Gilles Boileau

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Activité
poésie, critique littéraire, traduction littéraire
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Gilles Boileau
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Fauteuil 23 de l'Académie française
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Gilles Boileau, né le à Paris, où il est mort le , est un homme de lettres français des premières années du règne de Louis XIV. Avocat de formation, traducteur du latin et du grec ancien, polémiste redouté et poète occasionnel, élu membre de l'Académie française à vingt-huit ans, il est proche, par ses préoccupations littéraires et érudites, de Molière, d'Antoine Furetière, de Charles Perrault et de deux auteurs hellénistes comme lui, François Cassandre et l'abbé Charles Cotin.

Sa mort prématurée et la longue et brillante carrière de son cadet Nicolas ont sans doute conduit les historiens de la littérature à sous-évaluer sa place dans la vie intellectuelle du Grand Siècle. Si toutes ses œuvres sont aujourd'hui accessibles et consultables en ligne, il n'en existe aucune étude critique et il n'a jamais fait l'objet d'aucune véritable biographie.

Premières publications

Gilles Boileau est l'aîné des six enfants d'Anne de Niélé (1609-1638), fille d'un procureur au Châtelet, et de Gilles Boileau (1584-1657), greffier du conseil de la Grand'Chambre du Parlement de Paris, lequel a déjà dix enfants d'un premier mariage. Deux de ses frères se sont fait un nom dans les lettres françaises : Jacques (1635-1716), auteur de curieux traités de théologie et de morale, et Nicolas, dit Boileau-Despréaux (1636-1711), le satiriste, avec lequel il aura jusqu'à sa mort des relations compliquées.

Avocat au parlement de Paris, Gilles II n'a, semble-t-il, jamais plaidé. Sa charge de payeur des rentes de l'Hôtel de ville lui vaut parfois le surnom de "Boileau le rentier".

Comme son père l'avait été avant lui, il est "protégé" dès son entrée sur la scène littéraire par le premier président du parlement de Paris, Pomponne de Bellièvre.

En , il fait paraître la traduction d'un classique de la philosophie grecque, Le Tableau de Cébès, déjà traduit au siècle précédent. Il la dédie à l'abbé Michel de Marolles, qui apparaît comme son mentor et lui donnera à plusieurs reprises, au cours des quinze années suivantes, des témoignages d'une amitié pétrie d'admiration[1].

Trois mois plus tard, il signe l'une des deux pièces liminaires de Zénobie, reyne d'Arménie, tragédie de l'avocat Pousset de Montauban[2]. L'autre pièce est due au sieur de Saint-Gilles, naguère capitaine au régiment de Conti, et ami de Cyrano de Bergerac et d'Henry Le Bret. C'est lui qui, devenu, quelques années plus tard, intendant du jeune secrétaire d'État Louis-Henri de Loménie de Brienne, lancera la fameuse gageure sur les deux Joconde (voir plus bas).

Au printemps 1655, le jeune Boileau donne de sa traduction du Tableau de Cébes une version « bien plus correcte et plus achevée » dans un livre consacré à Épictète, qui porte au titre : La Vie d'Épictete et l'Enchiridion, ou l'Abrégé de sa philosophie, avec le Tableau de Cebes et qu'il dédie à Pomponne de Bellièvre, à l'origine de cette traduction[3]. Dans une préface très érudite, le traducteur justifie son choix de conserver le mot grec Enchiridion plutôt que d'adopter le français Manuel que Guillaume Du Vair avait choisi dans sa traduction de 1591.

Une seconde édition amplement revue et augmentée paraîtra en 1657 sous le titre nouveau de La Vie d'Épictète et sa philosophie[4], dont le traducteur s'expliquera dans une réécriture de la préface[5].

Cinquante ans plus tard, Pierre Bayle écrira à propos de cette traduction d'Épictète : « Elle est bonne et précédée d’une Vie d’Épictète la plus ample et la plus exacte que j’aie vue jusqu’ici. L’érudition et la critique y ont été répandues habilement[6]. »

Polémique contre Gilles Ménage et Pierre Costar

Dans la préface du livre, Gilles Boileau rend hommage à « l’illustre Mademoiselle Scudéry [pour] sa belle et ingénieuse Carte du Tendre » et remercie le grammairien-poète Gilles Ménage, dont il fréquente les célèbres "mercuriales"[7], pour des indications qu'il lui a fournies concernant la mort d'Épictète.

Mais à la suite d'un incident mal élucidé — Ménage se serait vanté d'avoir « fait » l'Épictète de Boileau —, le jeune traducteur rompt brusquement les relations avec son aîné et fait paraître sous l'anonymat, en juillet 1655, un très mordant Advis à Monsieur Ménage sur son églogue intitulée Christine, « petit chef-d'œuvre de cruauté littéraire », selon Monmerqué et Paris, dans lequel il dénonce avec beaucoup de verve les nombreux plagiats de Ménage.

Les amis de ce dernier et plusieurs habitués de ses mercuriales s'indignent. Paul Pellisson, grand ami de La Fontaine et de Madeleine de Scudéry, rompt publiquement toutes relations avec Boileau. Le 15 août, dans une lettre qu'il adresse de Blois, où il remplit les fonctions de secrétaire de Gaston d'Orléans, à l'astronome Ismaël Boulliau, Jean de Bouillon s'inquiète de savoir « de quelle manière on a reçu chez vous [= à Paris] et ailleurs la satire que Boileau a fait contre M. Ménage »[8]. L'avocat Henry Le Bret, ami de Cyrano de Bergerac, de Jean Royer de Prade et du sieur de Saint-Gilles, fait paraître chez Charles de Sercy une Response à l'advis sur l'églogue intitulée Christine[9], dont Ménage, à qui on a conseillé de ne pas répondre, rachète tous les exemplaires[10].

S'ensuit une bataille de pamphlets et d'épigrammes, qui voit Gilles Boileau ferrailler avec les partisans et amis de Ménage comme Pierre Costar, Paul Scarron, Paul Pellisson et Estienne Martin de Pinchesne, neveu et éditeur de Vincent Voiture.

Travail sur Longin

Vers la fin de l’année 1656 ou au début de l’année suivante, Gilles Boileau ayant soumis à la critique de Valentin Conrart un sonnet à la louange du président Pomponne de Bellièvre, qui s’ouvre sur l’apostrophe « Quand je te vois assis au trône de tes pères… » et le secrétaire perpétuel de l’Académie ayant jugé inappropriée « l'expression trône de ses pères, trop forte pour louer un magistrat », Gilles Boileau lui répond avec aplomb[11] :

« Je sais bien que le sophiste Longin s'est raillé autrefois de ce Gorgias qui avait appelé Xerxès le Jupiter des Perses ; mais je suis serviteur à Longin. Quand Malherbe a dit au roi Henri IV : Plus Mars que Mars de la Thrace, personne n'y a trouvé à dire, et si je disais aujourd'hui que l'illustre Pomponne est l'Apollon de la France, je suis assuré que cette expression serait approuvée de tous les gens d'esprit, et que s'il se trouvait quelque Longin qui voulût s'en moquer, il se ferait moquer de lui. Je vous dirai pourtant en passant, pour la défense de ce sophiste, car il est de mes amis, qu'il était grec et possédé de l'esprit de son pays, c'est-à-dire grand ennemi de Xerxès et des Perses ; et il ne faut pas douter que si ce même titre eût été donné à Thémistocle, ou à quelque autre grand personnage des amis de Longin, il était un trop judicieux critique pour le condamner. »

La phrase « ce sophiste [Longin] est de mes amis » suggère que dès cette période Gilles Boileau s'intéresse à l'auteur du Perí hypsous [Du sublime] et a sans doute commencé à le traduire. Cela sera confirmé, quelque temps plus tard, par une page de sa Réponse à Monsieur Costar dans laquelle il prend la défense du « rhéteur Longin »[12].

Contre Jean de Bouillon

En 1658 ou 1659, son demi-frère Pierre Boileau de Puymorin, premier valet de chambre de la garde-robe de Gaston d’Orléans, lui ayant transmis un long poème de son collègue le mathématicien-chansonnier Jean de Bouillon[13], qui l’a fait imprimer à Blois[14], Gilles Boileau lui répond par une « censure » particulièrement sévère[15], laquelle inspirera à Bouillon un sonnet vengeur, intitulé « Sur un pédant qui ne savait que la logique française et qui méprisait tous les ouvrages des autres »[16]  :

Toi qui parles toujours pour dire des sottises,
Toi qui n’écris jamais que galimatias,
Toi qui devrais porter sur l’échine le bât
Pour recevoir les coups de ceux que tu méprises ;

Toi qui vis en hibou, toi qui ne syllogises
Que dans le baroco[17] des pédants et des fats,
Toi dont les imprimeurs, dupés de tes fatras,
Maudiront à jamais les fausses marchandises ;

Oses-tu, malheureux, profaner les écrits
Et le noble travail de ces divins esprits
Que tu ne peux connaître et que la France adore ?

Insensé, guéris-toi, de grâce, laisse-nous,
Va tenir ton école où l’on prend l’ellébore,
On ne voit en ces lieux déjà que trop de fous.

Ami de Molière

En , Michel de Marolles fait paraître la seconde édition de sa traduction du De rerum natura de Lucrèce. Il évoque dans sa préface la traduction que Molière, revenu depuis peu à Paris après treize années de tournées en province, donne à lire à ses amis[18] :

« On m’a dit qu’un bel esprit [Molière] en fait une traduction en vers, dont j’ai vu deux ou trois stances du commencement du second livre, qui m’ont semblé fort justes et fort agréables[19]. Je m’assure que de ses bons amis, que je connais et que j’estime extrêmement, ne manqueront pas de nous dire cent fois que le reste est égal, ce que j’aurai bien moins de peine à croire que le poète n’en doit avoir eu à le composer. »

Ces « bons amis » que Marolles « estime extrêmement », Molière les mentionnera à son tour un an plus tard, dans la préface de ses Précieuses ridicules, en évoquant la « belle et docte préface » qu'il aurait pu écrire et n'a pas écrite[20] :

« Je ne manque point de livres qui m’auraient fourni tout ce qu’on peut dire de savant sur la tragédie et la comédie, l’étymologie de toutes deux, leur origine, leur définition et le reste. J’aurais parlé aussi à mes amis, qui, pour la recommandation de ma pièce, ne m’auraient pas refusé, ou des vers français, ou des vers latins. J’en ai même qui m’auraient loué en grec ; et l’on n’ignore pas qu’une louange en grec est d’une merveilleuse efficace à la tête d’un livre. »

Il est plus que probable que Gilles Boileau fait partie, avec Furetière et François Cassandre, de ces amis de Molière qui fréquente la maison de Marolles.

Élu à l'Académie française

Au même mois de février 1659, le poète Guillaume Colletet étant mort, Gilles Boileau présente sa candidature au fauteuil 23 de l'Académie française, avec le soutien de quelques-uns de ses membres les plus anciens et les plus influents : Jean Chapelain, Valentin Conrart, Antoine Godeau, César d'Estrées et Henri-Louis Habert de Montmort, et il devient à 28 ans le plus jeune membre de l'assemblée, au terme d'un processus électoral particulièrement tumultueux[21].

La gageure sur les deux Joconde

Dans les premières années de la décennie 1660, une dispute littéraire oppose les partisans de deux adaptations en vers français de la célèbre histoire du roi Astolphe et de son compagnon Joconde[22] que viennent de composer Jean de Bouillon, secrétaire de Gaston d’Orléans, et Jean de La Fontaine, nouvellement entré au service du surintendant Fouquet. Le sieur de Saint-Gilles, partisan du premier, parie une somme considérable contre le greffier Jérôme Boileau (l’aîné de la fratrie), partisan du second, que la « Joconde » de Bouillon est supérieure à celle de La Fontaine. Ils s’en remettent au verdict d’un jury de trois « galants hommes » présidé par Molière.

C’est dans ce cadre, et avant que les juges ne se soient prononcés (la gageure sera annulée sans qu’ils aient à le faire), qu’un anonyme, sollicité par Jérôme Boileau de lui fournir des arguments, lui adresse une longue lettre[23] dans laquelle il montre avec brio et beaucoup d’érudition non seulement que la nouvelle de La Fontaine l’emporte sur l’autre, mais qu’elle est encore supérieure à l’original.

Interrogé quarante ans plus tard par Claude Brossette sur l’identité de ce critique anonyme, Nicolas Boileau répondra « qu’il était lui-même l’auteur de cette lettre […] qu’il était fort jeune alors et [qu’il regrettait] d’avoir employé sa plume à défendre des ouvrages de cette nature »[24]. Il ne la fera pas paraître dans la dernière édition de ses Œuvres diverses et c’est Brossette qui, en 1718, l’insérera dans la première édition posthume des œuvres du poète[25].

Certains commentateurs du XXe siècle[26] attribueront à Gilles ce « chef-d'œuvre de la critique littéraire française » (René Bray[27]), quand bien même son cadet Nicolas en a revendiqué oralement la paternité en 1702, suivi en cela par tous les éditeurs de ses œuvres.

Pensionné par le roi

C'est au cours de l'année 1662, probablement, qu'il introduit Nicolas, son cadet de cinq ans, dans les milieux littéraires, où il se fera connaître sous le nom de Despréaux. Ils auront des relations orageuses. Au plus fort de leur querelle, Nicolas ira jusqu'à traiter son aîné de « rebut de notre âge[28] », qualificatif qu'il regrettera par la suite.

Ses succès de traducteur, de critique et de polémiste valent à Gilles Boileau de figurer, dès 1663, avec ses amis Molière et Furetière, parmi les premiers bénéficiaires des fameuses gratifications royales aux gens de lettres instituées par Colbert. Dans la liste qu'il en a dressée en à la demande du ministre, Chapelain le caractérisait en ces termes :

« Il a de l’esprit et du style en prose et en vers, il sait les deux langues anciennes aussi bien que la sienne. Il pourrait faire quelque chose de fort bon si la jeunesse et le feu trop enjoué n’empêchaient point qu’il s’y assujettît[29]. »

Traduction du livre IV de l'Énéide

Au cours des années 1667-1668, s'il faut en croire son ami Michel de Marolles[30], Gilles Boileau traduit en alexandrins le IVe livre de l'Énéide de Virgile. Cette traduction, que son auteur est invité à lire à la cour et qu'« il débitait de mémoire à ses amis, avec un récit [= une manière de réciter] tellement agréable que tout le monde en était ravi », sera publiée en 1670 dans le recueil de ses Œuvres posthumes (voir ci-dessous). En 1673, le même Marolles lui consacrera, dans son recueil intitulé Toutes les œuvres de Virgile traduites en vers françois, quatre pages de remarques qu'il conclura en ces termes[31] :

«  Mais tout cela n’est pas considérable parmi tant d’autres belles choses, pour la diction et pour la noble manière de rendre le sens de Virgile, que M. Boileau a employées dans son ouvrage, dont la cour a été charmée par le récit qu’il en faisait, quand il en était convié, par des personnes de la première qualité, qu’on ne se pouvait lasser d’en dire du bien ; et certainement cette pièce en était digne. Si néanmoins il eût vécu plus longtemps, il ne l’aurait pas laissée en l’état qu’elle est et l’aurait rendue encore plus belle ; car il avait de l’esprit infiniment, autant qu’il avait de cœur, pour ne souffrir pas que rien de lui fût mis au jour qui ne fût digne de son nom et de sa raisonnable ambition. »

Une traduction apocryphe de Diogène Laërce

En , trois libraires parisiens mettent en vente un volume de 855 pages portant au titre : Diogène Laërce, De la vie des philosophes. Traduction nouvelle. Par Monsieur B*******. Dans la notice qu'il consacrera à Gilles Boileau dans son Histoire de l'Académie françoise depuis 1652 jusqu'à 1700, l'abbé d'Olivet lui attribuera cette traduction, mais plusieurs indices autorisent à douter de cette attribution.

[…]

Publication de la Dissertation sur la Joconde

Dans les derniers mois sans doute de l'année 1668, un imprimeur-libraire de Bruxelles, François Foppens, fait paraître, sous l'adresse fictive de « Jean Sambix le jeune, à Leyde », un recueil intitulé Contes et nouvelles en vers de Mr. de La Fontaine, nouvelle édition reveuë & augmentée de plusieurs contes du mesme auteur, & d'une Dissertation sur la Joconde[32],[33]. L'avis du libraire au lecteur s'achève sur ces lignes, qu'aucun des éditeurs français des deux siècles suivants ne reprendra :

« Pour la perfection du livre, j’y ai ajouté une dissertation de l’un des plus beaux esprits de ce temps, et, comme elle regarde la défense de l’une de ces nouvelles, intitulée Joconde, elle ne fait point un corps d’ouvrage différent. Au reste, on remarquera dans cette dissertation une manière de critiquer fine et spirituelle ; tout y porte coup, et la raillerie y est agréablement mêlée parmi une érudition curieuse et d’honnête homme. »

La dissertation dont il est question est la lettre anonyme composée au début des années 1660 à l'occasion de la gageure sur les deux Joconde(s) (voir plus haut). Des deux frères Boileau alors en grave désaccord, lequel pouvait légitimement être considéré en 1668 comme « l'un des plus beaux esprits de ce temps » ?

Dernière année

Au cours de l'année 1669, il acquiert, grâce à son ami Charles Perrault[34], la charge d'« intendant et contrôleur général de l'argenterie, menus plaisirs et affaires de la chambre du roi », laquelle sera reprise après sa mort par son demi-frère Pierre Boileau-Puymorin.

Il meurt le de la même année, dans sa maison de la rue Saint-Séverin à Paris, âgé de 38 ans et sept mois. Interrogé trente-trois ans plus tard par Claude Brossette sur les circonstances de cette mort prématurée, Nicolas livrera un étrange récit :

« M. Despréaux m’a dit que son frère l’académicien s’était déclaré hautement contre l’Andromaque de M. Racine. Celui-ci, pour se venger, railla Gilles Boileau par une épigramme sanglante qu’il fit sur ce que M. Boileau avait coutume de s’arracher les poils de barbe avec des pincettes, afin d’avoir le teint plus vif, parce qu’il voulait plaire à Mme la présidente de Torri [Thoré][35], dont il était aimé. Ce M. Boileau l’Aîné avait pris un goitre à la gorge, ce qui le défigurait beaucoup ; et pour faire passer cette tumeur, il se fit ouvrir la gorge. Mais cette opération ne lui réussit pas, car il en mourut quelque temps après. C’est ce qui donna occasion à l’épigramme, dont M. Despréaux ne s’est pas souvenu ; mais il m’a dit que la pensée était que “Boileau, les pincettes en main, se va placer sur le théâtre, où il enrage de voir réussir la pièce, et de dépit il s’en arrache la barbe, et si la pièce n’eût fini, il se serait arraché la gorge”. »

L'inventaire des biens du défunt, et en particulier celui de sa bibliothèque, sera dressé du 24 au suivants. Dans l'article "Boileau, Nicolas" de l'Encyclopædia Universalis, le dix-septiémiste Pierre Clarac écrira :

« Gilles Boileau meurt à trente-huit ans, en octobre 1669. Despréaux, qui s'était sans doute réconcilié avec lui, hérite de ses papiers. Il y trouve la matière d'un mince recueil d'œuvres posthumes. Mais il semble avoir gardé par devers lui une traduction du Traité du Sublime de Longin qu'il publiera sous son nom (en la retouchant peut-être) en 1674[36]. La Dissertation sur Joconde, que Brossette attribue à Despréaux, est aussi presque entièrement de Gilles[37]. »

Postérité

En , le libraire Claude Barbin met en vente un volume d'Œuvres posthumes de défunt Monsieur B. de l'Académie françoise, contrôleur de l'Argenterie du roy, dont l'édition est généralement (et peut-être erronément) attribuée à son frère Nicolas. On y trouve la traduction intégrale en alexandrins du Livre IV de l'Énéide[38], quelques pièces de vers (sonnets, madrigaux, épigrammes) et une demi-douzaine de lettres (à Boileau-Puymorin, Antoine Godeau, Valentin Conrart, Pierre Corneille), toutes antérieures à l'élection de l'auteur à l'Académie française.

Deux ans plus tard, le lexicographe Pierre Richelet fera connaître, dans son traité de La Versification française, que « Monsieur Boileau [Gilles] a traduit la Poétique d'Aristote, et même [qu']il l'a éclaircie par des Remarques savantes et nouvelles qu'on donnera bientôt au public »[39],[40].

Cette traduction ne sera jamais publiée. Soixante ans plus tard, dans la notice qu'il consacrera à Gilles Boileau dans son Histoire de l'Académie françoise depuis 1652 jusqu'à 1700, l'abbé d'Olivet écrira[41] :

« Il travaillait sur la Poétique d’Aristote, lorsqu’une mort prématurée l’enleva. Il en avait déjà fait plus des deux tiers, et M. Despréaux, en 1709, donna son manuscrit en ma présence à M. de Tourreil, qui témoignait avoir envie d’achever l’ouvrage. Je me souviens qu’à cette occasion M. Despréaux fit l’éloge de son frère. Ils ne s’aimaient pas dans leur jeunesse ; ils avaient à démêler entre eux des intérêts d’auteurs et, qui plus est, de poètes ; doit-on s’étonner que la tendresse fraternelle en souffrît ? Mais enfin, dans le temps dont je parle, les sentiments de M. Despréaux étaient si changés à son égard qu’il se proposait de mettre à la tête de cet ouvrage, si M. de Tourreil l’achevait, une préface où il exalterait le mérite de son aîné. »

L'abbé d'Olivet compare ainsi les talents des deux frères :

« Les essais du cadet annoncèrent ce qu'on a vu de lui dans la suite, des chefs-d'œuvre de versification & de bon sens. Il n'y eut point en lui, si j'ose ainsi dire, d'enfance poétique. L'aîné, au contraire, né avec beaucoup d'esprit, mais avec un jugement moins sain, ne se forma jamais l'idée du parfait. Il ne se défiait pas de sa trop grande facilité à écrire : facilité que M. Despréaux n'avait point, & qui doit être toujours suspecte, quand ce n'est pas le fruit d'un long exercice. »

Quant aux traductions de Gilles Boileau, écrit l'abbé d'Olivet, « nous en avons deux considérables : celle d'Épictète, qui a été fort approuvée ; & celle de Diogène Laërce, qui est demeurée presque inconnue[42]. »

Publications

Notes et références

Annexes

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