Galerie espagnole
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La Galerie espagnole, aussi appelée « Musée espagnol » a été fondée au sein du Palais du Louvre sur décision du roi Louis-Philippe Ier en 1838.
Jusqu'à la Révolution française, l'art espagnol est peu exposé en France. Il fait son apparition au Louvre avec les guerres napoléoniennes et l'importante politique de saisies dirigée par Dominique Vivant Denon. Ces œuvres sont toutefois renvoyées hors de France à la suite du Congrès de Vienne (1814-1815).
Louis-Philippe va donc prendre, vers 1835, la décision de fonder une galerie de peinture espagnole au sein du Louvre. Ses motivations sont doubles. Tout d'abord, il cherche à renouer le contact avec la dynastie espagnole de Bourbons (les relations ayant été mises à mal par l'occupation napoléonienne) et ainsi se placer dans la filiation de la grande famille royale européenne afin de légitimer son pouvoir. Deuxièmement, il veut faire de la peinture espagnole, l'outil d'un renouveau d'inspiration de la peinture française. En effet, depuis l'émergence du romantisme et sa reconnaissance officielle, est apparu le besoin de nouvelles sources d'inspirations, loin de l'Italie antique et néoclassique.
En parallèle d'un goût très affirmé pour le passé national, comme l'illustre la Galerie des Batailles, les peintres français vont donc se tourner vers cette nation qui offre de nouvelles possibilités et est un exemple de réalisme extrême (on pense aux portraits de nains de Vélasquez).
Pour concrétiser ses achats, le baron Taylor est accompagné en Espagne par les peintres Blanchard et Adrien Dauzats ainsi que par le mouleur Vallet.
Création de la galerie

À partir de 1810, l'Espagne est bouleversée par l'occupation et la répression française ; vont s'ensuivre des problèmes d'instabilité et de succession. La mise en place de ministres libéraux conduira à la sécularisation des ordres religieux, permettant la sortie hors du territoire espagnol des nombreuses œuvres de leurs collections. Les marchands européens vont donc se précipiter en Espagne ; Louis-Philippe profitera de cette situation.
En 1835, il finance une « mission artistique » dirigée par le baron Isidore Taylor (commissaire royal du Théâtre-Français, c'est-à-dire administrateur général de la Comédie-Française) chargée de constituer rapidement une importante collection de peinture espagnole. Taylor connaît l'instabilité politique espagnole et les opportunités qu'elle représente, il acquiert donc un ensemble colossal de plusieurs centaines de tableaux s'étalant des primitifs (XVe siècle) au Siècle d'or espagnol pour la somme énorme d’un million-trois-cent-mille francs. S'il va s'appliquer à élaborer une collection prestigieuse et représentative, la majorité des œuvres sont quasiment inconnues du public car issues des collections religieuses : les grands chefs-d'œuvre réputés de la peinture espagnoles appartenant aux collections royales. La galerie se concentre sur la réunion de peintures espagnoles; néanmoins, on y trouve aussi un ensemble de moulages de monuments célèbres de l'Espagne.
La « Galerie espagnole » est ouverte le [1] à grand renfort de publicité et de propagande royale. Louis-Philippe va en effet insister sur le fait que la collection a été acquise sur les fonds personnels du roi, provenant toutefois de la liste civile[2]. De nombreux tableaux vont susciter l'admiration du public, parmi les 81 alors attribués à Zurbaran, tel le Saint François en méditation conservé à la National Gallery de Londres[3], qui saisissent les Romantiques par leur naturalisme[4], mais aussi les 39 Murillo, 28 Ribera, 23 Cano, 19 Velasquez, 13 Herrera le Vieux, 9 Le Greco ou 8 Goya[1]. Néanmoins, sur les 28 tableaux attribués à Ribera, seuls sept ont été confirmés de sa main. De Velázquez on trouve le Portrait du prince Baltasar Carlos de la Wallace Collection, mais surtout des toiles non autographes ou des répliques et, en regard des Murillo de la Collection Soult acquises en compensation par le Louvre en 1852, la contribution du maître sévillan à la Galerie espagnole est relative, contrairement aux œuvres de Goya, qui demeure cependant représenté au Louvre de manière inégalée hors des musées espagnols, de Zurbaran ou du Greco, qui en revanche n'y est plus représenté que par trois peintures.
La collection qui présente plus de 450 toiles est cependant critiquée pour son manque de lisibilité et sera considéré comme un « joyeux mélange ». Taylor a en effet envoyé en masse les tableaux, sans sélection préalable, et personne n'a, au Palais du Louvre, les connaissances suffisantes pour effectuer une telle sélection. Les grands maîtres, tels Murillo et Zurbaran (les quatre peintures de La Vie du Christ de la chartreuse de Jerez au Musée de Grenoble), côtoient donc des peintres tels que Juan de Valdés Leal (10 peintures), Alonso Sánchez Coello (9 peintures), Pedro Orrente (8 peintures), Luis Tristán (6 peintures), Juan Carreño de Miranda (5 peintures), Luis de Morales (3 peintures), Francisco Pacheco (2 peintures), Juan Pantoja de la Cruz (2 peintures), Antonio de Pereda (2 peintures), Juan Ribalta (2 peintures), Francisco Collantes (1 peinture) ou Juan Bautista Martínez del Mazo (1 peinture) et d'autres beaucoup moins importants. Précisons que sur ces centaines de toiles à peine une dizaine sont issues des collections royales préexistantes, qui comprenaient des Vélasquez ou Le mendiant de Murillo, vers 1645, issu des collections de Louis XVI[5].
Hormis les grands maîtres de référence précités, cette galerie va être l'occasion de l'exposition d'artistes jusqu'alors mal connus car ne correspondant pas au goût de l'époque, comme Le Greco (Le Christ en Croix adoré par deux donateurs, le seul tableau revenu au Musée du Louvre après avoir été racheté en 1908 à la ville de Prades). Notons enfin la présence notable de Francisco Goya (Les Jeunes et Les Vieilles[6] conservées au Musée des Beaux-Arts de Lille, La Forge, New-York, Frick Collection, le Portrait de la duchesse d'Albe en noir, New-York, Hispanic Society ou Les Majas au balcon, collection privée), un peintre connu des élites (Vivant Denon possédait l'un de ses recueils et Delacroix l'a énormément copié[7]) mais probablement pas du public[8].

