Forum pour d'autres indicateurs de richesse

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Le collectif « Forum pour d'autres indicateurs de richesse », ou encore FAIR (acronyme en forme de clin d'œil qui signifie juste ou équitable en anglais)[1] regroupe une cinquantaine de chercheurs et de militants associatifs réfléchissant d'une manière critique à la question des indicateurs économiques et des indicateurs de progrès des sociétés. Ce regroupement au départ informel est rapidement passé de la réflexion à la diffusion, puis de la diffusion à l'action avec l'ambition d'intégrer de larges collectifs contribuant à la contestation des indicateurs économiques dominants que sont le PIB ou le taux de croissance économique, puis à l'élaboration de nouveaux indicateurs de substitution.

Formation du collectif FAIR

De 2008 à 2010, les trois premières années de FAIR ont été déterminantes.

FAIR date du début 2008. L'occasion de son lancement fut la création de la dite Commission Stiglitz-Sen chargée d'élaborer de nouveaux indicateurs de richesse et de bien-être sur la proposition de Nicolas Sarkozy le . Cette commission, dont le nom officiel est « Mesure de la Performance Économique et du Progrès Social », avait initialement pour but de développer une « réflexion sur les moyens d'échapper à une approche trop quantitative, trop comptable de la mesure de nos performances collectives ». L'économiste Jean Gadrey fut sollicité pour participer à cette commission. Après en avoir discuté avec plusieurs de ses amis militant pour d’autres indicateurs, il décida de participer aux activités de cette commission.

Ce débat collectif déboucha au premier trimestre 2008 sur la création de FAIR, comme réseau de la société civile[2]. Parmi ses animateurs, on trouve, outre Jean Gadrey, plusieurs chercheurs ayant déjà réalisé de nombreux travaux critiques sur la question des indicateurs économiques dominants, tels Pierre Concialdi (l'un des initiateurs de cet indicateur alternatif qu'est le BIP40), Florence Jany-Catrice, Dominique Méda, Georges Menahem et Patrick Viveret[2]. Y participent aussi des représentants de collectivités territoriales, notamment du Nord-Pas-de-Calais, et d'associations, dont le "collectif richesse" qui a fait connaître en France l'idée de "Produit intérieur doux", la fondation France-Libertés, l'association internationale Pekea, etc[2]. L'ancien directeur adjoint du Programme des Nations unies pour le développement, Jean Fabre, a fait également partie du groupe d'animation, ainsi qu'Hélène Combe (Observatoire de la décision publique)[2].

Le collectif FAIR regroupait à l'origine une pluralité d'acteurs : des enseignants, des chercheurs, des acteurs territoriaux et des coordonnateurs de réseaux professionnels ou citoyens. Il entendait prendre part à la remise en cause des indicateurs dits « de progrès », dans le cadre de quatre orientations :

  • Mettre en lien et capitaliser les initiatives des réseaux, des institutions et des territoires pour la mise en œuvre de nouveaux indicateurs ;
  • S'impliquer dans une collaboration vigilante avec la « Commission Stiglitz » ;
  • Contribuer, par l'organisation directe d'évènements partenariaux et par la participation à des rencontres diverses, à l'invention d'un modèle de gouvernance à l’échelle des enjeux sociétaux et démocratiques ;
  • S'associer activement, et dans une vision de cohérence internationale, à la coconstructions de nouveaux indicateurs de richesse et de progrès, à l'échelle de la nation comme à celle des régions.

Les acteurs de FAIR déclaraient ainsi dans la conclusion de leur manifeste traduit en plusieurs langues[3] : « C'est en redonnant sens aux échanges non économiques et à « ce qui compte le plus » pour nous que nous serons en capacité de redéfinir la notion de richesse, de refonder les règles du partage, les supports d’échanges comme la monnaie, mais aussi les modalités de compte, ou encore les systèmes de redistribution appropriés. Que nous serons en mesure de redonner sa juste place - et non pas toute la place - à l'économie. »

De 2008 à 2010 : autour de la Commission Stiglitz

En 2008 et 2009, pour ses premières activités, le collectif FAIR s'est réuni parallèlement à la Commission Sen-Stiglitz-Fitoussi dans les locaux d'institutions telles que la Fondation France-Libertés qui lui ont assuré un appui initial déterminant. Plus généralement, FAIR s'est appuyé sur le soutien d'associations telles que France Libertés, Attac, Utopia, et d'organisations syndicales comme la CFDT et la CGT. De premières manifestations publiques ont concrétisé les avancées de ses analyses :

  • La réunion à l'Assemblée nationale d'une « rencontre » ayant pour titre Enjeux démocratiques d’une nouvelle approche de la richesse : de nouveaux indicateurs, oui, mais comment et pour quoi faire ?[4].
  • La participation d'une partie du collectif FAIR, le , aux réflexions de la Commission Stiglitz avec une partie de ses membres.
  • La seconde manifestation publique du collectif FAIR s'est déroulée le au Conseil économique, social et environnemental (CESE) devant une assistance de plus de cent personnes.
  • D'autres manifestations publiques de FAIR ont accompagné la sortie du rapport de la Commission Stiglitz. Au moment de la sortie de son résumé en , FAIR a produit une analyse des acquis et des limites du rapport[5] et l'a commentée lors d'une conférence de presse tenue au siège de la CFDT le . Enfin, au moment de la présentation nationale du rapport dit "Sen-Stiglitz-Fitoussi" au Collège de France le , FAIR était encore là : il avait diffusé un communiqué à la presse[6] et est intervenu pendant la conférence de presse tenue par les principaux animateurs de la commission, Joseph Stiglitz et Jean-Paul Fitoussi, événement dont ont fait état de nombreux articles dans la presse, dont Les échos[7], ou Le Monde diplomatique[8].

Diffusion et premières publications

Le collectif FAIR de chercheurs et statisticiens a multiplié des travaux originaux, tant de critique des indicateurs officiels que de promotion des indicateurs alternatifs. D'où une somme qui a joué un rôle de référence pour certains parlementaires et pour plusieurs institutions dans divers domaines[9].

Une analyse critique des travaux de la Commission Stiglitz

Des textes en ligne concrétisant les travaux de FAIR ont été largement diffusés par le biais d'un site public édité par le mensuel Alternatives économiques[10].

Une première version des conclusions de la Commission Stiglitz a été mise en ligne en . Au même moment, FAIR a publié une première note soulignant les apports du premier chapitre de ce rapport et critiquant en même temps aussi bien la méthode de travail "très opaque" de la Commission que les limites de ses propositions[11],[12]. À l'inverse d'une commission « en chambre », FAIR préconise une participation citoyenne pour redéfinir les indicateurs d’Eurostat[13].

On peut résumer l'analyse du collectif FAIR en deux principaux points.

  • L'essentiel : Il souligne d'abord l'« avancée notoire en termes de diagnostic » réalisée par la Commission, à savoir « la remise en cause du PIB en tant qu’indicateur de performance et de progrès. […] Le PIB, centré sur la production et la consommation marchandes et monétaires, ne prend en compte que certaines activités, ignore les effets prédateurs du productivisme et de la dérégulation sur la vie sociale et sur l’environnement. Il compte positivement des activités néfastes ou qui ne font que réparer des dégâts d’origine humaine. Il est indifférent à la mise en cause des biens communs vitaux (eau, air, sol…) et à la violation des droits fondamentaux de milliards de personnes qui en résulte. Il a été incapable de nous alerter sur l’existence et l’aggravation des crises sociales, écologiques, économiques et financières. Il nous a aveuglés et rendus collectivement insensibles aux dérives de notre modèle de développement. »
  • Sur le côté critique, il met en cause nettement l'indicateur privilégié par la Commission Stiglitz pour pallier les insuffisances du PIB. Leur rapport, selon ce collectif, « survalorise l’épargne nette ajoutée (ENA) issue des travaux de la Banque mondiale. Or, cet indicateur est à bannir des futurs repères-clefs. Il est exclusivement monétaire, incompréhensible pour les non-spécialistes, inadapté à la décision politique, inacceptable dans sa façon de rendre interchangeables trois formes de capital : « économique » (issu de la production), « humain » (abordé via les seules dépenses d’éducation), « naturel » (limitant les dommages écologiques aux seuls aspects climatiques). »[14].

Un petit livre présentant les nouveaux indicateurs de richesse

  • le mensuel Alternatives économiques a édité dans sa collection de petits livres de poche un recueil intitulé « La richesse autrement » et regroupant une quarantaine d'articles faisant le tour de la question des nouveaux indicateurs de richesse. Un tel rassemblement d'articles fait référence pour plusieurs institutions de défense des populations précarisées[15].

Analyses de FAIR après 2011 et impacts dans les institutions

Notes et références

Liens externes

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