Forteresse de Beaufort
château fort au Liban
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La forteresse de Beaufort, appelée Qala'at ash-Shaqif (arabe : قلعة الشقيف)[1], qui signifie en arabe « citadelle du Haut Rocher », est un château fort du Moyen Âge, construit au XIe siècle et reconstruit au XIIIe siècle par les croisés qui l'appellent alors « Beau fort » (Belfort par certains géographes). Il est situé sur un éperon rocheux dominant la vallée du fleuve Litani dans le Liban du Sud, à environ un kilomètre au sud-sud-ouest du village d'Arnoun (en).
| Forteresse de Beaufort | ||
| Type | Château fort | |
|---|---|---|
| Fin construction | 1260 | |
| Protection | ||
| Coordonnées | 33° 19′ 26″ nord, 35° 31′ 55″ est | |
| Pays | ||
| Critères | (ii) (d) et (iv) (d) | |
| Géolocalisation sur la carte : Liban
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Nom
Le château a été nommé « Beau fort » par les croisés, qui l'occupèrent pendant le XIIe siècle. Le nom arabe Qala'at ash-Shqif signifie « château du Haut Rocher », son nom complet étant Qala'at ash-Shqif Arnoun[Note 1], qui est une combinaison du mot arabe qala'at (« château ») avec le mot syriaque Shqif Arnoun (Shqif voulant dire « haut rocher »).
Description

La forteresse est construite sur le haut d'une falaise d'environ 500 mètres de long, à une altitude de 670 mètres, surplombant la vallée du fleuve côtier Litani ; elle défend au Moyen Âge le royaume de Jérusalem. Du haut de l'édifice, on peut voir à l'horizon plusieurs châteaux, la forteresse de Nimrod sur le plateau du Golan, au sud, le Toron des chevaliers et le Maron, le château de Sidon, Tyr et Chamaa sur la côte du bassin Levantin.
Ce sont les croisés qui construisirent le château haut, alors que l'on doit aux Ayyoubides la porte principale de ce château et le château bas. Les Templiers érigeront la partie sud de l'édifice, ainsi qu'une salle gothique et la salle capitulaire[Note 2]. Les mamelouks ajouteront un hammam et une mosquée[2].
Elle s'insère dans un espace triangulaire de 90 mètres à sa base, avec ses fossés, et s'élève à 170 mètres. L'entrée se trouve au sud de l'édifice à la jonction du château bas et du château haut entre les deux tours no 5 du château haut et la no 1 du château bas, porte "A" selon les plans établis par Jean Yasmine, architecte commissionné par la Direction générale des antiquités (en) (DGA), chargé de la restauration de l'édifice.
Le château bas est situé à l'est, et le château haut est situé à l'ouest et contrôle celui du bas. On peut voir au nord les traces d'un bassin. Les deux édifices s'étendent en longueur du nord au sud.
Le château haut est renforcé dans sa partie sud d'un mur-bouclier intérieur protégé par deux tours, la no 6 à l'ouest et la no 5 à l'est. En son centre on accède à la tour maîtresse centrale par une rampe d'accès ; à l'est de celle-ci s'élève une chapelle. À l'extrémité sud, le château haut est protégé par une autre tour maîtresse de forme hexagonale[3].
Le château bas comporte une grande salle voûtée dans la partie sud, protégée par les deux tours sud, la no 1 et la no 2, et au sud par la tour no 3 suivie d'un saillant précédant la tour no 4, avant les casemates et le bâtiment "H" à l'extrémité sud[3].
La forteresse est pourvue de citernes (stockage de l'eau de pluie) et de canalisations (évacuation des eaux usées).
Histoire
On sait peu de choses à propos du site de Beaufort avant sa conquête par les croisés en , bien que certains historiens supposent que l'éperon rocheux de 670 mètres d'altitude sur lequel la forteresse est implantée représentait déjà une position stratégique pendant les périodes bibliques et romaine[4].
Fortifiée par les Arabes, la position est cédée aux Francs par l'atabeg de Damas Shihab ad-Din Mahmud en 1139. Le roi de Jérusalem Foulques V d'Anjou la remet au seigneur du Sagette, qui devient ainsi un des seigneurs les plus importants de la région. En 1179, une partie des croisés rescapés de la bataille de Marj Ayoun trouve refuge dans ses murs. Peu après le désastre d'Hattin en 1187, Saladin tente de s'en emparer mais se heurte à la farouche résistance de l'astucieux Renaud Granier, qu'il parvient néanmoins à briser au prix d'un an d'effort.
En 1240, Al-Salih Ismaël, sultan de Damas, sollicite une aide militaire de la part des Francs contre la coalition du jeune sultan égyptien Malik al-Salih Ayyoub avec le malik de Transjordanie[réf. nécessaire]. En contrepartie, il propose de leur rétrocéder tout l'ancien royaume de Jérusalem jusqu'au Jourdain. Dans un premier geste, le sultan de Damas rend immédiatement aux Francs un vaste territoire allant de Sidon à Tibériade et comprenant la forteresse de Beaufort. Cette cession n'est pourtant pas facile, la garnison refusant de céder la place. Ismaël doit lui-même mener un siège pour ensuite céder le tout au comté de Sidon[5]. La possession devient templière lorsque Julien Granier leur vend Beaufort en 1260, ainsi que Sidon et les terres environnantes, n'ayant pas les ressources financières nécessaires à la reconstruction de cette dernière, ceci après les représailles mongoles à la suite de certaines de ses exactions[6].
Les Templiers perdent le château le à la suite d'une attaque menée par le sultan mamelouk Baybars, qui met en batterie vingt-six machines de siège bombardant intensivement la place durant dix jours[6]. Beaufort ne connut des moments plus calmes qu'à partir du XIVe siècle et jusqu'au XVIe siècle.
Les gouverneurs locaux de Jabal Amel (dynastie des Chehab) établiront leurs quartiers dans la forteresse[2].
Au XVIIe siècle, Fakhr-al-Din II inclut le château dans son réseau de fortifications mais l'émir est ensuite défait par les Ottomans, lesquels détruisent la partie supérieure de la citadelle. Le château demeure sous le régime féodal jusqu'en 1769[7].
Histoire moderne

En , le gouverneur d'Acre assiège la forteresse, la capture et détruit une grande partie des fortifications restantes. Un tremblement de terre en se charge du reste de celles-ci. Par la suite, elle est utilisée comme carrière ou encore comme abri pour moutons[7].
La restauration de la forteresse de Beaufort commence lors du premier mandat français au Liban en et se poursuit après l'indépendance du pays en [7].
- Ruines de la forteresse en 1950
La position stratégique de l'édifice, duquel on peut voir la majeure partie du Liban du Sud mais aussi du nord d'Israël, représente un intérêt certain lors des conflits récents. Il est investi par les combattants palestiniens entre 1976 et 1982, puis occupé pendant 18 ans par l'armée israélienne, de 1982 à 2000, date du retrait des Israéliens du Liban du Sud.
De 1976 à 1982
Après la victoire israélienne lors de la guerre des Six Jours en 1967, qui conduit à une occupation israélienne de la Cisjordanie et de la bande de Gaza, le conflit israélo-palestinien « se déplace vers le Liban-Sud »[8]. Dès la fin des années 1960, les combattants armés de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP) font du château « l'épicentre de leurs combats contre l'armée israélienne »[8]. À partir de 1976, l'OLP tirait des obus de ce site sur le nord d'Israël[9]. Entre 1976 et 1980, les positions de l'OLP dans la citadelle ont été attaquées de nombreuses fois par l'armée israélienne.
Occupation israélienne de 1982 à 2000



Le , au début de l'intervention militaire israélienne au Liban, les positions de l'OLP dans la forteresse de Beaufort ont été durement bombardées avant d'être prises finalement par les forces de défense israéliennes le . Les conséquences sont terribles pour les habitants de la région, en ce qui concerne le nombre de morts, les déplacements forcés, les dégâts matériels[8]. Le lieu est érigé par ailleurs en lieu emblématique de la résistance contre Israël[8].
En 1982, l'édifice occupé « fait l'objet d'une mise en scène médiatique bien orchestrée de la part des autorités israéliennes », notamment lors de la rencontre qui y est organisée entre Menahem Begin, Premier ministre d’Israël, et Ariel Sharon, ministre de la Défense[8]. De plus, des touristes israéliens sous protection militaire viennent le visiter[8].
En 1982, l'armée israélienne renforce les fortifications de la zone avec des casemates et des blocs de béton, ce qui n'empêche pas que la forteresse soit attaquée à plusieurs reprises par le Hezbollah.
Retrait israélien en 2000 et travaux de réhabilitation
En , l'armée israélienne évacue sa zone de sécurité (comme il la qualifie) au Liban du Sud, abandonnant dans la nuit du 23 au 24 mai 2000 dans le plus grand secret la forteresse et détruisant la base militaire, pour éviter qu'elle puisse être utilisée par le Hezbollah[9],[10].
En , la revue économique libanaise Le Commerce du Levant indiquait que l'édifice allait être rénové sur une période de deux ans pour un montant de trois millions de dollars, financé en partie par le Koweït[11]. Les travaux de réhabilitation comprennent des travaux de soutènement, de déblayage, de protection du site contre les eaux de pluie et de leur évacuation, de reconstruction de la tour principale et des entrées, ainsi que d'éclairage.
Depuis que le Liban du Sud est libéré de l'occupation israélienne, le château est un « lieu de mémoires concurrentielles »[8].
- L'État libanais entreprend de le patrimonialiser ; « le château comme symbole de l'occupation et de la réunification nationale est le principal argument pour justifier la mise en œuvre d'un important projet de réhabilitation in situ »[8] ;
- Il est revendiqué par les Palestiniens comme un lieu de mémoire de la « grande bataille de 1982 » et comme un lieu de pèlerinage qui rappelle le sacrifice des combattants tués lors de l'invasion israélienne du Liban de 1982[8]. Toutefois, cette volonté de s'approprier la forteresse s'est heurtée à une fin de non-recevoir de la part du ministère libanais de la Culture qui évoque une « occupation » palestinienne du site entre 1976 et 1982[8]. De même, nombre d'habitants du village refusent de considérer la forteresse comme un lieu de résistance palestinien, parce que leur région a subi des représailles israéliennes massives ; leur solidarité initiale avec les Palestiniens s'est délitée[8].
Occupation depuis 2026

Le , au cours de sa guerre contre le Hezbollah, Israël instaure une ligne jaune au nord de la frontière internationalement reconnue. Cette ligne jaune crée une zone tampon sous occupation israélienne de 62 villes et villages, dont la forteresse de Beaufort[12],[13],[14]. Le , Israël Katz, le ministre de la Défense israélien annonce que l'armée israélienne s'est emparée de la forteresse de Beaufort[15],[10]. Cette prise, après une semaine de combat, est présentée comme l’achèvement, à nouveau, d'une « zone de sécurité avancée »[10]. La prise de l'édifice a une importance essentiellement symbolique[16]. Le 24 juillet 2026, l'UNESCO inscrit la forteresse, en tant que partie des « châteaux du mont Amel », concomitamment sur les listes du patrimoine mondial et du patrimoine mondial en péril[17],[18]. Le site proche du château est dynamité de manière massive par l'armée israélienne dans la nuit du 31 juillet 2026[19],[20].
Notes
- La salle capitulaire est aujourd'hui disparue.