Dès ses débuts, Françoise-Hélène Jourda, diplômée en 1979 de l’École d'architecture de Lyon, prend conscience de l’importance de construire des bâtiments responsables et de qualité[3].
En militante précoce de l'écologie, elle oriente naturellement son travail vers une architecture environnementale, dénommée alors «architecture solaire» ou «écologique», dont les pays nordiques et germaniques sont les précurseurs.
À Lyon Françoise-Hélène Jourda s'associe avec Gilles Perraudin; tous deux plaident pour une architecture économe en matière et en énergie, attentive aux nouvelles aspirations sociales et aux nouveaux modes de vie et de travail[4].
Un premier concours en 1979, «Pour un habitat économe en énergie» leur permet de mettre en pratique leurs recherches. Suivent des réalisations, d'abord modestes, telles une maison à Saint-Péray en Ardèche en 1981 ou quatre maisons en pisé à l'Isle-d'Abeau en Isère (1981-1984).
Influencés par l'œuvre de Jean Prouvé et par leur collaboration avec Peter Rice et Norman Foster, ils sont sensibles à la «nature des matériaux» et consacrent une grande part de leurs recherches aux logiques constructives. Cette démarche de synthèse - souvent comparée à celle de l'Australien Glenn Murcutt – s’exprime dans la réalisation d'équipements publics. À Lyon, ils réalisent l’École d'architecture en 1987 et la Cité scolaire internationale en 1989.
Françoise-Hélène Jourda, qui a beaucoup appris des scènes nordiques et germaniques – son maître reste Ralph Erskine – y est rapidement reconnue.
La construction en Allemagne de l'académie de formation du ministère de l'intérieur du Land de Rhénanie-du-Nord-Westphalie en Herne-Sodingen, achevé en 1999 après huit années de recherches et d'études, marque une nouvelle étape dans sa carrière. Ce bâtiment devient rapidement une référence en matière de haute qualité environnementale.
Le principe est celui d’une «boîte en verre»: une serre de 13 000 m2 (72 m × 168 m) abrite les divers éléments du programme. Ces constructions totalement indépendantes de la serre sont construites de façon simple, comme des espaces intérieurs: l’effet tampon créé par la serre permet de réduire considérablement les déperditions d’énergie, ils sont donc plus économiques et autorisent par la simplicité de leur construction et de leurs matériaux toute modification et adaptation ultérieure.
Sous ce parallélépipède, protégé des intempéries, est créé un micro-climat de type méditerranéen, tempéré toute l’année et contrôlé grâce à une large ventilation naturelle, des bassins avec brumisateurs, des voiles d’ombrage(…).
L’intégration au bâtiment d’un «champ solaire» de 10 000 m2 de cellules photovoltaïques, qui protège la serre de l’ensoleillement et évite des effets de contre jour, fait du bâtiment une des plus grandes centrales solaires au monde.
Pour Françoise-Hélène Jourda, l’architecte n’est pas seulement un créateur mais aussi un acteur du développement à part entière, un citoyen plus responsable qu’un autre. C'est dans ce sens qu'elle a remis en , en préambule au «Grenelle de l'Environnement», un rapport sur la prise en compte de l'écologie dans la construction.
Après avoir enseigné à Lyon, à Oslo, à l’université du Minnesota, à l’École polytechnique de Londres, à l’université technique de Kassel, Françoise-Hélène Jourda occupe depuis 1999 la chaire d’écologie architecturale à la Technische Universität de Vienne[3].
En 2004, elle est commissaire de l’exposition du Pavillon Français de la Biennale de Venise dont le thème est Métamorphoses durables. Elle réunit une quinzaine d'architectes pour imaginer la ville de Paris dans 10, 20 et 60 ans[3].
Le travail de Françoise-Hélène Jourda est présenté dans de nombreuses expositions en France ainsi qu’à Londres, Chicago, Rotterdam, Berlin et en 2005 au MOMA de New York.
Le développement durable est l'objectif affiché de son travail d'architecte et d'enseignante. Consciente de la situation particulière de la France sur ce terrain de l’architecture durable, elle crée EO.CITE, société de conseil en architecture et urbanisme qui a pour vocation d’accompagner tous les acteurs du projet (maîtres d’ouvrage, élus et citoyens) sur le développement durable[5].
En 2007, elle est chargée de missions de conseil auprès du cabinet ministériel de Jean-Louis Borloo pour le Grenelle de l'environnement[3]. Elle est membre du comité d'experts de l'Observatoire de la ville[6].
En 2013, elle livre des logements sociaux basse consommation (BBC) à Vitry-sur-Seine. Elle livre également la réhabilitation de la Halle Pajol, qui est le premier bâtiment à énergie positive de Paris[3].
À Nantes, l'immeuble de bureaux qui abrite les services de Loire-Atlantique Développement, réalisé par Forma6 en 2016 prend le nom de Françoise-Hélène Jourda. La façade de l'immeuble est en chaume, le toit est végétalisé[10].
1999: European Solar Prize, Prize for Solar Building, prix européen solaire, remis pour l’académie de formation à Herne-Sodingen, Allemagne
2000: Holzbaupreis, prix de construction en bois de la Rhénanie-du-Nord-Westphalie, Allemagne, remis pour l’académie de formation à Herne-Sodingen, Allemagne
2000: Grande Médaille d’argent de la Fondation Le Soufaché, remise pour toute son œuvre
Julie André-Garguilo, Stéphanie Bouysse-Mesnage, Béatrice Durand et et al., Elles construisent #1, Paris, Maison de l'architecture Île-de-France, , 80p.
: document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.
Bibliographie
Jourda et Perraudin, Exposition, Paris, Institut français d'architecture, Liège, Mardaga, 1993, 205 p., ill. (ISBN2-87009-542-2)
Françoise-Hélène Jourda et Gilles Perraudin; photographies de Georges Fessy, École d'architecture de Lyon: Vaulx-en-Velin, Paris, Éditions du Demi-cercle, 1990, 69 p., ill. (ISBN2-907757-23-7)