Francisca Manao
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Francisca Manao, née entre 1700 et 1705, est une servante manao (pt) passée aux mains des colons brésiliens en sur le Rio Negro. En 1739, après vingt ans de travail domestique forcé à Belém, elle saisit la justice pour obtenir sa liberté. Le juge de première instance prononce son affranchissement, mais sa maîtresse Anna de Fonte obtient en appel la ré-esclavagisation de Francisca Manao.
Dans les années 1980, l'historien David G. Sweet fait paraître une biographie d'elle qui inspire un nouveau pan de la recherche en histoire du droit au Brésil, ainsi qu'un roman publié en 2010.
Le nom de naissance de Francisca Manao est inconnu. Elle grandit dans la tribu dirigée par Amu Manao, sur une île du Rio Negro appelée Timoní. Sa mère avait été prise à une autre tribu. Étant donné que Francisca Manao était adolescente lors de son arrivée à Pará en 1718, elle doit être née entre 1700 et 1705.
Au début du XVIIIe siècle, les colons portugais du Pará organisent régulièrement des expéditions sur les fleuves pour capturer des autochtones et les vendre en esclavage dans les grandes villes, où les familles riches réclament des travailleurs domestiques. Le pouvoir royal tente d’imposer des normes pour la capture d’esclaves, notamment la présence d’un chapelain dans chaque expédition. Sans chapelain, les traficants ne peuvent recevoir de certificat et ne peuvent donc pas légalement vendre leurs victimes. Toutefois, en pratique, l’illégalité ne représente pas un frein économique dans le Brésil colonial. En , Anna de Fonte finance une expédition de cueillette de cacao menée par Anacleto Ferreira, et demande à son oncle José Velho de Azevedo (pt), le gouverneur du Pará, d’avaliser l’affaire. Quelques mois plus tard, sur l’île de Timoní sur le Rio Negro, le chef Amu Manao donne une de ses filles, qui sera ultérieurement baptisée Rosaura, en mariage à Anacleto da Costa Rayol. Ce dernier est un capitaine de Belém, venu en compagnie d’Anacleto Ferreira. Amu Manao aurait aussi donné au nouveau couple Francisca Manao, comme servante ou dame de compagnie. Les deux capitaines amènent les jeunes femmes en ville avec d’autres autochtones qu’ils comptent vendre. Sur le chemin, da Costa Rayol vend Francisca Manao à Ferreira, qui la transmet à son tour à un marchand d’esclaves du nom d’Estevão Cardoso pour qu’il l’ammène à Anna de Fonte dont elle devient alors la servante. À Belém, Francisca Manao oublie petit à petit sa langue manao (pt) maternelle et se met à parler la langue générale amazonique, sans jamais maîtriser le portugais.
Vingt ans plus tard, peu avant 1739, le tailleur Angelico de Barros Gonçalves, amant de Francisca Manao, assigne la veuve Anna de Fonte en justice afin de faire libérer la servante, mais en vain. En 1739, Francisca Manao saisit elle-même le juge civil (o ouvidor geral do Pará) pour faire reconnaître que son asservissement était illégal et nul. Elle fait comparaître plusieurs témoins qui affirment que le chef Amu ne l'aurait pas donnée en propriété aux marchands, mais lui aurait simplement enjoint d'accompagner sa fille en qualité de femme libre. Toutefois, ces témoins, qui sont tous des connaissances de Francisca Manao, sont méprisés par le juge, en particulier une travailleuse du sexe autochtone du nom d'Apolinária. Au final, le juge considère que comme l'expédition qui a capturé Francisca Manao n'avait pas le permis nécessaire pour capturer des autochtones, et qu'aucun chapelain n'a donc pu délivrer de certificat aux marchands qui l'ont vendue, elle n'a jamais été réduite en esclavage aux yeux du droit royal portugais. Elle doit donc être libérée. Cependant, la veuve Anna de Fonte fait appel et saisit la Junta das Missões, une cour de justice religieuse qui statue en dernier recours sur toutes les affaires concernant des autochtones. Cette cour est constituée de tous les prélats des ordres établis dans le Pará, ainsi que de l'évêque et du gouverneur. Anne de Fonte convoque comme témoins de nombreuses personnalités de la bourgeoisie coloniale, ainsi que Clemente, un homme autochtone eclavagisé. En dernier état de cause, la Junta statue que le chef Amu a du considérer Francisca Manao comme une esclave, et elle la qualifie par conséquent de dot accordée à Anacleto da Costa Rayol. Par arrêt, Francisca Manao doit alors redevenir la propriété d'Anna de Fonte.
La suite de sa vie n'est pas conservée dans les archives.
Roman
Inspirée par l'article de David G. Sweet, qu'elle lit dans les années 1980, l'autrice Sylvia Aranha de Oliveira Ribeiro écrit un roman historique sur la vie de Francisca Manao, publié en 2010 à Manaus sous le titre de Francisca E a Utopia Da Liberdade[note 1]. L'histoire est racontée du point de vue d'un carmélite qui se fait le biographe de Francisca Manao parce qu'il regrette de l'avoir condamnée[2]. Ce récit aborde les relations de pouvoir durant la colonisation du Brésil[3].