Georges Masselot
officier français
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Georges Masselot (1911 - ) est un militaire français.
Il participe au putsch d'Alger de 1961, qui lui vaut une condamnation à huit ans de détention criminelle, avant d'être réhabilité en 1984.
Georges Fernand Henri Masselot, né le à Makthar (Tunisie) et mort le à Pau (Pyrénées-Atlantiques), est un officier parachutiste français de la Légion étrangère, ayant servi sans interruption au combat de 1939 à 1961. Il est notamment connu pour sa participation au putsch d'Alger de 1961, qui lui vaut une condamnation à huit ans de détention criminelle, avant d'être réhabilité en 1984.
Issu d'une famille pied-noir de Bougie, il intègre Saint-Cyr en 1930 et rejoint la Légion étrangère en 1936[1]. De 1939 à 1961, il est sans interruption au combat : France (1940), Tunisie (1943), Provence, Alsace et Allemagne (1944-1945), puis trois séjours en Indochine (1946-1955) et la guerre d'Algérie (1955-1961). Il totalise trente années de service, trois blessures au feu et quinze citations dont dix à l'ordre de l'Armée[2].
Jeunesse et formation
Georges Masselot naît le à Makthar, en Tunisie. Son père, Ferdinand, né à Bougie en 1867, est contrôleur civil de la région. Sa mère, née Jeanne Choisnet, est originaire de Dellys (1875). Son grand-père paternel, officier de marine, avait été le créateur du port de Bône[3]. La famille Masselot est donc implantée en Algérie depuis cinq générations[4].
Après ses études à Tunis et Bizerte, puis quatre années d'internat, il opte pour le prytanée militaire de La Flèche. Trois ans plus tard, il entre à l'École spéciale militaire de Saint-Cyr, promotion Mangin (1930-1932)[5].
Le jeune pied-noir de dix-neuf ans qui intègre Saint-Cyr a déjà le fort caractère qui va s'exprimer tout au long de sa carrière. En 1935, à Sarrebourg, il inflige une correction à un individu qui insultait l'Armée française dans un bar, ce qui lui vaut trente jours d'arrêt de forteresse[2].
De 1932 à 1936, il sert comme sous-lieutenant au 25e régiment de tirailleurs algériens à Sarrebourg. En , sur sa demande, il est affecté au 1er régiment d'infanterie à Géryville dans le sud-oranais. Il effectue ensuite un séjour en Syrie puis au Liban avant de rejoindre la Légion étrangère en 1936[4].
Seconde Guerre mondiale
Blessure de 1940
En 1939, le lieutenant Masselot est au 2e bataillon du 12e REI. En , il est très grièvement blessé à Nanteuil-sur-Marne, sur le front de la Marne, en secourant un de ses légionnaires[2]. C'est durant sa convalescence à l'hôpital qu'il apprend, en , le bombardement de la flotte française à Mers el-Kébir par les Britanniques — événement qui forge durablement son antigaullisme[2].
Armée d'Afrique et Libération
Après sa convalescence, il rejoint l'Armée d'Afrique et le Régiment de marche de la Légion étrangère (RMLE). En , lors de la campagne de Tunisie, il est à nouveau blessé lors des combats du Pont de Phas. Malgré sa blessure, il s'illustre en capturant un véhicule ennemi et en ramenant 200 prisonniers dans les lignes françaises[4].
Après une année d'hospitalisation, il retrouve le RMLE en et s'illustre lors des durs combats de la libération des Vosges. Il participe ensuite au débarquement de Provence, remonte la vallée du Rhône, fait la campagne d'Alsace et la campagne d'Allemagne[2].
Le , le capitaine Masselot est fait chevalier de la Légion d'honneur à titre exceptionnel et décoré sur le front des troupes, en Allemagne, par le général de Gaulle en personne. L'accolade du général lui fera déclarer plus tard « qu'il y a à la guerre des épisodes insupportables… »[2].
Guerre d'Indochine
Premier séjour (1946-1948)
La guerre terminée, le RMLE, devenu 3e REI, repart pour l'Indochine dès 1946. Masselot y effectue un premier séjour de deux ans, marqué par quelques frictions avec le général Monclar. Le capitaine est déjà connu, redouté ou apprécié pour son franc-parler et son caractère bien affirmé[3].
Formation des parachutistes légionnaires (1949-1950)
Rentré en Algérie, il se fait breveter parachutiste à Philippeville en 1949. Il participe naturellement à la création des unités para-Légion et prend la tête du 3e BEP à l'été 1949. Il est ensuite désigné pour commander le 1er BEP en 1950, mais l'anéantissement du bataillon à Coc Xa annule cette mutation[2]. En 1949, il séjourne également au 4e étranger basé à Fès, puis stationne à Fort-National en Kabylie[3].
Deuxième séjour : Hoa Binh (1951-1953)
En 1951, Masselot repart en Indochine à la tête du 1er bataillon du 5e REI. En , lors des combats de Hoa Binh, le général Salan, commandant en chef, décide le repli du camp retranché face à trois divisions Viêt-minh commandées par Giap. Masselot et son bataillon ont la charge de tenir la tête de pont pour couvrir l'évacuation des troupes françaises. Le à la nuit, le décrochage commence ; tout est terminé à 12h15. Masselot fixe l'ennemi avec quelques hommes et décroche en dernier sous les obus de 105[5]. Son bataillon, prévu pour être sacrifié, ne compte que quatre morts. Il est accueilli au champagne par le colonel Gilles[3]. Pour ce fait d'armes, il est promu officier de la Légion d'honneur à titre exceptionnel[4].
Proposé au grade supérieur par le général de Linares, Masselot, qui a contesté plusieurs décisions périlleuses pour ses hommes, doit attendre un an sa promotion[3].
Troisième séjour : Diên Biên Phu et reconstruction du 2e BEP (1954-1955)
En , il rentre en Algérie comme commandant en second du 3e BEP à Sétif. En Indochine, la situation se dégrade : Diên Biên Phu est encerclé. Le commandant Paul Dussert, chef de corps, refuse d'être parachuté dans la cuvette ; Masselot est désigné pour le suppléer. En raison de problèmes d'effectifs, le bataillon n'embarque pour l'Indochine qu'à la fin et n'arrive qu'après la chute du camp retranché le [2].
Masselot est alors chargé de reformer le 2e BEP entièrement décimé lors de l'affrontement. Le 3e BEP fusionne avec le reliquat du 2e BEP et en reprend le numéro, le fanion et les traditions. Masselot crée le Camp Raffali à Saïgon pour y installer le bataillon. Il participe avec ses hommes en képi blanc au dernier défilé du à Hanoï. Le , le fanion reçoit la fourragère de la Légion d'honneur. Dans son ordre du jour, Masselot déclare : « Une épaulette ornée de la fourragère rouge ne peut plus fléchir »[2].
Guerre d'Algérie
Commandement du 2e REP (1955-1958)
Le , le 2e BEP rentre en Algérie et devient 2e REP. Le chef de bataillon Masselot en assure le commandement à titre provisoire, avant de devenir second sous les ordres du colonel de Vismes — celui-ci ne se sentant pas légionnaire, c'est Masselot qui en est le vrai patron pendant deux ans. Les résultats opérationnels sont particulièrement brillants[3].
Le régiment est rattaché à la 25e division parachutiste et écarté de l'affaire de Suez en 1956. Il intervient sans cesse dans le Constantinois et sur la frontière tunisienne. En 1957, Masselot est à nouveau blessé lors d'un accrochage : une balle, après avoir traversé successivement son poste radio, ses jumelles et son stylo, l'atteint à la poitrine. Ces deux derniers objets sont exposés au Musée du 2e REP à Calvi[4].
En , le colonel Lefort succède à de Vismes. Les rapports sont très tendus, Masselot reprochant à Lefort de n'avoir été ni légionnaire ni parachutiste en Indochine. Masselot commande une dernière fois ses légionnaires lors de l'opération des Beni Sbihi, avec un bilan éloquent : 217 fellaghas neutralisés et plus d'une centaine d'armes récupérées. Convoqué dès le lendemain à l'état-major d'Alger, il est muté à Djelfa comme adjoint opérationnel, quittant ses hommes avec l'un des plus beaux bilans de la guerre d'Algérie, réalisé avec un minimum de pertes[3].
Élimination d'Amirouche et Si Haouès (1959)
À Djelfa, Masselot dépend directement du général Salan et dispose en fait d'une autorité sur les colonels de secteur. Sa première mission est de neutraliser le « général » félon Bellounis, promptement réglée. En , il localise le colonel Amirouche, chef de la Wilaya III, et Si Haouès, chef de la Wilaya VI, avec leurs troupes dans le djebel Koraa. Il engage le 6e RPIMa dans l'opération, et pour éviter toute contestation ordonne qu'on lui ramène le corps d'Amirouche : « J'ai bien dit le corps ! ». L'opération est un succès majeur[2]. Le , le commandant Masselot est fait commandeur de la Légion d'honneur à titre exceptionnel. Le , il est promu lieutenant-colonel[2].
Commandement du 18e RCP (1960-1961)
Le , il prend le commandement du 18e régiment de chasseurs parachutistes (18e RCP), héritier du Royal Auvergne, composé essentiellement d'appelés — une première pour cet officier habitué aux professionnels de la Légion. En quelques mois, il en fait l'une des meilleures unités de la 25e division parachutiste, gagnant le surnom de « 3e REP »[2].
La mort de Philippe Masselot
En , son fils Philippe, âgé de dix-huit ans, est tué par erreur au cours d'une opération sur la côte 711 près de Djidjelli, au sein de la compagnie portée du régiment. Né en 1941 à Oran, Philippe avait été breveté parachutiste à seize ans seulement, accumulant les sauts avec le régiment de son père pendant ses vacances scolaires, refusant, en tant que pied-noir, de ne pas contribuer à la défense de sa terre natale. Ce drame affecte profondément le colonel, même s'il n'y paraît pas[4],[2].
Manifestations de décembre 1960
En , lors des manifestations FLN à Alger orchestrées par le délégué général Morin, le colonel Masselot et ses hommes sont envoyés pour rétablir l'ordre[6].
Putsch d'Alger (1961)
Le , le général de Gaulle déclare publiquement que « l'Algérie coûte plus cher qu'elle ne rapporte ». Dans les jours suivants, en liaison avec les généraux Challe et Jouhaud, Masselot participe à la préparation du putsch d'Alger avec les commandants des 1er REC, 2e REP et 14e RCP[2].
Le putsch s'étend du 22 au . Après son échec, fidèle à sa conception de l'honneur, Masselot prend toutes les responsabilités sur lui et demande que son régiment ne soit pas dissous. Il ne sera pas entendu : le , le 18e RCP est dissous. Sa consolation : « son drapeau ne subira pas la souillure du honteux abandon de l'Algérie française »[2].
Transféré en métropole avec ses officiers, il est incarcéré à la prison de la Santé en même temps que le lieutenant-colonel Lecomte commandant du 14e RCP, le lieutenant-colonel de la Chapelle commandant du 1er REC et le commandant Cabiro[7].
Il comparaît devant le Haut Tribunal militaire le et y prononce cette déclaration :
« Je suis né en Afrique du Nord où tous les miens vivent depuis 110 ans. Officiers, fonctionnaires, médecins, les Masselot de cinq générations ont en Algérie un seul bien à défendre : un caveau de famille dans le cimetière de Bougie. […] Je fus amené, personnellement, à prendre l'engagement d'honneur que l'Armée française resterait […] parce que la France l'avait promis… et le drame [c'est que] la lettre de la discipline aurait exigé un reniement de ces engagements alors qu'il n'y a qu'un honneur et qu'une parole d'honneur est la seule chose qui ne puisse se donner à titre temporaire. »
Il est condamné à huit ans de détention criminelle le [8].
Son épouse lui apporte clandestinement un petit morceau du drapeau du 18e RCP, découpé à Vincennes : il ne le quittera plus et sera enterré avec. Transféré à la prison de Clairvaux, il accroche à la porte de sa cellule la pancarte : « À moi Auvergne ! L'ennemi n'est pas loin : 10 km environ dans le Nord-Est » — allusion non déguisée à la situation de Colombey-les-deux-Églises, « À moi Auvergne ! » étant le cri de guerre du 18e RCP héritier des traditions du Royal Auvergne. Il finit son incarcération à Tulle, où il retrouve les principaux acteurs du putsch[2].
Réhabilitation
Le , après cinquante et un mois de détention, Masselot — réduit au grade de 2e classe, déchu de ses décorations et de ses droits civiques — bénéficie d'une grâce amnistiante et est libéré[9]. En , il bénéficie d'une amnistie totale[2].
En 1984, il est réintégré dans son grade avec l'ensemble de ses décorations[2]. Après onze ans dans le secteur immobilier, il prend sa retraite et devient président d'honneur de l'Association pour la mémoire de l'Empire français[2].
Pour son 90e anniversaire, une centaine d'anciens lui rendent hommage à Pau[3].
Bilan de carrière
- Trente années de service actif, sans interruption au combat de 1939 à 1961
- Trois blessures de guerre (1940, 1943, 1957)
- Quinze citations, dont dix à l'ordre de l'Armée
- Commandeur de la Légion d'honneur (à titre exceptionnel, 1959)
Décorations
| Décoration | Obtenue |
|---|---|
| Commandeur de la Légion d'honneur | Décret du 7 juillet 1959 (à titre exceptionnel) |
| Officier de la Légion d'honneur | 1952 (à titre exceptionnel, Hoa Binh) |
| Chevalier de la Légion d'honneur | 7 avril 1945 (à titre exceptionnel, Allemagne) |
| Croix de guerre 1939-1945 | — |
| Croix de guerre des Théâtres d'opérations extérieurs | — |
| Croix de la Valeur militaire | — |
| 15 citations dont 10 à l'ordre de l'Armée | — |
