Giovanni Battista della Palla
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Giovanni Battista della Palla (1489-1532) est un homme politique et marchand d'art italien, pourvoyeur de la Cour du roi de France François 1er, et un adversaire des Médicis.
Originaire de Florence, Della Palla est le fils d'un riche apothicaire florentin, Marco di Mariotto.
Une partie de son parcours est rapporté par Giorgio Vasari, dans Les Vies, notamment dans la biographie d'Andrea del Sarto et à propos de Michel-Ange, qui correspondait avec Della Palla, lui écrivant pour lui faire part de son désir de se rendre en France, tandis que ce dernier insistait pour que Michel-Ange retourne à Florence afin de venir en aide à la ville assiégée.
De son côté, Jacopo Nardi écrivit, dans une comédie, que Giovanni Battista della Palla était « un serviteur très familier et affectueux de Julien de Médicis », et qu'il avait reçu de ce dernier la promesse d'être nommé cardinal ; mais l'assassinat de Julien en 1516 anéantit tout espoir pour Della Palla d'obtenir cet honneur. Il se rendit alors à Rome, où il offrit au pape Léon X des « caisses de précieuses zibelines » afin d'obtenir sa protection. Durant le conclave, Della Palla devint le protégé du cardinal Pier Soderini[1].
Toujours est-il que Della Palla devint expert en art, possédant une connaissance aiguë de ses compatriotes plasticiens. Il offrit des œuvres d'art précieuses au roi François Ier afin d'obtenir la protection française contre une faction politique florentine ennemie. C'est par Giovanni Battista Della Palla que naquit le marchand d'art moderne, et c'est ainsi que commença un flux constant d'œuvres d'art entre l'Italie et la France.
Pour les collections de François Ier, il acquiert en 1530 le Mercure flûteur de Baccio Bandinelli, une sculpture en marbre exécutée avant 1512 et conservée aujourd'hui au Louvre[2]. Il prend également possession du tableau représentant saint Sébastien, une œuvre de Fra Bartolomeo qui se trouvait autrefois dans l'église du couvent dominicain San Marco de Florence. Della Palla envoya ce tableau au roi de France, mais par la suite, toute trace de ce saint Sébastien disparut. Della Palla demanda à Niccolò Tribolo, sculpteur et architecte du jardin de Boboli, de sculpter une statue allégorique représentant la Nature, qui fut placée au château de Fontainebleau.
Vasari rapporte encore que la statue figurant Hercule, sculptée par Michel-Ange, fut envoyée au roi de France, grâce aux efforts de Della Palla, durant « l'année du siège » de Florence (c'est-à-dire entre 1529 et 1530). Ce dernier l'avait obtenue d'Agostino Dini, ministre de Filippo Strozzi. Le principal témoignage concernant cette statue – aujourd'hui disparue – est le dessin qu'en fit Rubens, conservé au Louvre. Un panneau représentant le Sacrifice d'Isaac, peint par Andrea del Sarto, fut commandé en 1527 par Della Palla pour François Ier. Cependant, Della Palla fut arrêté avant que le panneau ne puisse être transféré à Paris, peu avant sa mort. On ignore néanmoins laquelle des trois versions de ce panneau, toutes peintes par Andrea del Sarto, fut commandée par Della Palla[3].
Durant les vingt premières années du XVIe siècle, des aristocrates et des intellectuels florentins nostalgiques du passé, qui, idéalisant Laurent de Médicis, rêvaient d'une réponse à la crise politique et culturelle qui frappait Florence, se réunissaient aux jardins Oricellari autour de Bernardo Rucellai, formant ainsi l'extension de l'Académie platonicienne de Florence. Jusqu'en 1522, de jeunes gens tels que Zanobi Buondelmonti, Luigi Alamanni, Anton Francesco degli Albizzi, Giovanni Battista Della Palla et Alessandro de' Pazzi (1483-1530) y exprimèrent leur ferveur civique. Ils furent rejoints par des historiens comme Benedetto Varchi, Filippo de' Nerli, Jacopo Nardi et des écrivains comme Machiavel[4] et le moraliste Antonio Brucioli. La ferveur républicaine, la fierté aristocratique et le goût pour la littérature non-conformiste caractérisaient ce groupe d'opposants à la restauration des Médicis. C'est dans ce contexte que naquit l'idée d'un complot visant à assassiner le cardinal Jules de Médicis, à renverser le gouvernement des Médicis et à placer Florence sous la coupe de Pier Soderini. Le complot fut déjoué, l'Académie fermée et le jardin où se réunissaient les académiciens tomba en désuétude. La répression fut violente : Jacopo, parent de Francesco Cattani da Diacceto, et Tommaso, le neveu de Luigi Alamanni, furent décapités le , et tous les complices furent poursuivis en justice[5].
Le rôle de Giovanni Battista Della Palla dans cette histoire était de servir d'intermédiaire entre les conspirateurs florentins et le roi de France, dont il était nécessaire d'obtenir le soutien extérieur à la conspiration. Les présents offerts à François visaient donc à s'attirer ses faveurs. Après un séjour à Lucques, Della Palla se rendit à Dijon pour se présenter à la cour du roi et gagner ainsi ses faveurs. Le , Della Palla fut déclaré rebelle à la République et tous ses biens furent confisqués. Le cardinal Soderini intervint en sa faveur, et Della Palla obtint du roi François un sauf-conduit pour lui et ses biens dans tout le royaume de France.
Della Palla suivit alors François à Aix-en-Provence, Avignon, puis Milan durant les guerres d'Italie. En 1525, après la défaite de l'armée française à Pavie, il retourna à Aix. Puis, il trouva refuge à Sienne, ville hostile au gouvernement des Médicis. Il se rendit ensuite à Naples, où il rencontra Filippo Strozzi et complota pour obtenir la protection du vice-roi d'Espagne, au cas où Florence serait libérée de la tutelle de Clément VII. Il obtint également des Siennois qu'en cas de révolte « spontanée » à Florence, ils enverraient du blé à prix réduit, malgré la hausse des prix due à la famine. Après le , date à laquelle la famille Médicis, menée par le cardinal Silvio Passerini, quitta Florence, Della Palla retourna dans sa ville natale, bénéficiant d'une amnistie. Mais en 1528, la Seigneurie refuse encore de lui redonner un rôle politique avec la France[6].
Mais après la restauration des Médicis en 1530, Della Palla fut emprisonné à vie dans la forteresse de Pise, où son corps fut retrouvé en 1532, probablement victime d'un empoisonnement. Benedetto Varchi suggère que « son emprisonnement, et peut-être sa mort, aurait été motivé par le fait qu’il avait fait retirer des statues de marbre des jardins Oricellari »[7] ; mais la cause de son décès est vraisemblablement due à la haine des Médicis.
Notes et références
- (it) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en italien intitulé « Giovanni Battista Della Palla » (voir la liste des auteurs).
- ↑ (it) Jacopo Nardi, I due felici rivali, commedia inedita, Rome, Forzani, 1901, p. 66-67.
- ↑ Mercure flûteur, notice œuvre sur le catalogue numérisé du Louvre.
- ↑ (it) Vincenzo Fortunato Marchese, Memorie dei più insigni pittori, scultori e architetti domenicani: con aggiunta di alcuni scritti intorno le belle arti, vol. 2, Florence, Alcide Parenti, 1846, p. 111-113.
- ↑ Machiavel inclut Della Palla parmi ses trois interlocuteurs, dans son Art de la guerre.
- ↑ (it) C. Guasti, « Documenti della congiura fatta contro il cardinale Giulio de' Medici nel 1522 », in: Giornale storico degli archivi toscani: che si pubblica dalla Soprintendenza generale degli Archivi del Granducato, vol. III, Florence, G. P. Vieusseux, 1859, p. 150, 185-232, 239-267.
- ↑ Barbara Stephenson, « Le patronage humaniste de Marguerite de Navarre », in: L’École du genre, 2007, 2, p. 310 — sur Persée.
- ↑ (it) Benedetto Varchi, Storia fiorentina, a cura di Lelio Arbib, vol. III, Florence, Società Ed. delle storie del Nardi e del Varchi, 1838-1841, p. 558-559 — sur Google Livres.