Flabellum de Hohenbourg

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Date
v.  -
Commanditaire
Flabellum de Hohenbourg
Bande de parchemin horizontale avec des enluminures
Le flabellum représente des épisodes de la vie de Jean le Baptiste, notamment le baptême du Christ.
Artiste
Date
v.  -
Commanditaire
Type
Technique
manuscrit - peinture sur vélin
Dimensions (H × L)
19 × 87 cm
Mouvement
No d’inventaire
Add. Ms. 42 497
Localisation

Le flabellum de Hohenbourg est une œuvre sur parchemin réalisée à la fin du XIIe siècle à l'abbaye de Hohenbourg, située sur le mont Sainte-Odile. Richement décoré d'enluminures, cet objet servait probablement d'éventail liturgique (en latin : flabellum) lors des célébrations religieuses au sein du couvent.

Contemporain de l'Hortus deliciarum, il est attribué au même atelier de production de manuscrits du monastère. Il représente, sur ses deux faces, des scènes de la vie de Jean le Baptiste, un des thèmes récurrents de l'iconographie chrétienne dans l'art médiéval en Occident. Il permet notamment d'imaginer les couleurs et les dorures de l'Hortus, détruit lors d'un bombardement en .

Disparu pendant plusieurs siècles, le flabellum est redécouvert à Strasbourg au XIXe siècle, avant d'être acquis par le British Museum en , puis conservé à la British Library à Londres. Par la qualité de ses enluminures, il constitue un témoignage précieux de l'art roman et de la liturgie pratiquée dans la plaine d'Alsace au Moyen Âge.

À Strasbourg, au début du XIXe siècle, le professeur Jean Geoffroy Schweighaeuser découvre une bande de parchemin enluminée sur un marché aux puces (en alsacien : « Gümpelmarkt »). Ses miniatures présentent de fortes similitudes avec celles de l'Hortus deliciarum, manuscrit réalisé au XIIe siècle à l'abbaye de Hohenbourg et conservé alors à la bibliothèque municipale. Il acquiert le parchemin et le remet à son beau-frère, Christian Maurice Engelhardt, auteur de la première monographie consacrée à l'Hortus en [1],[2].

Après cette première mention, le parcours du parchemin n'est plus connu jusqu'à la fin du XIXe siècle. À la suite de la destruction de l'Hortus deliciarum lors du bombardement de Strasbourg en , il réapparaît à Paris en . En effet, le peintre Eugène Grasset envoie des copies du parchemin à Strasbourg, utilisées dans les travaux de reconstitution de l'Hortus publiés en [3]. Ces reproductions contribuent à faire considérer le parchemin comme un possible fragment du manuscrit disparu. Cette hypothèse est soutenue par Alexandre Joseph Straub, Gustave Keller et Otto Gillen (de), mais reste toutefois débattue[4],[1].

En , le parchemin est vendu par un antiquaire parisien au British Museum, où il est enregistré sous la cote Ms. Add. 42 497[1],[3]. Eric Millar (en), spécialiste britannique de manuscrits, estime plausible l'appartenance de ce document à l'Hortus en s'appuyant sur l'autorité d'Engelhardt et de Keller. Ce n'est pas l'avis d'un autre spécialiste, le chanoine Joseph Walter, qui conteste cette interprétation dès [5],[6].

Les deux faces du flabellum de Hohenbourg ont conservé la plupart de leurs couleurs et dorures depuis le XIIe siècle. (British Library)

La bande de parchemin est ensuite conservée à la British Library qui a hérité des collections du British Museum en . En l'absence de sources antérieures à sa redécouverte au XIXe siècle, l'origine et la fonction du document demeurent discutées, même si l'analyse de ses enluminures continue d'alimenter les recherches sur son lien avec l'atelier de l'Hortus deliciarum[7].

Identification

Photographie d'une falaise au milieu d'une forêt et au sommet de laquelle est construit un bâtiment de deux étages qui possède plusieurs fenêtres et un toit pointu avec plusieurs lucarnes.
Le flabellum aurait été réalisé pour l'abbaye de Hohenbourg, située sur le mont Sainte-Odile.

Au début du XXe siècle, la bande de parchemin est considérée comme un fragment de l'Hortus deliciarum, dont subsistent des calques et des reproductions partielles. Cette hypothèse est confortée par les fortes ressemblances entre les miniatures des deux œuvres : plusieurs scènes de la vie de Jean le Baptiste, comme le Baptême du Christ, présentent des compositions, des proportions et des traits très similaires. Par ailleurs, le manuscrit était incomplet avant sa destruction en  : le parchemin aurait pu correspondre à une page manquante et le dernier vestige de l'œuvre disparue[3].

Toutefois, cette supposition est progressivement remise en question. Joseph Walter propose d'y voir une œuvre à part, réalisée vers - et marquée par une évolution du dessin[8]. L'historienne de l'art Rosalie B. Green identifie en l'objet comme un flabellum, c'est-à-dire un éventail liturgique, hypothèse reprise par la suite[9].

Les similitudes iconographiques suggèrent plutôt l'existence de deux œuvres différentes et réalisées dans le scriptorium de Hohenbourg à la fin du XIIe siècle ou au début du XIIIe siècle[10]. En effet, certaines scènes existent déjà dans l'Hortus, ce qui rend peu probable leur duplication sur le parchemin s'il en faisait partie. Par ailleurs, les caractéristiques matérielles du document, notamment son épaisseur et son mode de pliage, ne correspondent pas à celles d'un manuscrit[3].

D'autres spécialistes comme Gérard Cames situent la production du flabellum dans ce qu'ils appellent « l'atelier de l'Hortus deliciarum » au sein du monastère ou bien dans un lieu au contact des sculpteurs et des vitraillistes du chantier de la cathédrale de Strasbourg[11]. Il apparaît plus vraisemblable qu'il s'agisse d'un document distinct qui témoigne de la qualité de l'enluminure romane en Alsace[12].

Fonction

Photographie d'une tige en ivoire au sommet de laquelle se trouve un éventail en parchemin en forme de cercle.
Le flabellum de Tournus daté du IXe siècle permet de connaître l'aspect de cet objet liturgique.
(Musée national du Bargello)

La fonction du parchemin a longtemps fait l'objet de débats. Joseph Walter pensait qu'il s'agissait d'un petit polyptyque portatif, à savoir un objet de dévotion que son propriétaire pouvait plier et emporter aisément. Cette hypothèse reposait notamment sur le format de la bande[6],[13].

Cependant, l'idée d'un flabellum s'est progressivement imposée. Ce type d'éventail, attesté en Europe dès l'époque carolingienne, était utilisé durant les offices religieux pour éloigner les insectes autour de l'autel et éviter qu'ils ne contaminent le vin dans les calices[14]. Le fonctionnement supposé de cet objet correspond à la forme et à l'organisation du décor, conçu pour être vu une fois déployé : une bande de parchemin pliée pour former un cercle fixé à un manche[10].

Plusieurs éléments matériels justifient cette identification : la décoration des deux faces, la disposition des textes lisibles en position ouverte, ainsi que la structure du pliage, manifestement prévue dès l'origine. Dans ce contexte, la richesse iconographique centrée sur la vie de Jean le Baptiste, figure particulièrement vénérée à Hohenbourg, renforce la plausibilité d'un usage liturgique[15].

Des réserves subsistent néanmoins. L'absence de traces d'usure marquées à l'endroit supposé de fixation, ainsi que certaines interrogations sur la manière dont le parchemin était plié, ont conduit à envisager d'autres fonctions, comme un modèle pour des fresques ou des vitraux, hypothèses toutefois peu convaincantes. Bien que la fonction exacte de cet objet ne puisse être établie avec certitude, l'identification comme flabellum demeure la plus largement retenue[15].

Description

Le document mesure environ 19 × 87 centimètres, et se présente sous la forme de deux bandes de parchemin cousues entre elles. Il est orné, sur ses deux faces, d'une série de scènes retraçant la vie de Jean le Baptiste. Le cycle narratif est toutefois incomplet, en raison de la disparition d'une partie du parchemin, bien qu'il soit relativement bien conservé[16],[17].

Le parchemin est marqué par la présence de dix-sept plis verticaux réguliers, espacés d'environ cinq centimètres, qui structurent les images en compartiments. Ce pliage, réalisé avec soin, semble avoir été pensé dès l'origine et conditionne la lecture des scènes, réparties de manière continue entre le recto et le verso[17].

Plusieurs indices matériels, des traces d'usure, des marques de brûlure possiblement liées à l'encens, et l'état de l'extrémité inférieure suggèrent que l'objet était fixé à une tige. Il constitue un exemple rare de flabellum enluminé conservé pour la période médiévale[18].

Iconographie

Les enluminures du parchemin s'organisent autour de la vie de Jean le Baptiste, depuis la Visitation de la Vierge Marie jusqu'au festin d'Hérode. Le cycle comprend notamment deux scènes de baptême y sont par ailleurs représentées. Le choix de ce sujet s'explique par l'importance du culte voué à ce saint à Hohenbourg, en lien avec la figure de sainte Odile, dont la tradition rapporte qu'elle recouvra la vue lors de son baptême[19].

Le flabellum apparaît dans la reconstitution de l'Hortus deliciarum réalisée par Alexandre Straub et Gustave Keller à la fin du XIXe siècle. (Getty Research Institute)

Sur les treize panneaux conservés sur le parchemin, la majorité se situe à droite de la couture centrale ; par symétrie, l'ensemble devait probablement compter une vingtaine de scènes à l'origine. Certains épisodes attendus, comme l'Annonciation à Zacharie, la naissance de Jean ou sa décollation, ont vraisemblablement disparu avec les parties manquantes[18].

Les miniatures témoignent de l'influence de l'art byzantin sur les enlumineurs d'Alsace et de Souabe au Moyen Âge[20]. Les scènes peintes, accompagnées de courts textes explicatifs, occupent la partie supérieure de la bande, tandis que la partie inférieure est ornée d'une frise à motifs géométriques[18],[3]. Ces éléments décoratifs distinguent ce cycle de celui de l'Hortus deliciarum, notamment l'usage de fonds dorés et argentés, ainsi que la présence de motifs végétaux, de losanges et de palmettes, absents du manuscrit détruit en [8].

Postérité

Références

Annexes

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