Franck Cinot
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Franck Cinot, né à Saint-Martin-les-Voulangis le 24 juin 1851 et mort à Crécy-en-Brie le 18 février 1890, est un peintre français.

Paysagiste, il fut un des peintres majeurs de la vallée du Morin. Il a appris à peindre auprès d’Alexandre René Véron, Alexandre Bouché, du groupe de Luzancy et Amédée Servin « le maître de la Vallée du Morin. »
Biographie

Franck Cinot est issu d'une famille de notables briards. Son grand-père était adjoint au maire de Crécy (1940-1844), puis maire (1845-1949). Son père, Amynthe Cinot (1822-1898) était sculpteur et dessinateur. Il avait exposé en 1863. Il était aussi membre de la Société d'archéologie de Seine-et-Marne, collectionneur et numismate réputé. Les deux grands-pères de Franck Cinot, Charles François Cinot, propriétaire, et François Sylvain Simon, propriétaire, sont chevaliers de la Légion d'honneur. Un Cinot est également propriétaire de la ferme de Montgeoffroy à Maisoncelles-en-Brie en 1829. Frank Cinot débute au salon de 1874, avec la toile nommée Péché d'envie. Il exposera jusqu'en 1889 des paysages[1], des toiles de genre, ainsi que des sujets militaires et équestres[2] bien accueillis par les critiques[3].
Il meurt à Crécy-en-Brie à 39 ans. Il fut enterré dans le vieux cimetière de Crécy (pas très loin d'Alexandre Altmann), à quelques pas de l’endroit où il était né. Il laisse une veuve, Mme Franck-Cinot, née à Barbot d'Haute-Claire, et sa fille, Jeanne[4].

Il avait acquis une certaine notoriété, et reconnu par ses pairs de son vivant. Sa nécrologie paraît dans La chronique des arts et de la curiosité[5], l'Almanach de Seine-et-Marne[6], dans la presse régionale, mais aussi nationale[7]. Une notice est écrite à son propos dans la Notice historique sur Voulangis, de Th. Lhuillier[8], Meaux 1893.
Il fait partie du cercle des peintres de la Vallée du Morin dont Amédée Servin fut l'initiateur[9]. Ces peintres fréquentaient principalement Voulangis, La-Chapelle-sur-Crecy, Crecy-en-Brie et Villiers-sur-Morin ainsi que les hameaux alentour[10].
Les débuts de la vallée des peintres
Au milieu du XIXe siècle, rejetant les scènes héroïques et futiles du rococo, la peinture réaliste se veut calme, éloquente et exemplaire. Cet art moral et didactique utilise des scènes antiques, le décor n'est qu'accessoire. C'est l'apogée de Jacques-Louis David et de son école. Traditionnellement, pour entrer à l'Académie des Beaux-Arts, un jeune artiste devait commencer un apprentissage dans l'atelier d'un peintre de renom.
Amédée Servin

Amédée Servin apprit son art avec Martin Drolling et François Nicot. Enthousiaste, il se lia d'amitié avec de nombreux étudiants en arts ; ils le rejoignirent plus tard à Villiers-sur-Morin où il s'installa. De nombreux jeunes artistes se rebellent contre les enseignements académiques. Ils s'affranchissent des contraintes du travail en atelier, installent des chevalets en plein air, profitent des évolutions technologiques comme le tube de peinture qui vient d'être inventé. Ils ont peint le paysage qu'ils habitaient en utilisant les couleurs et les nuances qui leur étaient contemporaines.
La liberté émotionnelle leur vient de l’observation de la nature. Amédée Servin fréquente Barbizon jusqu'en 1855. Lors de ces séjours, il a rencontré le propriétaire des lieux : Théodore Rousseau, Jean-François Millet, Narcisse Diaz, mais aussi Paul Huet, Eugêne Decan, Jules Thépaut. Ces artistes ont ensuite fréquenté la Vallée du grand Morin, en même temps que Franck Cinot. Après de nombreux séjours dans différentes régions de France, dont la Bretagne, l'Auvergne, la Normandie, Amédée Servin revient à Paris et se marie en 1857.
Ses deux élèves principaux furent Franck Cinot et Francisque Chatelain, qui fit venir son ami Camille Corot à Crécy. La peinture de Franck Cinot s'inscrit dans la continuité de ces maîtres, tout en développant son propre style.
Le cercle de Villiers
Le dix-neuvième siècle est caractérisé dans l'histoire de la peinture par la multiplication des foyers d'arts locaux. Il y en a eu un peu partout en France. Trois sont bien connus du public : Barbizon, où Claude Marumo, un spécialiste du dix-neuvième siècle, recense environ 600 peintres ; Honfleur, parce qu'il fut le berceau de l'impressionnisme et Pont-Aven. Dans ces trois « écoles », il s'est toujours produit quelque chose de marquant à une date donnée. Par exemple, la présence de Gauguin à Pont-Aven, et de ses amis, à partir de 1886, en firent le point de départ d'une révolution picturale, alors que le foyer de Pont-Aven était fréquenté bien avant par de nombreux peintres français et étrangers, autour de l'auberge de Marie-Jeanne Gloanec.

Pour le « cercle de Villiers », ce fut autour de l'auberge « le Souterrain » et de son tenancier, M. Douet, que s'organisèrent les artistes. Beaucoup de ces foyers de peintres s'organisaient autour des auberges (et surtout des aubergistes généreux) où les peintres trouvaient le gîte et le couvert.
En 1857, Amédée Servin fut le premier qui partit à la découverte des paysages briards, sur les conseils de son ami Alexis Ledieu, qui habitait Quincy-Voisins. Il ne devait y rester que quelques jours mais, charmé par les paysages, décida de s'y installer. Il logeait à l'auberge de Villiers (dite « le Souterrain ») car les auberges étaient moins chères que les hôtels pour les peintres désargentés[11]. Henry Ego le raconte[12] :
Sabine Gervais et René Blaise[13] :
Un foyer artistique prolifique

Villiers-sur-Morin devient un cercle intellectuel et amical artistique[14], tout au long de la seconde moitié du XIXe siècle, jusqu'à la veille de la Première Guerre mondiale.
Les artistes qui y séjournaient ne faisaient pas forcément partie du même courant artistique. Les paysagistes étaient les artistes les plus représentés, d'autres ne venaient que par amitié avec Amédée Servin, et non pour peindre.
Paul Baudry, Jacques Henner, Eugène Decan et Henri Otolle-Delage s'installent à Saint-Germain-sur-Morin, Crécy-la-Chapelle et Villiers-Morin, où Amédée avait établi son cercle artistique. Vincent Van Gogh, Henri de Toulouse-Lautrec, Suzanne Valadon et Émile Bernard ont également été invités à séjourner dans la région par Albert Grenier, peintre estimé, et son épouse, la célèbre mannequin Amélie Sans. Dans leur demeure de Villiers, ils organisaient des soirées « parisiennes ».
Deux générations de peintres ont fréquenté Villiers. La première était liée à un camarade de classe de Servin, né vers 1830, attiré par la réputation de ce lieu. La deuxième génération avait environ 20 ans de moins, nés vers 1850 (Guéry, Smitt, Prévot-Valéry…). Tous sont d'illustres paysagistes.
Cinot, l'enfant du pays
Frank Cinot, élève de Veron et de Servin, était peut-être le plus briard de tout le cercle. Il est né à Saint-Martin-les-Voulangis (devenue Voulangis en 1887) juste à côté du pont Dam’gilles. Son père fréquentait déjà le cercle de Villiers et Amédée Servin. Il côtoya toutes les générations qui s'y succédèrent.

C'était un peintre profondément créçois même s'il fit son apprentissage dans ce cercle diversifié et hétéroclite.
Deux des œuvres de Frank Cinot intitulées La Grosse Roche de Serbonne et Le Chemin vert à Villiers, font partie de la collection des tableaux du musée de Crécy appartenant à la mairie de la ville. Le livre référence de Pierre Satet sur les peintres de la vallée du Morin, est illustré de photographies prises à la mairie, par monsieur Mathias (ancien photographe, lui aussi créçois). Ses œuvres sont dispersées dans diverses collections, jusqu'au États-Unis, mais il reste le peintre du pays créçois[15].
Cinot est connu pour ses paysages champêtres et ses scènes de chasse à courre. Influencé par l’école de Barbizon, il sût développer son propre style ; il se caractérise par des couleurs vives et une technique de peinture en plein air. Ses peintures sont décrites comme lumineuses et joyeuses, avec une attention particulière portée aux détails de la nature dans cette région pittoresque. La beauté de la rivière, les paysages vallonnés, les champs agricoles environnants, et les villages ont captivés son âme d'artiste.
D’autres peintres, tant académiques qu'issus de l'école de Barbizon, lui ont succédé.
La Vallée du Morin, un lieu qui forge l'identité de Franck Cinot

On peut voir dans l’œuvre du peintre[16], le débit serein d'une rivière, accompagné de la présence réconfortante de berges ombragées et de la vue de vastes champs de céréales et de chevaux ou de vaches aux pâturages. Il crée l'illusion d'être dans un monde éloigné de l'agitation de la ville de Paris. Seuls quelques pavillons modernes, stratégiquement positionnés aux abords des villages desservis par le train, rappellent en douceur la proximité de la capitale et la présence « des parisiens» dans ce décor rural. L'époque en effet est marquée par les débuts du tourisme qui se développe grâce aux progrès ferroviaires[17]. Les villes facilement accessibles par le train deviennent des lieux de villégiature pour la journée ou la semaine[18]. Loin des bruits de la ville, on s'y adonne aux parties de campagne qui seront illustrées par de nombreux peintres. La mode est aux canotiers et aux promenades à pieds ou en barque. La gare de Crécy est d'ailleurs depuis sa construction le point de départ de nombreuses randonnées richement documentées[19]. Les centres historiques de ces villages sont restés pratiquement inchangés, préservant leur charme au fil du temps. Un effet particulièrement visible à Crécy-la-Chapelle et à Villiers sur Morin, où la majorité des peintres de renom ont vécu et ont créé leurs chefs-d'œuvre. Surnommée la "Venise Briarde", Crécy-la-Chapelle est traversée de cours d'eau bordés et de nombreux lavoirs. Ces cours d'eau sont constitués soit de bras de la rivière Grand Morin, soit d'anciennes tranchées autrefois creusées sous les murs de la ville et aujourd'hui remplies d'eau : les brassets. Il existe de nombreux vestiges des anciennes fortifications qui entouraient autrefois la ville, et qui sont toujours visibles[16].

Sur l'ancienne route de Meaux, se trouvent des vestiges de murs, de tours et d'une porte qui existent depuis l'Antiquité. À la fin du XIXe siècle, un beffroi fut ajouté au sommet de ces structures. Pour inspirer les artistes, on y trouve des ponts qui sont disséminés dans toute la région, offrant des vues pittoresques sur les voies navigables, des moulins historiques, des tanneries, des bateaux lavoirs et ses monuments remarquables comme l'église Saint-Georges du XVIIIe siècle. La ville semble cernée de gracieux saules pleureurs vus des berges de la rivière. Les rues tranquilles sont ornées d'élégants hôtels particuliers, dont l'hôtel de ville, abrité au cœur de ce réseau. Aux portes du village, la collégiale Notre-Dame de l'Assomption, construite entre le XIIe et le XVe siècle, témoigne de la riche histoire de la région. Pour offrir une autre perspective de Crécy, beaucoup d'artistes ont représenté la vallée depuis le Morin : ses barques, ses lavoirs, ses lavandières ; une manière agréable et rafraîchissante de découvrir la région. Derrière les extérieurs modestes des nombreuses maisons se cachent de magnifiques jardins et terrasses qui s'étendent jusqu'aux rives des canaux.
« La création de l'embranchement ferroviaire Esbly- Crécy, en 1902, et surtout le développement de la circulation automobile ont été, au XXe siècle, des facteurs importants d'accroissement d'activité et de population. Souhaitons cependant que Crécy parvienne à conserver son individualité en demeurant, en dehors de la banlieue, à une heure de Paris, la résidence appréciée où l'on retrouve chaque soir l'air doux, le silence, la détente et, aux jours de loisirs, les promenades et les divertissements »[20]

Villiers-sur-Morin offre une ambiance tout aussi délicieuse et tranquille, mais avec une esthétique complètement différente. Contrairement à son homologue entourée d'eau, ce village est non seulement situé le long du Grand Morin, où se trouvent d'élégantes villas, il possède également un centre historique niché dans le versant de la vallée. Les rues du village peuvent être assez raides, ornées de maisons plus rustiques et moins raffinées. Étonnamment, il y a même des fermes et des prairies disséminées dans le centre-ville, contribuant ainsi à l'atmosphère générale de campagne. La présence d'un petit ruisseau qui serpente entre les maisons, descendant du flanc de la colline, renforce encore cette impression rurale. Les promenades en forêt permettent de découvrir des trésors du néolithique.

Décédé trop tôt, il n'y a pas plus de 54 œuvres connues de Franck Cinot, répertoriées à ce jour dans des collections privées ou publiques en France comme à l'étranger. L'un des plus grands collectionneurs de Franck Cinot fut M. Jean-Claude Cinot, décédé en septembre 2023 à Pourrain (Yonne), et qui rassembla de nombreuses œuvres de l'artiste tout au long de sa vie.
