Gabriel Zucman
économiste français
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Gabriel Zucman, né le à Paris, est un économiste franco-américain.
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Claire Montialoux |
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(en) gabriel-zucman.eu |
| Distinctions | Liste détaillée Prix Bernacer () Prix du meilleur jeune économiste de France () Carnegie Fellow (d) () Lauréats Clarivate des chercheurs les plus cités (en) () Médaille John-Bates-Clark () Membre associé de la Société d'économétrie () |
Le Triomphe de l'injustice - Richesse, évasion fiscale et démocratie (d) |

Docteur en sciences économiques de l’École des hautes études en sciences sociales en 2013, il enseigne un temps l'économie à la London School of Economics, puis devient professeur à l'université de Californie à Berkeley à partir de 2019. Il est également professeur à l’École normale supérieure (Paris) depuis 2023. Depuis , il est également directeur de l'Observatoire européen de la fiscalité à PSE - École d'économie de Paris.
Il est notamment connu pour ses travaux sur les inégalités sociales et de revenu et les paradis fiscaux, ainsi que pour sa proposition de « taxe Zucman », une nouvelle imposition mondiale minimale, sur le patrimoine des grandes fortunes. Celle-ci vise selon ses travaux à corriger l'optimisation fiscale et rétablir un principe d’égalité devant l’impôt.
Biographie
Famille
Né le à Paris, Gabriel Zucman est le fils de deux docteurs en médecine[1]. Il est le petit-fils de la médecin Élisabeth Zucman[réf. nécessaire] et le neveu de la médecin et chercheuse Jessica Zucman-Rossi[réf. nécessaire]. Il est de nationalité franco-américaine[2].
Études et formation
Il réussit le concours en sciences sociales de l'École normale supérieure Paris-Saclay en 2005, après une classe préparatoire B/L au lycée Henri-IV à Paris[3]. Il étudie à la Paris School of Economics et y obtient le master Analyse et politique économique en 2008[4].
Il cofonde pendant ces années la revue Regards croisés sur l'économie, dont il est rédacteur en chef de 2006 à 2013[5]. Il obtient un doctorat en sciences économiques à l'École des hautes études en sciences sociales (EHESS) en 2013. Il rédige sa thèse Trois essais sur la répartition mondiale des fortunes, sous la direction de Thomas Piketty[6].
Parcours professionnel
En 2008, il travaille « le jour de la faillite de Lehman Brothers » chez la société d’investissement Exane en rédigeant des notes analytiques[7].
Il effectue également plusieurs semaines de stage au service Argent du magazine Challenges alors qu'il est encore étudiant[8].
Après avoir effectué un post-doc à l'université de Californie à Berkeley en 2013-2014, il enseigne l'économie à la London School of Economics (LSE) de 2014 à 2015 et y poursuit ses recherches avec Thomas Piketty. Il retourne ensuite à l'Université de Californie à Berkeley où il est nommé professeur associé en 2019. Il y dirige un « Stone Center » adossé au département d’économie financé par James Stone, un millionnaire, dont la fortune provient de son activité dans les assurances[9],[10]. En 2023, il est élu professeur au département d'économie de l'École normale supérieure de la rue d'Ulm et dirige le « Stone Center » de la Paris School of Economics[4],[9],[11].
Il est également chercheur affilié au Centre for Economic Policy Research (CEPR) depuis 2014 et au National Bureau of Economic Research (NBER) depuis 2015[4]. De 2017 à 2018, il est professeur invité à l'université Stanford[12].
En 2019, il est pressenti pour un poste de professeur titulaire à l'université Harvard. Selon certains médias, sa candidature aurait suscité des débats internes liés à la portée de ses travaux sur les inégalités[13]. D’après l’économiste Dani Rodrik, « Harvard a effectivement refusé de lui offrir un poste de titulaire malgré le soutien massif du corps professoral en sa faveur, et clairement Harvard a commis une erreur »[13].
Gabriel Zucman est à la tête du Stone Center Summer Institute, université d'été également financée par James Stone, qu'il codirige avec Emmanuel Saez[9].
En , Gabriel Zucman remet un rapport sur la fiscalité des milliardaires à la demande du Brésil, dans le cadre du G20 organisé à Rio de Janeiro. Le texte souligne que « les inégalités de richesse et de revenu compromettent la croissance économique et la cohésion sociale » et recommande des « politiques fiscales efficaces, équitables et progressives »[14],[15].
Autres activités
En , le World Inequality Lab, dont Gabriel Zucman est membre du comité exécutif avec Facundo Alvaredo, Lucas Chancel, Thomas Piketty et Emmanuel Saez[16], publie le World Inequality Report 2018 qui est alors mondialement commenté par la presse[17],[18].
Depuis , Gabriel Zucman est directeur de l’Observatoire européen de la fiscalité, un laboratoire de recherche indépendant hébergé par l'École d'économie de Paris.
Ses travaux sont particulièrement influents parmi les milieux politiques de gauche (La France insoumise le cite régulièrement)[19] et altermondialistes comme Association pour la taxation des transactions financières et pour l'action citoyenne (Attac)[20].
Proposition de taxe dite "Zucman"
Gabriel Zucman préconise une taxe annuelle minimale sur le patrimoine des grandes fortunes qui serait décidée au niveau mondial[21],[22],[23].
La « loi Zucman » — loi intitulée « Impôt plancher sur le patrimoine des ultra-riches » — est une proposition de loi française mettant en œuvre la taxe Zucman votée par l'Assemblée nationale française en première lecture[24],[25],[26] et rejetée par le Sénat en 2025[27],[28],[29]. Elle revient sous forme d'amendement dans le cadre du projet de loi de finances pour le budget 2026, mais est rejetée par l'Assemblée nationale le en raison de l'opposition du bloc central, de la droite et du Rassemblement national[30].
Recherche
Inégalités de richesse et de revenus
Son article le plus cité (2 731 fois entre 2016 et ) dans la littérature économique et scientifique[31], publié en 2016 avec Emmanuel Saez, porte sur l'évolution des inégalités de richesse aux États-Unis entre 1913 et 2012. Les auteurs montrent que la concentration de la richesse y a fortement diminué de 1929 (Crise de 1929) à la fin des années 1970, avant d’augmenter de nouveau. Alors qu'en 1978, les 0,1 % d’Américains les plus riches détenaient 7 % de la richesse nationale, ils en détenaient 22 % en 2012, un niveau comparable à celui de 1929, avant la Grande Dépression[32].
Les auteurs observent également un rajeunissement des détenteurs de grandes fortunes et une part croissante des revenus du travail dans leur patrimoine, par rapport aux années 1960. La richesse détenue par les 90 % les moins riches, en hausse jusqu’au milieu des années 1980, a ensuite décliné régulièrement. Selon Zucman et Saez, deux facteurs principaux expliquent cette évolution : la hausse des revenus les plus élevés et l’accroissement des inégalités de taux d'épargne. Ces résultats, fondés sur l’analyse des données capitalisées de l’impôt sur le revenu, sont cohérents avec d’autres sources statistiques, comme l’Enquête sur les finances des consommateurs et les déclarations de succession[33].
Sa troisième publication la plus citée, publiée en 2014 avec Thomas Piketty, étudie l’évolution à long terme (de 1700 à 2010) des ratios richesse/revenu national dans huit grandes économies développées[34]. Pour quatre de ces pays (États-Unis, Royaume-Uni, Allemagne, France), l’analyse a été étendue au XVIIIᵉ siècle. Ils constatent une hausse généralisée des ratios richesse/revenu depuis les années 1970, passant d’environ 200–300 % à 400–600 % en 2010. Ces niveaux rejoignent ceux observés en Europe avant les deux Guerres mondiales et les politiques de redistribution du XXᵉ siècle. Les auteurs identifient deux grandes causes : la hausse de la valorisation des actifs à long terme et le ralentissement de la croissance de la productivité et de la population, conformément au modèle Harrod-Domar-Solow, selon lequel un taux d’épargne constant accroît mécaniquement ce ratio à long terme[35].
Rapports mondiaux sur les inégalités
Avec une équipe d’économistes, dont Facundo Alvaredo, Lucas Chancel, Thomas Piketty et Emmanuel Saez, Gabriel Zucman est co-rédacteur du World Inequality Report 2018, premier rapport publié par le World Inequality Lab de l’École d'économie de Paris et de l’Université de Californie à Berkeley[36]. Le rapport décrit une augmentation marquée de la part du revenu et de la richesse détenue par les individus les plus riches, tandis qu’une grande partie de la population mondiale voit ses revenus stagner, et relie cette dynamique à des pressions politiques et sociales accrues ainsi qu’à une demande de données comparables à l’échelle internationale[37].
En 2022, Zucman codirige une nouvelle édition du rapport, qui confirme ces tendances et élargit l’analyse aux inégalités de genre et aux inégalités environnementales, tout en explorant des pistes de réformes fiscales internationales[38].
Travaux sur les paradis fiscaux
Les recherches de Gabriel Zucman portent également sur les paradis fiscaux et l’évasion fiscale internationale. Son ouvrage La richesse cachée des nations (The Hidden Wealth of Nations: The Scourge of Tax Havens) a contribué à quantifier la richesse mondiale dissimulée dans les juridictions opaques. Il y estime qu’un peu plus de 7 000 milliards de dollars — environ 8 % de la richesse financière des ménages — sont placés dans des centres financiers offshore, comme la Suisse, le Luxembourg, Hong Kong, les Bahamas ou les îles Caïmans, entraînant pour les États des pertes fiscales de l’ordre de 200 milliards de dollars par an[39].
Zucman fonde ses estimations sur les écarts observés entre les actifs et passifs financiers dans les statistiques internationales, les balances des paiements et les données bancaires, et met en évidence le rôle structurel des paradis fiscaux dans l’évasion fiscale des particuliers et des multinationales[40].
Enfin, sur la mesure de la « richesse manquante » mondiale, Zucman a publié un article académique quantifiant la part de patrimoine financier des ménages détenue dans les paradis fiscaux (de l’ordre de 8 %) et discutant ses implications pour les positions extérieures nettes des pays riches[41].
Réception critique
Selon le magazine d'opinion conservateur National Review[42],[43], lorsque Zucman publie ses statistiques dans le New York Times en 2019, plusieurs économistes[Lesquels ?] remarquent une anomalie dans ses calculs. Ses calculs partaient du principe que les actionnaires fortunés supportaient l'intégralité du fardeau de l'impôt sur les sociétés. En faisant abstraction du fait que l'incidence de l'impôt sur les sociétés se répartit sur divers acteurs économiques, Zucman surestime considérablement la charge fiscale estimée pesant sur les Américains fortunés au milieu du XXe siècle, lorsque les taux d'imposition fédéraux sur les sociétés étaient bien plus élevés qu'aujourd'hui ce qui revient à surestimer la situation des hauts revenus « avant », ce qui exagère la comparaison des taux d'imposition avant et après[réf. nécessaire]. Zucman procède à la même pour le bas de l'échelle des revenus en excluant volontairement de ses calculs le crédit d'impôt pour revenu gagné et le crédit d'impôt pour enfant. Omettant ces crédits remboursables, ses statistiques surestiment – de près de deux fois – les taux d'imposition des 20 % les moins bien payés[réf. nécessaire]. Selon des méthodes comptables plus conventionnelles, les 0,001 % les plus riches ont payé environ 42 % d'impôts en 1964 et 41 % en 2014, ce qui suggère que le taux d'imposition global des ultra-riches est resté pratiquement inchangé durant cette période[44].
D’autres économistes, notamment Gerald Auten (U.S. Department of the Treasury) et David Splinter (Joint Committee on Taxation), publient une étude indépendante[45] contestant les conclusions de Zucman et Saez.
Une controverse oppose Summers et Sarin à Zucman et Saez en 2019. Elle concerne la recette fiscale estimée d'un impôt sur la fortune proposée par la sénatrice américaine Elizabeth Warren, prévoyant de taxer les fortunes à un taux de 2 % au-delà de 50 millions de dollars et de 1 % supplémentaire au-delà d'un milliard de dollars. Zucman et Saez ont estimé que cette taxe permettrait de collecter 212 milliards de dollars en 2019, ce à quoi Sarin et Summers répondent qu'elle ne permettra des recettes fiscales que de 25 milliards de dollars. Zucman et Saez y ont répondu en soulignant que leurs contradicteurs n'ont pas pris en compte les mesures visant justement à empêcher l'évitement de l'impôt dans la proposition de loi de la sénatrice Warren[46]. Toujours selon National Review[réf. nécessaire], Gabriel Zucman, peu avant sa déclaration médiatique de 2019 [Laquelle ?], aurait "discrètement supprimé les données contradictoires de son site web", ce qu'aurait soulevé un économiste polonais, Wojciech Kopczuk, par une publication sur son compte Twitter. Par la suite, l'ancien secrétaire au Trésor Larry Summers déclare être « convaincu à environ 98,5 % par les critiques de [Zucman] [que les données étaient] substantiellement inexactes et substantiellement trompeuses[44] ».
Pour l’Institut de recherches économiques et fiscales (Iref), un think tank libéral, « l’imposition sur le capital est hautement supérieure à ce que prétend Gabriel Zucman »[47].
Dans une interview au quotidien The Sunday Times en date du , le milliardaire français Bernard Arnault déclare que Gabriel Zucman serait « un militant d’extrême gauche » qui cherche à « mettre à terre l’économie française »[48]. « La fébrilité n’autorise pas la calomnie », rétorque alors Gabriel Zucman, qui lui demande de mener le débat « dans le respect de la vérité et des faits »[49]. Le , un collectif de chercheurs parmi lesquels Olivier Beaud, Philippe Descola, Jean-Louis Fabiani, Antoine Lilti, Pierre Rosanvallon signe une tribune dans le quotidien Le Monde pour soutenir Gabriel Zucman [50].
Engagement politique
Gabriel Zucman a conseillé les candidats démocrates Elizabeth Warren et Bernie Sanders lors de l'élection présidentielle américaine de 2020[51].
Dans le cadre des élections législatives françaises de 2022, il co-signe une tribune soutenant le programme économique de la Nouvelle Union populaire écologique et sociale (NUPES)[52].
Distinctions
En , le journal Le Monde et le Cercle des économistes lui attribuent le prix du meilleur jeune économiste de France[53],[54]. Lors de la réception de son prix à la Banque de France, il tient un discours critique à l’égard des banques d'affaires et de la finance de marché[55].
En , il reçoit le prix Bernacer pour l'année 2018, récompensant ses recherches sur les inégalités et les effets redistributifs de la mondialisation[56],[57],[58].
En , selon un classement RePEc basé sur la notoriété des travaux publiés (citations, téléchargements, etc.), il figure parmi les premiers économistes mondiaux de sa génération[59].
En , il est nommé Andrew Carnegie Fellow[60],[61].
En , il reçoit la médaille John-Bates-Clark pour ses travaux consacrés à l’évasion fiscale et à la montée des inégalités[62],[63].
En , il est désigné Citation Laureate par Clarivate, distinction attribuée à des chercheurs dont l’influence est jugée « de rang Nobel »[64],[65].
En , il est élu Fellow (membre associé) de la Société d'économétrie[66].
En , il est désigné par Clarivate comme chercheur extrêmement cité, dans une liste mondiale de 80 économistes parmi les plus cités par leurs pairs[67].
En , Politico Europe le classe 15ème parmi les personnalités les plus influentes sur la politique et les futures priorités européennes pour l'année 2026[68]. Le classement lui donne le titre de chasseur de milliardaire[69] et le place devant le Président Emmanuel Macron[70].
