Giovanni Muzio
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| Giovanni Muzio | |
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| Présentation | |
|---|---|
| Nom de naissance | Giovanni Muzio |
| Naissance | Milan, Royaume d'Italie |
| Décès | (à 89 ans) Milan, Italie |
| Nationalité | Italienne |
| Mouvement | Novecento |
| Formation | École polytechnique de Milan |
| Œuvre | |
| Agence | Studio Muzio, Milan |
| Réalisations | Ca' Brutta, Palazzo dell'Arte, Université catholique du Sacré-Cœur |
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Giovanni Muzio, né le à Milan et mort le dans la même ville, est un architecte italien, représentant du mouvement Novecento italiano. Son œuvre s'étend sur plus d'un demi-siècle et comprend des édifices tels que la Ca' Brutta (1919-1922), le Palazzo dell'Arte de la Triennale de Milan (1931-1933) et la basilique de l'Annonciation à Nazareth (1960-1969).
Jeunesse et formation
Giovanni Muzio naît le à Milan[1]. Il entreprend des études d'architecture à l'École polytechnique de Milan[2].
Ses études sont interrompues par la Première Guerre mondiale, durant laquelle il sert dans l'armée italienne. Après la guerre, il achève sa formation au Politecnico di Milano et obtient son diplôme d'architecte en 1915[3].
Carrière
La carrière de Muzio débute avec le projet de la Ca' Brutta (1919-1922), un immeuble résidentiel situé via Moscova à Milan. Cette réalisation, dont le nom populaire signifie « maison laide » en dialecte milanais, suscite des réactions lors de son achèvement en raison de son esthétique qui rompt avec l'éclectisme alors dominant[4]. L'édifice est associé au mouvement Novecento par l'historien de l'architecture Richard A. Etlin[5].
Durant les années 1920 et 1930, Muzio est chargé de la conception du nouveau campus de l'Université catholique du Sacré-Cœur (1927-1949), un projet intégrant les cloîtres historiques de Bramante[6]. En 1931-1933, il conçoit le Palazzo dell'Arte destiné à accueillir la Triennale de Milan[7].
Muzio collabore avec d'autres architectes du mouvement Novecento, notamment Gio Ponti, Piero Portaluppi, Ottavio Cabiati et Alberto Alpago Novello. Ensemble, ils réalisent le Tempio della Vittoria (1927-1929), monument aux morts milanais de la Première Guerre mondiale[8]. Il participe également au projet du Palazzo dell'Arengario (1937-1956), en association avec Piero Portaluppi, Pier Giulio Magistretti et Enrico Agostino Griffini[9].
En 1939, Muzio conçoit l'Angelicum (Pontificia Università San Tommaso d'Aquino), un complexe conventuel et universitaire[10].
Dernières années
Dans la période d'après-guerre, l'œuvre de Muzio évolue vers un usage plus important du béton. Son projet de cette période est la basilique de l'Annonciation à Nazareth (1960-1969), commandée par la Custodie de Terre sainte[11]. Ce bâtiment fait usage du béton brut tout en conservant des références classiques[12].
Giovanni Muzio meurt le à Milan. Ses archives sont conservées par sa famille[13] et constituent une source documentaire pour l'étude de l'architecture italienne du XXe siècle[14].
Œuvre architecturale
Ca' Brutta (1919-1922)
La Ca' Brutta (littéralement « maison laide » en dialecte milanais) est un ensemble résidentiel situé via Moscova à Milan, composé de deux corps de bâtiments reliés par un arc monumental. Commandé par l'entrepreneur Giangiacomo Feltrinelli, l'édifice est associé au mouvement Novecento et constitue une rupture avec l'éclectisme alors dominant[15].
La façade présente une composition symétrique qui réinterprète les codes du classicisme à travers un langage modernisé : fenêtres disposées selon une grille géométrique régulière, surfaces murales lisses en enduit, et éléments décoratifs réduits[4]. Le surnom donné par les Milanais lors de son inauguration témoigne du contraste avec l'Art nouveau et l'éclectisme alors dominants[16].
L'historien de l'architecture Richard A. Etlin analyse la Ca' Brutta comme l'édifice fondateur du Novecento, distinct du modernisme international et du rationalisme italien[17].
Palazzo dell'Arte (1931-1933)
Le Palazzo dell'Arte est le siège de la Triennale de Milan, institution dédiée au design, à l'architecture et aux arts décoratifs. Situé dans le Parco Sempione, à proximité du Castello Sforzesco, il fut conçu par Muzio pour accueillir la cinquième édition de l'exposition triennale, transférée de Monza à Milan en 1933[18].
L'édifice présente un plan organisé autour d'une grande salle d'honneur centrale de 1 200 m2. La façade principale, rythmée par des pilastres monumentaux, présente des références classiques associées à un plan moderne[19]. La structure fait usage du béton armé, permettant de créer de vastes espaces d'exposition modulables[20].
L'édifice a fait l'objet d'une restauration au XXIe siècle, dans le respect du projet original[21],[22].
Université catholique du Sacré-Cœur (1927-1949)

L'Université catholique du Sacré-Cœur est un projet développé par Muzio sur plus de deux décennies, visant à créer un campus universitaire en intégrant les cloîtres historiques du monastère cistercien de Sant'Ambrogio, attribués à Bramante[6].
Muzio conçoit de nouveaux bâtiments en rapport avec l'architecture Renaissance existante, sans la reproduire. L'université, fondée par le père Agostino Gemelli, est l'une des institutions d'enseignement supérieur catholiques en Europe[1].
Tempio della Vittoria (1927-1929)
Le Tempio della Vittoria (Temple de la Victoire), également appelé Monumento ai Caduti, est un mémorial dédié aux Milanais tombés durant la Première Guerre mondiale. Situé via Fabio Filzi, il fut réalisé en collaboration avec Ottavio Cabiati, Alberto Alpago Novello, Tomaso Buzzi et Gio Ponti[23].
L'édifice présente un plan octogonal dont chaque face est dédiée à une des huit portes historiques de Milan et aux combattants qui en étaient originaires[8]. La tour centrale, d'une hauteur de 35 m, est surmontée d'une lanterne et contient une crypte. L'architecture associe des références au baptistère paléochrétien milanais et un langage monumental[24].
Angelicum (1939)
L'Angelicum (Pontificia Università San Tommaso d'Aquino) est un complexe conventuel et universitaire dominicain situé dans le centre historique de Milan. Réalisé en 1939, il abrite un centre culturel, une bibliothèque et des salles de conférence[10].
Le bâtiment comprend un cloître intérieur à arcades. L'édifice utilise des matériaux tels que la brique et la pierre[25].
Palazzo dell'Arengario (1937-1956)

Le Palazzo dell'Arengario est un ensemble de deux bâtiments jumeaux encadrant l'accès à la piazza del Duomo depuis via Marconi. Le projet, initié en 1937 et achevé en 1956 après une interruption due à la Seconde Guerre mondiale, fut réalisé en collaboration avec Piero Portaluppi, Pier Giulio Magistretti et Enrico Agostino Griffini[9].
Les façades en marbre de Candoglia présentent des bas-reliefs sculptés par Arturo Martini relatant l'histoire de Milan[26]. Depuis 2010, le bâtiment abrite le Museo del Novecento, consacré à l'art italien du XXe siècle[27].
Basilique de l'Annonciation, Nazareth (1960-1969)

La basilique de l'Annonciation à Nazareth est la plus grande église du Moyen-Orient. Commandée par la Custodie de Terre sainte pour remplacer l'église franciscaine du XVIIIe siècle construite sur le site de l'Annonciation, elle fut érigée entre 1960 et 1969[11].
L'édifice se compose de deux églises superposées : l'église inférieure, au niveau archéologique, préserve la grotte associée à l'apparition de l'archange Gabriel à la Vierge Marie ; l'église supérieure, de plan octogonal couvert d'une coupole culminant à 55 m, peut accueillir plusieurs milliers de fidèles[12]. Le langage architectural fait usage du béton apparent[12].
L'intérieur est orné de mosaïques et de représentations de la Vierge offertes par différentes nations[11].
Style et influences
Le mouvement Novecento
Giovanni Muzio est associé au mouvement Novecento italiano, courant artistique qui émerge à Milan au début des années 1920. Ce mouvement prône un retour à l'ordre classique après les expérimentations de l'avant-garde et du futurisme[28].
Le Novecento architectural se caractérise par la réinterprétation des traditions constructives italiennes, en particulier l'architecture de la Renaissance et du néoclassicisme. Contrairement au rationalisme italien qui émerge avec le Gruppo 7 en 1926, le Novecento privilégie les références à l'histoire nationale dans un langage moderne[29].
Le mouvement entretient des liens avec les arts plastiques, notamment à travers la figure de Margherita Sarfatti, critique d'art et organisatrice du groupe Novecento en peinture. Des peintres comme Mario Sironi et des sculpteurs comme Arturo Martini sont associés à la même tendance classicisante[30].
Rapport avec le rationalisme
La relation entre le Novecento de Muzio et le rationalisme italien est l'un des sujets de l'historiographie de l'architecture italienne du XXe siècle. Les deux mouvements partagent une volonté de renouveau et opèrent dans le même contexte du régime fasciste durant les années 1930, mais leurs approches esthétiques divergent[31].
Le rationalisme, incarné par Giuseppe Terragni et le Gruppo 7, adopte les principes du Mouvement moderne international (Le Corbusier, Bauhaus), tandis que le Novecento de Muzio maintient un rapport explicite avec la tradition classique italienne. Muzio développe cette position dans ses écrits, invoquant la notion de « latinité » et les techniques constructives traditionnelles[32].
Matériaux et techniques
L'œuvre de Muzio fait un usage fréquent du laterizio (brique et terre cuite), en lien avec les traditions constructives lombardes[24].
Dans ses bâtiments institutionnels, Muzio emploie également le marbre, le travertin et les enduits traditionnels. L'utilisation du béton armé, bien que structurellement nécessaire pour certains programmes, est intégrée dans un langage classicisant[33].
Dans son œuvre tardive, notamment la basilique de Nazareth, Muzio adopte une esthétique du béton brut proche du brutalisme international[12].
Collaborations
Giovanni Muzio collabore avec d'autres architectes milanais du mouvement Novecento, notamment Gio Ponti[34].
Pour le Tempio della Vittoria, Muzio travaille avec Gio Ponti, Ottavio Cabiati, Alberto Alpago Novello et Tomaso Buzzi[23]. Le projet du Palazzo dell'Arengario l'associe à Piero Portaluppi, Pier Giulio Magistretti et Enrico Agostino Griffini[9].
Réception et héritage
L'œuvre de Giovanni Muzio a fait l'objet d'une réévaluation critique depuis les années 1980. L'architecture du Novecento, longtemps moins étudiée que le rationalisme de Giuseppe Terragni, fait l'objet d'une réévaluation critique depuis les années 1980, notamment dans les travaux de Richard A. Etlin[17].
Les archives de Giovanni Muzio, conservées par sa famille dans le Studio Muzio à Milan, constituent une ressource documentaire pour les chercheurs. Le petit-fils de l'architecte, Giovanni Tomaso Muzio, travaille à la documentation et à la diffusion de cet ensemble[14]. L'Ordine degli Architetti di Milano a consacré un itinéraire thématique aux œuvres de Muzio dans la ville[1].
Le Palazzo dell'Arte continue d'abriter la Triennale de Milan[7]. Le Palazzo dell'Arengario, transformé en Museo del Novecento en 2010, accueille les collections d'art du XXe siècle de la ville[27].
Ses réalisations sont documentées sur des plateformes spécialisées en architecture[35].
Œuvres principales
| Année | Œuvre | Image | Lieu | Collaborateurs | Notes |
|---|---|---|---|---|---|
| 1919-1922 | Ca' Brutta | Milan, via Moscova | — | Manifeste du Novecento | |
| 1927-1929 | Tempio della Vittoria | Milan, via Fabio Filzi | Ponti, Cabiati, Alpago Novello, Buzzi | Monument aux morts | |
| 1927-1949 | Université catholique du Sacré-Cœur | Milan, largo Gemelli | — | Campus universitaire | |
| 1931-1933 | Palazzo dell'Arte | Milan, Parco Sempione | — | Siège de la Triennale | |
| 1937-1956 | Palazzo dell'Arengario | Milan, piazza del Duomo | Portaluppi, Magistretti, Griffini | Museo del Novecento depuis 2010 | |
| 1939 | Angelicum | Milan, piazza Sant'Angelo | — | Centre culturel dominicain | |
| 1960-1969 | Basilique de l'Annonciation | Nazareth, Israël | _ | Plus grande église du Moyen-Orient |
