Il est relaxé en première instance, mais condamné à six mois de prison l'année suivante en appel[34].

Yassine Sakkam

Camp de réfugiés d'Al-Hol.

Né à Montpellier et habitant à Saint-Just, ville limitrophe de Lunel, Yassine Sakkam est divorcé avec une fille. Il rejoint Daech seul, en , à l'âge de 24 ans, notamment pour rejoindre son petit-frère Karim qui combat pour l'organisation depuis l'été. Celui-ci se fait exploser en à la frontière entre l'Irak et la Syrie[18]. Après avoir prêté allégeance à Daech, Yassine fait venir Saïda, sa petite amie de Lunel, qui a enlevé sa fille âgée de cinq ans. Il aura un fils avec elle en Syrie[35].

Il est contacté par les journalistes Jean-Michel Décugis et Marc Leplongeon, qui travaillent sur le livre Le Chaudron français sur la filière de Lunel, mais coupe vite la conversation en menaçant de les « égorger avec le sourire ». Il est membre de la katiba d'Abdelilah Himich où combattent d'autres Français, et il y côtoie des kamikazes des attaques du Bataclan, comme Mohamed-Aggad et Mostefaï[36]. Il est arrêté par les Forces démocratiques syriennes durant l'été 2017 alors qu'il tente de se dissimuler parmi des civils syriens. En 2018, il est interviewé par des journalistes de France Télévisions, où il exprime son souhait de revenir en France et nie avoir été un combattant, malgré des photos de lui portant différentes armes de guerre. Il est ensuite transféré en Irak, où il est condamné à mort pour son appartenance à l'organisation. Lors de son procès irakien, il exprime des regrets et confirme finalement avoir combattu contre les rebelles syriens[37]. Il déclare également « en France, je ne m'intéressais à rien, ni à la Palestine, ni à l'Irak, ni à la guerre. Je pensais seulement à gagner de l'argent. Entre deux verres [d'alcool] et de la cocaïne, j'ai appelé mon frère et je lui ai dit : “je viens te voir” »[38].

En 2019, les deux enfants de Saïda sont rapatriés en France sans leur mère, détenue dans le camp Al-Roj, dont un petit garçon né en Syrie[39],[40]. Les femmes volontaires seront rapatriées à partir de 2022. En 2023, la peine de mort de Yassine Sakkam est commuée en détention à vie par la Cour suprême d'Irak[41].

Fratrie Mosli

Soldats du régime syrien lors de la bataille de Deir ez-Zor.

Hamza, Houssemedine et Sabri sont trois frères d'origine tunisienne et vivant à Lunel. Ils sont marqués jeunes par le décès de leur mère en 2004 et se tournent vers la religion. Le premier est décrit comme le « nœud » du réseau, présentant le djihad en Syrie comme une mission humanitaire afin de favoriser les départs. Houssem fait des « mauvaises rencontres  » et semble se radicaliser en détention. Houssem et Sabri rejoignent la Syrie et sont tués en 2014 dans un bombardement lors de combats contre le régime de Bachar el-Assad à Deir ez-Zor[42]. Après la perte de ses frères, Hamza dira lors de son procès avoir voulu croire qu'ils « ont donné leur vie pour quelque chose qui a du sens plutôt que quelque chose qui est vide de sens. ».

Resté en France, notamment du fait de l'influence de sa femme qui refuse de partir, Hamza est jugé en tant que recruteur de la filière en 2018. Reconnu coupable d'association de malfaiteurs terroristes, il est condamné à sept ans de prison. Identifié lors d'écoutes téléphoniques avec Mourad Farès, un autre recruteur de Daech[43], il y fait part de sa « justification de la charia ou des décapitations, de l’admiration qu’ils vouent à ceux qui ont franchi le pas en allant combattre en Syrie, de la satisfaction que leur apporte l’annonce de l’attentat contre Charlie Hebdo, des efforts qu’ils déploient pour convaincre leurs interlocuteurs de partager leurs idées. »[44]. Afin que les Lunellois ne combattent pas dans des camps opposés, il conseille de rejoindre Daech via Raqqa plutôt que des groupes rivaux[11]. Lors du procès, il dit avoir quitté cette idéologie extrémiste et nie avoir été un recruteur, parlant d'« ambiance générale » dans la ville[45].

Raphaël Amar

Situation dans l'est syrien en juillet 2014, dont Deir ez-Zor assiégée.

Raphaël Amar est né le à Montpellier. Scolarisé au lycée Louis-Feuillade de Lunel, il y rencontre Houssem Mosli, qui l'amènera à se convertir à l'islam à sa majorité. Étudiant accompli en informatique de l'école École pour l'informatique et les nouvelles technologies (Epitech) de Montpellier, il effectue un séjour au Bahreïn en 2013. Il se radicalise et coupe le contact avec ses amies féminines puis se détourne de sa passion pour la musique, jugée haram.

Il arrive en Syrie le via la Turquie et rejoint Daech dans la ville de Deir ez-Zor où il lui est confié des tâches informatiques, notamment l'établissement du planning des combattants. Alors qu'il reste en contact quasi quotidien avec ses parents, il semble ouvert à un potentiel retour en France. À peine trois mois après son arrivée, il est envoyé dans une opération de reconnaissance des positions du régime syrien dans la ville, une mission-suicide alors qu'il ne possède aucune expérience militaire. Il y meurt dans un bombardement de l'armée syrienne avec des compagnons d'armes de Lunel, les frères Houssem et Sabri[46],[47]. « Pendant des heures, il a agonisé sur un grabat d’hôpital de fortune », selon Paris Match[48].

Depuis lors, son père Laurent Amar s'est engagé dans un combat judiciaire pour comprendre l'endoctrinement de son fils. Il accuse les frères Mosli, et particulièrement Hamza Mosli, de l'avoir embrigadé. « C'était un trophée pour lui d'avoir converti Raphaël » analyse t-il à propos de Hamza, qui était venu en personne annoncer la « bonne nouvelle », selon ses mots, de la mort de Raphaël. À l'inverse, lors de son procès, Hamza Mosli accuse Raphaël d'avoir entraîné son petit frère Sabri en Syrie[49].

Jawad Salih

Jawad Silah est considéré comme l'un des principaux prédicateurs de la filière. Coordinateur local de l'organisation islamiste marocaine Al Adl Wal Ihsane, il loue une pièce de la mosquée Al-Baraka dans le but d'influencer de jeunes fidèles, dont plusieurs mourront pour Daech en Syrie, comme Houssem et Raphaël[50]. Il anime également les assises religieuses du snack « Le Bahut »[45].

En 2018, les juges s'appuient sur les écoutes téléphoniques pour démontrer une radicalisation « extrêmement profonde et violente » (« Les mecs de Charlie Hebdo, normal... tu les égorges. »). Lui explique s'être radicalisé après son divorce, par des vidéos et la fréquentation de Hamza Mosli. Devant les juges, il admet des propos littéralistes et salafistes, et confesse même avoir envisagé un départ en Syrie, mais dément avoir incité quiconque au djihad. Il explique être sorti de cette idéologie, parlant d'une époque dont il n'est « pas fier » et affirmant se sentir « bien Français ». Il est condamné à cinq ans de prison[45],[51].

Ali Abdoumi

Ali Abdoumi est né autour de 1970 de père inconnu et a été placé durant son enfance, après que les assistants sociaux l'aient découvert enchaîné à son lit. Il se marie et a deux filles, en plus de s'occuper des deux autres enfants de sa femme. Il est décrit comme un bon père de famille et travailleur[45].

Il est jugé en 2018 dans le procès de la filière de Lunel. Il est accusé de s'être rendu en Syrie avec ses deux filles fin 2014, avant de rentrer en France. Il dément malgré des preuves issues d'écoutes téléphoniques. Ces dernières mettent également en évidence des projets d'attentats contre des écoles, églises ou la tour Eiffel. Il dit notamment « Il faut avoir une haine viscérale de ces kouffars ». Il est condamné à sept ans de prison[52].

Adil Barki

Né autour de 1980, Adil Barki rejoint la Syrie via Azaz en et intègre la petite brigade Jaysh Mohamed, proche du Front al-Nosra. Il suit une formation militaire qui tourne rapidement court. Il est sujet à des crises de panique, qui sont interprétées comme de la démence par les islamistes. Il suit alors des rites exorcistes, sans succès[53].

Il lui est alors confié des tâches secondaires d'entretien et de récolte d'olives. Il regagne la France moins de trois mois après son arrivée, vraisemblablement après que ses chefs lui aient rendu son passeport[54]. Il est condamné à cinq ans de prison lors du procès de la filière de Lunel en 2018, pour association de malfaiteurs terroristes[55].

Autres membres

Plusieurs autres Lunellois sont morts en Syrie. Parmi eux, on peut citer Hamza A., surnommé « Hamza Coran », fils d’ancien président de la mosquée. Il est issu d'une famille nombreuse, très conservatrice sur le plan religieux. C'est aussi l'un des plus jeunes, puisqu'il meurt à l'âge de 19 ans, vraisemblablement dans des combats à proximité de Deir ez-Zor en , en même temps qu'Abdelkarim[31]. Il y a aussi Ahmed, mort en .

Parmi les autres membres de la filière, on trouve Anass, ancien maçon ayant contracté des crédits à la consommation pour financier son voyage, et qui se serait radicalisé rapidement. Il rejoint la Syrie en février avec sa femme Hassia, enceinte, et meurt à la toute fin de l'année[48],[56]. Il est enregistré dans une conversation téléphonique où il vante les actions de Mohammed Merah[14].

Récapitulatif de la filière

Notes et références

Voir aussi

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