Joanna Baptista
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Joanna Baptista, née vers 1761 à Belém, est une orpheline qui s'est vendue elle-même en esclavage à un particulier le afin d'échapper au travail forcé imposé par la puissance publique coloniale aux autochtones.
Joanna Baptista est la fille d'une servante indigène et d'un homme réduit en esclavage parce que racisé comme Noir. Après la mort de ses parents et de son maître, la jeune femme passe sous la tutelle d'un juge. Bien qu'elle soit juridiquement considérée comme une personne libre suite à l'abolition officielle de l'esclavage autochtone dans l'empire portugais au Brésil en 1755, elle désire échapper au programme de capture et de mise au travail des autochtones indépendants, instauré la même année par le Diretório dos Índios (pt). Elle décide ainsi en 1780 de devenir, par contrat notarié, la propriété d'un colon catalan de son quartier contre un prix de 80000 (anciens) réaux. Le gouverneur, fâché par cette initiative, tente de faire annuler la vente.
Étant donné que Joanna Baptista a 19 ans lors de sa vente en 1780, sa date de naissance peut être estimée à 1761. Elle est la fille d'Anna Maria, une servante autochtone, et de Ventura, un homme réduit en esclavage et qualifié de « preto » (« Noir »). Tous deux sont considérés appartenir à Jozé Mello. Anna-Maria aussi pourrait avoir été traitée en tant qu'esclave, ce qui aurait à son tour condamné sa fille Joanna Baptista à la servilité à cause du principe de partus sequitur ventrem. Toutefois, la Lei de Liberdade dos índios do Grão-Pará e Maranhão ayant aboli l'esclavage autochtone en 1755, Joanna Baptista est dans tous les cas considérée comme une personne libre à partir de ce moment[note 1]. Par cette ascendance à la fois amérindienne et africaine, Joanna Baptista est décrite, conformément aux catégories racistes utilisées dans les recensements de la colonie, comme « cafuza ». Suite à la mort de ses parents et de son propriétaire, Joanna Baptista devient orpheline. Comme elle n'a pas encore la majorité, qui est alors à 25 ans pour les femmes, et qu'elle n'est pas mariée, elle doit passer sous l'autorité d'un juge. Ce dernier est censé lui trouver un bon foyer pour vivre[1].
Le , Joanna Baptista conclue, avec l'aval du juge, une convention de vente sur sa propre personne. Elle choisit comme maître Pedro da Costa, qui habite une rue perpendiculaire à la sienne, dans le quartier de Campina (pt). Le contrat stipule que le nouveau propriétaire a le droit de re-vendre Joanna, mais il part aussi du principe que Pedro da Costa devrait faire attention à son investissement. Le prix de 80000 réaux est versé pour moitié directement, et en liquide. Le reste devrait être payé en bijoux et autres objets au long de la vie de Joanna Baptista. Le juge, bien que circonspect, autorise l'affaire en se référant à une tradition doctrinale sur l'auto-esclavage[1]. Dans le texte conservé, il est écrit que Joanna Baptista avait trois souhaits en se vendant : pouvoir vivre en paix, de manière pieuse, et dans l'assurance d'être soutenue dans sa vieillesse un jour[2].
Le gouverneur José de Nápoles Telo de Meneses (pt), qui incrimine les femmes autochtones libres de vagabondage, apprend la vente de Joanna Baptista. Dans un courrier qu'il adresse au Conselho Ultramarino (pt) à Lisbonne en 1780, il réclame que l'avis du juge soit écarté, que Joanna Baptista soit envoyée dans un aldeamento missionário (pt), et que Pedro da Costa soit arrêté et puni. Toutefois, les archives ne disent pas si ces menaces ont été traduites en actes[3].